Le siècle d’Ibn Khaldoun, l’Algérie et l’Espagne

mars 31, 2007

par Mohamed Mehyaoui Professeur Des Lycées En Retraite

 

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler à quoi correspond ce qu’il est convenu d’appeler «le siècle d’Ibn Khaldoun». Appartenance tellement avérée que nos critiques contemporains en ont dit qu’Ibn Khaldoun s’est révélé le précurseur de philosophes, d’historiens ou sociologues comme Machiavel, Montesquieu, Auguste Comte, Hegel et bien d’autres.

Cette période a vu également s’imposer l’historiographe Jean Froissart en France, Pétrarque en Italie, Chaucer en Angleterre et en Perse le grand poète Hafid Chirazi et le chroniqueur du règne de Tamerlan Nizam Eddine Chami.

 Le monde arabo-musulman, lui, n’a pas manqué de briller grâce à des étoiles de première grandeur tels le grand voyageur Ibn Battota, des philosophes et des historiens de la trempe d’El Maqqari ou d’Al-Maqrizi.

 C’est dire que ce 14e siècle était porteur de profondes mutations aussi bien d’ordre politique, social, économique et militaire, de bouleversement qui ont ébranlé toutes les contrées méditerranéennes aussi bien au nord qu’au sud.

 Mais qu’en était-il en ce siècle des rapports entre l’Algérie et l’Espagne de cette époque ?

 La géographie est la seule constante de l’histoire, irréductible dans ce domaine: il nous suffit de considérer une carte pour constater que tout est lié entre les deux arcs d’une même circonférence, allant de
la Catalogne à Bizerte en passant par les îles Baléares, Malte et
la Sicile.

 Dans cet espace fluide on a souventes fois soulevé la question de savoir s’il faut identifier Ibn Khaldoun comme un Arabe, un Berbère ou un Espagnol.

 Je crois qu’il tient de l’un comme des deux autres. A l’Espagne, il est attaché par des liens quasi charnels, ses parents étant venus du Yémen s’installer en Andalousie avant d’émigrer de nouveau à Tunis; par les amitiés tissées avec les Nasrides de Grenade et l’homme d’Etat qui en fut le symbole, Lisan-ed-Dine Ibn El-Khatib, par un long séjour en Andalousie qui lui réserva les honneurs d’une hospitalité raffinée de 1363 à 1365 dont l’exposition récemment à lui consacrée à l’Alcazar de Séville, du 19 mai au 30 septembre 2006, nous révèle quelques aspects; par les tentatives d’y venir chercher refuge et protection au cours de ses mésaventures politiques maghrébines.

Arabe et Berbère, il le fut tour à tour, menant une vie agitée ponctuée d’aventures, d’intrigues et de ce qu’il nomme lui-même dans son autobiographie «les marais de la politique», changeant de camp au gré des alliances et des ruptures, savourant les délices du pouvoir ou bien subissant l’indignité de la prison où par deux fois il séjourna quelque deux ans.

 Il reste qu’Ibn Khaldoun finit par se lasser de cette vie pleine de choses vides faites pour le paraître. Il se retira alors à Qal’at Ibn Salama en 1374, pas loin de Biskra dans la tribu arabe des Béni Arif, pour se consacrer aux permanences de la réflexion et de l’esprit. Et c’est alors la naissance d’une véritable encyclopédie, un «discours sur l’histoire universelle» qu’Ibn Khaldoun intitula: «Kitab El’ibar», le livre des enseignements et traité d’histoire ancienne et moderne sur la geste des Arabes, des Perses, des Berbères et des souverains de leur temps.

 L’Algérie dans sa version territoriale au 14e siècle était tiraillée entre les Mérinides de Fès (Maroc) et les Hafsides de Tunis: c’était le royaume de Tlemcen, le sultanat des Zianides appelés aussi les Abdel-Walid, qui n’excédait pas Bougie, dépendante de Tunis, elle.

 C’est grâce à cette position centrale, grâce à ses deux poumons maritimes qu’étaient Honeyn et Oran – et Ténès dans une moindre mesure – que le royaume de Tlemcen pouvait se permettre certaines libertés, une espèce d’auto-gouvernement des citoyens maintenu vaille que vaille, et des interventions d’autant plus fréquentes en Andalousie que tous deux souffraient une anarchie chronique aggravant leur commune misère. Pesante restait quand même la réalité du pouvoir exclusif du long règne des Mérinides qui dura jusqu’en 1465 sur cette Afrique du Nord héritée des Almohades en 1269.

 Aussi, le royaume de Tlemcen, au gré des événements qui ont marqué le 14e siècle, s’est-il trouvé, nolens volens, mêlé à toutes les péripéties qui ont agité les riverains de
la Méditerranée occidentale, profitant d’une victoire par-ci, essuyant les conséquences d’un échec par-là.

 En gros, bilan politique et militaire fort mince, jalonné surtout par les retombées d’une participation en dents de scie: lutte pour Tarifa prise grâce à une centaine de navires suivant Ibn Khaldoun, 250 suivant les chroniques des rois de Castille, puis perdue après le désastre de Rio Salado (28 nov. 1340) infligé par une flotte chrétienne venue de Gênes et du Portugal à la rescousse de l’Andalous déjà repris. Ce fut le tour de Gibraltar à tomber (27 mars 1343), mais consolidation, avec l’aide des Nasrides, d’une série de forteresses restées arabes comme Ronda, Castellar, Marbella, Estepona.

 Mais la course au pouvoir ici, l’anarchie en Andalousie, les crises de succession répétées, les ralliements suivis de trahisons, suivies de ralliements, suivis… finissent par avoir raison des énergies les plus trempées et des dévouements les plus spontanés. Jusqu’à la fin du siècle, une longue période de paix est à peu près maintenue grâce probablement à une relative inaction des Espagnols après leurs succès récents. Seuls quelques troubles sporadiques sont animés par des mercenaires maghrébins toujours présents à la cour espagnole des Nasrides.

 Tlemcen a vite fait de retrouver son dynamisme et son entregent. Le royaume se rappela très vite que toutes les routes du commerce méditerranéen passaient par son port Honeyn; que son autre port, Oran, était florissant et comptait déjà 6.000 foyers comme en témoignent par exemple des chroniqueurs sérieux comme Marmol et Alvarez Gomez; que le royaume, surtout que sa côte se déroule parallèlement à celle de l’Espagne, n’éprouvait aucune difficulté à enrichir des échanges facilités par la proximité; et qu’enfin il était lié à la couronne d’Aragon depuis le début du siècle par des traités stipulant que «les sujets de Jacques II n’inquiéteraient les Tlemcéniens ni sur terre ni sur mer, à la seule condition que le sultanat reversât une partie de ses recettes douanières».

 Telle s’ouvrait cette ère nouvelle de la 2e moitié du 14e siècle entre l’Algérie, toujours dans son corset du Maghreb central, et l’Espagne prête à s’engager dans le difficile chemin de son unité et de son identité.

 Les échanges culturels, les sciences, l’art, le commerce circulaient avec intensité d’une rive à l’autre.

 Les héritiers de la culture andalouse maintiennent vivant un enseignement efficace grâce aux élèves de Razi et la célèbre école de Cordoue, comme les savants Imran et Ibn El-Imam à Tlemcen, Abu Ali Nasir-Ed-Dine à Bougie.

 Des missions diplomatiques auprès de Ferdinand III, ou celle, à titre d’exemple, menée par Ibn Khaldoun lui-même à la cour de Pierre le Cruel à Séville n’ont pas manqué d’entretenir des relations utiles au-delà de longues négociations très souvent avortées et d’engagements aussi souvent reniés.

 Le Maghreb central, dont la fortune restait attachée à celle des différents pouvoirs qui s’étaient succédé en Ifriqia, finit par accaparer l’essentiel de l’activité économique de
la Méditerranée occidentale en dépit de quelques sursauts militaires sporadiques, en alternance avec de longues périodes de paix relative.

 Toujours coincé entre les Béni Hafs de Tunis et les Mérinides de Fès, le royaume de Tlemcen se créa une ouverture sur le Nord et devint peu à peu le pôle de la presque totalité des échanges commerciaux sous la garantie de la couronne d’Aragon.

 Rapidement Oran prend de l’ampleur, Arzew aussi qui se transforme, comme la capitale portuaire, en arsenal où se construisent galères, pinasses et navires de transport.

 Avec Ténès et Honeyn de surcroît, on passait d’une rive à l’autre sans problème à la recherche d’une association, d’un secours, du règlement d’un contentieux ou d’un conseil en matière juridique ou culturelle.

 Flux et reflux incessants gagnent de plus en plus d’intensité en cette fin de siècle: importations catalanes du Maghreb central, exportations tlemcéniennes vers l’Aragon. Contre les étoffes, de la quincaillerie et de la verroterie, la rive sud exporte la poudre d’or, des esclaves noirs, de la laine, des céréales, des dépouilles d’autruches, des peaux de boeuf tannées.

 Le tout est assuré par une vingtaine de navires entre Majorque et l’Ifriqia. Une liaison mensuelle au moins entre Honeyn, les Baléares, Valence et Barcelone est maintenue contre vents et marées. Des familles juives partagent leurs activités entre les deux rives. Des Oranais, des Cherchelliens, des Algérois, en petit nombre certes, commercent avec des Majorquins. Une liste de 150 Catalans s’activent dans ce trafic. Des prêtres même servent de chapelains à leurs coreligionnaires comme Joan de Puylla à Ténès. Un fils bâtard de Jacques II, Jacques d’Aragon, est au service des Zianides exerçant en même temps des fonctions consulaires auprès de ses compatriotes.

 Mais le tout est défini et ponctué par quelques constantes: engagements fréquents de milices algériennes dans l’armée du roi d’Aragon en conflit avec
la Castille; aide sporadique au sultanat de milices chrétiennes essentiellement catalo-aragonaises sous l’autorité exclusive d’un chargé de pouvoir «l’alcayl» nommé par le roi.

 Malgré deux sièges épuisants, l’un de huit et le second de deux ans imposés par les Mérinides de Fès, malgré des révoltes réduites puis ressuscitées ici ou là, malgré la peste noire de 1349 dont on eût dit «un tapis que la mort roulait sur toute chose», le Maghreb central a su tirer son épingle du jeu en cette fin de siècle d’Ibn Khaldoun. Même les esclaves catalans et majorquins qui vivaient à Tlemcen s’y sont accommodés au rythme des alliances et des hostilités si fréquentes entre pirates et corsaires.

 On pourrait, sans trop risquer des anachronismes, comparer le siècle d’Ibn Khaldoun et le XXIe siècle qui commence à peine et qui s’annonce lui aussi comme un siècle charnière, porteur de grandes et profondes mutations aussi bien au plan politique qu’au niveau de l’évolution des sociétés, des cultures et des civilisations.

 Sans se rattacher à aucun courant de la pensée contemporaine classique, on ne peut s’empêcher aujourd’hui de se poser les mêmes questions que s’est posées Ibn Khaldoun au 14e siècle sur le courant angoissant de l’Histoire, sur les lois qui déterminent le sens de ce courant, sur les symptômes et la nature des maux dont meurent les civilisations, et le sens des vraies valeurs dont la perte détruit les Etats.

 On s’aperçoit très vite alors qu’Ibn Khaldoun a eu conscience très tôt que son époque était une charnière qui annonçait la décadence inéluctable de son monde et le déclin d’une civilisation dont il était à la fois le témoin et la victime.

 Faute de renouvellement, ni même d’un maintien de qualité, les formes de pensée, les valeurs, l’art, la littérature, bref la culture que se sont partagée l’Espagne et l’Algérie de l’époque jeta un dernier éclat et se laissa mourir pour n’avoir pas su faire fructifier son héritage.

 Bibliographie:

- En langue arabe Histoire universelle Les Prolégomènes, Kitab El-Ibar (Ibn Khaldoun) id.

Chroniques andalouses – Chakib Arslan Histoire de la pensée arabe – Dr Omar Ferroukh

- En langue espagnole Historia de Sevilla – J-M de Mena

Los espanoles, como llegàron a sérlo: Américo Cästro

- En langue française Histoire du Maroc – H.Terrasse

L’Espagne catalane et le Maghreb

- Ch. Dufourcq Histoire d’Oran – Henri Frey Tlemcen au passé retrouvé – Louis Abadie  


La Guerre d’Algérie, selon un historien britannique

mars 6, 2007

par Ahmed Amine

Longtemps « otage » des historiens français, comme Charles Robert Ageron ou, plus prosaïquement, Yves Courrière, qui en relatent les faits à travers le prisme de la version officielle française, l’Histoire de la Guerre d’Algérie (1954-1962) intéresse de plus en plus , pour sa richesse en leçons et enseignements divers, les hommes politiques et les historiens d’autres sphères culturelles, guidés par la recherche de la vérité historique et qui ne sont influencés par aucune passion ou considération subjective.

 C’est le cas notamment du livre de Sir Alistair Horne « A Savage War of Peace : Algeria 1954-1962 » ( Une Guerre féroce pour la Paix : Algérie 1954-1962 ), publié en 1977 par les Editions New York Review Books et réédité en 1996 et en 2006 avec des préfaces mises à jour.

 Ce livre est devenu un best-seller aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, depuis que le Président George W. Bush en a fait son livre de chevet, sur recommandation de M. Henry Kissinger, dont Sir Horne prépare actuellement une biographie autorisée, afin de lui permettre « de mieux appréhender la situation en Irak », qui présenterait selon l’historien britannique des similitudes avec celle prévalant en Algérie durant la Guerre de libération nationale. Par ailleurs, le film de feu Gillio Portecorvo « La bataille d’Alger » a été également vu, revu et disséqué par le Commandement des forces armées et les différents services de sécurité américains pour comprendre la logique de la guérilla urbaine dans un pays arabe.

 Même s’il a utilisé le même fonds documentaire que ses confrères français, M. Horne a pris, selon lui, le soin d’interroger des protagonistes et des témoins de premier plan de cette Guerre, encore vivants, en Algérie et en France et a visité, à plusieurs reprises, notre pays pour se rendre sur les lieux où les différentes opérations politiques et militaires décrites dans son livre se sont déroulées.

 Subdivisé en trois parties : Prélude : 1830-1954, La Guerre : 1954-1958 et La plus dure des victoires : 1958-1962 , ce volumineux ouvrage tente, avec plus ou moins de bonheur, de clarifier d’abord les raisons objectives qui ont conduit au déclenchement de la Guerre, le 1er Novembre 1954, de montrer ensuite comment cette Guerre a été menée par les deux parties au conflit et d’expliquer enfin pourquoi elle a été gagnée par la partie supposée être militairement la plus faible.

 Ainsi, grâce à sa Guerre de libération nationale exemplaire, à sa précieuse et chèrement acquise expérience en matière de lutte contre le terrorisme islamiste et à son modèle de société, où les modes de vie traditionnel et moderne ont toujours co-habité pacifiquement jusqu’à l’octroi, à la fin des années 1980, de l’agrément aux partis religieux, qui utilisent l’Islam, partagé par la quasi-totalité des Algériens, à des fins politiques et grâce aussi à ses formidables ressources naturelles et à sa position géo-stratégique indéniable, notre pays intéresse, au plus haut point, nos partenaires étrangers développés, qui s’empressent aujourd’hui à instaurer avec lui des relations stratégiques.

 L’indifférence de la communauté internationale à la tragédie vécue par le peuple algérien, dans les années 1990, céde de plus en plus la place à un intérêt grandissant pour notre pays à tel point que le Premier ministre italien, M. Romano Prodi, n’a pas hésité à déclarer que « l’Algérie, ce sous-continent voisin, constitue une chance pour l’Italie et l’Europe , en raison notamment de la sécurité énergétique qu’il leur assure et des nombreuses opportunités de coopération que sa reconstruction offre aux compagnies étrangères, dans tous les domaines ».

 En dépit des nombreux et divers maux, dont les principaux restent encore le terrorisme, la corruption et le trafic de drogue, qui minent la société algérienne et qui pourraient entraver son épanouissement dans tous les domaines et même compromettre la cohésion, la stabilité et l’unité nationales, s’ils n’étaient pas pris plus sérieusement en charge par les pouvoirs publics, notre pays a enregistré, ces dernières années, en raison notamment du renchérissement exceptionnel du prix des hydrocarbures, d’ une meilleure exploitation de nos ressources naturelles non renouvelables et du strict respect des règles de l’orthodoxie financière imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, des résultats macro-économiques encourageants, qui pourraient servir de base solide à une renaissance durable.

 Ils doivent cependant être consolidés par des initiatives fortes, dans tous les domaines.

 En effet, aussi minimes soient ils, ces signes ont suscité chez nos partenaires étrangers un intérêt réel pour rétablir les ponts coupés avec un pays, hier encore isolé et livré à lui-même.

 Nous devons être à la hauteur de leurs attentes et faire en sorte que cet intérêt soit mutuellement bénéfique.

 Nos différentes institutions doivent être bien préparées pour faire face efficacement aux flux humains et de capitaux que cette coopération annoncée va certainement engendrer en leur assurant notamment le sécurité nécessaire car l’investissement comme le tourisme d’ailleurs est versatile et a besoin de sécurité pour s’établir et prospérer.

Bien plus que la rentabilité et les avantages fiscaux, la sécurité est la condition sine qua non pour attirer les investissements directs et les touristes étrangers, courtisés par tous les pays du monde.

 Ce n’est un secret pour personne que les pays développés ont des politiques hautement sécuritaires destinées à assurer la sécurité de leurs citoyens, des étrangers et de leurs biens, dans le cadre des lois en vigueur.

Considérant que « la sécurité, sous toutes ses formes, est l’affaire de tous », les citoyens de ces pays adhèrent massivement à ces politiques.

 En tout état de cause, seule une bonne gouvernance politique et économique du pays et une gestion transparente et rigoureuse de nos ressources naturelles et des recettes qu’elles procurent, permettront au pays d’effectuer le saut qualitatif dont il a tant besoin pour rendre les avancées réalisées irréversibles et relayer ces ressources naturelles non renouvelables par une production industrielle nationale diversifiée.

 Ainsi seulement, nous pourrions contrecarrer efficacement le pessimisme, l’auto-flagellation et le nihilisme semés par certains « hommes politiques » et « intellectuels » pour démoraliser une population, à juste titre, rendue méfiante par des décennies de pensée unique et une jeunesse profondément traumatisée par les dures années du terrorisme barbare et qui voit son unique salut dans l’étranger, à un moment où, paradoxalement, notre pays reçoit quotidiennement des flux d’immigrés clandestins, qui viennent de tous les continents, non seulement pour se rendre en Europe, mais aussi pour tenter leur chance chez nous.

 Nous devons donc nous atteler, d’urgence, à convaincre nos jeunes « harragas », qui continuent à échouer, par dizaines, sur les côtes de nos voisins du Nord de la Méditerranée, des perspectives énormes que les chantiers déjà entamés ou qui vont bientôt être ouverts en Algérie leur offrent en matières d’emplois et de formation, les imprégner fortement de l’histoire multi-millénaire de notre pays, avec toute ses dates et figures marquantes, sans en occulter aucune et leur ré-apprendre à célébrer la mémoire de nos illustres ancêtres et aînés, dans la gratitude, le respect et la ferveur et que M. Horne évoque dans son livre, en soulignant leur sens du courage et de l’honneur qu’il dit « retrouver chez le franco-algérien Zinédine Zidane, qui a préféré son honneur à la coupe du monde, qu’il aurait pu remporter s’il s’était abstenu de réagir violemment aux insultes du joueur italien ».

 Une jeunesse sans mémoire est une jeunesse désorientée et dangereuse car facilement manipulable.

 Nous devons aussi fournir à nos compatriotes expatriés, qui comptent parmi eux des compétences mondialement reconnues, les raisons valables pour qu’ils soient activement associés, chacun selon sa spécialité, au processus de développement national, qui démarre puissamment.


La mondialisation s’élargit à l’histoire et la mémoire: La guerre d’Algérie en débat au Japon

mars 6, 2007

par L’un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf

La mondialisation s’étend à l’histoire et à la mémoire. «Lutte de libération nationale» ou «guerre d’Algérie» – selon les deux définitions en usage dans le monde arabe ou en occident -, l’ultime page du mouvement national algérien se débat sous d’autres cieux.

 En tournée étrangère, depuis trois ans, à travers «La Bataille d’Alger», le plus sanglant des conflits de décolonisation vient de se poser en terre lointaine. Plus précisément, au pays du soleil levant, à des milliers de kilomètres de l’ex-théâtre des «opérations de maintien de l’ordre».

 Conséquence d’un débat à la mode – l’appréciation des désordres actuels du monde à la lumière des conflits antérieurs -, le Japon se penche, lui aussi, sur la guerre d’indépendance algérienne.

 Deux institutions nippones ont invité, dernièrement, l’historien Benjamin Stora, pour élargir, le temps de deux conférences, leurs champs thématiques respectifs.

 L’Institut franco-japonais de Tokyo a braqué son projecteur sur le traitement de l’histoire coloniale du cinéma français. Deux films, «La bataille d’Alger» de Gilo Pontécorvo et «Indigènes» de Rachid Bouchareb, ont été projetés en guise d’introduction.

 Stora a accompagné les débats par une communication sur «la mémoire de l’Algérie coloniale au cinéma».

 Toute aussi exposée sur la communauté intellectuelle nippone, la Maison franco-japonaise a pris le relais. Son équipe scientifique a demandé à l’auteur de «la gangrène et l’oubli» d’approfondir la discussion sous des angles différents. Thème retenu, le passage en revue des mémoires de la guerre d’Algérie au miroir de la société française.

 Original sous ces latitudes extrême-orientales, le débat autour de la guerre d’indépendance algérienne surprend bien du monde sauf les familiers de la vie intellectuelle et universitaire japonaise. Modestement, mais à un rythme qui va crescendo, quelques chercheurs commencent à s’en emparer. D’où la double initiative de l’Institut franco-japonais et de la Maison franco-japonaise.

 Leur choix de programmer la guerre d’Algérie et ses enjeux historiques et mémoriels dans leur agenda n’est pas anodin. Plus qu’une réponse conjoncturelle à l’air du temps, il répond à une réelle demande. Ancienne puissance coloniale qui avait rêvé, jusqu’à 1945, de bâtir un empire sous bannière nippone, le Japon se livre, lui aussi, à des va-et-vient dans la mémoire des années de guerres impériales de la fin du 19ème siècle et le début du 20ème.

 De surcroît, adossé à un continent dont l’histoire contemporaine a été jalonnée de conflits et de bruits de botte, l’archipel découvre tout l’intérêt qu’il y a à revisiter les séquences impériales et coloniales. A quelques noeuds de là, le Vietnam n’est pas en reste, qui remet en perspective ses deux guerres avec la France et les Etats-Unis. Depuis une quinzaine d’années, tout un chantier de recherches a été lancé.

 Dès la fin 1990, l’Ecole française d’Extrême-Orient avait invité Benjamin Stora à labourer un des multiples corpus sur la question. Au bout de trois années de recherche, il avait consigné au crédit du fonds scientifique de l’école «Imaginaires de guerre», une étude comparative sur les représentations cinématographiques et télévisuelles des conflits franco-algérien et américano-vietnamien


L’immigration et l’Islam en France

février 11, 2007

par Benkoula Sidi Mohamed El-Habib Architecte Et Docteur En Urbanisme. Maître-Assistant A l’Institut d’Architecture d’Oran (UST)

Les populations maghrébines ont commencé à affluer massivement en France à partir des années 1950, elles constituaient une main-d’oeuvre peu qualifiée qui a été exploitée selon les besoins des trente glorieuses. Ces populations constituées jusque-là de forts taux d’hommes célibataires, sont devenues une immigration résidente par l’effet de la circulaire de 1974 relative à la restriction des flux migratoires provenant du Maghreb et l’application des politiques de regroupement social des années 1980.

Depuis la «francisation» des générations issues de cette immigration par les politiques d’intégration n’a pas empêché, pour autant, leur assimilation persistante aux étrangers (1). Le traitement particularisant, mais surtout dans le sens de discriminant, qui leur est depuis réservé, dans les domaines de l’insertion scolaire et professionnelle et les difficultés qu’ils éprouvent à bénéficier des mêmes avantages octroyés socialement aux «jeunes Français de souche», handicapant leur «intégration» dans le sens de leur acceptation dans la société française. Le difficultueux rapport à l’immigration semble reposer d’une part, sur l’échec des politiques d’intégration engagées depuis les années 1970 et d’autre part, sur l’évolution d’une certaine discrimination sur fonds de déprime sociale liée pour l’essentiel aux questions de récession économique et à l’inexistence d’un véritable projet consensuel de développement dans le monde politique.

En ce sens, l’intégration culturelle des différentes générations issues de l’immigration dans un système social global capable de digérer les différences, voire de les tamiser en fonction d’un critère commun: l’égalité des chances est exposée à des représentations fermées d’une identité française prédéfinie, considérée telle qu’issue de l’histoire et présentée comme immuable. Ces représentations sont portées par une certaine population fragilisée par un vaste mouvement de désindustrialisation amorcée au cours des années 1970. Des nombreuses études montrent que les taux de chômage sont en augmentation dans les régions qui sont connues par leurs monoactivités sidérurgiques et métallurgiques des années 1970-1980, où les entreprises sont en permanente diminution d’effectifs. La forte présence des populations immigrées et maghrébines -à l’origine une immigration de main-d’oeuvre- particularise en partie ces mêmes régions. Déjà confrontées aux difficultés de l’intégration culturelle et sociale, elles comptent parmi ses rangs un nombre important de chômeurs (2). Chômage, affaiblissement de l’autorité patriarcale, cantonnement dans des parcs HLM délabrés et éloignés des centres-villes, sont autant de facteurs qui contribuent à confiner les jeunes «beurs» dans les territoires périlleux et culpabilisant de la marginalité. Ainsi, si certaines banlieues ghettoïsées ont tendance à se replier sur elles-mêmes et à constituer des territoire restreints à des populations «de plus en plus exposées aux risques de la précarité économique par la tension qui y règne et les stigmates politiques et sociaux qu’elles portent, il faudrait, cependant, ne pas perdre de vue la multiplication des quartiers riches qui se dotent des techniques des plus récentes, dites de pointe, pour se protéger des intrusions «indésirées» des populations pauvres et, qui se ghettoïsent donc par d’autres modes de renfermement et d’exclusion. En d’autres termes, à qui doit s’adresser très exactement le discours de l’intégration? A une certaine population fragilisée par le poids de la relégation sociale au rang de population de deuxième catégorie, à peu près à l’image des musulmans de l’Algérie française, ou à l’ensemble des Français quelles que soient leurs origines, en raison de l’échec éminent du modèle républicain dont le fonctionnement ne semble plus correspondre au caractère pluriculturel du paysage social français contemporain?

 Dans ce contexte, la banlieue sensible est représentée comme étant le réceptacle des angoisses d’une jeunesse difficile, particulièrement quand elle est d’origine étrangère. Celle-ci est appelée à adhérer à un certain modèle républicain archaïque, parce qu’il ne semble pas correspondre aux caractères complexes et modernes de la société française et parce qu’il est affaibli en raison de l’échec des politiques d’intégration. En ce sens, confrontées à l’éclatement des banlieues en 2005 et l’importance du phénomène à l’échelle nationale, les autorités françaises n’ont eu d’autres alternatives que de recourir à quelques méthodes de répression dont la plus importante est l’application du couvre-feu. Encore une fois, l’Etat semble saturé, incapable d’inventer de produire une référence commune à la nation dans les différences de toutes sortes des différentes communautés, mais surtout incapable de répondre au malaise social des jeunes de banlieue devant ce qui leur est socialement et économiquement inaccessible, selon Edgar Morin. Dans ce contexte, la société est tuméfiée par la peur excessive des regroupements des populations de la même origine, la même appartenance confessionnelle, la même classe…

 Est-ce à dire aussi que les jeunes Français d’origine maghrébine et africaine sont appelés à demeurer, pour un certain temps, exposés à une réalité difficile: celle du repli, c’est-à-dire celle qui génère la victimisation et sous-tend le risque de dérapage social et, celle qui induit la «désintégration» face au mépris que leur témoigne la société française, un mépris résultant de la méfiance des Français de souche envers une jeunesse qui ne partage pas les mêmes repères, les mêmes valeurs, voire la même religion.

 Il est clair que dans le cas de la France, il s’agit d’interroger la notion d’immigration de l’intérieur et de l’extérieur, mais surtout de bien la contextualiser dans un calendrier historique pouvant aider à éviter les simplifications, les raccourcis, les analyses de l’évidence. Cela permettrait, peu ou prou, de limiter sa tuméfaction dans le territoire d’une certaine République franco-française qui tourne le dos à son passé comme par la glorification officielle de la colonisation, ignorant par cette attitude les rapports des Français issus de l’immigration à leur pays d’origine.

Gauche/Droite et la question de l’immigration

Jusqu’aux années 1990, le débat sur la question de l’immigration a été partagé entre une droite qui condamne lato sensu, les étrangers clandestins et les Français d’origine étrangère en mal d’intégration, d’être responsables de l’insécurité urbaine et, une gauche mollement hostile à ce positionnement afin d’éviter ce que nous appelons une «surtraumatisation» de la société française suite à l’affaire du voile islamique déclenchée dès le début des années 1980 et la montée du terrorisme islamiste des années 1990. L’écart qui sépare la gauche de la droite sur les questions relatives à l’insécurité urbaine et la stigmatisation des populations étrangères a, a priori rétréci, notamment depuis la politique jospinienne de l’alerte contre l’augmentation de l’insécurité aux fortes affinités électives.

 L’affrontement Gauche/Droite est mené sur fond de débat «moralisant et idéologique», il s’articule autour du lien supposé entre «délinquance et immigration» chez les populations africaines et «maghrébines françaises» en particulier (3). Il prend une tournure dangereuse en raison d’une certaine politique populiste qui s’en prend ouvertement aux «Etrangers de la République» en les accusant d’être les principaux responsables des soulèvements des banlieues, dites «sensibles». Le rejet de l’autre, présenté comme envahisseur, perturbateur et enfin émeutier, est la fêlure d’une République qui a beaucoup de mal à se tenir droite en étant incapable d’intégrer l’ensemble de ses citoyens, quelles que soient leurs provenances.

La difficulté d’intégration des jeunes Français-musulmans et le recours à l’Islam

En réaction au rejet de la société française, un certain nombre de jeunes Français-musulmans font appel à leur appartenance confessionnelle. Ils font usage d’une identité revendicative particulièrement religieuse qui traduit la volonté de l’affrontement, de l’opposition, de la différence, issue du désespoir et du malaise social qu’ils éprouvent. Le recours de ces jeunes à l’Islam n’est pas, cependant, socialement systémique, ni systématique.

 Selon Olivier Roy, certaines banlieues où ces jeunes sont moralement concentrés, font l’objet de processus d’ethnicisation déstructurée et d’installation d’une culture du vide, de l’ennui principalement chez les jeunes qui éprouvent un manque énorme de repères sociaux. Il explique que l’éthnicisation est une culture de bricolage, fabriquée souvent en fonction des souvenirs des pays d’origine. Chez les populations musulmanes issues de l’immigration, elle est définie comme une culture de refus, endurcie par les tentatives des politiques d’intégration ratées de l’Etat français. Certains «jeunes des banlieues», en difficulté d’insertion, recourent à la religion: ils ne connaissent pas le contenu de l’Islam mais l’utilisent comme valeur de refuge où il leur semble un certain sentiment de dignité, de droit à l’existence et au respect.

 Par ailleurs, ayant pris conscience de la frayeur que l’Islam génère chez les populations françaises de souche, certains jeunes Français-musulmans, en mal d’identité, se saisissent de cette religion pour se fabriquer une identité ethnique marquée par la volonté de l’enfermement sur soi. Celle-ci se recoupe avec une identité religieuse fondée sur des modes de reconnaissance dévoyés qui perturbent l’équilibre social de la cité ou du quartier, comme de s’organiser en bandes pour, terroriser ce qu’ils appellent «les sales Français». En ce sens, Michel Kokereff note que «les beurs ne connaissent rien à l’Islam mais sont sensibles au pouvoir de provocation du mot. Ils réintègrent l’Islam comme un fantasme signifiant dans le dialogue-provocation qu’ils entretiennent avec les «Français» parce qu’ils savent que cela fait peur et marque aussi une différence irréductible» (4). Et à partir d’un constat social et d’une faible argumentation chiffrée, il tente d’expliquer les raisons qui engendrent la sur-délinquance dans la population maghrébine. Il note à propos de ce qu’il appelle «la dérive mafieuse des cités» que les «jeunes (Maghrébins) seraient massivement toxicomanes, et pour consommer comme pour s’enrichir, ils deviendraient fatalement de jeunes trafiquants de drogue qui ne tarderaient pas à s’organiser en bandes délinquantes et armées, organisant toute une économie souterraine dans leurs cités et terrorisant les territoires environnants». (5)

 Ce qui nous semble incertain est la dissociation de la question sociale dans l’ampleur de la crise identitaire de la jeunesse musulmane de France de la médiocrité de l’environnement dans lequel elle vit. Les éléments qui freinent l’intégration des jeunes beurs sont alarmants. Si nous prenons le cas de Saint Denis où siègent l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) et où le plus grand nombre de musulmans réside, nous retiendrons que c’est dans ce département que le taux de chômage est le plus élevé. «De manière générale, le contexte démographique, social, économique et politique de ce département est extrêmement sensible». Les actifs résidant dans ce département ne représentent que 50% de l’ensemble de la population. Le taux de chômage y est le plus élevé de la région Ile-de-France (17,2 % en 1999). Dans la commune de Stains, par exemple, le chômage des hommes de 15 à 24 ans atteignait 44,9% en 1999, -33,8% de la population non scolarisée de plus de 15 ans n’ayant aucun diplôme. Parmi les actifs, on dénombrait 38,1% d’ouvriers et 36,6% d’employés en 1990, le pourcentage des ouvriers étant de 31,7 et celui des employés de 33,9 dans l’ensemble du département» (6). Remarquons que sur les chiffres énoncés ci-dessus, la population immigrée et musulmane dans sa majorité, particulièrement maghrébine n’est pas désignée spécifiquement; elle reste inclue dans la population étrangère recensée. C’est ce tabou «mythifié» que certains chercheurs tentent de mettre en évidence, voire même de vulgariser. En ce sens, Michèle Tribalat observe que «la principale difficulté de l’analyse vient de la rareté des données. Il y a dans notre pays un étrange tabou sur les origines, qui est levé progressivement». (7)

 Par ailleurs, à travers de nombreuses études récentes, il apparaît que la localisation géographique de ces populations en difficulté sous-tend la circonscription d’un territoire difficile à aborder, esseulé, investi par une population «haut risque», une jeunesse «en dérive» qui refuse les processus de socialisation. Grâce à notre observation du terrain, nous avons remarqué qu’à l’opposé des clichés des populations externes aux banlieues réputées comme étant difficiles, les jeunes qui résident dans ces quartiers pauvres ne sont pas plus dangereux, agressifs que les autres jeunes (8). Dans nos entretiens, ils se défendent de cette étiquette de population juvénile à risque, cette image semble colportée par les «démagogues (…) qui caricaturent l’insécurité en France». Ce cliché de jeunes en situation de marginalisation résidant dans des quartiers sensibles, dangereux pour les concitoyens, est une «image facile et totalement construite par ceux qui n’ont pas le courage de s’attaquer véritablement au crime organisé et aux violences les plus répandues dans notre pays» (9). Ou encore comme le note Laurent Mucchielli, à propos de la délinquance des «jeunes des banlieues»: «un certain nombre de pseudo- experts (en réalité des marchands de sécurité, des représentants de syndicats de police, des journalistes très politisés), bien implantés dans les médias, ont réussi à faire passer pour des vérités «scientifiques» un certain nombre d’affirmations et de catégories d’analyses comme: les statistiques indiqueraient une «explosion de la délinquance des mineurs», les délinquants seraient «de plus en plus jeunes et de plus en plus violents», ils n’auraient «aucun repère» et seraient «désocialisés», l’école serait «envahie», voire «submergée» par la «violence» (10).

 Enfin, toujours dans le cadre de nos entretiens, nous avons repéré de nombreuses fois l’utilisation, à la fois par les jeunes beurs et les Français «moins chanceux qui s’assimilent, à notre grand étonnement, aux Arabes», l’expression «sales Français». Celle-ci nous semble revenir que pour exprimer le dépit qu’ils éprouvent en réaction au «regard méchant», réprobateur des «autres (Français) qui les afflige et le rejet qui les marginalise. Ces jeunes ne sont pas moins mobiles que les autres jeunes de milieux plus ou moins favorisés, ils fréquentent les centres-villes, les boîtes et les bibliothèques, mais ils semblent, sans être renfermés, attachés à leur société d’entre jeunes de banlieues qu’ils opposent à la grande société de dehors laquelle «ne nous fait pas peur! Ils ne nous aiment pas, les Français».

Vers une demande d’Islam croissante

La demande d’Islam en France est un fait établi depuis l’arrivée des premières vagues d’immigration des années 1950. Elle ne caractérise pas l’ensemble des immigrés et semble stabilisée à un niveau faible, voire stationnaire jusqu’à la fin de la première moitié des années 1970. Le décollage de cette demande semble lié à la circulaire de 1974, relative à la restriction de l’immigration maghrébine. Jocelyne Cesari pense que l’établissement de cette immigration en France faisait partie, jusque-là, de l’«impensé» des pouvoirs publics.

 La population maghrébine a résidé dans des conditions lamentables. «En 1966, 43% des Algériens de France vivent dans des bidonvilles! Villeurbanne ne regroupe que 21 familles, mais il faut songer qu’à la même époque, celui de Nanterre, l’un des 89 bidonvilles autour de Paris, abrite près de 10.000 Algériens. L’absence de politique de logement, l’insuffisance des foyers d’accueil et la cherté des hôtels meublés rejettent les familles maghrébines à la périphérie des villes et les condamnent au ghetto, la marginalisation du lieu, la précarité de son habitat. Mais elles dépeignent aussi un bidonville qui reproduit l’ordre spatial des «casbahs» et vit encore au rythme convivial des traditions religieuses et des solidarités villageoises, évoqué parfois avec nostalgie.

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Ces mondes entre ciel et boue, ces «villes qui n’existent pas» ni acceptées, ni empêchées, c’est dit-on, De Gaulle, alors président de la République, qui en exigea la destruction: «C’est trop laid, c’est inhumain, changez-moi tout ça!» Un vigoureux plan de résorption de l’habitat insalubre, dès la fin des années soixante, aboutit à la construction de cités de transit «aux baraques» de métal en attendant le relogement des familles immigrées dans d’anonymes H.L.M. Cette nouvelle page de l’histoire des immigrés en terre française ne sera pas moins amère…» (1).

Dans ces conditions, une demande d’Islam «prend forme» et évolue. Selon Gilles Kepel, elle ne caractérise pas au même degré la totalité des musulmans de France. Les écarts d’appartenance à l’Islam entre générations différentes, ensuite au sein d’une même génération, sont assez importants. L’Islam est à la fois identitaire, culturel, populaire, républicain, ou stricto sensu «pluri religieux». Il semble dépendre des conjonctures économiques et sociales de chaque population et de sa localisation «géographique». D’où nos interrogations sur la nature des demandes d’Islam en termes de réalisation adaptée aux affinités religieuses de chaque groupe dans telle ou telle communauté musulmane, voire sur leur crédibilité. En termes de pratiques, pendant longtemps, les immigrés musulmans pensaient que leur présence dans un pays «non musulman» pouvait les dispenser de certaines pratiques religieuses comme la pratique des prières et le jeûne du Ramadan. Ce qui peut nous amener d’ailleurs à penser que cet état de présence temporaire résolue par les musulmans de la première génération immigrée est aussi à l’origine de l’invisibilité de l’Islam durant les décennies 1970 et 1980. En ce sens, jusqu’à la fin de la première moitié des années 1970, pour ceux qui pratiquaient, la demande de l’Islam se limitait aux salles de prière dans les foyers et les lieux de travail. Ce n’est qu’en 1981, qu’une seconde mosquée identifiée grâce à son minaret, après la grande mosquée de Paris, fut édifiée à Mantes-La-Jolie.

En plus des quelques salles de prière créées dans les entreprises, au cours des années 1970, comme les usines Renault et encouragées par les pouvoirs publics pour assurer l’installation d’une «paix sociale» selon Gilles Kepel, d’autres salles ont été créées dans des caves et des patrimoines bâtis de toute nature, abandonnés et délabrés dans les quartiers pauvres des villes centres et les banlieues dites sensibles. La majorité des musulmans de France fréquentent des mosquées établies dans des spatialités médiocres et dont le nombre varie entre 1.500 et 1.700, seulement quelques lieux de culte musulman bénéficient d’une architecture qui leur permet d’être visibles et identifiables. A Toulouse, les musulmans prient dans un parking souterrain et dans plein d’autres villes de France, ils pratiquent leur culte dans des appartements exigus. En même temps, rares sont les départements de France qui ne possèdent pas, au jour d’aujourd’hui, un projet de mosquée à réaliser (2). Récemment, en Ile de France, les autorités publiques ont annoncé la réalisation de plusieurs mosquées. Ces projets témoigneraient d’un certain changement d’état d’esprit des décideurs locaux français vis-à-vis de l’Islam. Il pourrait, cependant, s’agir d’une simple évolution dépendant pour l’essentiel des enjeux des politiques d’électorat. Ce qui signifierait que le dépôt des premières pierres n’est pas forcément aboutissement des projets de mosquées.

Méthodologie de l’étude des demandes en matière de lieux de culte

En France, la demande de l’Islam en matière de lieux de culte n’est pas définie en termes de chiffres désignant les «musulmans pratiquants». L’identification des personnes, en fonction de leurs appartenances religieuses, a quasiment disparu depuis 1872. Selon la loi française, les questions figurant dans les recensements ne doivent pas porter sur les considérations ethniques ou les appartenances religieuses des individus. D’où le recours à d’autres moyens d’investigation comme «l’observation directe (qui) montre qu’ils (les musulmans) ne se répartissent pas de manière purement aléatoire dans l’espace urbain. Les conditions politiques, économiques et sociales de l’immigration de France expliquent largement leur répartition, non seulement dans les foyers et les grands ensembles de banlieue, mais aussi dans les vieux quartiers des villes centres qui ont constitué souvent une aire de premier accueil». (3). En d’autres termes, les musulmans se répartissent géographiquement en fonction d’un immobilier peu cher, souvent éloigné à l’exception des quelques quartiers pauvres des villes-centres (4). Ainsi donc, la difficulté d’évaluer avec précision les demandes de lieux de culte musulman seuls quelques chercheurs semblent se l’expliquer par les deux éléments suivants:

- Le premier concerne la croissance des migrants en France. Celle-ci semble disproportionnelle au triste état des lieux de culte musulman. Nous remarquons, cependant, que ce constat n’est jamais suffisamment étayé dans les différentes études sociologiques que nous consultons (5). Nous sommes à même de nous interroger sur la fiabilité de ce type de constat, en particulier, s’il ne peut pas reposer sur des données chiffrées indiquant plus ou moins le nombre exact des musulmans pratiquants, la qualité des mosquées dont ils disposent, quelles que soient leur nature (visibles, invisibles) et leur capacité d’accueil.

- Le second concerne «le caractère aléatoire de la sédentarisation» de cette immigration suite aux circulaires (1974) relatives à la maîtrise de l’immigration maghrébine en particulier. Ce type de circulaires semble être à l’origine de la «sur-multiplication» des lieux de culte musulman en France. Le passage de l’immigration du statut de main-d’oeuvre mobile au statut d’immigration résidente a, en quelque sorte, déclenché le boom des mosquées de France. Des collectifs musulmans ont commencé à se constituer et ont porté les premières demandes de lieux de culte. A partir des années 1970, l’implantation des lieux de culte semble correspondre à la localisation géographique de la classe ouvrière à laquelle appartenait une grande partie de la population musulmane maghrébine. La sédentarisation de cette population s’effectue en fonction de la localisation d’un logement disponible souvent de qualité médiocre (6). Sans oublier que la croissance des associations islamiques a suivi, de manière significative, dès 1981, date de l’abrogation par les pouvoirs publics du décret de 1939 interdisant le droit d’association aux étrangers.

Frank Frégosi (7) précise que pour aborder ce type de demandes, l’interrogation en amont concerne le nombre de cultes déjà existants. Il s’agit d’identifier l’immobilier, l’état du bâti et d’étudier les demandes des associations en matière de rénovation et de projets à réaliser, donc d’avoir un aperçu objectif de la demande. Selon ce même chercheur, la demande de l’Islam matérialisé repose sur le repérage des associations gestionnaires des lieux de culte quelles que soient leurs natures (salles de prières ou mosquées). Eventuellement, même les associations musulmanes (loi de 1901 ou 1905) qui ne sont pas responsables de lieux de culte sont recensées. Ensuite, on procède à l’évaluation des besoins de ces associations. L’ensemble des acteurs des collectivités publiques, des organismes de recherche, des instituts privés et des représentants des associations musulmanes est associé aux différentes étapes des études de demandes. On n’hésite pas à consulter les associations de voisinage.

Les acteurs tentent d’évaluer le plus objectivement possible la réalité des demandes culturelles par un travail approfondi de consultations et de croisements des données. Il s’agit de mesurer les besoins des administrés en termes de lieux de culte, donc de constater si tel ou tel projet de lieu de culte correspond à une réelle demande sociale et d’éviter les demandes symboliques émanant de certains groupes qui cherchent à acquérir une plus grande représentativité publique. Cette démarche peut permettre de vérifier la nature et l’échelle du projet à réaliser, c’est-à-dire: faut-il opter pour un lieu de culte de proximité ou une grande mosquée? En terme de toutes ces démarches, c’est la décision politique qui tranche pour tel ou tel projet.

Le lieu de culte musulman dans les politiques urbaines

Comme les autres cultes, l’Islam ne fait pas figure de présence exceptionnelle dans les politiques de la ville qui s’adressent aux communautés confessionnelles. Le fait que certaines municipalités prennent l’initiative d’assigner quelques réserves foncières ou immobilières à une éventuelle activité culturelle, et cela dans le cadre de leurs politiques locales, à distinguer des politiques urbaines qui reposent sur des outils d’urbanisme précis, ne signifie pas que la loi républicaine les oblige à aller jusqu’au bout, car aucune règle juridique ne leur impose l’édification d’une quelconque spatialité en faveur de tel ou tel culte.

Ainsi, l’Islam est exposé, à notre avis, à un problématique bien plus complexe que la simple interprétation de la loi de 1905, c’est-à-dire celle de la fragmentation des pouvoirs publics. Celle-ci s’exprime parfois par une espèce d’opposition des discours nationaux et locaux. Tandis que le discours national se prononce en faveur de l’intégration de l’Islam au paysage urbain comme donnée participant au parachèvement de l’entité nationale, sur fonds moralisant et apaisant des tensions locales, le discours local n’hésite pas à exacerber les peurs des riverains, à contourner la loi sans pour autant tomber dans l’illégalité, à laisser traîner les dossiers d’instruction des permis de construire des mosquées comme en raison d’ambition élective inavouée (8). Dans ce contexte, l’appartenance à la droite ou à la gauche perd son sens, puisque bien des exemples ont montré que des politiques de gauche se sont opposés à la construction des mosquées, tandis que d’autres de droite l’ont approuvée.

Nous pouvons cependant nous interroger sur l’existence ou l’inexistence d’un quelconque électorat musulman que certains élus semblent privilégier dans leur course au pouvoir. «C’est-là où nous pouvons dire, nous déclare Frank Frégosi, que la collectivité peut intervenir, d’autant plus que les élus sont sensibles à la grande partie de la population musulmane en France qui comporte une grande partie des nationaux. Donc, il y a un argument électoral qui fonctionne. Bon nombre d’élus ont changé d’avis sur ce sujet parce qu’ils avaient pris conscience que sur leur commune ils avaient bon nombre de leurs concitoyens qui sont de confession musulmane. Donc, ils ont peur, à terme, d’avoir des retombées électorales. Auparavant, on craignait une ingérence étrangère, aujourd’hui on recherche un électorat musulman, qui n’existe pas. Toutes les enquêtes socio-électorales sur la question ont montré qu’il n’y a pas de vote musulman, comme il n’y a pas de vote juif. Mais pour les élus, ça continue à faire sens. On a beau leur démontrer que ça n’existe pas statistiquement parlant, ils continueront néanmoins d’y croire, c’est comme ça qu’on a vu des élus changer d’avis, donc se sensibiliser, faire un effort en terme de communication, allant au-devant des communautés, leur rendre visite au moment du Ramadhan, se faisant assaut de citer tel ou tel personnage de l’histoire musulmane».

Dans une étude ayant pour objet d’évaluer les comportements électoraux des habitants de quartiers d’habitat social, «les entretiens ou les sondages à la sortie des urnes ont montré que cet électorat (des beurs) ne vote pas systématiquement à gauche comme certains responsables politiques de gauche (comme de droite) ont pu le penser. Néanmoins, il apparaît que les électeurs en situation économique et sociale difficile votent à gauche, et que ceux en ascension sociale votent plus fréquemment à droite.

Ainsi, il n’existe pas un vote beur, ou même les prémices d’un vote communautaire, ce que confirment les piètres résultats des candidats d’origine maghrébine obtenus dans ces villes» (9). Dès lors, il nous semble que dans ce type de cas, l’Islam devient un «moyen de politique» pour ne reprendre qu’une expression de Gilles Kepel, qui révèle, selon nous, le mal d’insertion en terme de matérialisation de cette religion dans le paysage urbain «non musulman».

Pour comprendre cette politisation de la question de la matérialisation de l’Islam, la plupart de nos interlocuteurs font allusion à l’attentisme qui particularise les instructions des permis de construire des mosquées. Selon Jean-Claude Herrgott (10), le permis de construire qui ne devait répondre qu’aux dispositions du droit commun, semble soumis «au bon ou mauvais vouloir des élus locaux». Cette formalité est généralement tributaire d’un temps long et lent d’instruction.

En terme de temps long, le cas de la grande mosquée de Paris reste assez significatif. Il a fallu presque quatre-vingt ans pour sa réalisation, notamment depuis que l’architecte «maudit» Hector Horeau a émis, au cours de la décennie 1880, le souhait de construire une mosquée à Paris «pour appeler à nous et républicaniser les musulmans» (11). Selon Gilles Kepel, «l’idée de créer à Paris une mosquée semble devoir être attribuée, dès 1849, à la société orientale algérienne et coloniale. Toutefois, selon un haut fonctionnaire de la ville de Paris, auteur d’une brochure relatant l’histoire de la grande mosquée, «elle n’entra vraiment dans le domaine des réalisations qu’en 1895. Il était apparu à Harry Alis, le créateur du comité de l’Afrique française, qu’à l’heure où la France, grâce au développement de son empire nord-africain, devenait une grande puissance musulmane, il importait de donner à l’Islam un témoignage éclatant de sympathie par la fondation, à Paris même, d’un édifice religieux» (12). Mais ce n’est qu’en 1922 que les travaux de réalisation de la grande mosquée de Paris ont débuté. Elle est inaugurée en 1926, en présence de Moulay Youssef, Roi du Maroc.

En terme de temps lent, la mosquée de Tanger et de nombreux autres projets pâtissent de la lenteur de traitement administratif qui semble devenir, selon un fonctionnaire de la mairie de Paris «habituelle». C’est-à-dire que nous la retrouvons pratiquement dans chaque cas de mosquée à construire en France pour des motifs différents. D’ailleurs Jean-Claude Herrgott nous déclare que la construction d’une mosquée est souvent une source de problèmes immédiats avec les pouvoirs publics.

Le cas de Marseille donne une idée sur le débat houleux qui, manifestement, semble handicaper «l’intégration urbaine des populations musulmanes de France». A Marseille, le projet de mosquée est en attente depuis 1937. A l’époque, la ville comptait cinq mille musulmans. Le projet revient à la surface juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, notamment avec le premier magistrat de la ville Gaston Defferre de 1953 à 1986. Seulement, la pression de la population pied-noir et la peur d’une certaine population qualifiée par Hervé-Vieillard Baron de «fondamentaliste» a conduit le projet à son abandon. Robert Vigouroux récupère le projet de Marseille à son compte et impose à sa réalisation par les musulmans la charge de nombreuses conditions importantes à satisfaire, comme l’évitement des monopoles des financements d’une quelconque entité, quelle que soit sa nature, la nationalité française des imams et l’adaptation des projets à leurs environnements urbains. Le 1er décembre 2004, Jean Gaudin associe le devenir du projet à la mésentente des musulmans de Marseille. Juin 2004, il renonce au projet.

Ces cas sont multiples. Les idéologies des élus semblent faire abstraction des règles conformes au droit de l’urbanisme et nous amènent, évidemment, à nous interroger sur la frontière qui sépare la loi, à titre d’exemple en matière d’instruction des permis de construire, du pouvoir administratif et politique des élus (13).

Jean-Clause Herrgott se demande «que penser d’un maire qui affirme que la mosquée doit être conforme à ses souhaits? Ce maire n’est pas dans la légalité. C’est par exemple, le cas, lorsque l’exigence municipale porte sur la suppression de locaux culturels qui pourraient servir «d’école coranique». Le maire instruit un permis de construire, il n’est pas maître d’ouvrage, qui plus est, d’un ouvrage privé qui relève de la liberté de culte, liberté que l’autorité communale n’a ni à commenter ni à définir» (14). Il apparaît clairement de cette réflexion que les maires ont tendance à abuser des pouvoirs qui leur sont conférés et qu’ils font preuve d’interventionnisme lequel ne repose sur aucune règle légale dans le droit commun.

Conclusion :

La place de l’Islam est controversée : elle renvoie à l’image d’une immigration dont la présence en France a été un produit conjoncturel des effets contraignants de la colonisation et de la décolonisation, et elle témoigne de la difficulté de réaliser la symbiose entre une France profondément marquée par l’enracinement d’une laïcité dirigée contre les religions et un monde arabe dont la référence fondamentale est l’Islam. Il nous semble qu’il est encore peu probable de parler d’une intégration de fait, accomplie et apaisée de l’Islam dans le paysage public français car les représentations et les clichés sont nombreux. Plus grave, ils sont colportés par quelques chercheurs enrôlés dans la machine de la subjectivation médiatique des discours sociopolitiques. En ce sens, l’Islam est l’objet d’une excitation houleuse des surenchères publiques.

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1-http://perso.wanadoo.fr/cultures.tsiganes/les_jeunes/maghrébins-p2histoire.htm.
2- Voir la carte qui figure dans l’article: La ville de Strasbourg soutient la construction de deux grandes mosquées, dans Le Monde/mercredi 24 mai 2000.
3- Vieillard-Baron (Hervé), de la difficulté à cerner les territoires du religieux: le cas de l’Islam en France, Annales de géographie, n°640, 2004.
4- Mozière (Liane), Péraldi (Michel), Rey (Henri) Intelligence des banlieues, Editions de l’aube, 1999.
5- «Si les faits avérés, les analyses étayées et les études sérieuses ne font pas recette, c’est qu’ils sont moins spectaculaires que les affabulations, mais c’est aussi que les pouvoirs publics, les universitaires, les militants associatifs, et tous ceux qui diffusent de l’information honnête n’ont pas su faire passer leurs idées, se faire entendre, se faire comprendre. Et s’il n’ont pas su le faire, c’est, en partie, parce qu’ils ont continué de s’exprimer dans leur jargon, sans chercher à être, un tant soit, peu pédagogues. Il faut cependant dire à leur décharge que s’ils n’ont pas su le faire, c’est sans doute aussi que la réalité sociale est complexe, qu’elle ne peut pas être décrite en trois phrases ni réduite à un ou deux slogans, qu’elle est plus rébarbative qu’un fantasme ayant toutes les apparences de la réalité». L’immigration, sujet de rhétorique et objet de polémiques par Phillipe Dewite, historien, chercheur associé Urmis-CNRS, in Immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions
la Découverte, 1999, P.6.

6- Zahraoui (Ahsène), CNRS-IRESCO, les Algériens: de la migration à l’installation, in immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions.
La Découverte, 1999.
7- Chercheur au CNRS, chargé de cours à l’institut d’études politiques de Strasbourg et à l’université Marc-Bloch.
8- Benkoula (Sidi Mohamed El-Habib), «La mosquée et ses enjeux d’insertion contemporaine dans les villes «non musulmanes», thèse soutenue sous la direction de madame Jocelyne Dubois-Maury, décembre 2005. Institut d’Urbanisme de Paris à Paris XII.
9- Giblin (Béatrice), Etude comparative du comportement électoral des habitants de quartiers d’habitat social entre des sites de la banlieue parisienne et de la région Nord-Pas-de-Calais, in Intelligence des banlieues, Editions de l’Aube, 1999.
10- Fonctionnaire de la préfecture de Strasbourg.
11- Ragon (Michel), Histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne, 1. Idéologie et pionniers 1800-1910, tome 1, Casterman, 1986, p.212.
12- Kepel (Gilles), Les banlieues de l’Islam. Naissance d’une religion en France, Edition du Seuil, Octobre 1987, p.65.
13- Interrogation que nous avons formulée avec le chercheur Henry Wackrenier, actuellement doctorant à l’IUP.
14-Herrgott(Jean-Claude),La construction des lieux de culte musulman,islamlaicite.org/IMG/pdf/LDH_sedminaire_nov_04_version_II.pdf

 

 

Notes
1-http://perso.wanadoo.fr/cultures.tsiganes/les_jeunes/maghrébins-p2histoire.htm.
2- Voir la carte qui figure dans l’article: La ville de Strasbourg soutient la construction de deux grandes mosquées, dans Le Monde/mercredi 24 mai 2000.
3- Vieillard-Baron (Hervé), de la difficulté à cerner les territoires du religieux: le cas de l’Islam en France, Annales de géographie, n°640, 2004.
4- Mozière (Liane), Péraldi (Michel), Rey (Henri) Intelligence des banlieues, Editions de l’aube, 1999.
5- «Si les faits avérés, les analyses étayées et les études sérieuses ne font pas recette, c’est qu’ils sont moins spectaculaires que les affabulations, mais c’est aussi que les pouvoirs publics, les universitaires, les militants associatifs, et tous ceux qui diffusent de l’information honnête n’ont pas su faire passer leurs idées, se faire entendre, se faire comprendre. Et s’il n’ont pas su le faire, c’est, en partie, parce qu’ils ont continué de s’exprimer dans leur jargon, sans chercher à être, un tant soit, peu pédagogues. Il faut cependant dire à leur décharge que s’ils n’ont pas su le faire, c’est sans doute aussi que la réalité sociale est complexe, qu’elle ne peut pas être décrite en trois phrases ni réduite à un ou deux slogans, qu’elle est plus rébarbative qu’un fantasme ayant toutes les apparences de la réalité». L’immigration, sujet de rhétorique et objet de polémiques par Phillipe Dewite, historien, chercheur associé Urmis-CNRS, in Immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions
la Découverte, 1999, P.6.

6- Zahraoui (Ahsène), CNRS-IRESCO, les Algériens: de la migration à l’installation, in immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions.
La Découverte, 1999.
7- Chercheur au CNRS, chargé de cours à l’institut d’études politiques de Strasbourg et à l’université Marc-Bloch.
8- Benkoula (Sidi Mohamed El-Habib), «La mosquée et ses enjeux d’insertion contemporaine dans les villes «non musulmanes», thèse soutenue sous la direction de madame Jocelyne Dubois-Maury, décembre 2005. Institut d’Urbanisme de Paris à Paris XII.
9- Giblin (Béatrice), Etude comparative du comportement électoral des habitants de quartiers d’habitat social entre des sites de la banlieue parisienne et de la région Nord-Pas-de-Calais, in Intelligence des banlieues, Editions de l’Aube, 1999.
10- Fonctionnaire de la préfecture de Strasbourg.
11- Ragon (Michel), Histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne, 1. Idéologie et pionniers 1800-1910, tome 1, Casterman, 1986, p.212.
12- Kepel (Gilles), Les banlieues de l’Islam. Naissance d’une religion en France, Edition du Seuil, Octobre 1987, p.65.
13- Interrogation que nous avons formulée avec le chercheur Henry Wackrenier, actuellement doctorant à l’IUP.
14-Herrgott(Jean-Claude),La construction des lieux de culte musulman,islamlaicite.org/IMG/pdf/LDH_sedminaire_nov_04_version_II.pdf

 


L’évolution de la diplomatie algérienne de 1962 à 1978

décembre 27, 2006

Commémoration du 28ème anniversaire de
la mort du président Boumediene
  Par Abdelkader Bousselham : Ancien directeur général des Affairespolitique du Ministère des Affaires étrangères 1re Partie En juillet 1962, lors de l’accession de notre pays à l’indépendance, une grande partie de l’Afrique et presque tous les pays arabes du Golfe étaient encore colonisés. En Afrique: le Portugal occupait l’Angola, le Mozambique,
la Guinée Bissau, Sao Tomé, Principe et le Cap-Vert, l’Angleterre, quant elle, était maîtresse absolue en Ouganda, au Kenya, au Zimbabwe et en Namibie.
L’Espagne pour sa part, était présente au Sahara Occidental, ainsi que dans tout le nord du royaume chérifien à l’exception de Tanger, zone internationale. L’apartheid sévissait en Afrique du Sud et une grande partie de l’Afrique dite francophone, Congo Kinshasa compris, n’était indépendante que sur le plan formel, l’ancienne puissance coloniale y maintenant une présence importante, et, exception faite de quelques-uns d’entre eux, une autorité sans partage.Le Moyen-Orient, quant à lui, ne comptait que quelques pays indépendants: l’Egypte,
la Syrie, l’Irak, l’Arabie Saoudite, le Koweït,
la Jordanie et les deux Yémen (celui du nord, royaliste et pro-saoudien et celui du sud, républicain, progessiste et protégé par l’Egypte). Ce n’est qu’en 1975, en effet, que l’Angleterre consentit à se retirer du Golfe, après l’avoir saucissonné, balkanisé et morcelé en une demi-douzaine de principautés, certes florissantes puisqu’elles recèlent encore beaucoup de pétrole, mais incapables, jusqu’à l’heure actuelle, de faire leur mutation et de se projeter effectivement dans le siècle. Par ailleurs, l’Algérie avait à peine quelques années d’indépendance quand la guerre de juin 1967, entre l’Egypte et Israël, puissamment soutenu par les Etats-Unis, vint rappeler cruellement que la liberté était toujours menacée dans le monde arabe et que notre propre indépendance resterait incomplète tant qu’elle ne serait pas consolidée par le triomphe de la justice en faveur de nos frères palestiniens et de tous ceux qui se battaient encore dans le monde pour leur liberté et leur dignité, tels que les Vietnamiens, les Chinois, les Coréens, les Cubains ou les Africains encore colonisés.
Alger devint progressivement le centre nerveux et le quartier général international des mouvements de libération. Même les mouvements américains d’opposition (Black Panthers) ou hostiles à la poursuite de la guerre au Vietnam (Timothée Larry) avaient pignon sur rue à Alger. Et c’est ainsi que l’énergie et l’enthousiasme des diplomates militants algériens des premières années se mirent, en priorité absolue, au service de ces causes, dans tous les forums et parfois, jusqu’à la porte d’entrée des salles de négociations pour l’indépendance.D’ailleurs, ce n’est pas un hasard, si c’est à Alger que furent conclus les accords entre les socialistes progressistes Portugais, qui venaient de chasser Salazar et les leaders des mouvements de libération des colonies portugaises africaines.Ce fut, assurément, une grande époque de la diplomatie algérienne et probablement aussi la plus gratifiante et la plus généreuse, d’autant plus qu’elle était sincèrement fraternelle et désintéressée.Quelques souvenirs émergent à l’évocation de cette époque. Parmi ces souvenirs, l’expulsion de l’Afrique du Sud, en 1973, de toutes les instances des Nations Unies, pour crime d’apartheid et l’appel historique de Arafat, brandissant un rameau d’olivier, à la tribune de l’Assemblée Générale que présidait M.Bouteflika, cette année-là, furent assurément des moments de grande émotion pour les Algériens et pour leur nombreux amis dans le monde.Le Sommet des Non-Alignés à Alger en 1973, et celui de l’OPEP (en 1975), précédemment évoqués furent, tous les deux également, des moments historiques et une consécration solennelle des efforts et de l’engagement de l’Algérie aux côtés des plus faibles.L’admission de
la Chine Populaire aux Nations Unies, avec jouissance pleine et entière de tous ses droits, y compris un siège permanent et le droit de veto au Conseil de Sécurité, fut un autre exemple du triomphe de la détermination et de la clairvoyance de la diplomatie algérienne. Cette double vertu a contribué considérablement au succès de l’action diplomatique de l’Algérie pour le rétablissement de
la Chine Populaire dans tous ses droits au sein des Nations Unies.
Pékin n’oubliera jamais cette solidarité. Washington non plus, mais en sens inverse. Pour les Etats-Unis, après ces revers cuisants de sa diplomatie, il fallait en effet, absolument distraire la diplomatie algérienne avec d’autres problèmes, au besoin en les créant de toutes pièces. L’affaire du Sahara Occidental fut la première grande opération de déstabilisation de l’Algérie de Boumédiène. Sans les encouragements et l’appui diplomatique, financier et matériel des Etats-Unis et des régimes féodaux arabes, Hassan II n’aurait jamais pu obtenir l’accord de Madrid ni oser défier l’Algérie et toute l’Afrique progressiste avec tant d’assurance. Boumediène à
la tribune
des Nations Unies : En vérité, cette exacerbation des Etats-Unis à l’endroit des «audaces impertinentes de la diplomatie algérienne « datent du Sommet des Non-Alignés de 1973 à Alger et du discours de Boumediène, l’année suivante, à la tribune des Nations Unies.Après ce discours historique demandant une refonte des relations entre les nantis et les pauvres et un nouvel ordre économique international, le Président Boumediène et la délégation qui l’accompagnait ont été reçus à Washington par le Président Nixon, assisté de son secrétaire d’Etat, Henry Kissinger.Au moment des adieux au pied de la passerelle de l’avion qui devait les conduire directement à Cuba (suprême provocation algérienne), le colonel Ahmed Bencherif, alors ministre de l’hydraulique et depuis longtemps confident écouté du Président Boumediène, m’apostropha en ces termes:«Alors, j’espère que tu es content de la visite du Président et que ton travail ici va s’en trouver beaucoup facilité!- Je l’espère aussi, Si Ahmed, lui répondis-je et j’espère surtout que cette visite nous donnera un répit de quelques années de plus, ne serait-ce que pour nous préparer à des lendemains difficiles avec les Américains».Comme nombre de collègues, j’étais préoccupé par les réactions éventuelles des Américains contre nous, après leurs revers diplomatiques aux Nations Unies.Un an après cette visite à Washington, éclatait l’affaire du Sahara Occidental. Trois ans plus tard, Boumediène disparaissait à jamais, laissant derrière lui une oeuvre inachevée, une Algérie en chantier, littéralement brisée dans son élan de démarrage.On ne peut affirmer, preuves à l’appui, que la disparition de Boumediène soit imputable aux Américains ou à qui que ce soit, mais il est absolument incontestable qu’ils sont pour beaucoup dans l’affaire du Sahara Occidental, dans la tension dangereuse qu’elle a provoquée dans les relations algéro-marocaines ainsi que dans le sabotage ultérieur de toute solution. Le monde a changé L’évocation de ces événements des premières décennies de l’indépendance n’est pas un rappel nostalgique, il n’est surtout pas une leçon quelconque pour les acteurs actuels. En fait, cette évocation n’a qu’un mérite: nous inviter, les uns et les autres, à mesurer le chemin parcouru et à faire le point . L’environnement international, les enjeux, le travail diplomatique, les objectifs et les méthodes ont changé pour tous les pays. Il est urgent que le nôtre s’adapte rapidement à ces bouleversements.Bien plus que la liquidation du colonialisme, l’accès à l’indépendance en moins d’un demi-siècle de plus de cinquante Etats ou l’éclatement de l’empire soviétique, c’est la prépondérance de quelques puissances planétaires, en nombre très réduit et l’émergence d’une super-puissance unique qui sont les traits saillants de la diplomatie de ces débuts du troisième millénaire. 
La diplomatie des affaires :
 «Un seul objectif, faire des affaires» écrivait Georges Ross (1) dans le «Monde diplomatique» d’août 2000 et, précisant sa pensée, il ajoutait: «Où se traitent les affaires de ce monde? de moins en moins dans les chancelleries, et de plus en plus dans les grandes institutions multilatérales, en premier lieu l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), où les puissants s’ouvrent en force les débouchés de demain. Aussi les négociateurs à l’ancienne n’ont-ils plus d’autre rôle que celui de supplétifs des commis voyageurs de haut vol des banques et des multinationales. La frénésie du commerce, érigée par la mondialisation en principe d’organisation des sociétés, se substitue ainsi à la diplomatie d’antan. Avec des risques, aussi bien pour la cohésion interne des nations, que pour l’achèvement d’un ordre planétaire plus harmonieux».Ce sont là des jugements qui peuvent paraître sévères et pessimistes. En fait, ils sont très réalistes. Nos pays sont bien placés pour s’en rendre compte tous les jours un peu plus, souvent sans possibilité pour eux d’en éviter les conséquences sur leur liberté de décision ni sur le développement de leurs peuples.l’OMC n’est pas seule en cause. Le fonds monétaire international (FMI), le G8,
la CNUSED et les rencontres de Davos ou du Mercosur ont aussi leur part de responsabilité dans le déplacement de la diplomatie vers «le démarchage commercial international» et l’apparition de nouveaux décideurs sur la scène diplomatique. Les multinationales, les banquiers, les gestionnaires des sociétés de change ou d’investissement et les conglomérats de communication poussent, de plus en plus, les diplomates hors de la table de négociation et occupent leur place.
 L’expérience dramatique de l’Algérieavec décideurs étrangers : Nos pays connaissent leurs méthodes. Aucune opération commerciale importante n’échappe à la vigilance et à la boulimie de ces décideurs étrangers. Souvent au détriment de nos économies nationales et de la stabilité de nos Etats.En voici un exemple particulièrement éprouvant, vécu par l’Algérie :En 1978, à la mort du Président Houari Boumediene, les réserves de change du trésor algérien se montaient à quelques quatorze milliards de dollars. En moins de dix ans, Chadli et ses trois gouvernements successifs ont vidé ce trésor et consommé, de surcroît, toutes les ressources pétrolières de cette période (le baril à 40 $). Ils ont, en plus, procédé à des emprunts sur le marché international, si importants que les créances de l’Algérie, au départ de Chadli, se montaient à 26 milliards de dollars (2). Le pays était littéralement ruiné.Ecrasé par le poids et le service de la dette, le gouvernement Hamrouche demanda conseil, aide et assistance à
la Banque Mondiale et au fonds monétaire international. Tous les deux répondirent rapidement à son SOS et lui recommandèrent :
- de rééchelonner la dette extérieure,- de dévaluer le dinar en le réduisant à moins du dixième de sa valeur (auparavant, 1 DA valait 1.20 FF; à la suite de la dévaluation, il fallait 10 dinars pour obtenir 1FF!).- de bloquer les salaires et les recrutements dans les administrations et les entreprises nationales.- de mettre des entreprises industrielles ou commerciales publiques en liquidation et de confier (suprême aberration) toutes les importations de l’Algérie en exclusivité à une firme française pour sélectionner les fournisseurs de tous les produits et les équipements dont elle avait besoin, prétendument sur la base des critères qualité/prix.Une OPA gigantesque, pour ne pas dire la main basse sur toute l’Algérie, était ainsi donnée à des requins étrangers, sous la direction personnelle et tatillonne de M. Hidouci, notre ministre de l’économie nationale.C’était l’époque où le Gouvernement américain et le FMI, (un des outils les plus dociles de sa politique financière internationale d’assistance aux clients et de déstabilisation des autres) recommandait à tous les pays en difficulté, comme nous, de changer immédiatement de stratégie en libérant le marché et en liquidant les entreprises publiques. C’est ce que les théoriciens américains ont appelé le «coupe-feu». Le FMI, pompier-pyromane Les conséquences de cet immense bradage d’actifs nationaux dévalués en catastrophe au profit d’hommes d’affaires nationaux ou étrangers prédateurs, la fuite des capitaux vers d’autres cieux plus sereins (30 milliards de dollars appartenant à des Algériens seraient encore camouflés dans des banques étrangères) la panique économique et sociale qui a saisi le pays et les événements d’octobre 1988 firent le lit du FIS et de sa prise de pouvoir, d’abord sur les mairies, ensuite sur l’assemblée nationale, lors du premier tour des élections législatives de 1991.Ainsi, le «coupe-feu», mis en oeuvre par le FMI pour juguler la crise chez nous, s’est révélé une catastrophe nationale d’une ampleur telle que presque toute l’économie nationale et toutes les forces vives de la nation ont été gravement atteintes. Le pays ne s’en est pas tout à fait relevé.Apparemment, cette opération «coupe-feu» n’était qu’une première phase d’un plan, ou plutôt d’un complot international ourdi entre des capitales occidentales et quelques capitales arabes, toutes inquiètes de l’ascendant que prenait la diplomatie algérienne, complot en vue de déstabiliser l’Algérie avec l’objectif de l’éliminer de la scène internationale.La seconde phase de ce complot furent les manifestations violentes d’octobre 1988 du ras-le-bol populaire, la paralysie d’un FLN hors-jeu et l’émergence, en quelques mois à peine, d’un FIS sûr de lui, démagogue et conquérant. Conséquence troublante : au moment même où le FIS se         préparait à prendre le pouvoir en Algérie, par la voie des urnes, des jeunes Algériens, en grand nombre, prenaient le chemin de l’Afghanistan, via l’Arabie Saoudite et à ses frais, soit-disant pour participer au djihad de la libération de ce pays musulman, de l’occupation communiste impie qu’il subissait. En fait, la plupart sont restés à la frontière pakistano-afghane, dans les camps de peshawar, où des «experts» américains et non-américains les ont endoctrinés et préparés, pendant des mois, au terrorisme et la guérilla.Le report sine die du second tour des élections législatives a été l’étincelle qui a mis le feu au brasier algérien et donné le signal de la troisième phase, celle de la ruine de toute l’Algérie et de son élimination de la scène internationale.Quoi qu’il en soit, d’autres pays émergents ont subi cet électrochoc du FMI. Le Brésil, le Mexique, l’Indonésie, Singapour et depuis peu l’Argentine, savent ce qu’il en coûte de confier son destin aux seules lois du marché et aux décideurs étrangers. Les conséquences tragiques de l’exploitation de nos richesses sans contrepartie pour notre devenir et la gestion catastrophique de notre économie, par des étrangers anonymes, nous ont tellement affaiblis que la mondialisation nous paraît, à première vue, comme une aventure porteuse d’espoirs. Pourtant, il n’en est rien. Les nouveaux décideurs de
la scène internationale
 En effet, les feux de la rampe de la scène internationale nous révèlent, tous les jours, de nouveaux venus, autrefois invisibles dans l’ombre. Ce sont des banquiers centraux, des hauts fonctionnaires des ministères des finances, du commerce ou de l’Agriculture. Ce sont, également, des représentants de firmes internationales ou de conglomérats de la communication. Certes, il se plient de bonne grâce aux usages diplomatiques et camouflent savamment leur férocité derrière les principes de progrès universel, de développement du tiers monde, de lutte contre l’injustice et la misère. Ils invoquent, souvent aussi, effrontément et sans sourciller, la paix, la démocratie et la liberté des peuples.Les affaires, la prépondérance de la loi du marché, la suppression progressive de nos barrières douanières, des contingentements et des mesures protectrices de nos jeunes économies nationales, inexpérimentées et fragiles, ont constitué, ces dernières décennies, un axe privilégié de la nouvelle diplomatie des pays nantis entre eux d’abord et à notre endroit ensuite. Les principes directeurs de la mondialisation sont nés de la doctrine, selon laquelle, le marché est un stimulant de la compétition et du progrés et un facteur de développemnt et de meilleure gouvernance.A Suivre (1) George Ross, Directeur du Centre Mindade Gunzburg d’études européennes de l’université Harvard, Etats-Unis.(2) «La ruine de l’économie algérienne sous Chadli», de Bouras. Editions Rahma, 1995 ALger(1) George Ross, Directeur du Centre Mindade Gunzburg d’études européennes de l’université Harvard, Etats-Unis.(2) «La ruine de l’économie algérienne sous Chadli», de Bouras. Editions Rahma, 1995 ALger 


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