Population mondiale: de l’explosion à l’implosion ?

juillet 29, 2007

La population mondiale vit 3 transitions uniques. Avant l’an 2000, les jeunes ont toujours été plus nombreux que leurs aînés. Depuis quelques années, c’est l’inverse. Jusqu’à 2007, les ruraux l’emportaient en nombre sur les citadins.

A partir des années qui viennent, ce sera l’inverse. Depuis 2003, la majorité des hommes vivent dans un pays ou une région du monde où la fécondité est inférieure à 2,1 enfants par femme, niveau qui permet le strict remplacement des générations. La fécondité médiane est passée en 50 ans de 5,4 enfants à 2,1. L’avenir de la population mondiale sera marqué par 6 évolutions majeures, dont nous venons de discuter aux Entretiens du XXIe siècle, organisés par Jérôme Bindé à l’Unesco sur le thème « Population : de l’explosion à l’implosion ? ». La croissance de la population au cours de la seconde moitié du XXe siècle aura été l’un des événements majeurs de l’histoire. Même si elle se ralentit, cette croissance considérable est loin d’être achevée. D’ici à 2050, la population mondiale, qui est aujourd’hui de 6,6 milliards, pourrait atteindre 9,2 milliards, selon l’hypothèse moyenne des Nations unies. Cette croissance ralentit fortement, du fait de la transition démographique. Son accélération au Sud — même en Afrique, on en perçoit les premiers signes dans nombre de pays — montre bien qu’il n’y a pas de fatalité dans les problèmes de population. Le XXe siècle aura été pour l’homme celui de l’apprentissage de son destin. Après avoir différé la mort, l’être humain en vient à maîtriser la vie, en choisissant un nombre d’enfants conforme à ses souhaits. Certes, le déclin de la fécondité reste très inégal selon les régions et les pays. Il est en proportion avec l’éducation, le niveau de formation, notamment celui des filles, et le développement. Pourtant, la transition démographique a aussi lieu dans nombre de pays où les femmes n’ont qu’un accès limité à l’éducation et au marché du travail. Selon les démographes, ce sont les écrans de télévision qui ont promu une nouvelle compréhension de la condition féminine et une certaine idée de la liberté. La quasi-totalité de l’accroissement de la population, d’ici à 2050, aura lieu dans les pays en développement. C’est donc à un bouleversement de la « carte démographique » que l’on va assister. Alors qu’en 1950 la population du Sud représentait à peu près le double de celle du Nord, ce sont 86% de la population mondiale qui vivront en 2050 au Sud ! Si les tendances actuelles se poursuivent, la totalité de l’accroissement de la population, d’ici à 2050, aura lieu dans les villes. La révolution urbaine en cours est titanesque : il va falloir édifier en moins d’un demi-siècle l’équivalent de 3000 villes d’un million d’habitants ! De profondes inégalités affectent en outre la population mondiale : la population humaine est d’abord très inégalement répartie, 10% des terres émergées accueillant plus de 60% des habitants de la planète. Quant à l’espérance de vie à la naissance, elle varie encore presque du simple au double entre les pays les plus avancés et certains des pays les plus pauvres, tels que la Sierra-Leone ou l’Afghanistan. La mortalité infantile a considérablement diminué : mais sa réduction a été bien plus lente dans quelques pays d’Asie et surtout en Afrique. Un dernier déséquilibre, une dernière inégalité va peser lourd : le vieillissement, qui résulte du déclin de la fécondité et de la hausse de l’espérance de vie. Il affectera très différemment les sociétés. En 2050, près d’une personne sur 3 aura plus de 60 ans au Nord, et une personne sur 5 dans les pays en développement. Au Nord, un spectre hante les sociétés vieillissantes : la dépopulation qui pourrait gravement affecter, en l’absence de compensations migratoires, nombre de pays au cours des prochaines décennies. De plus, les pays les plus riches risquent de connaître une perte de dynamisme global, ainsi que des problèmes de relations entre générations, de financement des régimes de sécurité sociale et de retraites et d’éthique (faudra-t-il prolonger au maximum la vie ou assurer à tous une vieillesse de qualité ?). Au Sud, se posera une question cruciale : comment répondre au vieillissement quand font défaut les systèmes de protection sociale fondés sur l’Etat providence (assurance-maladie, systèmes de retraite), et quand, du fait de la modernisation et de l’urbanisation, les solidarités sociales et familiales se délitent ? Mais d’ici à quelques décennies, c’est l’ensemble de la population mondiale qui pourrait lentement imploser, car il n’y a pas la moindre raison de croire que la chute de la fécondité, une fois amorcée, s’arrête comme par miracle au niveau de remplacement. Que de défis à relever en attendant — et j’ai à peine évoqué celui des migrations internationales — en termes de sécurité alimentaire, d’emploi, de lutte contre la pauvreté, de santé publique, de logement, d’infrastructures, d’environnement et de promotion d’un développement durable ! Dès 1795, Condorcet a eu l’extraordinaire intuition que le danger de la surpopulation, où il voyait le risque d’une « diminution du bonheur », pouvait être maîtrisé grâce une hausse de la productivité, à une meilleure gestion et prévention des déchets et à un essor de l’éducation, notamment celle des filles. Face aux menaces que la population fait peser sur l’environnement, Condorcet avait déjà anticipé la « dématérialisation » de la croissance : « Le même produit de l’industrie, écrivait-il, répondra à une moindre destruction de productions premières, ou deviendra d’un usage plus durable. » Face à ces défis, où sont les priorités ? Seul l’essor d’authentiques sociétés du savoir nous permettra de faire face tant à l’accroissement de la population qu’à son vieillissement. Promouvoir une croissance équitable et un développement fondé sur l’intelligence, la science, les technologies, modifier nos styles de vie et nos modes de production et de consommation seront d’absolues nécessités. Mais la priorité des priorités sera bien sûr l’éducation. L’éducation de base d’abord, et notamment celle des filles, car c’est le meilleur contraceptif. Selon une étude, dans certaines régions où les filles sont exclues de l’enseignement secondaire, une femme a en moyenne 7 enfants. Lorsque le taux d’inscription des filles passe à 40%, cette moyenne descend à 3 enfants. Mais l’éducation pour tous, tout au long de la vie, devra aussi se voir reconnaître une priorité essentielle, car c’est elle qui est la réponse au vieillissement des populations et à l’élévation de l’espérance de vie. Face à l’obsolescence croissante des savoirs, à la nécessité de se recycler et de changer de métier, à l’impératif de rester « en forme », la demande d’éducation va de plus en plus s’étaler tout au long de l’existence. C’est au fond une bonne nouvelle : certes la population mondiale va vieillir, mais l’être humain restera jusque tard dans sa vie dans une position de jeunesse symbolique, puisqu’il ne cessera d’apprendre.

L’auteur est Directeur général de l’Unesco

Koichiro Matsuura


Ansej : 81 125 micro-entreprises en dix ans(1997-2007)

juillet 6, 2007

 Depuis son lancement en 1997, le dispositif de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) a permis la création  de 81 125 micro-entreprises dont quelques milliers sont devenues des petites et moyennes entreprises et un nombre d’autres indéterminé a disparu. Un bureau d’études est actuellement à pied d’œuvre au niveau de l’ANSEJ pour établir avec précision ces chiffres et faire ressortir l’impact de ce dispositif sur le développement du pays.
Ces informations sont données par Mme Fatma Charef Sedaoui, nommée récemment directrice générale de l’ANSEJ, dans un entretien accordé à la rédaction de la Chaîne III de la Radio nationale dont elle était l’invitée. Elle a annoncé un mouvement de déconcentration de la décision d’éligibilité qui passera ainsi de la structure centrale vers les agences locales, ce qui permettra, ajoute-t-elle, un travail de proximité. Ce mouvement, dit-elle, sera effectif en septembre. L’ANSEJ sera plus proche des jeunes pour les soutenir dans leurs projets. Au niveau local, des commissions de wilaya interviendront pour étudier les cas de gel d’activités et rectifier selon les données locales.
Elle révèle qu’une action de préparation et de formation de cadres de l’ANSEJ se déroule pour accompagner les jeunes dans la création d’entreprises et aller vers la qualité. Au départ, souligne-t-elle, il fallait parer au plus urgent qui était de combattre le chômage, maintenant que le taux de chômage a baissé, il faut aller vers la qualité et vers des activités plus pérennes qui aient un impact sur le développement local.
A propos des réticences bancaires à octroyer des crédits aux jeunes qui veulent créer leurs entreprises, elle en rappelle les principales raisons : d’abord, justement, l’absence d’accompagnement, des projets insuffisamment étudiés et les indemnisations. D’après les premiers chiffres en sa possession, la DG de l’ANSEJ fait savoir que plus de 50 % d’indemnisations ont été effectuées, ce qui est, selon elle, non négligeable. C’est un fonds de garantie des crédits qui est chargé de ces indemnisations qui interviennent quand la banque ne peut pas récupérer ses fonds ou que la micro-entreprise est en difficulté ou a disparu. Ce fonds est doté d’une enveloppe de 3 milliards de DA financée par les banques et par une partie fournie par le Trésor public. Dorénavant, annonce-t-elle, il n’y aura pas d’octroi de crédits sans formation des jeunes à la gestion.
Ceci dit, elle rappelle que plus de 120 milliards de DA de crédits ont été accordés par les banques aux jeunes créateurs d’entreprises dans le cadre du dispositif ANSEJ. Un travail est entamé avec les partenaires banquiers, souligne-t-elle, pour arriver à une formule satisfaisante.
Avec le ministère de l’Enseignement et de la Formation professionnels, l’ANSEJ étudie la possibilité de former les jeunes promoteurs aux métiers pour la création des micro entreprises et aller vers des activités qui créent des richesses au plan local, dans la sous-traitance par exemple.

04-07-2007 in la Nouvelle République