Le cri du patron des patrons

12 questions au président du FCE,M. Omar Ramdane 

 Avec le départ de M. Ouyahia, le Gouvernement, avec à sa tête M. Belkhadem, semble manifester son désir d’ouvrir tous les dossiers qui font problème aujourd’hui dans le pays, à commencer par celui de l’augmentation des salaires et celui non moins important de l’ouverture du pays aux investissements étrangers.C’est dans ce contexte que le «Quotidien d’Oran» s’est rapproché de M. Omar Ramdane, président du FCE, pour connaître son appréciation sur ce mouvement qui semble s’amorcer en direction des attentes des travailleurs et des opérateurs économiques nationaux et étrangers. Le Quotidien d'Oran: M. Omar Ramdane, voulez-vous s’il vous plaît avant toute chose nous confirmer la nouvelle relative à votre éventuel départ de la tête du FCE au cours de cet été, nouvelle qui a été rapportée par la presse nationale. Et si c’est le cas, ce départ serait-il lié au fait que le FCE continue à ne pas être invité à la tripartite ? Voulez-vous nous éclairer sur ces deux questions.Omar Ramdane: «Effectivement, j’ai parlé de mon éventuel départ en le conditionnant en quelque sorte au fait que le Gouvernement, celui présidé par M. Ouyahia, et il faut être honnête et dire aussi celui de son prédécesseur M. Benflis, n’ont jamais ouvert un vrai dialogue avec le FCE autour des questions économiques cruciales qui intéressaient le pays. J’ai considéré qu’il était de mon devoir de me retirer si le Gouvernement d’alors continuait à ignorer toutes les contributions que le FCE n’a eu de cesse d’adresser aux pouvoirs publics et particulièrement aux plus hautes instances du pays. J’attends beaucoup de la présence de M. Belkhadem à la tête du Gouvernement, qui a déjà en tant que ministre d’Etat manifesté beaucoup d’intérêt à l’endroit de ce que faisait le FCE en étant la seule autorité de haut niveau à s’être déplacée à notre siège et à discuter avec les représentants de ce dernier. S’agissant de la «non-invitation» du FCE à la tripartite, il faut savoir que celui-ci a été invité oralement à participer à celle de 2.005, invitation déclinée au motif que nous ne sommes pas un syndicat et qu’à ce titre nous n’avons pas vocation à négocier mais à débattre de questions qui touchent au monde de l’économie et à celui du social, et à faire des propositions dans ces deux domaines. Car il ne faut pas oublier que le FCE a été le premier à poser le problème de la nécessaire augmentation des salaires, position qui semble actuellement partagée par tous. Sur l’importance des propositions du FCE, il faut savoir que ce dernier regroupe les plus grandes entreprises opérant en Algérie qu’elles soient nationales privées et publiques ou étrangères de droit algérien, des banques publiques algériennes des banques étrangères, des entreprises de production ou de service, nationales et étrangères [BNP, Société Générale, Heinkel, Ipsat (indien), Schneider, KPMG, Orascom, etc.]. Les entreprises représentées au sein du FCE pèsent 650 milliards de chiffre d’affaires et occupent 130.000 personnes. C’est dire donc que nos propositions s’appuient sur une réalité économique qui a son importance. Par ailleurs, les demandes d’adhésion de la part de nationaux et d’étrangers ne cessent d’affluer, c’est dire donc aussi le prestige acquis par le FCE tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger… Il faut savoir aussi que le FCE a toujours agi dans la transparence et a toujours tenu à se faire accompagner par les pouvoirs publics quand il s’est agi de discussions avec des instances homologues étrangères, et c’est cela la particularité de notre mouvement: proposer, débattre et agir dans la transparence et en concertation avec les pouvoirs publics. Voilà ce que nous avons toujours fait et voilà ce que nous continuerons à faire… Q.O.: Vous venez de soulever la question de l’augmentation des salaires. Comment au Forum vous envisagez cette augmentation et qu’est-ce qui vous a amené à y penser dès lors que représentant des employeurs, on peut légitimement supposer que vos préoccupations soient ailleurs ? Enfin vous semble-t-il que cette question soit «négociée» à la tripartite ?O.R: «Notre crainte au FCE, c’est de voir M. Belkhadem revêtir le costume de M. Ouyahia et de continuer à travailler comme ce dernier qui lui-même a revêtu le costume de son prédécesseur sans y apporter les retouches d’adaptation à la période, c’est-à-dire pour faire face aux défis du moment. Instituée en 1992 par M. Ghozali sur le modèle des cadres de concertation adoptés dans le milieu des années 1980 par certains pays européens de l’Est qui avaient amorcé leur ouverture économique, chez nous celle-ci a dévié de sa vocation qui était de débattre des questions économiques et sociales et non pas de négocier. La fixation des revenus salariaux relève de la prérogative de l’Etat, s’agissant de fixer le seuil minimum du revenu du travail salarié et celui des entreprises, s’agissant de fixer les salaires. C’est dans les entreprises au cas par cas ou par branches d’activité que cette négociation doit se dérouler. Ceci dit, au FCE on a parlé d’organiser l’augmentation des salaires (et non pas d’augmentation des salaires) qui se traduirait par une augmentions réelle du pouvoir d’achat, car c’est cette dernière augmentation qui nous intéresse car elle contribue à soutenir la croissance économique qui devrait être le but ultime recherché à travers l’augmentation du pouvoir d’achat résultant de cet accroissement des revenus salariaux, la croissance économique étant ce qui conditionne tout le reste, entre autres la pérennité de l’Etat et la prospérité des personnes. Tout ceci semble absent du «débat» actuel sur les salaires, on veut éteindre des foyers de tension en augmentant à la va-vite les salaires sans penser à inscrire cette augmentation dans le cadre d’une politique économique claire qui consisterait à inscrire ces augmentations dans le cadre d’un accroissement du pouvoir d’achat destiné à donner plus d’impulsion à la croissance économique. L’augmentation du pouvoir d’achat favoriserait l’accroissement de la consommation qui à son tour favoriserait la croissance avec son corollaire l’accroissement des recettes fiscales, tout ceci participant du cercle vertueux d’un développement auto-entretenu où chacun sauvegarderait ses intérêts, l’Etat, l’entreprise et les salariés… Q.O.: Revenons, si vous le voulez bien, à des questions plus techniques et sur lesquelles il semble que vous ayez déjà exprimé un point de vue ou adressé une proposition sous forme de suggestion aux pouvoirs publics. Commençons par la question du foncier industriel où ces mêmes pouvoirs publics semblent souffler le chaud et le froid en soutenant tour à tour les deux thèses contraires, celle du déficit et celle de l’abondance, y a-t-il finalement un déficit en ce domaine et comment selon vous il serait possible de le résorber ? O.R: «Sur cette question précisément, j’aimerais plutôt parler de la manière de gérer le terrain industriel puisque selon moi la question du déficit du foncier industriel est en train de trouver sa solution définitive dans la mise en place des grosses infrastructures routières ou ferroviaires autour desquelles et sur toute la longueur de celles-ci, l’Etat pourrait ouvrir de nouvelles aires destinées à recevoir des projets industriels. Ces grands axes de communication vont mettre Aïn Defla à cinquante minutes d’Alger alors qu’il en coûte plus de deux heures maintenant. Ceci ne doit pas interrompre l’action entreprise par l’Etat qui consiste à mettre sur le «marché» les parcelles de terrain relevant des entreprises publiques et que celles-ci n’utilisent pas pour les usages liés à leur activité. Ce qui m’inquiète, c’est ce recours à la vente aux enchères de ces terrains. Ce type de vente attire les spéculateurs qui y voient là l’occasion de faire une belle affaire sans courir de gros risques. Il ne faudrait pas que l’Etat cède à des préoccupations mercantiles au nom d’une supposée transparence. C’est le projet industriel envisagé avec sa capacité à produire de l’activité, à créer de l’emploi, à générer de l’impôt, c’est donc cela qui doit primer. Pour clarifier ma pensée, je donnerais l’exemple de la Tunisie où l’Etat a cédé plus de quatre cents lots à des opérateurs tunisiens et étrangers au dinar symbolique, c’est cela l’exemple à suivre. Le terrain doit être donné par l’Etat ou vendu symboliquement à des opérateurs porteurs de projets avec l’interdiction de toute transaction sur les terrains situés dans les zones industrielles qui doivent être cédés ou rachetés par le seul Etat, selon les mêmes formes, c’est-à-dire se réaliser en paiement symbolique. Enfin il serait à mon sens plus judicieux de confier la gestion de toutes les zones industrielles aux chambres régionales de l’industrie qui trouveraient là un moyen plus judicieux de financer leurs activités au lieu de recourir au budget de l’Etat… Q.O.: Un problème à la fois technique et politique, celui de la baisse constatée du nombre de nouveaux projets qui sont initiés par les opérateurs nationaux et étrangers dans le secteur de l’Industrie. A quoi selon vous cela est-il dû ? O.R: «Cela est dû selon moi au Code des investissements de 2.001 lequel a annulé les avantages fiscaux prévus par le Code de 1994 relatifs à l’IBS et à la taxe sur l’activité professionnelle entre autres et qui couvraient des périodes allant jusqu’à cinq ans, le Code de 2.004 ne retenant que les avantages liés aux investissements durant la période de réalisation du projet. M. Temmar semble avoir entendu les remarques du FCE, puisqu’il est question d’une nouvelle mouture de ce Code qui consiste en gros à revenir aux dispositions du Code de 1994. Par ailleurs le constat de l’afflux des capitaux privés arabes, mouvement qui selon moi est appelé à s’amplifier serait dû exclusivement aux «success-stories» des entreprises arabes déjà implantées en Algérie particulièrement aux réussites de l’entreprise Orascom, Nedjma et autres entreprises de service dont les banques… Q.O.: Sur le problème du financement de l’activité économique, il semble, aux dires de nombreux patrons, que les banques publiques ont commencé à rationner ce financement alors qu’elles croulent sous le poids de liquidités.Quelle est la part de vérité dans ce que disent ces opérateurs ?O.R: «Les banques publiques, avec la disparition quasi totale de la banque privée nationale, se retrouvent quasiment seules sur le marché du financement avec les banques étrangères lesquelles ont cependant un rayon d’action limité dû à l’étroitesse de leurs réseaux d’agences. Les directions générales des différentes banques publiques échaudées par les scandales qui n’ont épargné ni leur secteur ni celui de la banque privée nationale sont revenues à des conceptions drastiques où la suspicion joue un rôle majeur dans l’examen de toute demande de financement. Ces banques demandent des garanties énormes qui peuvent aller jusqu’à représenter 14 fois la valeur du crédit ou des facilités souhaitées et ceci s’applique à mon exemple. Dans d’autres cas, la banque bloque un financement acquis au motif qu’elle aurait changé de vocation et qu’elle demande à ses débiteurs engagés dans la réalisation de leurs projets de la rembourser sur le champ la part du crédit qu’ils auraient déjà consommée. C’est ce genre de situation absurde auquel sont confrontés beaucoup d’opérateurs algériens et qui fait qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer s’agissant de conduire à bonne fin leurs projets ou affaires… Il y a que dans ce domaine le FCE a eu une position constante qui consiste à dire qu’il faudrait davantage de souplesse dans l’octroi des crédits en abaissant le niveau des garanties exigées. Avec les surliquidités existantes auprès des banques et de toutes les institutions d’épargne, opter pour des crédits de long terme, 7 ans et plus pour soulager les comptes d’épargne d’un trop-plein d’argent. Cette option du long terme est aussi dictée par le rétrécissement des marges bénéficiaires dans le secteur productif confronté à une concurrence importante en provenance de l’extérieur, ce qui réduit ses capacités de remboursement. La poste à elle seule détiendrait plus de douze milliards de dollars dont elle n’aurait pas l’usage pour l’immédiat, d’où cette idée de créer une banque chargée de faire fructifier cette épargne. Par ailleurs, il faut se dire que l’Algérie ne connaîtra pas de pénurie de financement d’ici à vingt ans. Avec les produits de la rente pétrolière durant la période, elle pourra financer la totalité de son programme de développement sans recourir à l’endettement. Construisons pendant qu’il en est encore temps une autre Algérie et cela est possible sur une dizaine d’années… Tous les projets industriels dont le seuil de viabilité est, depuis l’ouverture du pays, de l’ordre de 20 millions d’euros (2 milliards de dinars) devraient pouvoir bénéficier de financement à long terme… C’est cela faire bon usage de la chance historique qui est offerte au pays, avec aussi la réduction des poches de pauvreté non pas seulement par l’application de plans sociaux mais surtout par leur intégration dans des zones d’activité et donc d’économie…Q.O.: Parlez-nous des relations du FCE avec les organismes homologues étrangers, par exemple vos relations avec le «MEDEF», le syndicat des patrons français, dont la direction s’est déplacée dernièrement en Algérie à votre invitation. En quoi ce genre de rencontres vous paraît profitable aux entreprises algériennes et partant au pays ? O.R: «Il s’agit d’une rencontre entre patrons, c’est-à-dire où la communication est plus facile que celle qui mettrait aux prises des patrons étrangers par exemple et des fonctionnaires de notre pays. Un patron étranger qui voudrait investir en Algérie ne va pas s’informer du climat d’affaires dans notre pays auprès d’un fonctionnaire ou un officiel algérien, il va le demander à un homologue algérien qui lui paraît plus crédible. En cela, le FCE représente un élément important dans le paysage économique algérien puisqu’il est sollicité par différents organismes étrangers intéressés par le marché algérien. Le FCE, comme je vous l’avais dit, compte parmi ses membres les plus grands industriels du pays qui sont eux-mêmes à la recherche de partenariat. Ce genre de rencontres permet d’explorer les opportunités qui en peuvent naître et des liens qui peuvent se tisser entre opérateurs algériens et opérateurs étrangers ainsi que ceux que le FCE entretient avec les organismes homologues étrangers. Si l’investisseur algérien se fait «rare», comme je vous l’avais signalé du fait du recul des mesures incitatives, les investisseurs étrangers sont plus nombreux et répondent à une logique différente. Il y a d’abord cette «success-story» des investisseurs arabes, Orascom, Nedjma, ABC, etc. il y a surtout que les investisseurs constatent qu’ils peuvent exporter leurs dividendes sans difficulté, c’était un point noir que les pouvoirs publics viennent de lever et qui expliquerait cet intérêt grandissant de la part des investisseurs étrangers pour le pays qui offre maintenant des garanties réelles et palpables. Un exemple: l’entreprise «Orascom» vient de transférer pour 650 millions de dollars, elle vient aussi de racheter les parts que détenaient certains investisseurs arabes dans son capital en offrant 4 fois le prix de leur acquisition initiale, c’est dire donc qu’il s’agit là d’une nouvelle qui a dû se répandre comme une traînée de poudre au Moyen-Orient où les investisseurs sont à la recherche de bons créneaux, l’Algérie en est un maintenant et un bon…Avec le MEDEF, il s’agissait cette fois-ci d’inciter nos amis français à faire preuve de plus de dynamisme s’agissant d’investir en Algérie en leur montrant par les chiffres qu’ils perdraient des parts de marché dans notre pays surtout avec l’arrivée des Chinois dans la région. Le problème n’est pas de critiquer cette présence mais plutôt de favoriser celle des Français et à travers eux celle des Européens car c’est dans le monde euro-méditerranéen que doit se situer l’avenir de notre pays et donc qu’il est de notre devoir de contribuer à cette insertion en exhortant nos amis du Nord à mieux travailler ensemble…» Q.O.: Justement, s’agissant des investisseurs arabes, avez-vous des relations avec des organismes arabes tels que le MEDEF français, pourriez-vous nous en parler ?O.R: «Effectivement, le FCE entretient des relations suivies avec les hommes d’affaires arabes. Ainsi par exemple, nous organisons du 12 au 14 novembre prochain l’assemblée générale de l’Union des hommes d’affaires arabes qui en sera à sa dixième session, sous le thème générique de «L’Algérie carrefour de l’investissement arabe». Le travail de cette assemblée se réalisera à travers cinq ateliers consacrés aux thèmes suivants: le tourisme, l’agriculture, la santé, le transport et travaux publics, l’industrie pétrochimique et chimique. Des thèmes qui font la jonction entre des préoccupations exprimées par les pouvoirs publics et celles qui sont le fait des opérateurs algériens. Il faut se rendre à l’évidence, les hommes d’affaires arabes seront de plus en plus nombreux en Algérie et ceci est une bonne chose pour le pays.» Q.O.: Au plan de l’activité, on constate actuellement une sorte d’accélération, s’agissant de l’engagement par l’Etat de gros contrats portant sur les infrastructures, entre autres routières et ferroviaires, le recours quasi exclusif aux entreprises étrangères pour ce type de projet vous semble-t-il normal ? Qu’en pensez-vous ? O.R: «Il est bon que l’Etat utilise la rente pétrolière pour financer des secteurs qui constituent l’amont et le préalable à toute action de développement, cependant il faut prendre garde à assurer le relais au moment où ces infrastructures seront mises en place, car ce type de réalisation n’a pas beaucoup d’impact sur l’emploi à long terme. Sitôt ces réalisations achevées, ce sont des centaines de milliers d’emplois qui se trouveraient menacés. Par ailleurs, ce dont il faudrait s’assurer, c’est que les grosses entreprises étrangères bénéficiaires de ces contrats s’engagent à aller très loin dans le recours à la sous-traitance algérienne et à l’emploi des matériaux locaux. Ceci pouvant être clairement exprimé dans les cahiers de charges des marchés ainsi cédés. Il faut, selon mon humble avis, s’assurer que le relais soit pris par les entreprises algériennes s’agissant par exemple de l’entretien de ces grosses infrastructures et de leur raccordement avec des réseaux locaux au besoin.  Q.O.: Revenons si vous le voulez bien à la situation de l’Industrie dans le pays en parlant de ce qui se passe dans le domaine des privatisations et celui de la mise à niveau qui font l’objet d’appréciations diverses. Qu’est-ce qui selon vous marche et ce qui ne marche pas pour l’une et l’autre action ?O.R: «Vous avez bien fait d’aborder cette question. S’agissant des privatisations, il faut selon moi laisser cette action se dérouler selon le rythme actuel. Il faut savoir aussi que sur le chiffre de plus trois cents privatisations déjà réalisées, 73% se sont faites au profit du secteur privé algérien, ce qui prouve que ce genre de transfert qui inquiétait beaucoup le syndicat UGTA et les collectifs de travailleurs a disparu et que les travailleurs affectés dans les entreprises privatisées se félicitent du rachat de leurs entreprises par le secteur privé algérien. Ce que l’on constate, c’est que dans ces entreprises, il n’y a pas eu de licenciement; bien plus, il y a de l’investissement et création de nouveaux emplois. La seule remarque que je ferais à ce sujet consiste à suggérer à faciliter les modalités de paiement et à les étaler sur un temps plus long. Pour la mise à niveau des entreprises, il y a plusieurs intervenants et on ne sait pas vraiment qui fait quoi, aussi il serait à mon sens plus judicieux, afin de situer les responsabilités, de créer une instance nationale chargée de conduire cette action, instance qui gérerait à la fois les fonds publics affectés à cette opération et les fonds en provenance des différentes institutions étrangères octroyant des aides à cette fin dont celle de l’UE avec le programme MEDA… Il serait bon que les pouvoirs publics s’inspirent des expériences conduites dans ce même cadre en Pologne, en Tunisie, au Maroc et au Portugal afin de concevoir en ce domaine une stratégie visible et compréhensible à l’intérieur et à l’extérieur du pays.» Q.O.: S’il n’y a pas encore de stratégie visible et compréhensible comme vous le dites, comment voyez-vous celle-ci, faut-il un plan, adopter une démarche ? Finalement, comment vous pourriez décrire cette stratégie qui fait défaut pour le moment ?O.R: «Il est certain que l’action de mise à niveau nécessite des moyens financiers conséquents lesquels devraient provenir en grande partie des caisses de l’Etat. La méthode la plus appropriée selon moi consisterait à traiter les problèmes branche par branche et élaborer pour chacune d’elles des approches différentes en fonction de leur sensibilité à la concurrence extérieure. Toutes les entreprises nationales publiques et privées ne sont pas éligibles à la mise à niveau, cela il faut s’en convaincre. Si l’on veut aller plus loin en ce domaine, je dirais que la priorité doit être donnée aux industries exportatrices et celles qui sont susceptibles de l’être parce qu’elles présentent un profil comparatif favorable, je pense au secteur de l’agriculture où un travail de reconfiguration des exploitations devrait être réalisé en priorité. Il y a ensuite le secteur de la pétrochimie où le secteur privé devrait trouver sa place dans le futur en partenariat avec le secteur public national ou avec des entreprises étrangères. Il y a enfin le secteur des matériaux de construction, secteur dans lequel «Orascom» exporte actuellement du ciment et à partir duquel a été déjà exporté de la céramique carreaux et de la céramique sanitaire dans un passé récent. Cela c’est l’urgence parce que le pays devrait gagner des parts de marché à l’extérieur sur ces trois points forts et ceux-là le sont. Ensuite, viennent les secteurs qui pourraient plus facilement résister à la concurrence étrangère sur le marché intérieur suivis par ceux où il sera nécessaire de consacrer beaucoup d’investissements en hommes et en matériel. Enfin, il y a aura les secteurs totalement dépassés comme celui des textiles et de la chaussure où toute mise de fonds irait en pure perte. Ces secteurs doivent se reconvertir ou disparaître. C’est cela vers quoi devrait tendre la réflexion des pouvoirs publics, trouver le quoi et le comment aux problèmes posés par chacun des secteurs. La somme de toutes les réponses devant constituer la stratégie des pouvoirs publics pour l’action de mise à niveau des entreprises algériennes.» Q.O.: Et dans tout cela, où se trouve le Maghreb, celui que tout le monde appelle de ses vœux, Européens et Américains sans oublier les peuples de la région.O.R: «Ici nous entrons dans l’inexplicable. Il semble que dans la région à laquelle nous appartenons, le politique l’emporte sur toute autre considération, l’économie suit et subit les interdits définis par le politique. Malheureusement chez nous comme chez nos voisins, le politique est instable alors que l’investissement conjoint, les échanges nécessitent des politiques stables sur de longues, voire très longues, durées. Examinons par exemple ce qui se passe entre la Tunisie et l’Algérie qui, tout en ayant des rapports politiques très bons, n’arrivent pas à pousser leurs échanges économiques vers des niveaux élevés, il en sera de même entre l’Algérie et le Maroc si ces derniers venaient demain à améliorer leurs relations politiques parce que les hommes d’affaires des deux pays ne peuvent s’engager sur des actions à long terme sachant la versatilité du pouvoir politique dans leurs pays respectifs. Les échanges maghrébins ne connaîtront pas d’avancées significatives et l’intégration maghrébine restera encore pour longtemps un vœu pieux. Les hommes d’affaires maghrébins n’écoutent plus depuis longtemps les discours politiques consacrés à l’Unité du Maghreb.             Cependant et malgré tout cela, le FCE entretient avec ses homologues du Maroc le «CGEM», la Confédération générale des employeurs marocains, et l’«UTICA», l’Union des commerçants et artisans tunisiens, des relations qui se traduisent par des rencontres qui se tiennent à tour de rôle dans les trois pays. Tunisiens et Marocains ont toujours répondu à nos invitations et nous avons toujours répondu aux leurs. Il faut par ailleurs se féliciter que les banques tunisiennes et marocaines s’intéressent au marché algérien puisque beaucoup parmi elles ont introduit des demandes auprès de la Banque d’Algérie pour pouvoir activer en Algérie…» Q.O.: On ne pourrait conclure cet entretien sans vous demander votre sentiment sur les chances de voir le pays sortir victorieux un jour de tous les maux qui l’assaillent, en commençant par celui de la pauvreté et celui plus général du sous-développement. O.R: «C’est bien de finir avec pareille interrogation. Il me semble que le temps des lamentations est révolu, il faut résolument produire un discours optimiste, il faut se dire et se convaincre que l’Algérie dispose des moyens pour réaliser ce fameux décollage tant espéré et à chaque fois remis à plus tard. L’Algérie devrait rapidement rejoindre le peloton des pays qualifiés de marchés émergents. Nous vivons une chance historique qu’il ne faudrait pas gâcher en faisant les mauvais choix. Il faut par ailleurs se départir de l’égoïsme social et penser à nos pauvres qui devraient les premiers recevoir une part des bienfaits apportés par cette manne pétrolière dont on sait maintenant qu’elle va durer. Il faut penser à tous ceux qui ont subi le déracinement, il faut les aider à se réinstaller chez eux dans les meilleures conditions possibles, il faut que nos campagnes revivent. Il faut que l’Etat combatte l’inflation pour préserver le pouvoir d’achat des Algériens. Il faut développer les mesures visant à la création des emplois en replaçant l’entreprise au centre des préoccupations de l’Etat. Pour tout le reste, les gens sauront faire, j’en suis sûr…» 

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