Problématique de l’emploi, des salaires et de la réforme globale en Algérie

Par Abderrahmane Mebtoul, Ahmed Bouyacoub, Mohamed Tayebi Et Bouchama Chouam (1)  

 Une réorientation de toute la politique économique et sociale afin de concrétiser le développement durable, seule condition d’amélioration de l’emploi et des salaires, est urgente.Problématique de l’emploi et des salaires: réhabiliter le savoir L’économie mondiale, ces dernières décennies et en cette orée du XXIe siècle, connaît une mutation rapide où les flux réels financiers, avec l’accélération des services (donc de l’immatériel) transgressent les frontières dites «nationales». Aussi dans ce monde interdépendant, impitoyable pour les plus faibles (toute nation qui n’avance pas, recule), toute politique qui se veut viable doit trouver un juste milieu entre la lutte contre la détérioration du pouvoir d’achat par l’augmentation des salaires et la création d’emplois. Du fait que la demande additionnelle varie, en Algérie, entre 300.000 et 500.000/an selon le traitement de la population active féminine qui est minimisée (se répercutant sur le calcul du taux de chômage réel), alors qu’elle représente plus de 50% de la population (plus de 50% des candidates au baccalauréat en 2006), soit une demande additionnelle totale variant entre 1.500.000 et 2.500.000 unités entre 2006/2010 qui s’ajoute au stock du chômage actuel estimé à 1.500.000, soit un besoin de création d’emplois annuel variant entre 600.000 et 800.000, minimum.  Si l’on prend comme hypothèse que les emplois sous forme d’assistanat représentent 10% (transfert de rente et donc très temporaires), un coût de création moyen par unité de 3.000.000 de DA (beaucoup plus en réalité pour les emplois qualifiés) et pour un taux de chômage de 10%, horizon 2010, nous aurons un besoin de financement annuel variant entre 1.800 et 2.400 milliards de dinars soit 22,5 et 30 milliards d’euros, entre 2006/2010.  Aussi évitons, à la fois, le populisme dans la mesure où chaque nation ne peut redistribuer plus qu’elle ne produit (l’assainissement des entreprises publiques a coûté au Trésor public plus de 39 milliards de dollars de 1991 à 2005 entraînant dans leur sillage les banques publiques, malades de leurs clients alors que la véritable réforme passe par la fin des assainissements à répétition, mais également toute vision mécanique économicienne qui voilerait une dérive sociale porteuse de tous les dangers. L’Algérie en a fait amèrement l’expérience, (la destruction des infrastructures étant évaluée durant la dernière décennie à plus de 20 milliards de dollars sans compter le coût futur de la tragédie nationale), la paix sociale ayant un prix que la société doit payer. Car selon l’officiel, le taux de chômage est passé de 29% en 2000 à 23,7% en 2003, de 17,7% en 2004 et de 15,3% en 2005 (incluant la sphère informelle et les emplois sous forme d’assistanat) pour une population active de 9,5 millions, (et que le taux des permanents est passé de plus de 60% en 1900 à 50% en 2000 et environ 40% en 2005), contre 11,3% de taux de chômage au Maroc pour une population active de 11,12 millions (encore que l’emploi dans la sphère informelle représente 40% hors agriculture, selon le dernier rapport de la Banque mondiale) et de 13,8% en Tunisie pour une population active de 4 millions . Le ratio masse salariale sur PIB est d’environ 20% en 2005 contre 30% au Maroc et Tunisie (pour les pays développés fluctuant entre 45/60%) avec une baisse tendancielle PIB total et PIB hors hydrocarbures entre 1990/2005 traduisant la baisse de la salarisation alors que le travail est source de création de plus-value. Quant à la part de l’administration (environ 1.500.000 fonctionnaires, hors ANP), la masse salariale (inclus l’ANP selon nos calculs) par rapport au PIB est 10,9% en 2005 (12% en 2000) contre 12/13% en moyenne pour le Maroc, Tunisie avec respectivement 680.000 et 1.370.000 fonctionnaires, avec la même tendance baissière pour le PIB hors hydrocarbures. Cela montre clairement (il existe des disparités par strates du fait que la politique salariale dans ces deux pays favorise les couches moyennes productives et non les rentières comme en Algérie), que le niveau de vie des fonctionnaires en termes de parité du pouvoir d’achat (tenant compte qu’en moyenne 80 dinars = 1 euro, 11 dirhams marocains = 1 euro et 1,60 dinar tunisien = 1 euro) est plus élevé au Maroc et beaucoup plus en Tunisie. En soulignant que pour l’Algérie il y a urgence à une meilleure gestion et destination des transferts sociaux qui ne concernent pas toujours les plus défavorisées, absorbant 10% du PIB soit près de 800 milliards de dinars pour 2006 (10 milliards d’euros). L’objectif stratégique est une vision globale afin d’avoir une production et exportation hors hydrocarbures (Sonatrach pouvant être considérée comme une banque) encore que nous soulignons l’importance du retraitement de la section hydrocarbures pour un calcul réaliste devant décalquer tous les produits destinés à la consommation finale comme le raffinage qui, dans tous les pays du monde, est considérée comme une activité productive et non rentière. Ce qui nous donnerait pour 2005 non pas 40% du PIB hors hydrocarbures mais plus de 50% et les exportation hors hydrocarbures seraient en réalité de 3,92 milliards de dollars US et non pas 700 millions de dollars, et pour les années antérieures 2002/2004 plus de 2,5 milliards de dollars US. L’Algérie doit profiter à l’avenir de ses avantages comparatifs pour développer en partenariat ou investissement direct du privé national et international et dans le cadre des valeurs marchandes internationales, les segments Pétrochimie, Mines, le Tourisme, et certaines filières des nouvelles technologies. D’une manière générale, pour atteindre cet objectif, il s’agit de revoir, en urgence, toute la politique socio-économique axée sur le savoir posant d’ailleurs cette question centrale: où en est la réforme de l’école? (2). D’ailleurs invoquer le critère de la productivité globalement est une vision dénudée de tout fondement scientifique, car ce ratio est valable uniquement pour les entreprises et non applicable à certains segments de l’administration et des services collectifs qui répondent aux critères de la rationalisation des choix budgétaires renvoyant à la refonte de la fonction publique dont le fonctionnement ne répond plus aux nouvelles donnes de l’économie nationale, (exemple un ministère, une wilaya ou une APC peuvent-ils recruter un cadre à 15.000 dinars par mois, même niveau salarial qu’une secrétaire dans le secteur économique alors que le besoin est pressant?) l’exécution approchant 47% contre 19% pour l’encadrement montrant le faible niveau de qualification. Car contrairement à la déclaration de certains politiques, la Banque mondiale et la CEE ont recommandé au gouvernement algérien de revaloriser, outre les cadres compétents, deux segments: ceux de la Santé et de l’Education dont les effectifs des 1-2-3es cycles y compris la formation professionnelle avoisinent 300.000, (alors qu’il faudra accueillir plus de 14 millions d’élèves horizon 2011), le corps médical dans la fonction publique approchant 30.000. Quant au nombre de professeurs et maîtres de conférences, il est actuellement inférieur à 5.000, les chargés de cours et maîtres-assistants ne dépassant pas 20.000 alors que nous aurons 1,5 million d’étudiants, horizon 2010, montrant clairement l’exode de cerveaux. Car le coût de formation d’un cadre supérieur supporté par l’Etat, selon les standards internationaux dépasse 200.000 dollars par unité et que le coût direct de 300.000 fuites de cerveaux (actuellement plus de 10.000 médecins algériens de hauts niveaux uniquement, en France) avoisinent les réserves de change estimées à 64 milliards de dollars, début juin 2006 sans compter le coût indirect de l’impact négatif sur le développement. A ce titre, est-il réaliste de vouloir créer une université par wilaya avec le risque qu’elle ne se transforme en grand lycée avec une dévalorisation croissante, la base du développement étant la ressource humaine et le bon management et non les infrastructures. Ne serait-il pas souhaitable la création d’universités régionales et de pôles d’excellence? Dans ce cadre, comment ne pas rappeler que le nombre de chercheurs par habitant est de 236 en Algérie, 540 en Tunisie et 2.000 aux USA, la norme internationale selon l’Unesco étant de 600, que la mensualité d’un professeur et maître de conférences, en fin de carrière, est environ d’un quart de celles de ses collègues marocain et tunisien, (entre 420 et 520 euros) et 80% de ce montant en retraite, qu’un directeur de recherche perçoit 50.000 dinars (500 euros) alors qu’un chercheur débutant en Mauritanie a 600 euros contre 900 en Tunisie et 1.200 au Maroc, sans compter les conditions de travail bien plus meilleures et surtout la considération (statut de l’élite au niveau de la société). Quant au budget de la recherche en Algérie par rapport au PIB, il est, selon l’Unesco de 0,36% alors qu’il est de 1% pour la moyenne Afrique, 2% pour les pays asiatiques et 3 à 4% pour les pays occidentaux. Israël consacrant 4% du PIB en 2005 soit environ 14 milliards de dollars US, la Chine qui veut rattraper le retard le ratio étant de 2% mais avec un objectif pour 2009 de plus de 3% avec un PIB énorme. C’est que la consécration des derniers prix Nobel de l’Economie a largement contribué à mettre en évidence les liens dialectiques des institutions (bonne gouvernance), des acteurs sociaux, de l’éducation dont le marché du travail caractérisé par la flexibilité, (non assimilable à la précarité), la sécurité par une formation adaptée et la sphère réelle et monétaire. Cela renvoie à la nécessité d’une analyse beaucoup plus complexe de l’économie et de la société en général qui implique le dépassement des visions mécaniques de l’équilibre qui est un idéal conceptuel (comme le principe d’une concurrence totale) vers lequel les politiques doivent tendre, les déséquilibres et le caractère systématique qu’ils acquièrent obligeant à reconnaître qu’ils sont la règle et non l’exception. Les équilibres macro-économiques, souvent invoqués, sont une condition nécessaire mais non suffisante pour un développement durable malgré les sacrifices sociaux et sont éphémères sans les réformes micro-économiques et institutionnelles tenant compte de la protection de l’environnement. Réformes globales et lutte contre la bureaucratie  Evitons les illusions, car si aujourd’hui les indicateurs financiers de l’Algérie sont bons et encourageants, il y a lieu, tout de même, de signaler que la croissance (5,1% en 2005 selon l’officiel, 4,8% selon le FMI avec une inflation relativement maîtrisée) continue d’être tirée par les hydrocarbures et les performances des segments hors hydrocarbures dont le BTPH et les services qui le sont indirectement par l’effet des dépenses publiques via les hydrocarbures. Car l’encours de la dette extérieure en 2005 est tombé à 16,4 milliards de dollars US dont 71,2% au titre de la dette publique avec une baisse de 13,9% contre 20,3% en 2004 et l’on prévoit 6%, fin 2006 grâce à la politique de désendettement et notamment aux remboursements anticipés, (une dette tendance zéro étant une condition nécessaire mais non suffisante, la Roumanie socialiste avait une dette 0 mais une économie en ruine), cela est due en grande partie à des facteurs exogènes. Si le PNB ou le PIB par tête d’habitant est un indicateur trop global et qu’il faille lui substituer l’indice du développement humain (dont la Norvège arrive en premier, selon le rapport PNUD 2005, l’Algérie arrivant à la 103e position sur 177 pays, avant le Maroc, 124e, et largement dépassée par la Tunisie, 89e), pour avoir une appréciation correcte du niveau de développement, il nous semble, néanmoins, utile de rappeler qu’on est loin de celui de la Corée du Sud où le PIB 2004/2005 est d’environ 663 milliards de dollars US (reposant surtout sur les nouvelles technologies) pour un PIB par tête d’habitant d’environ 14.162 dollars avec une projection à l’horizon 2010 de 20.000 dollars (le revenu nominal par habitant en Algérie étant de 3.114 dollars US en 2005 mais sans le revenu des hydrocarbures, il est à 1.700 soit le 1/6 de la Corée du Sud pour le PIB total et hors hydrocarbures, il représente 12% qui n’est pourtant que la 10e puissance mondiale, le Luxembourg représentant 3,5 fois le PIB par tête d’habitant de la Corée. L’aspect sécuritaire s’étant amélioré, la faiblesse de l’investissement national et international, selon les observateurs, est due pour plus de 60% aux obstacles bureaucratiques, selon le dernier rapport de la Banque mondiale: 14 procédures pour la création d’une entreprise; 16 procédures pour l’enregistrement de la propriété et 49 procédures pour l’exécution d’un contrat). Il s’agit surtout de résoudre deux dossiers sensibles, freins à l’investissement, qui doivent être traités en urgence: la réforme du système financier et fiscal, lieu de la distribution de la rente qui ne concerne pas seulement l’intermédiation mais la nature de la propriété (les crédits à l’économie fin 2005 étant estimés à 1.778 milliards de dinars dont 50% pour le secteur privé avec respectivement 70% de créances non performantes pour le secteur public et 50% pour le secteur privé démontrant un gaspillage important de l’allocation des ressources rares) et le système domanial dont le foncier, afin de mettre fin à la spéculation foncière et la dilapidation en restaurant comme indicateur le prix du marché surtout pour les superficies dormantes des entreprises publiques et administrations évaluées à plusieurs millions de mètres carrés, objet de convoitises surtout dans les grandes agglomérations. Comme il s’agit d’optimaliser l’effet des dépenses publiques en améliorant le service public rendu, tout en réduisant son coût. Car les services collectifs ont subi peu de mutations depuis l’indépendance politique: l’administration centrale et locale, la douane, la fiscalité, les domaines ont tendance à fonctionner en vase clos, s’autonomisant en tant que pouvoir bureaucratique alors que la symbiose avec l’environnement national et international s’impose. C’est que l’on se focalise uniquement sur les entreprises alors que l’on oublie facilement la rationalité des services collectifs, structures qui ont à leur disposition des sommes importantes par le canal du budget et se pose le problème de leurs efficiences. L’administration notamment doit être au service de l’économique et du social et non fonctionner en vase clos bureaucratique. Lorsqu’un ministre ou un wali accueillera un intellectuel de renom ou un investisseur désirant créer des emplois, avec éclat au perron de son ministère ou de sa wilaya, avec un tapis rouge, la mutation culturelle et le changement du système auront commencé. Cette vision bureaucratique domine l’ensemble de la sphère économique et sociale, le nombre de séminaires, de commissions et de réunionites avec des coûts faramineux étant souvent proportionnels aux indécisions. Il s’agit de restaurer à l’Etat sa vocation naturelle, le soumettre au principe d’efficacité en lui imposant dans son organisation, ses méthodes et son fonctionnement des changements pour éviter la dégradation relation Etat-citoyens. L’évaluation des dépenses publiques doit devenir un élément permanent de la stratégie de l’Etat, loin de toute vision centralisée. L’Etat doit décider mieux, évaluer davantage, s’organiser à cet effet en privilégiant les initiatives individuelles et collectives des acteurs économiques et sociaux, ne se substituant jamais à elles. Or actuellement la puissance publique dépend trop des corporations; ce qui conduit à un éparpillement de la dépense. Par ailleurs, l’ampleur des problèmes rencontrés par la société, la pression par l’effet des médias, donnent des mesures ponctuelles non suivies dans le temps, confusion entre les rôles du centre et de la périphérie, et une multiplicité des échelons intermédiaires caractérisés par l’absence de coordination et l’accroissement des dépenses publiques. Ce constat témoigne des raisons du malaise entre l’Etat et la société, impliquant d’avoir une planification indicative, ne recouvrant pas celle des ex-pays de l’Est mais l’ordonnancement et la régularisation qui doit être réhabilitée (Etat régulateur). L’entreprise, seul lieu de la création de la richesse permanente Le constat après le lancement du premier plan de soutien à la relance économique (nous disons bien soutien et non relance), dont il convient de faire un bilan pour voir les écarts entre les prévisions et les réalisations physiques ainsi que les coûts, suivi du second doté d’une valeur budgétaire de 80 milliards de dollars US, (dont 20 milliards de dollars pour le Sud et les Hauts Plateaux), si l’on suppose que les capacités d’absorption soient résolues, ce qui n’est pas évident, c’est que l’aspect relancé par la demande repose essentiellement sur les dotations budgétaires supplémentaires, en espérant voir éviter, comme par le passé, de primer la dépense monétaire sans se préoccuper d’une gestion saine des deniers publics. Pour la consolidation de ces dépenses et un impact réel et durable, à l’horizon 2008/2009, la relève doit être prise par l’entreprise nationale et internationale, seul lieu permanent de la création de la richesse. C’est la condition de la stimulation de l’offre par la dynamisation de secteurs utiles rentrant dans le cadre des avantages comparatifs, notamment arabo-africains et euro-méditerranéens afin d’accroître la compétitivité de l’économie nationale et assurer son insertion dans l’économie mondiale. La faiblesse de l’esprit d’entreprise et donc de véritables entreprenants, renvoie, en Algérie, à une analyse historique de l’accumulation des richesses de l’indépendance politique à nos jours, qui a suivi le processus de positionnement des cadres dans les secteurs névralgiques ou même secondaires au sein de la société et de l’économie et surtout son domaine public, que c’est à partir de sa redistribution que s’est construite l’actuelle structure sociale en Algérie, structuration en mutation non achevée, devant analyser l’origine sociale des détenteurs de richesses pour comprendre s’ils peuvent s’inscrire dans un esprit entreprenarial, comme dans les pays développés. La majorité des entreprises privées sont localisées dans l’agriculture, le commerce, depuis les plans de soutien à la relance économique dans le BTPH, et, à un degré moindre, dans la petite industrie. L’organisation de ces dernières est de type familial et la majorité du secteur privé est fortement imbriquée dans le système administratif, lieu de relations de clientèles, n’est pas autonome mais trouve sa prospérité ou son déclin dans les parts de marché, auprès des entreprises publiques et des administrations. Aussi la majorité actuelle de ce secteur vit du transfert de la rente et exerce des pressions pour accroître le protectionnisme néfaste à terme, font pression pour le passage d’un monopole public à un monopole privé, (la concentration des crédits octroyés par certaines banques à une minorité l’atteste) et sont peu enclins à la concurrence internationale, assistant à des alliances contre-nature avec les syndicats corporatistes. Combien compte-on de sociétés privées par actions? Le constat est que le nombre est presque nul. Cette organisation spécifique, où l’autonomisation de la décision économique est faible, engendre peu d’innovation d’esprit d’entreprise. La raison essentielle trouve un fondement socio-historique qui rend d’actualité les analyses ibn-khaldouniennes avec le poids du politique accentué par des structures familiales et tribales. Mais, il faut reconnaître, que depuis quelque temps, avec la formation plus élevée et l’ouverture sur l’extérieur, nous assistons à la naissance de nouvelles entreprises mues par de véritables entreprenants. Mais les multitudes pressions administratives ne leur permettent pas la créativité et l’imagination. La seule sphère privée, réellement autonome, est la sphère marchande ou industrielle informelle qu’il s’agit d’intégrer avec intelligence pour asseoir un Etat de droit, qui, selon les estimations, contrôlent une masse monétaire hors banques avec une intermédiation financière relativement autonome qui fluctue, selon les estimations, entre 650 et 850 milliards de dinars (entre 10 et 14% du PNB). Ainsi, l’émergence de la véritable entreprise passe fondamentalement par la créativité et l’adaptation à la concurrence internationale dont l’économie algérienne est appelée à devenir de plus en plus ouverte, avec des incidences politiques, militaires, sociales, voire culturelles, notamment les impacts de l’accord signé pour une zone de libre échange avec l’Europe, appliqué depuis le 01 septembre 2005 et le futur accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Peut-on parler, comme par le passé, en cette ère de la mondialisation -produit du développement, rapport social complexe et processus non encore achevé, de politique industrielle (vision culturelle matérielle du passé) et d’une manière générale de politique globale, alors qu’il est plus approprié de s’inscrire au sein de politiques de filières et d’adaptation des entreprises par rapport à ces mutations? Ce qui nous amène à traiter de la bonne gouvernance qui renvoie aux dernières recommandations du FMI et de certains experts nationaux et internationaux, concernant le fonds de régulation des recettes des hydrocarbures (FRR) créé en 2001 comme «amortisseur des chocs externes», estimé fin 2005, à plus de 1.850 milliards de dinars pour une meilleure transparence et efficacité et de le transformer en un compte d’épargne et de financement (CEF) qui devrait être intégré dans le budget, sous la forme d’un compte du Trésor ouvert auprès de la Banque d’Algérie, destiné en grande partie au déficit primaire hors hydrocarbures et au remboursement de la dette publique qui avoisine, fin 2005, plus de 1.000 milliards de dinars . Pour une bonne gouvernance tenant compte de notre anthropologie culturelle Mesurable et quantifiable, en quelque sorte, la bonne gouvernance est, aujourd’hui, l’objet d’une attention particulière à la fois des institutions internationales des grandes nations et d’ONG internationales spécialisées. La bonne gouvernance devra tenir compte de la réalité anthropologique et culturelle algérienne, conciliant la modernité et la préservation de notre authenticité du fait que la société algérienne est actuellement en mutation lente avec la naissance de nouveaux acteurs sociaux. Si les Algériens ont vécu d’une certaine manière ce que les philosophes considèrent comme «un temps pour détruire», «un temps pour se jeter les pierres», la dynamique de l’action à mener entre 2006/2011 est, à tout point de vue, «un temps pour construire» et «un temps pour ramasser les pierres» et engager les ruptures fécondes qui poussent le pays vers d’autres défis. Le monde entier est aujourd’hui traversé par une crise des pouvoirs, d’identité et de savoir. Le concept de la citoyenneté ne doit pas rester, aux yeux de la population, comme un maquillage importable, ni une mode de vie qui transgresserait les tabous et nierait la tradition. La citoyenneté est d’abord une rationalité politique qui ferait du domaine public et de l’intérêt commun entre les diverses couches de la société algérienne, une raison d’être de la gouvernance et un principe cardinal de la solidarité. Même si la rationalité est relative, car historiquement datée, comme l’ont démontré les grands anthropologues, elle favorise la transparence et la circulation de l’information à travers différents codes.La rumeur souvent distillée par ceux qui contrôlent l’information, base de tout pouvoir, n’est que l’expression sociale d’une faiblesse de communication de nos gouvernants et contribue à renforcer l’imaginaire. La gestion des espaces confrériques, les différentes aristocraties des zaouïas, la maîtrise et l’exploitation des réseaux d’alliances et d’obédiences des différentes confréries, l’investissement matériel, la récupération des acteurs influents de ce champ, peuvent pousser vers cette rationalité et contribuer ainsi à une gestion efficace de la cité, collant avec nos réalités sociologiques et culturelles. L’Islam serait ainsi investi de la mission qui est la sienne: donner sa cohésion et sa dynamique aux retrouvailles du peuple algérien avec son identité, tout en favorisant la modernité par le dialogue des cultures. En Algérie, la question n’est pas dans «le retour des tribus», car elles n’ont jamais quitté la scène sociale et politique, mais dans «le retour aux tribus». Et c’est ce «retour aux tribus» qui, par la force des choses, constituera alors une donnée à ne pas négliger dans la mise en place de forces sociales porteuses de changements pour une bonne gouvernance et les futurs découpages administratifs du territoire. En effet, la réussite de ce grand projet suppose une réelle décentralisation par la création de quatre (04) grands pools régionaux (ce qui ne saurait signifier régionalisme) que nous préconisons sous l’autorité politique d’un super wali, (fonction politique) épaulé par les élus locaux, (dont il convient de réhabiliter les initiatives), la société civile et les chambres de commerce, l’ensemble des autres walis devant gérer leur wilaya comme une entreprise, dont le dialogue social est déterminant, avec des actions palpables pour la population évitant la dégradation Etat-citoyens, supposant de grands managers sélectionnés selon une rotation régulière (étant inadmissible que certains dirigeants d’organismes ou d’entreprises publics soient toujours les mêmes depuis plus d’une décennie expliquant la sclérose et l’inertie). Cependant, cette société participative et citoyenne reposant sur une réelle décentralisation, devra tenir compte de notre anthropologie culturelle renvoyant à l’analyse féconde ibn-khaldounienne pour éviter que ne se superpose à une bureaucratie centrale, une bureaucratie locale plus néfaste supposant une identification de la nature des «équipements anthropologiques» de l’identité algérienne partagée entre le référent khilafien, la fragmentation du territoire et la désagrégation du confrérisme; -des logiques et la nature des structures mentales des communautés territoriales; -du poids du sacré, sa nature, ses discours et ses enjeux; -du poids de la parenté et son influence sur la production des pouvoirs locaux; -de l’organisation de l’espace public et la profondeur de la fragmentation; -et enfin la puissance de l’idée assabienne. C’est que la gestion politique des corps sociaux, qu’ils soient modernes, traditionnels ou même archaïques, ne doit pas s’encombrer de considérations idéologiques ou humanistes. Elle doit les appréhender comme ils sont, dans leurs structures, leurs codes et leurs forces agissantes, apparentes ou dormantes. L’efficacité de l’ordre politique ne réside pas dans le maquillage de ses discours mais dans le maillage de ses corps sociaux et la maîtrise de ce qui est imprévisible dans leurs actions et contre-actions. L’essence de la gouvernance ne réside pas dans le fait qu’elle soit bonne ou mauvaise, mais dans la capacité de ses appareils à maîtriser les équilibres dynamiques pour qu’ils n’aboutissent pas à construire un nouvel esprit de corps qui, d’autonomisme en autonomisme, de négociation en négociation, engendre un espace ou un discours d’autonomie politique qui, souvent, remet en cause les réformes politiques, sociales et économiques indispensables au pays.En résumé le lien semble très fort entre l’anthropologie philosophique et la nouvelle micro-économie du développement, qui conduit à une déduction morale normative, exigeant une participation plus active de la femme à la gestion de la Cité, (signe, selon nous, du développement) et plus de justice entre les hommes. Dans les relations de travail, les considérations anthropologiques permettent de conclure que le travail n’est pas un pur marché entre individus anonymes. La relation de travail doit être précisée par l’intervention de considérations personnelles qui permettent les dons/contre dons, les salaires d’efficience, les segmentations au sein de la communauté de travail, le niveau de salaire (produit de rapports de force) pouvant être considéré comme une rémunération individuelle ou comme le mode de satisfaction d’obligations familiales et communautaires. D’où l’importance d’éviter, une vision étroite ou un économisme abstrait dans le traitement de l’emploi et des salaires et la nécessité d’intégrer la réforme globale inséparable de la prise en compte de l’histoire, fondement de la connaissance, pour concrétiser les actions afin d’éviter le rejet par le corps social d’idées, même bonnes, mais inadaptées à la structuration sociale.

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