La promotion de l’industrie et les nouvelles technologies

par A.Lalaoui

Dès les années 70, l’Algérie a été confrontée au niveau des différents choix qui s’offraient à elle en matière de développement à option stratégique. Sans discuter du bien-fondé des choix pour lesquels elle avait opté, ce qui nous entraînerait loin du débat, elle avait choisi de soutenir et de développer l’industrie lourde qui entraînerait à son tour le développement des PME / PMI et des autres secteurs, ce qui était parfaitement résumé à travers le concept des « industries industrialisantes ». Répétons-le, il ne s’agit pas de discuter du bien-fondé de ce choix, mais des « politiques » d’accompagnement puissantes qui lui furent affectées : planification, budget et concours puissant et suivi de l’Etat, formation, etc.

Nous ne discuterons pas aussi des résultats, mais par rapport à un choix, il y a eu des mouvements de « cohérence » pour atteindre l’objectif. Nous pensons qu’il y a lieu de saisir cette « cohérence » comme concept-clé, coeur des nouvelles stratégies industrielles de soutien et de promotion des PME / PMI.

à la recherche de la cohérence :

Puisque l’Etat, et nous saluons l’initiative, a fait un choix, il doit soutenir la promotion de la PME / PMI par une série de mesures cohérentes, solidaires et complémentaires concourant à la réalisation de son choix. Examinons les politiques de soutien et les cohérences qui vont concourir à la réussite du choix ainsi opéré. Dans l’ordre, nous pouvons citer les items suivants:

-Les textes réglementaires qui vont concourir à tracer le cadre juridique qui encadre l’investissement des PME / PMI (Procédures simplifiées, assiette foncière, assistances plurielles des administrations, priorité, bonification des taux d’intérêt, période de remboursement, assistance à formation, etc.);

 -L’assistance financière et le soutien des organismes démembrés de l’Etat, et notamment accès au crédit à long terme;

 -Ecoles spécialisées dans les différents corps de métiers de la PME / PMI (électricité, mécanique, électrotechnique, électronique, fluides, automatismes informatiques) de telle façon à ce que les PME / PMI puissent trouver les profils pour les corps de métiers;

 -Formation de technologue maître du process (en tabac, minoterie, céramique, verrerie, cartonnerie, papeterie, chimie, etc.);

 -Evaluations, suivis et soutiens au fur et à mesure de la réalisation;

 -Définition d’une convention multisectorielle liant les industries aux écoles, technicums, universités et autres écoles spécialisées des métiers. L’école des arts et métiers, à l’instar de ce qui se fait en Allemagne et en France, dispense un enseignement théorique en même temps que la pratique d’un métier. L’impact d’une pareille école serait décisif sur l’efficacité de l’industrie;

 -Le paiement simplifié de la prestation de service (appel aux spécialistes et experts sur des problèmes pointus comme l’assistance numérique, automatismes, fluides et réseaux électroniques);

 -Protection de la production nationale non par la fermeture des marchés mais par un meilleur contrôle des prix à l’import, mais aussi un exemption fiscale les quatre premières années d’exploitation afin de permettre à l’entreprise la maîtrise du process, la normalisation et l’augmentation de la productivité, bref une mise à niveau;

 -Une assistance à exportation par la mise en place de sous-traitants qualifiés, dans l’emballage et le conditionnement, la conservation, le transport, la mise en conformité par rapport à la réglementation de l’importateur.

Si l’on met l’ensemble de ces items en oeuvre et que l’on en évalue la réalisation et l’efficacité, nous assisterons à coup sûr à une émergence à terme (8 à 10 années) d’industries performantes aptes à gérer les prospectives et le développement.

Analyse de l’état actuel des soutiens et recherche des cohérences ou incohérences :

Il est extrêmement utile, le modèle étant posé, de l’appliquer à la réalité pour en déceler les écarts et donc les incohérences, et ce à la façon des structuralistes.

• En matière juridique, les textes existent, mais rares sont à présent les avantages accordés par l’Etat. Même l’ex-régime de l’A.P.S.I. a été abrogé. Dans ce cadre, il aurait fallu faire la chasse aux abus et fraudes sans pour autant abroger des mesures utiles et promotionnelles.

 Par ailleurs, la bureaucratie développée par ceux qui sont chargés de soutenir l’action, est telle qu’elle fait souvent entrave à réalisation (domaine, CALPI, RC, réseaux et assainissement, permis de construire, etc.).

• Les assiettes de terrains et les zones industrielles :

 S’agissant des assiettes foncières, il n’y a pas lieu de les vendre au prix marchand, il y a lieu de laisser le soin aux régions de rentrer en compétition les unes par rapport aux autres pour attirer les promoteurs industriels, eu égard aux préoccupations spécifiques de chaque région (emploi, chômage, ressources fiscales).

 Nous n’innovons pas. En économie de marché, les régions, les landers, ou provinces, en France, en Allemagne et au Canada, agissent de la même façon. Il ne s’agit pas pour la région de faire une bonne affaire, de façon momentanée et éphémère en vendant au plus offrant, mais d’assurer son développement. Il y a lieu aussi d’aménager les zones industrielles et de bien les aménager: réseaux des eaux usées, électricité, gaz, transport, sont autant de facteurs pouvant concourir à l’épanouissement de l’industrie comme à sa médiocrité.

 Un exemple qui illustre de façon significative cet état de fait : la zone industrielle de Hassi-Ameur, située à 12 km d’Oran, connaît 5 à 10 micro-coupures/jour de 3 à 10 secondes, qui compromettent la qualité des produits, voire la destruction d’équipement pour des process complexes et pointus (industrie de la céramique, du verre, de la chimie). Les automatismes soft et hard finissent par se dérégler et amener des pannes sévères. Idem pour l’eau saumâtre pompée, faute d’amenée d’eau; idem pour le réseau téléphonique éternellement en dérangement; idem pour l’évacuation des eaux par manque de réseaux appropriés.

 L’environnement est une carte maîtresse et surdéterminante que les régions doivent avancer pour attirer et promouvoir l’industrie.

Ceci constitue la première incohérence par rapport au choix.

• Assistance financière et politique de crédit à long terme :

 Dans ce domaine précis, la première incohérence relève de la science économique qui enseigne qu’en matière de sciences financières, plusieurs options peuvent être mises en oeuvre en matière de politique de crédit, se traduisant sur le court terme, le moyen terme et le long terme.

 Hormis le court et le moyen termes qui ne peuvent permettre que l’émergence des petites entreprises à faible technologie, le long terme se trouve proscrit par rapport aux soutiens indispensables et nécessaires pouvant favoriser des PME / PMI à forte teneur technologique. Cela se traduit par une mise à l’écart du génie national cantonné à n’investir que dans les créneaux à faible potentiel technologique.

 Bref, un sous-développement décidé de façon non consciente pour mettre à l’écart l’émergence d’industries performantes de dernière génération et prolongeant ainsi indéfiniment le sous-développement et la dépendance.

 Par ailleurs, la pratique de crédit à long terme étant exclue, nous ne participerons jamais à la compétition mondiale en matière de création de nouvelles richesses, et de recherche, excluant du même coup l’industrie algérienne de la compétition sur son propre terrain, que ce soit dans le domaine de l’industrie, des B.T.P., de la mécanique, de l’électronique, de la pétrochimie, de la chimie, etc. La pratique et l’examen du marché le prouvent de façon cruelle :

– Importations massives en matière de B.T.P. hormis la brique;

– Importations massives en matière de sidérurgie;

– Importations massives en matière d’industrie des bois, cartons, liège et papier;

– Importations massives en matière de conserverie et d’agro-alimentaires;

– Importations massives en matière de composants électriques;

– Importations massives en matière de produits chimiques;

– Exclusion des PME des grands chantiers mis en oeuvre par l’Etat.

Si les recettes en hydrocarbures le permettent aujourd’hui, nous avons cruelle souvenance d’une période où elles n’étaient pas suffisantes pour ce faire.

 Par ailleurs, et au titre de la mondialisation dont nous parlons souvent, il y a lieu de donner à nos acteurs les mêmes moyens que ceux donnés à nos voisins immédiats, Marocains et Tunisiens, et moins proches, Européens et autres par des politiques de crédit appropriées.

Ceci constitue la plus grande injustice faite à l’industrie, qu’elle relève du domaine secondaire ou tertiaire.

Comment peut-on, dans le cadre des industries modernes où les équipements de dernières génération coûtent extrêmement cher, les amortir sur une moyenne période ? Serions-nous d’un seul coup devenus, sans antériorité et expérience, plus efficaces que des industries avec un siècle, voire deux siècles de recul ?

 De la même façon, comment peut-on en matière d’industrie hôtelière, amortir et faire face à un lourd investissement, sur une période liée au moyen terme ?

 Les banques approchées sur le long terme ont toutes le même argumentaire, leurs dépôts sont effectués sur le court et le moyen termes et ne peuvent donc pratiquer de crédit sur le long terme.

 L’Etat n’aurait-il pas les moyens de mettre en place des formules permettant l’accès au crédit à long terme à travers des fonds spéciaux ?

 Ceci constitue la deuxième incohérence; la plus grande et la plus injuste faite à l’industrie algérienne, qui se trouve contrainte de faire face à d’énormes frais financiers et d’énormes annuités alors qu’elle est en montée de phase de production et qu’elle aborde un marché fait de compétiteurs chevronnés.

• Ecoles spécialisées :

 L’efficacité que l’on peut développer à mener des équipements et élever la productivité dépend de la formation et de la compétence technique des hommes. Dans ce domaine, nous pouvons dire que nous avons régressé de façon forte et durable par rapport aux années 70, où le pays et les entreprises avaient fait un effort colossal de formation.

 Les séminaires et regroupements vont bon train et ne peuvent être considérés que comme des lieux d’échanges d’hommes compétents regroupés pour la circonstance. En aucun cas ils ne peuvent pallier les insuffisances. Nous en faisons mauvais usage et ils deviennent à la longue des filières juteuses et commerciales pour les spécialistes de la question. L’université doit adapter ses formations aux besoins de l’entreprise.

 Une école des arts et métiers à l’instar de ce qui se fait dans le monde serait un atout décisif.

 Des centres de formation en mécanique, électricité et électrotechnique, redynamisés et équipés, contribueraient à fournir une main-d’oeuvre hautement qualifiée. Dans le cas d’espèce, les ANSEJ financent beaucoup plus le commerce en l’état que les métiers recherchés (entreprise de plomberie, électricité, électronique, charpente, automatismes, etc.).

 Les secteurs à promouvoir étant ciblés, il y a lieu de mettre en chantier des écoles spécialisées sur les grands métiers.

-Ecole liée à la formation de céramiste, minoteries, verreries, hôtelière, industries agro-alimentaires. En fait, former les maîtres du process qui vont orchestrer la production dans les règles de l’art et du métier. Ces spécialistes introuvables en Algérie coûtent leur pesant d’or pour les entrepreneurs qui, souvent, se livrent à une gymnastique à la limite de la légalité pour payer leurs honoraires.

Troisième incohérence par rapport à l’objectif et au choix.

• Simplification du paiement de la prestation de service :

 Il est difficile de payer une prestation de service dès lors que l’entreprise est de statut privé. Bien sûr, la procédure existe mais la bureaucratie la rend impraticable.

 Pourtant, nos entreprises ont besoin d’un accompagnement technique en vue de la maîtrise du process et des équipements, surtout en démarrage et en phase de montées en cadence.

 Quatrième incohérence par rapport à l’objectif et au choix.

• Evaluation des suivis et soutiens :

 Des auditeurs désignés par le ministère pourraient auditionner les entrepreneurs porteurs de projets en phase de réalisation pour identifier les obstacles et les aider à les lever, au fur et mesure de la réalisation puis de la mise en exploitation. Souvent et en phase de réalisation, le promoteur est confronté à des problèmes insurmontables, et s’y débat sans résultat (permis, énergie, accès). L’excellent exemple au plan de la méthode vient du gouvernement lui-même qui se réunit pour lever au fur et à mesure les obstacles de ses grands chantiers, avec pour fer de lance le ministre lui-même des Travaux publics.

Cinquième incohérence par rapport au choix.

• Régime fiscal préférentiel :

 Si nous donnons priorité aux industries créatrices de richesses et contribuant à la valeur ajoutée, il y a lieu de ne pas les traiter fiscalement sur le même pied d’égalité que ceux chargés de vendre les marchandises en l’état.

 Si les importateurs en l’état sont utiles, il n’empêche qu’ils donnent de façon indirecte du travail aux pays desquels ils importent. En matière de science économique, il n’y a pas de hasard mais des faits qui ne sont que la résultante de causalité:

 La floraison de commerciaux tous azimuts est motivée par la simplicité des opérations acheter/revendre, à l’inverse du process de production long, complexe, exigeant un niveau technique et une main-d’oeuvre très qualifiée.

 Une imposition qui donne la préférence aux créateurs qu’aux importateurs nous semble opportune et de nature à promouvoir l’industrie.

Sixième incohérence par rapport au choix.

En conclusion :

Les incohérences relevées par rapport au choix politique et économique pour la promotion de l’industrie doivent être mises à plat chirurgicalement. Faire un choix et laisser les contraintes et incohérences en place pour lui faire obstacle relèverait d’un échec programmé à l’avance.

 Ne pas permettre aux entreprises algériennes à l’instar de ses compétiteurs d’accéder aux crédits à long terme, c’est les condamner au sous-développement et à les mettre hors circuit d’une mondialisation inexorable qui avance à grand pas et qui ne peut que la terrasser.

 La mise en place d’une stratégie doit être guidée par l’objectif poursuivi: que veut-on ? Et enfin, mettre tous les moyens en oeuvre pour atteindre l’objectif après réponse à la question, lever les incohérences relevées sur le terrain.

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2 commentaires pour La promotion de l’industrie et les nouvelles technologies

  1. sid ahmed dit :

    je suis un algérien qui aime l’éléctronice et j’ai pas déplomie .
    j’ai crée un systeme antivole pour les voitures capable de stope le moteure avec une comande dans 1mn jai nomé stopevole et simple de instalie sure tous les voitures .
    moi j’ai pas les moiyens et léxsperianse pour dévloppie
    je demande l’aide

  2. benmalek dit :

    bonjour;je suis etudiante en 5éme année genie biologie.j’ai un exposé à prepparer sur « les sous produit de papetries » si vous voulez m’aider .envoyer moi toute la documentation
    Dans l’attente d’une reponse je vous remerçie

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