La mondialisation s’élargit à l’histoire et la mémoire: La guerre d’Algérie en débat au Japon

par L’un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf

La mondialisation s’étend à l’histoire et à la mémoire. «Lutte de libération nationale» ou «guerre d’Algérie» – selon les deux définitions en usage dans le monde arabe ou en occident -, l’ultime page du mouvement national algérien se débat sous d’autres cieux.

 En tournée étrangère, depuis trois ans, à travers «La Bataille d’Alger», le plus sanglant des conflits de décolonisation vient de se poser en terre lointaine. Plus précisément, au pays du soleil levant, à des milliers de kilomètres de l’ex-théâtre des «opérations de maintien de l’ordre».

 Conséquence d’un débat à la mode – l’appréciation des désordres actuels du monde à la lumière des conflits antérieurs -, le Japon se penche, lui aussi, sur la guerre d’indépendance algérienne.

 Deux institutions nippones ont invité, dernièrement, l’historien Benjamin Stora, pour élargir, le temps de deux conférences, leurs champs thématiques respectifs.

 L’Institut franco-japonais de Tokyo a braqué son projecteur sur le traitement de l’histoire coloniale du cinéma français. Deux films, «La bataille d’Alger» de Gilo Pontécorvo et «Indigènes» de Rachid Bouchareb, ont été projetés en guise d’introduction.

 Stora a accompagné les débats par une communication sur «la mémoire de l’Algérie coloniale au cinéma».

 Toute aussi exposée sur la communauté intellectuelle nippone, la Maison franco-japonaise a pris le relais. Son équipe scientifique a demandé à l’auteur de «la gangrène et l’oubli» d’approfondir la discussion sous des angles différents. Thème retenu, le passage en revue des mémoires de la guerre d’Algérie au miroir de la société française.

 Original sous ces latitudes extrême-orientales, le débat autour de la guerre d’indépendance algérienne surprend bien du monde sauf les familiers de la vie intellectuelle et universitaire japonaise. Modestement, mais à un rythme qui va crescendo, quelques chercheurs commencent à s’en emparer. D’où la double initiative de l’Institut franco-japonais et de la Maison franco-japonaise.

 Leur choix de programmer la guerre d’Algérie et ses enjeux historiques et mémoriels dans leur agenda n’est pas anodin. Plus qu’une réponse conjoncturelle à l’air du temps, il répond à une réelle demande. Ancienne puissance coloniale qui avait rêvé, jusqu’à 1945, de bâtir un empire sous bannière nippone, le Japon se livre, lui aussi, à des va-et-vient dans la mémoire des années de guerres impériales de la fin du 19ème siècle et le début du 20ème.

 De surcroît, adossé à un continent dont l’histoire contemporaine a été jalonnée de conflits et de bruits de botte, l’archipel découvre tout l’intérêt qu’il y a à revisiter les séquences impériales et coloniales. A quelques noeuds de là, le Vietnam n’est pas en reste, qui remet en perspective ses deux guerres avec la France et les Etats-Unis. Depuis une quinzaine d’années, tout un chantier de recherches a été lancé.

 Dès la fin 1990, l’Ecole française d’Extrême-Orient avait invité Benjamin Stora à labourer un des multiples corpus sur la question. Au bout de trois années de recherche, il avait consigné au crédit du fonds scientifique de l’école «Imaginaires de guerre», une étude comparative sur les représentations cinématographiques et télévisuelles des conflits franco-algérien et américano-vietnamien

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