La société civile en Algérie, un mythe aujourd’hui, une réalité demain

 Sans l’intervention directe et organisée de la société civile, tous les maux dont souffre le pays depuis le recouvrement de son indépendance continueront de perdurer et, probablement, de s’aggraver jusqu’à l’explosion finale. Ce n’est pas ici le lieu de ressasser tous les avatars qui ont frappé l’Algérie depuis 1962, qu’ils soient politique (développement caricatural d’un système mis en place par des prédateurs pour des prédateurs), économique (système qui n’avait d’autre finalité que le partage entre les prédateurs précédents de la rente pétrolière), social (développement exponentiel de tous les maux sociaux) et culturel (négation de l’identité nationale, falsification de l’histoire et ruine de l’école). Le diagnostic du naufrage du bateau Algérie (causes, conséquences et mesures à prendre) a été régulièrement établi par tous les observateurs sérieux ; le système lui-même. Depuis l’arrivée au pouvoir, le président Bouteflika a pris la mesure du désastre et a même lancé publiquement des pistes de redressement pour la presque totalité des secteurs sinistrés. C’est essentiellement au niveau de la volonté politique que le bât blesse. Les maîtres du système ne veulent pas du changement qui les pousserait vers la porte de sortie. Par ailleurs, la quasi-totalité des responsables qui tiennent les rênes du pouvoir, au sommet comme aux échelons intermédiaires, est incapable d’imaginer, autrement que par le verbiage et la démagogie, les solutions aux problèmes fondamentaux du pays. Le peuple algérien (concept que les tenants du système ont usé jusqu’à la corde) a perdu depuis longtemps tout espoir de voir la situation s’améliorer et ne croit plus aux promesses de politiciens qui n’ont d’autre objectif que leur bien-être personnel et celui de leurs proches. Sa réaction est une démobilisation totale vis-à-vis de la chose publique, et parfois, quand la coupe est vraiment pleine, l’émeute violente et soudaine. Ni l’une (la démobilisation) ni l’autre (l’émeute) ne peuvent résoudre les problèmes du pays et remettre le citoyen au centre des préoccupations des dirigeants politiques, qu’ils soient au pouvoir ou qu’ils se préparent à y accéder. La solution, tout le monde en est convaincu, est dans la mobilisation citoyenne à l’intérieur d’associations de la société civile. Dans tous les pays disposant d’un régime démocratique ou, comme ce devrait être le cas de l’Algérie, en transition vers un régime démocratique, les problèmes des citoyens, quels que soient les domaines considérés, sont pris en charge par des organisations souvent créées spécialement pour leur résolution. Ces organisations servent d’abord de centre d’expertise pour comprendre les tenants et aboutissants des problèmes posés, ensuite de champ de dialogue entre les citoyens concernés, puis de centre de proposition des solutions les plus adéquates et enfin d’intermédiation avec les pouvoirs publics et les décideurs, pour les prises de décisions et l’application sur le terrain des dites décisions. Ce sont ces organisations, qui, à côté des intellectuels, artistes, sportifs de haut niveau,… qui constituent la société civile et jouent un rôle primordial pour faire entendre la voix des citoyens et obliger les pouvoirs publics à la prendre en considération. Plus que la presse (aussi indépendante soit-elle), plus que les médias en général, c’est la société civile, qui, par son dynamisme, sa diversité, la prise en compte de tous les aspects d’un problème, constitue le véritable contre-pouvoir. Celui dont la vigilance n’est jamais prise à défaut et qui est véritablement à l’écoute du monde dans lequel il vit. Plus la société civile est forte et organisée, plus les droits du citoyen sont respectés, plus son environnement social, culturel et même physique est protégé. Moins la société civile est dynamique et moins les droits des citoyens entrent en compte dans la définition des politiques économiques, sociales et culturelles des pouvoirs. La faiblesse organique de la société civile algérienne L’Etat algérien, à l’instar de la grande majorité des Etats des pays du Sud, a pris théoriquement conscience de l’indispensable développement des organisations de la société civile. Il a élaboré la totalité des outils juridiques indispensables pour les encadrer : tout au long des décennies postindépendance, il a édicté les ordonnances, lois et règlements nécessaires à la création et au fonctionnement des associations de la société civile. Mais à aucun moment, le pouvoir n’a accepté d’avoir en face de lui une société civile forte, indépendante de lui, constituant un contre-pouvoir puissant et crédible et, en fin de compte, pouvant remettre en cause sa légitimité (historique ou autre). Depuis toujours, les analystes se sont rendu compte de l’immense faiblesse de la société civile algérienne, de son absence d’organisation et surtout de l’absence d’une politique globale visant à son développement et à la généralisation de son champ d’intervention. Une lumière était pourtant apparue au lendemain des émeutes populaires du 5 octobre 1988 et de l’immense espoir de réformes qu’elles ont engendrées. Espoir très rapidement déçu tant la reprise en main, sous prétexte de la lutte antiterroriste de la décennie 1990, a vidé de leur contenu les quelques réformes politiques, économiques et sociales accordées par le pouvoir, le temps de se refaire une santé quelque peu ébranlée par les événements. Quel que soit le domaine considéré, on ne peut que se désoler de l’extrême faiblesse, voulue par les décideurs, de la société civile, cet espace d’intermédiation entre les citoyens et les champs politique et administratif, dans lesquels se prennent les décisions qui engagent le devenir de tout un peuple. Depuis l’indépendance, toutes les décisions importantes qui ont engagé le pays, souvent dans des voies sans issues, ont été prises en vase clos, par le seul pouvoir politique du moment. Le peuple, soit directement quant on lui demande son avis autrement que par des référendums artificiels, aux résultats connus d’avance, soit indirectement par des représentants véritablement crédibles, n’a eu que très peu d’occasions de dire son mot ; ou quand il l’a fait, c’est par la violence des émeutes populaires, ce qui démontre l’absence de prise en charge à tous les niveaux de ses aspirations légitimes au mieux-être. Le niveau de la représentation politique a de tout temps démontré son absence de crédibilité. Quel que soit le niveau considéré – y compris celui de chef de l’Etat – les citoyens dans leur quasi-totalité n’ont marqué que de la défiance envers elle : les élections ont depuis toujours été dénoncées comme manipulées et truquées ; les « élus » de tous les niveaux ont toujours fait preuve de mépris envers le peuple qui les a théoriquement élus ; les fonctionnaires, les gestionnaires de biens publics qui disposent de quelques pouvoirs en font de même ; seuls comptent, pour les uns et les autres, les intérêts matériels qu’ils peuvent retirer des postes dont ils ont la charge. L’intermédiation politique et administrative a donc perdu de sa crédibilité depuis très longtemps. Ce ne sont pas les quelques acquis non encore confisqués des émeutes populaires d’octobre 88 et de Kabylie qui peuvent changer quoi que ce soit à cette donnée : les partis politiques (y compris ceux des mouvances démocratique et islamiste) ont totalement gaspillé le capital de crédibilité dont ils étaient porteurs au commencement. Le comportement de leurs représentants dans les assemblées élues ou dans les différents exécutifs ont montré aux citoyens que « la mentalité de prédateurs » des militants FLN des trente premières années de l’indépendance a essaimé à travers tous les autres partis politiques : aucun d’entre eux n’a comme programme politique réel le bien-être du peuple, et seulement lui. Même les partis les plus en pointe dans le domaine de la lutte contre la corruption (FIS et FFS compris) ont eu le même comportement de prédateurs quand l’occasion leur a été donnée de gérer, qui des communes, qui des wilayas, qui des départements ministériels. Ne parlons pas de ces députés et sénateurs, toutes tendances confondues, qui, toute honte bue, ont refusé, des semaines durant, de légiférer avant l’adoption de leur statut particulier et des avantages matériels qui leur sont accolés. Et ce ne sont pas les élections législatives de ce mois de mai qui changeront quelque chose à cette donne ; il n’y a qu’à voir le peu d’intérêt populaire suscité par la campagne électorale pour s’en convaincre. Nos hommes politiques se sont définitivement décrédibilisés quant à leur compétence et surtout, à leur volonté « de servir » et non pas « de se servir ». L’intermédiation sociale par la société civile L’enrichissement illicite des uns et des autres, le faste provocateur d’une caste d’apparatchiks et d’arrivistes de tous poils, le comportement méprisant de tous ceux qui disposent d’un pouvoir ou d’une responsabilité, ont participé à enlever à nos responsables la couche de verni de compétence, d’honnêteté et de sincérité dont ils essaient de se couvrir. L’Algérien, même s’il va voter et choisir ses représentants, le fait sans illusions : il vote parce qu’il se sent souvent obligé de le faire (qui n’a pas entendu des proches lui affirmer que s’ils ne votaient pas, l’administration ne leur délivrerait plus aucun document ?) ou par simple devoir envers leur conscience, ou encore parce qu’ils espèrent des retombées sonnantes et trébuchantes de la part de celui ou ceux qu’ils ont contribué à faire élire. L’intermédiation politique ne deviendra crédible que quand une autre intermédiation, celle de la société civile, l’aura obligée à changer son comportement de prédatrice par un comportement plus altruiste et plus en phase avec les besoins des citoyens. C’est le dur combat que doit mener la société civile pour faire évoluer le système politique algérien, immobile et sclérosé, vers un système ouvert, réellement démocratique dans lequel le bien-être du citoyen est réellement au centre des préoccupations du politique et de l’administration. C’est tout le bien que l’on peut souhaiter à tous ceux, pas encore assez nombreux malheureusement, qui se battent, souvent depuis des décennies, pour imposer la société civile comme partenaire, puissant et incontournable, des pouvoirs publics. La formule société civile renferme une multitude de contenus qui ont pour point commun la défense du bien général au détriment du particulier. En règle générale, c’est la définition anglo-saxonne qui tient le plus la route ; pour elle, la société civile est « l’ensemble des rapports interindividuels, des structures familiales, sociales, économiques, culturelles, religieuses qui se déploient dans une société donnée, en dehors du cadre et de l’intervention de l’Etat » (Jean-Louis Quermonne. Les Régimes politiques occidentaux. Seuil, 1986). C’est l’indépendance vis-à-vis de l’Etat et du politique qui est le critère essentiel de la société civile. A ce critère, il convient d’ajouter celui de « but non lucratif » : les organisations de la société civile ne cherchent pas de bénéfices financiers à travers les actions qu’elles mènent. On peut donc affirmer qu’est partie prenante de la société civile, toute organisation, à but non lucratif, non politique et non organiquement rattachée à une organisation étatique ou politique, qui a pour objet la promotion ou la défense d’une cause sociale globale ou particulière. C’est le cas bien entendu des syndicats et unions professionnelles de tous genres, non rattachés au pouvoir comme l’étaient les organisations de masse du parti unique ; c’est aussi le cas des organisations de défense des droits de l’homme, des femmes, des enfants, des malades, des consommateurs ; c’est encore le cas des associations et comités de quartiers, de villages, de cités ; il en est de même des associations et comités à caractère scientifique, culturel, sportif et même religieux ; c’est aussi le cas des organisations qui luttent contre les discriminations de tous les ordres, ainsi que contre les actes barbares et/ou avilissants ; celles qui se battent pour éliminer la corruption des mœurs politiques, judiciaires, administratives et politiques ; cette liste n’est, bien sûr, pas exhaustive. Les organisations de la société civile ont été dénommées « associations » par la loi algérienne. La loi 90-31 du 4 décembre 1990, qui régit aujourd’hui encore les associations, les définit comme suit dans son article 2 : « L’association constitue une convention régie par les lois en vigueur dans le cadre de laquelle des personnes physiques ou morales se regroupent sur une base contractuelle et dans un but non lucratif. » La société civile n’est pas exclusivement constituée d’associations. Elle peut être aussi constituée d’individus non organisés au sein de groupes : c’est le cas des hommes de culture, d’intellectuels de tous bords, de scientifiques et autres. Même s’ils ne sont pas regroupés dans des organisations particulières, ils font partie, individuellement, de la société civile. C’est la reconnaissance par la société de leur réussite sociale, leur talent, leur génie ou leurs compétences hors normes dans un ou des domaines particuliers, qui font d’eux des éléments essentiels de la société civile. Il est de notoriété publique que l’intervention d’un artiste renommé, d’un sportif au sommet de sa gloire, d’un homme de science émérite, d’un journaliste réputé, d’un grand homme de religion, d’un philosophe reconnu, en général d’un « people » qui jouit d’une bonne réputation, fait plus pour l’évolution d’une cause que mille écrits ou manifestations. Ce sont les organisations de la société civile, qui, dans le monde entier, trouvent des solutions acceptables aux innombrables problèmes sociaux qui se posent aux Etats/nations ou à l’humanité toute entière. Ce sont elles qui, par leur travail de fourmis, ou au contraire, par leur intrusion soudaine et souvent violente dans la vie politique, font prendre conscience aux populations comme aux gouvernants de la gravité des problèmes vécus, des situations bloquées, des risques encourus,… et participent à leur trouver les solutions idoines. Ce sont encore elles, quand les situations sont bloquées du fait de positions inconciliables, mobilisent les citoyens en vue d’obliger les responsables concernés à prendre les décisions qui conviennent. La société civile est, depuis quelques décennies, sortie du champ étroit des Etats/nations. Elle a investi le champ international dans lequel se joue l’avenir de l’humanité. Pour tous les problèmes mettant en cause l’humanité, et ils sont innombrables, ce sont les organisations à caractère multinational qui s’en saisissent et les font évoluer : défense des droits de l’homme, de la liberté d’expression, de la liberté de pensée, de la liberté de travail ; écologie et lutte contre le réchauffement climatique ; lutte contre la corruption ; défense des droits de la femme, des droits de l’enfant, des libertés syndicales ; promotion des choix de systèmes économiques de substitution (commerce équitable, altermondialisation, etc.). Il y a pratiquement des organisations non gouvernementales à caractère multinational dans tous les domaines de la vie sociale. Très souvent, elles se limitent à faire du lobbying puissant et permanent sur les Etats et les organisations supranationales ; les résultats sont souvent au rendez-vous. Quand les Etats et/ou les organisations supranationales font la sourde oreille et résistent au lobbying, les ONG font pression sur eux par des moyens plus percutants tels que la mobilisation populaire, les sit-in et autres actions de blocage, les campagnes de presse, les grèves, etc. La tendance à l’internationalisation de la société civile n’a pas pour autant supprimé le rôle primordial et indispensable d’organisations qui n’interviennent qu’à l’intérieur des Etats/nations et leurs démembrements. Avec cet avantage certain de pouvoir bénéficier de l’aide et de l’expertise d’organisations de la société civile activant à l’échelle mondiale ou régionale (UE par exemple). Un peu d’histoire du mouvement associatif algérien Le champ associatif algérien a pris naissance dans les années 1920, sous la colonisation et après la Première Guerre mondiale. Les associations, qui ont vu le jour à cette époque, concernaient dans leur quasi totalité des associations culturelles et sportives, ainsi que des corporations professionnelles qui ont profité des effets et des avantages de la loi de 1901 : on peut citer les nombreuses fondations théâtrales et musicales, les clubs sportifs ainsi que d’innombrables associations professionnelles regroupées par corporations : conditionneurs de figues, négociants en céréales, industriels du liège, ouvriers agricoles, etc. Nombre de ces associations, surtout celles activant dans le champ culturel et sportif, ont joué un rôle non négligeable dans l’éveil et le développement de la conscience nationale qui a mené à la guerre de libération, puis à l’indépendance : les médersas libres et les scouts musulmans d’un côté, les compagnies théâtrales et musicales, de l’autre, ainsi que les clubs sportifs (pas uniquement de football, comme le Mouloudia d’Alger ou le CS Constantine, mais aussi de boxe et de cyclisme) ont permis à des générations entières d’Algériens de prendre conscience de l’injustice absolue de l’ordre colonial et de s’armer intellectuellement (et parfois physiquement pour les scouts et beaucoup de sportifs) pour le combattre. Après la parenthèse de la guerre de libération, qui a mis en veilleuse l’expression publique de la société civile et qui a vu disparaître un très grand nombre d’associations soupçonnées de liens étroits avec le FLN, le mouvement associatif a subi le joug du système politique de l’Algérie indépendante. En effet, dès l’indépendance, le pouvoir en place a décidé de contrôler étroitement le champ associatif. Il a mis en place une législation très contraignante pour encadrer l’expression publique de la société civile : jusqu’en 1971, année de publication de la l’ordonnance 71-79 relative à l’association, le mouvement associatif était géré à travers les dispositions rigides d’une simple circulaire publiée en 1964. Ces dispositions mettent les associations sous tutelle de l’administration en termes de création et de fonctionnement. En 1971, une ordonnance est prise (n° 71-79 du 03/12/1971, modifiée par l’ordonnance n°72-21 du 7 juin 1972 relative à l’association) qui fixe les modalités de création et de fonctionnement des associations. L’ordonnance, par le système de l’agrément préalable, a joué le rôle de barrière quasi infranchissable au développement du champ associatif. Il fallait en effet une triple autorisation administrative pour avoir le droit de créer une association d’envergure nationale : l’une du ministère de tutelle, la seconde du ministère de l’Intérieur et la troisième, du représentant de celui-ci à l’échelon local. L’association d’envergure locale requiert, quant à elle, la seule autorisation du wali territorialement compétent (qui prend tout de même l’avis du ministère de l’Intérieur). Il faut remarquer que ni l’ordonnance de 1971, ni celle modificative de 1972 ne définissent, ni donc ne limitent les domaines dans lesquels peuvent être créées les associations. Mais dans la pratique, et pour des considérations purement politiques, n’ont été autorisées que les associations activant dans les champs culturel, sportif, artistique et religieux. La loi 87-15 du 21 juillet 1987 a quelque peu ouvert le jeu, probablement à cause de la forte crise économique qui a été la conséquence directe de l’effondrement des cours du pétrole et des mouvements de protestation qui commençaient à survenir. Elle a légèrement assoupli les conditions d’agrément des associations. Cette loi (qui est restée très fortement contraignante) a permis la création en un temps restreint de plus de 11 000 associations à l’échelle nationale. Associations tout de même limitées par les pouvoirs publics à des espaces très limités : sociétés savantes, associations de parents d’élèves, association caritatives. L’exception à cette règle non écrite de la limitation drastique du champ d’intervention des associations de la société civile vient de la création, pendant cette période, d’une association de défense des droits de l’homme et d’une association luttant pour l’égalité en droits des hommes et des femmes (qui est la conséquence de la forte opposition des femmes à la loi instituant, en 1984, le code de la famille). Les deux organisations (que l’Etat n’a pas agréées mais qu’il a tolérées pour des raisons compte tenu de la pression internationale) ont rapidement fait l’objet de querelles politiciennes et d’ambitions personnelles qui ont été à l’origine du peu de réussite de leurs actions, pourtant très attendues et très suivies, et ont fini par des scissions. L’activisme politique (d’opposition) dont ont fait preuve, aux profits des différentes chapelles existantes (communisantes, socialisantes, berbérisantes, etc.), les responsables de ces organisations, conjugué aux coups de boutoir du pouvoir qui voyait d’un très mauvais œil se développer de puissants centres d’opposition, ont abouti, en très peu de temps, à leur paralysie. Ce qui est arrivé à ces deux précurseurs, division et immobilisme conjugué à l’hostilité du pouvoir en place, arrivera par la suite à la plupart des associations de niveau national, activant dans les secteurs stratégiques pour le système qui cherchait à récupérer le terrain perdu à la suite des émeutes populaires d’octobre 1988 : syndicats autonomes, unions professionnelles, différentes associations de défense des droits des citoyens, etc. La loi 90-31 et ses effets L’extension du champ d’intervention des associations a été apportée par la loi 90-31 du 04 décembre 1990 qui remplace celle de 1987. Ledit champ reste restreint, mais la loi n’en constitue pas moins une avancée certaine par rapport à ce qui se passait auparavant ; elle s’inscrit totalement dans la philosophie plus libérale de la Constitution de 1989. Dans son article 2, la loi précise que les personnes physiques ou morales « mettent en commun… leurs connaissances et leurs moyens pour la promotion d’activités de nature notamment professionnelle, sociale, scientifique, religieuse, éducative, culturelle ou sportive ». Théoriquement la voie était ouverte pour la création de syndicats autonomes ; voie dans laquelle certains (avec ou sans arrière-pensées et soutiens politiques) se sont vite engouffrés, avec le peu de réussite que l’on sait, à cause des barrières (souvent pénales) mises en place par le système qui tient à garder en place un syndicat officiel qui ne représente plus personne, mais qui, par sa proximité avec le pouvoir, sert de garde-fou à l’expression des mécontentements. Le système politique en place avait besoin (et a aujourd’hui encore besoin), pour sa pérennisation, l’activisme de ces organisations qui ne sont en vérité que des appendices du pouvoir : l’UGTA, l’UNFA, l’UNPA, l’UGCAA, l’UNEA, etc. n’existent que par la volonté du pouvoir et n’ont d’autre objet que de défendre le système qui les a créées et les protège. L’indépendance vis-à-vis de l’Etat et du politique, qui est la condition essentielle de l’appartenance des organisations au champ de la société civile, n’est pas ici respectée. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudra leur en refuser l’appellation. Ce qu’il convient de retenir de la proximité avec le pouvoir de ces organisations professionnelles, c’est qu’elle a participé amplement à décrédibiliser les associations auprès des citoyens et donc, à affaiblir la société civile qui n’attire plus les compétences et ne trouve plus les troupes dont elle a besoin pour s’affirmer. L’activité partisane permanente de ces organisations (très souvent politique, en ce sens qu’elles ont souvent joué le rôle de relais des partis au pouvoir pour faire voter dans le bon sens) au profit de la coalition en place, ne milite pas en faveur du renforcement attendu et très fortement souhaité, du champ associatif. Au contraire, elle le fragilise. La loi 90-31 promulguée à un moment de grande effervescence de la société civile, où tous les espoirs de liberté et de démocratie étaient encore permis, a permis en réalité à la puissance publique de gérer comme elle l’entend le mouvement associatif. En termes de statistiques, on peut affirmer que la réussite est au rendez-vous : au 31 décembre 2002 (derniers chiffres officiels connus) 66 000 associations avaient été créées, dont 900 avaient un caractère national. Il y a fort à parier qu’aujourd’hui ce chiffre a été démultiplié. Ce n’est donc pas à ce niveau que le mouvement associatif, donc la société civile, est en crise. C’est plus au niveau de sa crédibilité envers les citoyens, malgré un travail quotidien admirable de beaucoup d’associations, que le problème se pose. Il est en effet connu que c’est ce qui ne va pas qui est souvent mis en exergue, au détriment de ce qui va. Certaines associations font un travail admirable Commençons par affirmer notre admiration profonde envers un grand nombre d’associations de la société civile qui font un travail gigantesque, souvent méconnu, au profit des causes qu’elles représentent : qu’elles soient les représentantes ou les relais d’ONG internationales qui ont pignon sur rue (Amnesty International, Transparency International, Reporters sans Frontières, Forum Social Algérien, …) ou d’authentiques associations nationales (Forum des chefs d’entreprise, RAJA, Tharwa N’Fatma N’Soumeur, Touiza, Ouled El Houma, et beaucoup d’autres moins médiatisées). Dans tous les domaines, elles posent les fondations de ce que deviendra un jour l’Algérie. Même si aujourd’hui elles n’ont pas la réussite à laquelle elles aspirent, sans soutiens importants, avec des budgets souvent insignifiants, avec l’hostilité affirmée ou sournoise des autorités, elles n’en font pas moins avancer les causes qu’elles défendent. Leurs responsables sont très souvent des hommes ou des femmes de conviction, honnêtes et combatifs, sacrifiant travail et famille pour mener le combat de leur vie, qui contre les maux sociaux, qui pour réaliser des œuvres d’utilité publique, qui pour soulager de trop fortes misères, qui pour dénoncer toutes sortes de corruptions, qui pour mobiliser contre des lois injustes, etc. Que pourrait-on souhaiter de mieux à toutes ces organisations ? De réussir dans leurs missions et de faire la preuve qu’en Algérie aussi, les associations de la société civile existent et travaillent efficacement pour le bien-être des citoyens. Les problèmes qui bloquent le développement du mouvement associatif Malheureusement, le champ associatif ne se résume pas à ces admirables exceptions décrites plus haut : la plupart des associations, parmi elles beaucoup de celles qui ont un impact national, est frappée d’immobilisme et ne donnent signe de vie qu’au moment de la distribution des subventions. Ce sont ces « trains qui arrivent en retard » qui caractérisent le mieux le mouvement associatif algérien. Celui-ci, au contact d’un système politique totalitaire et profondément corrupteur, d’un mode de financement aliénant et d’ambitions personnelles débordantes, n’a pas su résister aux pressions de toutes natures et a rapidement perdu de sa crédibilité. Rares sont les associations qui ont su éviter les innombrables écueils posés par le système qui pervertit tous ceux qu’il récupère et détruit ceux qu’il ne peut pas corrompre. Les exemples sont nombreux de ces associations qui ont été récupérées par le système, essentiellement par la voie des subventions et des avantages matériels, et qui ont vu leurs missions perverties pour devenir de simples faire-valoir, activés à intervalles réguliers par les autorités pour soutenir des projets politiques initiés par le pouvoir (le dernier en date étant la mobilisation, après les attentats du 11 avril dernier, de la plupart des organisations de la société civile, au profit de la loi sur la réconciliation nationale, chère au président Bouteflika. D’autres associations ont été victimes d’ambitions personnelles de leurs fondateurs qui n’acceptent aucun autre poste que celui de dirigeant principal : beaucoup d’entre elles ont été victimes de désaccords internes, puis de scissions, uniquement à cause de ces ambitions personnelles. Ces problèmes ont touché pratiquement tout le mouvement associatif, tous domaines confondus. On a vu des organisations professionnelles patronales éclater pour les raisons citées ci-dessus et se scinder en plusieurs, chacune d’entre elles réclamant la légitimité. Combien d’organisations professionnelles ont-elles vécu des crises analogues du seul fait que des membres non élus à la direction refusent cet état de fait et crient au complot. Les syndicats autonomes, eux-mêmes reconnus ou non, ont vécu et vivent encore de pareils problèmes. Tout le monde a en mémoire le triste dénouement de l’aventure des arouch et de la plateforme d’El Kseur, issues du Printemps noir berbère. Les manipulations du pouvoir, conjuguées à celles des deux grands partis implantés en Kabylie et aux ambitions personnelles des nombreux dirigeants du mouvement, ont mis fin prématurément à la belle aventure du mouvement citoyen. Les pouvoirs publics disposent de l’arme absolue contre le mouvement associatif : les subventions sans lesquelles aucune association ne peut vivre et activer. Ce ne sont pas en effet les modestes contributions des membres des associations, ni les dons que ces dernières peuvent recevoir de riches et généreux contributeurs, qui peuvent leur permettre de fonctionner normalement et atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés. La loi 90-31, à l’image de l’ordonnance 71-79 et de la loi 87-15, a prévu la possibilité pour l’association d’être subventionnée par l’Etat, la wilaya ou la commune (article 26 de la loi 90-31). Les pouvoirs publics ont transformé cette possibilité en moyen de pression efficace. C’est donc par le portefeuille que les pouvoirs publics agissent sur les associations et les poussent à un comportement politiquement correct. On comprend donc que ces mêmes pouvoirs publics voient d’un très mauvais œil l’intervention des ONG internationales et maintenant, des organisations internationales et régionales, pour financer directement des actions des associations de la société civile. Elles se permettent même de les aider par des actions de formation et d’organisation. On a vu par exemple la Fédération internationale des syndicats libres organiser des formations pour le compte de syndicats algériens, y compris des syndicats autonomes. De même que l’OIT, par l’intermédiaire de son Bureau international du travail, a organisé des séminaires de formation et de soutien aux syndicats autonomes. Par ailleurs, des organisations régionales, à l’image de l’UE, acceptent de financer des projets du champ associatif compatibles avec les règles de base de fonctionnement de l’Union européenne. La collaboration avec les organisations internationales Pour le système, soucieux de maintenir le mouvement associatif sous sa seule tutelle, le coup est rude et le danger de le voir lui échapper est inacceptable. Pour éloigner quelque temps le danger, l’Etat jouera certainement sur son pouvoir d’agréer ou non des associations (et de retirer les agréments, en cas de mécontentement). Il pourra même, comme il l’a fait pour le représentant de la LAADH à Ghardaïa, utiliser l’arme judiciaire et emprisonner les récalcitrants, sous de fallacieux prétextes d’atteinte à la loi. La menace empêchera certainement, pour un temps encore, un nombre important d’organisations de la société civile de profiter des possibilités offertes par les ONG et organisations internationales. Mais pour un temps seulement, car certaines le font déjà et l’Etat ne peut rien faire pour les en empêcher : une réaction brutale serait malvenue et sera mal interprétée par les partenaires étrangers. Avec le temps, la collaboration ne pourra que s’intensifier, aura des résultats positifs connus de tous, et tout cela profitera fortement au mouvement associatif algérien. La seule question qui reste posée, c’est combien de temps il faudra encore attendre pour assister à la libéralisation totale du champ associatif ? Le plus vite serait le mieux, car une fois le champ associatif renforcé et libéré des pesanteurs actuelles, il pèsera de tout son poids pour obliger les pouvoirs publics à changer leur fusil d’épaule et à faire évoluer les choses vers un mieux-être. Rachid Grim  

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4 commentaires pour La société civile en Algérie, un mythe aujourd’hui, une réalité demain

  1. Alexwebmaster dit :

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  2. selmai dit :

    la société civile existe-t-elle?? l’a-t-on vue et la verra-t-on un jour en Algérie?
    Je reste sceptique.. elle avait commencé à exister après 1988 mais elle a disparu aussi vite qu’elle fut arrivée.Dieu aie son âme!

  3. BENHAMED dit :

    Sans commentaire, je voudrais tout simplement créer une association en Algérie, quelle est la loi Algérienne qui y les régisse.
    Merci pour votre aide.

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