CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE- Les vraies raisons d’une tempête

Les médias financiers internationaux sont toujours fidèles à leurs habitudes, quand l´économie mondiale va bien, ils sont les tambours battants de la parade prospérité mais lorsque l´économie va mal, ils se transforment en prophéties de l´apocalypse. En Algérie, le gouvernement n´a pas prêté une grande attention à cette crise malgré l´interdépendance de l´économie algérienne avec l´économie mondiale. Pour expliquer cette crise, nous devons chercher ses origines. En réalité, la crise actuelle est une émergence de la crise économique de 2000-2003 due au krach boursier des valeurs technologiques. Durant les années 90, l´économie américaine et celle des pays industrialisés ont connu un boom comparable à celui des années 20, le PIB américain dépassait annuellement les 4%, c´était les années folles des nouvelles technologies comme Internet,les TMT et les Ntic. Poussées par cette nouvelle croyance et par un optimisme forcené, les places boursières réagissaient elles aussi avec une euphorie sans pareille, les indices boursiers battaient record après l´autre, on assistait aussi à des introductions en Bourse, qui dépassaient l´imagination humaine: dans certains cas le titre progressait de 500% le premier jour de sa cotation en Bourse, les actions de certaines entreprises technologiques comme Cisco se négocient avec un PER à trois chiffres. Les Bourses de New York, Francfort, Londres, Paris, etc. sont devenues des paradis pour la spéculation financière. Mais comme on dit dans le jargon boursier: «Les cours boursiers qui sont propulsés par le combustible de la spéculation seront tôt ou tard soumis aux lois de l´apesanteur.» Le 6 mars 2000 fut observée sur la Bourse des valeurs technologiques Nasdaq, la première secousse qui allait annoncer l’imminence d’un krach boursier et au fil des mois, après des baisses en cascade des Bourses américaines, le crash est devenu réalité, et au mois de septembre 2000, c’est au tour des valeurs technologiques européennes et asiatiques de subir le même désastre que leurs consoeurs américaines. Les pertes estimées du krach boursier américain étaient aux alentours de 8000 milliards de dollars, l´équivalent de deux fois la richesse du sous-sol irakien. Les scandales financiers et les fraudes des bilans comptables de plusieurs entreprises américaines cotées en Bourse, étaient les deux éléments majeurs qui composaient l’anatomie de ce crash qui a duré du 6 mars 2000 au 3 mars 2003. La débâcle boursière, le déclin cyclique de l´économie des pays indistrialisés et les attentats du 11 septembre allaient plonger l’économie américaine et l´économie mondiale dans une dépression semblable à celle de 1929. La crise des subprimes Pour parer à un tel danger, les décideurs politiques et économiques américains avaient adopté un plan de sauvetage et de relance économique. Le chef de la FED «la Banque centrale américaine», M.Alan Greenspan était l´architecte de ce plan dont la configuration était basée sur trois axes: 1 – Une politique monétaire expansive (réduction agressive des taux d´intérêt). 2 – Une réduction fiscale 3 – Augmentation des dépenses militaires «guerre d´Irak et d´Afghanistan». Ce plan de relance économique, qui repose sur les concepts purement keynésiens fut couronné de succès puisque à la fin de 2003, l’économie américaine et celle des pays industrialisés renouaient avec la croissance dont le fer de lance repose sur les dépenses des ménages, c’est-à-dire la consommation. Durant la crise économique et financière de 2000-2003, le marché des matières premières et le marché de l’immobilier sont devenus un refuge d’investissement pour les acteurs des marchés financiers car ces marchés cités n’étaient pas affectés directement par la crise. La crise des subprimes s´est déclenchée aux USA en été 2006 avec le krach des prêts immobiliers hypothécaires à risque (subprimes) que des emprunteurs souvent de condition modeste, n’étaient plus capables de rembourser. La source principale de cette crise est sans aucun doute les taux d’intérêts américains qui étaient trop bas, le taux directeur de la FED était à 1% en juillet 2003, mais il y a d’autres causes: je cite quelques exemples, 1 – les intérêts des prêts de l’immobilier étaient fiscalement déductibles 2 – les autorités fédérales américaines dans leur hystérie d´encourager les dépenses des ménages à n´importe quel prix ont exigé des institutions financières américaines pour qu’elles facilitent les prêts aux citoyens américains même à ceux qui ont un revenu modeste. 3 – les institutions financières ont accepté de prêter jusqu’à 110% de la valeur du bien hypothéqué 4 – les prêts hypothécaires rechargeables, un exemple: vous avez acheté une maison qui coûtait 100.000 dollars en faisant un prêt bancaire mais au bout de 2 ans votre maison vaut 160.000 dollars. Dans ces conditions, la banque vous offre la possibilité de rehausser votre crédit de 60.000 dollars (160.000-100.000) et avec ce nouveau crédit vous pouvez acheter une voiture ou des meubles, etc. L´abondance du crédit, les surliquidités des banques ainsi que les règles clémentes pour l´obtention des emprunts ont attiré l’attention des institutions financières américaines et internationales sur la création d’une industrie du crédit en développant les anciennes techniques de la titrisation et à l’aide de l´innovation financière on a créé de nouveaux produits financiers ABS, CDO, CDS. Les ABS (Asset Backed Security) étaient des créances hypothécaires à risque (subprime) titrisées c’est-à-dire transformées en titres négociables en Bourse. Les CDO (Collateralised Debt Obligation) les institutions financières et plus particulièrement les rehausseurs de crédit ont eu l´astuce de développer ce produit en mélangeant des actifs solides avec des actifs risqués: le CDO se décompose en 3 tranches: Senior, Mezzanine et Equity. Dans la tranche Senior on trouve du papier solide comme les bons de Trésor américain avec un rendement modeste, dans la Mezzanin on trouve les créances subprime ABS avec un rendement élevé et dans la Equity toute une multitude de créances à haut risque dont le rendement est très élevé. Le marché américain des CDO était estimé á plus de 1000 milliards de dollars, quant à celui d’Europe il était à 450 milliards d’euros en 2006; les CDO étaient notés AAA par les 3 agences de notation financières ce qui explique aussi leur attrait aux yeux des investisseurs. Les CDS (Credit Default Swaps) sont des contrats financiers de protection, une sorte de prime d´assurance entre l´acheteur c’est-à-dire la banque ou l´organisme de l´immobilier et le vendeur qui est soit une banque ou une compagnie d´assurance, l´acheteur détenant des séances hypothécaires se protège contre le défaut de remboursement du débiteur du crédit hypothécaire. Les deux principaux acteurs du marché des CDS étaient AIG (le géant américain de l´assurance) et la banque Lehman Brothers (mise en faillite le 15 septembre 2008). La crise, le désastre bancaire et les actifs toxiques A partir de l´été 2003, la FED a commencé à rehausser ses taux directeurs sous craintes des poussées inflationnistes dues à la croissance renouée de l´économie américaine, les taux ont été rehaussés 17 fois atteignant 5,25% en juillet 2006, et au début de 2007 étaient observés les premiers signes d´un déclin de la conjoncture économique américaine. Ces deux facteurs ont poussé l´emprunteur américain à l´asphyxie. Signalons dans ce contexte que le taux d´intérêt versé par le débiteur était le taux de la FED majoré par un chiffre. Parfois, certains crédits avaient des taux de 30%. Plus d´un million d’Américains mettaient la clé sous la porte, le prix de l´immobilier chutait de 22% et là on assistait à une véritable histoire de passe-passe et de sauve-qui-peut. Les entreprises de prêts hypothécaires tombaient l´une après l´autre sauf les deux grandes Freddy Mac et Fannie Mae sauvées par l´Etat fédéral américain. Les banques américaines et plus particulièrement les banques d´affaires se retrouvaient au bord de la faillite car détenant dans leurs portefeuilles des centaines de milliards de produits financiers tels ABS, CDO qui, soudainement, ne valaient presque rien puisque qu’il y a eu un défaut de remboursement du débiteur subprime: aucun investisseur n´osait acheter ces produits rebaptisés par la suite actifs toxiques. Quant aux compagnies d´assurance détenant les CDS, elles se retrouvaient dans l´incapacité de rembourser leurs clients et d’honorer leurs engagements. L´AIG a été sauvée in extrémis par le gouvernement américain qui lui avait injecté 80 milliards de dollars mais en s´emparant de 79,50% de son capital boursier. Le 16 septembre 2008, la banque d´affaires américaine Lehman Brothers qui a su profiter des capitaux asiatiques et arabes était mise en faillite le lundi 15 septembre 2008. Tout le monde portait une responsabilité dans cette crise, la FED, le président George W. Bush, les agences de notation financières, les chefs des banques d´affaires, les gourous de la finance internationale (Geroge Soros and co). Afin de ne pas tomber dans l´erreur de 1929 et aussi d´éviter le risque systémique, l´Etat fédéral américain a su et a pu sauver la situation grâce à l´injection des liquidités (plus de 1000 milliards) dont 700 milliards de dollars sous forme de rachat des actifs toxiques (ABS, LBO, CDO) auprès des institutions financières menacées de faillite, l’Etat fédéral américain a procédé à une forme de nationalisation de certaines banques, des organismes du crédit hypothécaire ainsi que la compagnie d´assurance AIG. De même en Europe, le Royaume-Uni en tête de file, les Etats européens partaient au secours de leurs institutions financières menacées de faillite. Fin de la crise et début d´une relance économique Pour parler aujourd´hui d´une relance économique, il faut présenter des arguments vu que le monde de la finance est toujours sous le traumatisme de la crise. Voici mes arguments: 1 – Les indices boursiers: le rebond ou le réveil des valeurs cycliques cotées dans les grandes places boursières, cet indice est très pertinent et il est rare qu´il fasse défaut. Depuis le 18 mars 2009 presque tous les titres cotés en Bourses des compagnies automobiles, de l´industrie classique (mécanique, électronique, du bois) ont grimpé de 70%. 2 – Les chiffres des PIB des USA, Japon, Europe (Allemagne, France) se retrouvent au-dessus de zéro c’est-à-dire dans un cycle d´expansion. 3 – Les indicateurs macroéconomiques américains, européens et asiatiques se retrouvent dans le vert ou ils sont au-dessus des attentes des analystes. 4 – L´inflation anticipée: en observant le grand écart qui se creuse entre les taux d´intérêt américains à court terme et ceux à long terme, on déduit que les acteurs des marchés financiers anticipent une montée d´inflation et en se référant à la courbe de Philips, on confirme une croissance économique future. 5 – Révision à la hausse des profits de certaines entreprises ayant un profil de poids lourds de l´industrie américaine ainsi que l´augmentation des dividendes à verser pour l´année 2009 et 2010 par de grandes compagnies cotées en Bourses américaines et européennes.

Noureddine LEGHELIEL (*)

Analyste boursier  à Hagströmrs och Qviberg,  banque d´affaires suédoise

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Un commentaire pour CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE- Les vraies raisons d’une tempête

  1. el goumri dit :

    Bon analyse , claire et exhaustive

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