Le nouveau modèle économique de la Chine

avril 26, 2007

par Joseph Stiglitz*

La réussite de la Chine depuis le début de sa transition vers une économie de marché repose sur des stratégies et politiques capables de s’adapter : des problèmes sont résolus et d’autres apparaissent, appelant l’élaboration de nouvelles politiques et stratégies.

Ce processus inclut l’innovation sociale. La Chine a reconnu qu’elle ne pouvait pas simplement importer les modèles d’institutions économiques qui ont fonctionné dans d’autres pays ; du moins, ce qui a réussi partout ailleurs doit être adapté aux difficultés uniques rencontrées en Chine.

 Aujourd’hui, ce pays envisage un « nouveau modèle économique ». Bien entendu, l’ancien modèle a été un succès résonant, à l’origine de près de 10 % de la croissance annuelle durant trente ans et sortant des centaines de millions de Chinois de la pauvreté. Les changements se voient dans les statistiques, mais encore plus sur les visages des populations locales.

 Je me suis récemment rendu dans un village Dong perdu dans les montagnes de Quizho – l’une des provinces les plus pauvres de Chine -, à des kilomètres de la route la plus proche. Le village a pourtant l’électricité, c’est-à-dire non seulement la télévision, mais aussi l’Internet. Si certains revenus augmentent grâce aux versements de proches ayant migré vers les villes côtières, les fermiers sont eux aussi plus aisés, grâce à de nouvelles cultures et à de meilleures graines : le gouvernement vend à crédit des graines de haute qualité à taux garanti de germination.

 La Chine est consciente qu’elle doit changer son fusil d’épaule pour avoir une croissance durable. A tous les niveaux, elle sait que l’environnement a des limites et que les modèles américains à forte consommation en énergie seront un désastre pour elle-même – et pour le monde entier. L’exode rural étant en constante augmentation en Chine, les villes doivent s’adapter à la situation – ce qui exige un urbanisme minutieux, notamment l’amélioration des réseaux de transport public et des espaces verts.

 Par ailleurs, la Chine tente de s’éloigner de la stratégie de croissance fondée sur l’exportation qu’elle et d’autres pays d’Asie orientale ont poursuivie jusqu’ici. Cette stratégie a permis les transferts de technologie, amoindrissant le décalage entre les connaissances et améliorant rapidement la qualité des biens manufacturés. Avec la croissance des exportations, la Chine a pu produire sans se soucier du développement de son marché interne.

 Mais un retour de bâton à l’échelle mondiale se fait déjà sentir. Même les pays apparemment engagés dans des marchés compétitifs n’apprécient guère d’être battus à leur propre jeu, et dénoncent souvent une « concurrence déloyale ». Plus important encore, même si les marchés ne sont pas totalement saturés dans tous les secteurs, il sera difficile de maintenir des taux de croissance à deux chiffres en matière d’exportation.

 La situation a donc évolué. La Chine s’est lancée dans une activité qu’on pourrait qualifier de « financement », en mettant à disposition des fonds servant à combler les déficits budgétaires et commerciaux considérables des États-Unis, et permettant aux Américains d’acheter plus de produits qu’ils n’en vendent. Cet arrangement est bien étrange : un pays relativement pauvre finance la guerre américaine en Irak, ainsi qu’une réduction d’impôt massive pour les plus aisés du pays le plus riche au monde, alors qu’au vu des besoins importants en Chine la consommation et l’investissement ont un fort potentiel de croissance.

 En fait, pour restructurer son économie sans s’appuyer sur les exportations ni les biens consommant beaucoup de ressources, la Chine doit stimuler sa consommation. Tandis que le reste du monde se démène pour accroître l’épargne, la Chine, avec un taux d’épargne en excédent de 40 %, éprouve des difficultés pour inciter sa population à consommer davantage.

 La mise en place de services sociaux renforcés (prestations publiques de santé, éducation et plans de retraite à l’échelle nationale) réduirait la nécessité d’épargner « par mesure de précaution ». Un accès facilité aux crédits pour les petites et moyennes entreprises serait également le bienvenu. Et les « taxes vertes » – par exemple, sur les émissions de dioxyde de carbone – modifieraient les modèles de consommation tout en décourageant les exportations à forte consommation en énergie.

 Pour s’éloigner de la croissance reposant essentiellement sur les exportations, la Chine devra se tourner vers les nouvelles sources de dynamisme animées de l’esprit d’entreprise de plus en plus nombreuses, nécessitant d’ériger un système d’innovation indépendant. La Chine, qui investit depuis longtemps dans l’enseignement supérieur et la technologie, s’efforce désormais de créer des institutions de renommée mondiale.

 Mais pour obtenir un système d’innovation dynamique, la Chine devra résister à la pression exercée par les gouvernements occidentaux pour adopter des dispositions déséquilibrées relatives à la propriété intellectuelle. Il conviendra qu’elle s’attache à un régime « équilibré » de propriété intellectuelle : car la connaissance est le plus important facteur de production du savoir, et un régime de propriété intellectuelle mal conçu peut étouffer l’innovation – comme cela a été le cas en Amérique dans certains secteurs.

 L’innovation technologique occidentale s’est trop peu consacrée à réduire l’impact néfaste de la croissance sur l’environnement, et s’est efforcée au lieu de cela de réduire la main-d’oeuvre – ce dont la Chine dispose en abondance. Il paraît donc sensé que la Chine concentre ses prouesses scientifiques sur de nouvelles technologies nécessitant peu de ressources. Toutefois, il importe que le système d’innovation (y compris le régime de propriété intellectuelle) garantisse une vaste utilisation de l’avancée du savoir. Cela peut entraîner des démarches innovantes, assez différentes des régimes de propriété intellectuelle fondés sur la privatisation et la monopolisation des connaissances, ainsi que sur les prix élevés et les bénéfices restreints qui s’ensuivent.

 Il n’est pas juste de considérer l’économie comme un jeu à somme nulle, ni de penser que la réussite de la Chine se fait au détriment du reste du monde. Certes, la croissance rapide de ce pays pose problème aux Occidentaux. La concurrence forcera certains à travailler plus dur, à devenir plus efficaces et à accepter des profits plus faibles.

 Mais l’économie est en réalité un jeu à somme positive. La Chine de plus en plus prospère n’a pas seulement développé ses importations vers d’autres pays, elle a aussi proposé des biens qui ont maintenu des prix plus bas en Occident, malgré un cours du pétrole nettement plus élevé ces dernières années. La baisse des prix a permis aux banques centrales occidentales d’adopter des politiques monétaires expansionnistes, à la base d’une croissance et d’un marché de l’emploi plus forts.

 Nous devrions tous espérer que ce nouveau modèle économique sera une réussite. Si c’est le cas, nous aurons tous à y gagner.

* Joseph Stiglitz Un Lauréat Du Prix Nobel D’économie. Son Ouvrage Le Plus Récent S’intitule Making Globalization Work


Du pluralisme linguistique au lendemain de l’indépendance et de l’Algérianité

avril 14, 2007

 

par Mohamed Ghriss in Quotidien d’Oran – 10 avril 2007 

 
Dès l’indépendance du pays , et selon divers historiens et chercheurs nationaux et étrangers, une certaine « assabia »( esprit de corps) pour reprendre le concept khaldounnien s’est mise en évidence pour étouffer toute référence à un quelconque pluralisme linguistique , refoulant aussi bien l’argument des langues étrangères pour l’ouverture culturelle universelle que la question berbère relevant pourtant des origines de l’histoire et du patrimoine national. Une bien déplorable façon de se nier culturellement et de s’automutiler. En effet, l’unanimisme politique et la pensée unilatérale à l’oeuvre prônée par le monopole d’Etat – et ce en dépit de l’initiative critique et autocritique isolée des rares intellectuels organiques , certains démissionnant par la suite, donnant raison en quelque sorte aux intellectuels opposants partisans tôt de l’ouverture démocratique- et son conformisme des constantes figées broient toute velléité de changement , d’alternance ou de mobilité des élites.
 Voilà résumé schématiquement ce qui , en général , semble-t-il, avoir caractérisé les premiers temps de l’indépendance de l’Algérie et qui ,rapporte-t-on, avait vraisemblablement été privée, de sa chance historique d’entamer un processus de démocratisation libérale dès 1962!… Nous avons dit «semble-t-il» parce qu’aujourd’hui en 2007, avec du recul,et au vu des circonstances historiques, des conjonctures objectives déterminantes ou considérations multiples de cette période tumultueuse, une autre grille de lecture apparemment plus objective et plus appropriée pour l’interprétation des faits historiques nous propose-t-elle une autre vision, vraisemblablement plus nette des choses, débarassée des partis pris idéologiques ou autres fins spéculatives pour ne cerner que l’essentiel: Ainsi cette nouvelle approche culturaliste que nous pronons, quitte à susciter le désaccord de certains spécialistes historiens (les étrangers surtout), exposerait-elle clairement que l’institualisation du plurilinguisme culturel et scolaire n’aurait guère été possible dans l’immédiateté post-indépendance de l’Algérie, compte tenu des multiples paramètres conditionnants de l’époque: entre- autres, le clanisme et les luttes politiques entre hommes des fractions parvenus au pouvoir et la préoccupation de la situation sécuritaire aux frontières Ouest du pays. La situation particulière du conditionnement mental et social des décideurs d’alors centrés sur l’embrigadement culturel et l’autarcie politico-économique ne plaidait guère en faveur du pluralisme culturel ou plurilinguisme et d’autre part, il convient de le souligner, il y avait le souci pour l’Algérie en tant que nation nouvellement indépendante de signifier au plus pressé son caractère politico-culturel -identitaire national souverain , aussi bien sur le plan interne que sur la scène internationale . Ce qui avait amené les dirigeants algériens de l’heure , à subtituer à la langue française dominante de l’ex occupant, la langue arabe autochtone : parce que , constituant en ce moment crucial, le repère capital d’affirmation urgente de l’identité culturelle algérienne fraichement reconquise , symbolisée par l’idiome à l’Ecrit disponible dans l’immédiat alors, et le plus répandu également géographiquement et sociologiquement dans l’ensemble du Maghreb musulman ,depuis des siècles pour y avoir été enseigné bien avant l’invasion coloniale française de 1830..Et bien evidemment l’idiome berbère ancestral, est de loin beaucoup plus ancien que l’idiome arabe , puisque datant depuis des millénaires, mais la langue berbère écrite originale, et selon les avis de linguistes-chercheurs scientifiques, n’aurait pu être opérationnelle dès les premières heures de l’ indépendance : l’idiome du Tamazight originel avec sa graphie alphabétique spécifique totale n’ était pas fin- prêt , apparemment pour etre lancé dans les écoles et administrations publiques dès 1962 , quoique l’on disposait des travaux sur la langue berbère de Said Beloufa entre autres( ou de ceux du père Foucauld aux travaux qui suscitaient la suspicion en 1962, il ne faut pas l’oublier juste au lendemain d’une longue nuit coloniale ). Et quoique la langue berbère populaire autochtone de par son caractère oral attestait de sa persistance multimillénaire , l’idiome et sa graphie accusaient néanmoins , des insuffisances , selon les avis des spécialistes, au point de vue systématisation et généralisation : il fallut attendre les travaux ultérieurs de systématisation et de généralisation des chercheurs linguistes et anthropologues Algériens ,faisant suite à ceux notamment du défricheur Said Boulifa, pour pouvoir l’imposer au prix des années d’abnégations et de sacrifices. C’était l’époque, somme toute compréhensible de l’éxaltatation de l’idéal nationaliste à l’issue d’une guerre coloniale meurtrière et dévastatrice, où l’on se souciait d’abord et avant tout de la restauration de l’Etat Algérien et l’organisation des institutions administratives et nationales diverses, avec le recours , à la langue arabe : la langue porte-parole , écrite et systématisée disponible alors, aux référents culturels non sans une certaine continuité avec la tradition précédant 1830 de l’Algérie recouvrant son indépendance et élevant sa voix dans le concert des nations libres du monde, parallèlement à l’entreprise de l’action d’alphabétisation et d’enseignement urgents sur le plan interne, naturellement avec les moyens de bord et insuffisances que l’on sait. .

 D’autre part , il y a d’autres facteurs qui expliqueraient la situation culturelle problématique et le monolinguisme ambiants juste aux lendemains de l’indépendance nationale. Entre 1962 et les années 1980 une immense distorsion s’est produite , entre d’une part la formation des intellectuels et leurs productions d’autre part : le brusque surgissement d’un grand nombre d’intellectuels – souvent plus instruits que cultivés – va constituer le lot des intellectuels fonctionnaires oeuvrant essentiellement dans les appareils étatiques , ce qui fait que d’emblée comme le déclara Abdelkader Djeghloul, lors d’une interview en 1982, les conditions dans lesquelles se produit l’intelligentsia algérienne d’alors « empêche dans une certaine mesure sa condensation en tant qu’intelligentsia puisque les intellectuels produits fonctionnent immédiatement dans les appareils qui ne sont pas des appareils dans lesquels l’intelligentsia pourrait se sédimenter : les dizaines de milliers d’intellectuels fonctionnent d’abord comme agents non producteurs, mais reproducteurs de schémas de pensée , de normes , de comportements qui sont ceux qui sont définis par le nouvel Etat national qui se met en place à partir de 1962 », le chercheur universitaire clarifiant plus loin « c’est que cette nouvelle élite intellectuelle de l’Algérie indépendante, qui grossit très vite, dispose d’un héritage culturel et intellectuel relativement faible », sur lequel elle ne peut fermement s’appuyer, « en effet, pendant toute la période coloniale, on assiste à la formation d’une intelligentsia réduite sur le plan des effectifs et tiraillée par des problèmes d’ancrage culturel, par des clivages linguistiques qui ne seront pas réglés pendant la période coloniale elle-même », par ailleurs, ce faible héritage, nous précise Djeghloul, remonterait à des ancrages historiques plus profonds : « avant même la période coloniale l’histoire culturelle de l’Algérie , en tout cas au cours du XVIIè et XVIIIè siècle , est une histoire moins riche que celle de ses deux voisins , il n’existe pas d’équivalent de
la Quiraouine de Fez ou
la Zitouna de Tunis , il n’existe pas de centre universitaire de sédimentation de l’intelligentsia.

 Les intellectuels d’aujourd’hui héritent d’une triple limite : une histoire culturelle relativement moins riche que celle de nos deux voisins, une histoire coloniale marquée par des destructions culturelles que chez nos deux autres voisins et enfin , un éclatement des structures déjà relativement faibles qui existaient pendant la période coloniale avec la montée de dizaines de milliers de nouveaux intellectuels qui, soit ont oublié leur passé , soit s’accrochent à des ancrages qui n’ont pas une densité socioculturelle très grande », et Abdelkader Djeghloul de conclure, « La chance et le drame en même temps de l’intelligentsia algérienne d’aujourd’hui, c’est d’avoir à penser un nouveau projet de société , sans être attachée à des ancrages importants, c’est à la fois un drame et une chance : moins tributaire du passé que d’autres élites intellectuelles , elle est aussi une intelligentsia , enfin une élité, qui est d’une certaine manière suspendue dans le vide(…) c’est-à-dire qu’il est difficile pour les intellectuels algériens aujourd’hui, de s’enraciner dans une longue histoire. C’est en ce sens qu’elle est suspendue dans le vide : elle existe au présent , elle a un projet à définir, mais elle n’a pas de tradition historique très riche à laquelle elle puisse s’accrocher, sur laquelle elle puisse fonder un nouveau projet critique.» ( in entretien avec Mohamed Balhi : « Intelligentsia ou intellectuels ? », Algérie Actualité n° 846, semaine du 7 au 13 janvier 1982).

 A l’examen des circonstances et conjonctures politico-économico-sociales et culturelles historiquement conditionnant l’évolution des milieux culturels algériens, il semblerait que ce qui avait fait défaut aux penseurs, intellectuels , hommes d’art et de culture algériens d’antan, c’était surtout le manque de communication entre eux, leurs oeuvres attestées et leurs lieux ou centres de réflexions et d’enseignement totalement isolés, et refoulés aussi bien par les féodalités et sultanats oppressifs autochtones que par les gouvernances coloniales successives aliénantes et qui ont favorisé, d’une manière générale le « ratage » du coche de la révolution industrielle et surtout celui de l’avènement révolutionnaire de l’imprimerie : véritables calamités qui se sont abbattues sur le monde arabo-musulman d’une manière générale, avec la prolifération des orthodoxies et inquisitions fanatiques qui ont contribué à affaiblir dans une large mesure le milieu socio-culturel en général, ( imprimer l’alphabet arabe, ou la langue du Coran était considéré comme un sacrilège par exemple, par les rigoristes qui ont fermé la porte de l’Idjtihad) et par conséquent , forcé les élites arabo-berbères , ou l’héritage culturel , littéraire et artistique locaux à se déterritorialiser , allant ailleurs , s’épanouir sous d’autres cieux plus cléments quand ils ne se sont pas resignés à leur triste sort et d’autres carrément éliminés. En d’autres termes, ce n’était pas l’héritage culturel d’une manière générale qui était faible mais c’étaient plutôt les rois et commandeurs théologiens extrémistes de ces sombres époques qui étaient faibles et ont contribué, dans une grande part, à précipiter les débacles que l’on sait, et du coup empêcher sérieusement les élites intellectuelles d’émerger massivement et de s’organiser en microcosmes d’intelligentsia.

 L’Algérie sous le règne Turc, à titre d’exemple, en se référant à l’historien Abou El Qacem Saadallah, a connu une terrible décadence culturelle qu’aggrava par la suite l’avènement du colonialisme français. Et pourtant auparavant, il n’y avait pas que le vide comme tendent à le prouver les plus récentes recherches sur le patrimoine culturel , littéraire , artistique et scientifique ( médical notamment) ? C’est vraisemblablement , l’infortunée somme de facteurs négatifs ayant trait à la nature des pouvoirs féodaux et coloniaux successifs,en place, ajouté à cela d’autres handicaps intérieurs et extérieurs, qui ont fait que l’Algérie au lendemain de l’indépendance politique acquise se retrouve avec des potentialités et élites culurelles relativement démunies pour ne pas dire désarmées sur tous les plans.
 Et avec un lourd héritage de séquelles coloniales et de sous-cultures obscurantistes, féodales et quelques bribes d’élites arabisées etoccidentalisées situées surtout dans les zones quelque peu favorables d’Alger, de Constantine, Bejaia, Tlemcen ouBiskra essentiellement : c’est ce qui expliquerait, dans une grande part, le défaut d’une riche culture pluraliste présente et effective dès 1962, prête à être opérationnelle dès cette date…au lieu du lourd fardeau légué de l’analphabétisme , pour ne citer que cette tare, et qui interpelait d’urgence les consciences pour d’abord le réapprentissage abécédaire pour l’ensemble des algériens et non pas pour le feu vert décreté du plurilinguisme libéral ,le pluralisme culturel, et autre noble idéal relevant du fantasme à vrai dire…dans une société sous-developpée qui émergeait à peine de l’ère pastorale féodale archaique et de l’enfer des empires coloniaux dévastateurs, avec à sa tête des dirigeants-maquisards, émanant de la paysannerie en général, et à qui on ne peut, absolument pas reprocher, dans ces circonstances et conjonctures particulières, d’ignorer ou de n’avoir pas étudié les grandes lignes de l’Etat de droit et les stratégies de bonne gouvernance démocratique…

 Autrement dit la question du multilinguisme et du pluralisme culturel pour ne pas dire le multipartisme démocratique qui nous tiennent tant à coeur, ne bénéficiaient guère en 1962 des ferments déterminants objectifs , en ces temps précis, pour être concrètement à l’ordre du jour, compte tenu, répétons-le, des multiples facteurs conditionnants de l’époque : autoritarismes, exclusions, excès de zèle et dépassements divers etc, le refoulement de la culture berbère , le discrédit jeté sur les francophones et les intellectuels en général, parmi eux y compris des arabophones notoires , tels que Moufdi Zakaria l’auteur de l’hymne national « Kassamen » etc. En pareilles circonstances politico-sociales- culturelles conjoncturelles déterminantes des luttes de clans et de formation d’alliances ( « Assabia ») notamment , d’hommes politiques et dirigeants moudjahidines d’alors qui étaient préoccupés, , il faut en convenir, par d’autres priorités que celles de la culture pluraliste ou le pluralisme d’idées immédiat , alors que le pays était en proie à de graves troubles fratricides et menaces de l’extérieur, parler d’institualisation du plurilinguisme dans ces conditions particulières c’est prendre ses désirs pour la réalité. Etant donné le caractère contraignant de ces conjonctures historiques, on ne peut dès lors exiger de ces premiers dirigeants de l ‘Algérie fraichement indépendante de 1962 – de notre point de vue actuel en 2007- qu’ils auraient dû se comporter « libéralement », en se nourrissant notamment de l’esprit des oeuvres de Ibn Rochd, Montesquieu, Tocqueville, Jefferson, Shakespeare,Ibn Khaldoun, Djamal Eddine Al Afghani, l’Emir Abdelkader, Ibn Badis, Toynbee ,Taha Hussein, Ghandi, les philosophies de la tolérance et du pluralisme d’idées etc…etc… Eux qui dans leur quasi majorité, provenaient des campagnes et des zones les plus déshéritées d’Algérie et les plus sauvagement ratissées par la soldatesque coloniale et dont le niveau d’instruction et culturel ( rarement universitaire) , s’était surtout remarquablement forgé dans l’expérience du brasier et du contact fructueux avec les politiciens et militants par la plume et les armes des autres causes nationales similaires anti-coloniales et anti néo-coloniales à travers le monde. Comme l’a déclaré le grand artiste Sid Ahmed Agoumi , lors d’un débat d’un collectif d’intellectuels algériens en août 1992 : «(…) La révolution paysanne a conduit l ‘Algérie à l’indépendance. Les gens qui ont pris le pouvoir , et nous leur en serons toujours redevables, peut-on leur reprocher d’ignorer Beethoven, Rembrant, de ne pas lire Ibn Batouta, de ne pas savoir qui est Tewfik El Hakim ….A partir de là , un problème se pose. Un pouvoir politique, quel qu’il soit, quand il ignore quelque chose, quand il est confronté à quelque chose qu ‘il ignore et qu’il ne maîtrise pas, il l’occulte. Ou alors il veut la maîtriser avec les moyens du pouvoir politique. » (in débat « Impairs de culture » animé par Arezki Metref et Nadjib Stambouli, l’Hebdo libéré numéro 73 du 19au 25 août 1992).
 Aussi évoquer la question du pluralisme linguistique en cette phase cruciale du pays minée de multiples contradictions et contraintes c’est faire vite en besogne et brûler les étapes du raisonnement et de la confrontation avec les faits , apparemment. Chaque période historique ayant ses caractéristiques typiques et ses spécificités conjoncturelles conditionnantes, il convient dès lors de l’examiner attentivement avant de s’aventurer à balancer des jugements hâtifs et risqués, en ce sens qu’ils seraient préjudiciables à l’histoire du pays, avant tout, et à la tentative de compréhension , autant objective que possible, du cours des évènements , indépendemment des partis pris ou idéologies des uns ou des autres, et encore moins de nos tendances conscientes ou inconscientes du « soi » de nous autres qui transcrivons ces mots.
En se référant à ce que dit également l’éminent chercheur-linguiste algérien Mohamed Lakhdar Maougal, dans son édifiant « Elites Algériennes, Histoire et conscience de caste »( Editions APIC , Alger 2004), il y eut en 1962 une volonté sincère des dirigeants d’alors de promouvoir et généraliser la langue arabe par souci identitaire dans les sphères stratégiques tout en maintenant l’usage de la langue française dans les milieux sociétaires économiques et industriels coopératifs productifs, tandis que la langue berbère à l’époque ne connaissait pas de fixation et de systématisation par l’écriture en dépit de son ancienneté par rapport à la langue arabe .Ecoutons-le : « (…) Le pluralisme linguistique en Algérie est une des données les plus anciennes et les plus profondes de la réalité sociale.S’il peut paraître difficile voire impossible de dire avec certitude ce que fut la langue berbère ( appelée aujourd’hui par ses défenseurs et ses promoteurs « tamazight » ), en l’état actuel des recherches semble confirmer l’hypothèse selon laquelle elle aura été plus ancienne langue pratiquée oralement dans la région et la dernière à avoir connu un début de fixation par l’écriture.L’acte de naissance ou mieux encore d’existence de cette langue aura été établi non par ses locuteurs propres – l’acte de naissance d’une langue étant sa transcription au moyen d’un code écrit élaboré, systématisé et stabilisé- cet acte de naissance et d’existence aura été établi par d’autres langues écrites qui en auront laissé trace et document constitutif d’état civil .Il s’agit d’un acte de naissance(…) établi à partir de la référence canonique et consacrée dans l’antiquité à savoir la trace.(…) A l’origine de son histoire la langue berbère ne s’était jamais imposée ni construite par la trace écrite et permanente une identité ni élaboré un système d’identification (…) Avec la fondation des premiers royaumes berbères connus, l’histoire du peuplement et des dynasties berbères sera transcrite dans les langues grecques et latines. Sous l’occupation romaine tout particulièrement, la langue écrite par les rois berbères témoigne de leur totale assimilation linguistique et culturelle à l’hellénisme et à la latinité.(…) Toutefois sur le plan strictement linguistique et identitaire qui nous préoccupe ici et maintenent, on peut dire que l’avènement de la modernité pour le peuplement berbère commencera de manière effective au XIIIè siècle, quand le Mehdi ( Imam fondateur de la dynastie des Almohades ) utilisera la langue berbère pour diffuser sa doctrine et pour produire des textes de profession de foi et des guides spirituels .Il donne ainsi naissance à la conscience de langue et à son caractère sacré. Mais l’expérience d’Ibn Toumert l’almohade restera sans suite et jamais plus la langue berbère ne sera transcrite ni écrite pour servir à l’émergence d’une communauté, fusse-t-elle religieuse.».( in « Elites Algériennes, Histoire et conscience de caste », p.90- 91-99,Livre I : Mohamed Lakhdar Maougal, Editions APIC , Alger 2004).
 Compte tenu de ces multiples facteurs et considérations sociopolitiques et culturelles, il semble bien qu’aux lendemains de l
‘indépendance il n’aurait guère été possible donc pour les dirigeants de l’heure de s’engager dans le plurilinguisme par contre cela aurait pu être entrepris par la suite: l’histoire retiendra probablement que l’option « monolingue » en Algérie est le produit de la « politique » d’arabisation mise en oeuvre par des décideurs francophones surtout au sein des hautes instances de l’Education et de l ‘Etat lui-même autant que celui des options arabophones eux-mêmes: « Paradoxalement le régime algérien est bicéphale: il est ouvertement arabo – islamique, ce qui lui attire les faveurs et le soutien de ces arabisants « instituteurs » et « militants » ; il est également francophone, ménageant manifestement l’élite occidentalisée qui n’a pourtant rien fait pour absorber sur le plan économique des centaines de milliers d’arabisants produit de l’école. »( Mustapha Madi in Elites et questions identitaires, collectif, chapitre langue et identité : de la marginalisation à la résistance, p.122, Casbah Editions, Alger 1997).  Ceux qui ont exacerbé à l’extrême une arabisation idéaliste sans rapport avec la réalité du terrain et les bouleversements modernes internationaux ont ainsi causé de graves préjudices, en premier lieu, à la langue arabe elle-même en la cloisonnant dans un ghetto annonciateur de sombres perspectives, par son maintien à distance des valeurs universelles et la culture moderne en général.

 Il y eut des avertissements à l’époque malheureusement, nous dit Nouara Hocine dans son récent ouvrage consacré à la mouvance historique des intellectuels Algériens « on n’a pas tenu compte des sonnettes d’alarme tirées par un bon nombre d’intellectuels algériens qui appréhendaient déjà une telle arabisation anarchique, c’est le cas de Abdellatif Rahal qui a tenté en vain de ralentir ce processus durant l’année universitaire 1977-78 et qui n’a pas cessé de déclarer : « l’arabisation rigoureuse, efficace et moderne que nous imposent nos options ne peut être menée à bien que par les algériens eux-mêmes et nous devons dans l’étape actuelle, tenir compte de notre handicap à ce sujet et ne pas sacrfier, par une hâte inutile le niveau de certaines formations et donc une partie de nos étudiants… ». Mais les prêcheurs de l’authenticité s’opposèrent à cette prudence et appliquèrent une arabisation immédiate sans préparation ni planification par le recrutement massif d’assistants venus des pays d’Orient . Une démarche qui a eu un impact dévastateur sur la qualité de l’enseignement dispensé au nombre croissant d’étudiants (on a dénombré parmi les enseignants arabisants égyptiens d’ex-scribouillards publics et «talebs» du Sa’iid cairote totalement démunis de pédagogie et bourrés d’idéologies extrémistes). Le regretté Mostefa Lacheraf a également rendu compte de cet état de fait :  «…quant à la langue arabe, autre facteur historique de civilisation qui honorait toute l’humanité avant la dite décadence elle a servi aussi impunément et à son corps défendant, par la faute des théoriciens médiocres volontaristes et butés, et contre le voeu des vrais pédagogues à réduire à néant la qualité de l’enseignement public en Algérie… de plus, elle a bourré toujours malgré elle d’idéologies désastreuses une enfance scolaire et une jeunesse étudiante, toutes deux innocentes de ces méfaits de longue durée dus au zèle obscurantiste d’enseignants à peine formés mais bien endoctrinés. Savoirs et idéologies impropres au nécessaire développement du pays et au progrès des consciences d’une société civile assoiffée de se connaître dans son passé et son présent et qui devait s’engager sans complexes dans la modernité en évitant les amalgames mortels qui l’ont longtemps retardée… »(in « Les intellectuels Algériens, Mythes, Mouvances et Anamorphoses », Nouara Hocine p. 158-159, Editions Dahlab-Enag, Editions Alger 2005).

 Il s’en est pas fallu beaucoup de temps pour que certains esprits s’aperçoivent que le « bilinguisme » est susceptible de profiter « socio-économiquement » mieux au pays que le « monolinguisme » réducteur quoique sur le plan de l ‘identité culturelle la question demeurait en suspens et le recours au français en matière d’expression littéraire et journalistique par exemple, n’est plus perçu par les esprits lucides comme un acte portant atteinte à l’authenticité culturelle nationale : En effet, après que les arabophones aient investi les postes de commande dans les hautes instances dirigeantes, l’armée, la direction du parti unique etc…et étant donné les dépendances économiques de l’étranger, il est vite devenu clair que le choix et l’efficience d’un programme de développement national quel qu’il soit n’était pas du tout chose neutre comme l’avaient cru au début ses promoteurs mais restait indissociable d’un choix d’attitudes donc culturel et identitaire.
 Et celui-ci doit se faire encore dans le cadre d’une relation demeurant inégalitaire avec les sociétés occidentales : la langue française de l’ex colonisateur partie prenante de cet occident surdeveloppé fournisseur des technologies entres autres, apparut dès lors comme un médiateur privilégié dans les rapports internationaux, soit ce véritable « butin de guerre »( dixit Kateb Yacine) à mettre dans l’immédiat au service de la coopération et du renforcement de la culture bilingue en général. Sur ce plan, comme C.Grandguillaume le montre pour le Maghreb, «les sociétés anciennement colonisées sont prises dans un cercle ; C’est parce qu’elles sont en état d’indétermination culturelle ont du mal à distinguer entre le «nous» et le «eux», qu’elles pratiquent le bilinguisme institutionnel. Mais celui-ci renforce, au moins dans ses conditions d’exercice actuel, l’indétermination identitaire et fait obstacle à son surmontement.

 La solution logique parait être de faire parler la modernité ( réservée à la langue étrangère) par la langue originelle . Mais la crainte est d’effacer de ce fait même les référents culturels de celle-ci.Il n’est pas davantage possible d’exclure le secteur de la modernité : dans la position de défense précaire où ils se trouvent les peuples du Tiers Monde ne sauraient se priver de cette arme essentielle qu’est la maîtrise du code culturel de l’occident.

 Une société en somme, n’est pas plus libre que les groupes qui la composent de se donner son identité en toute autonomie : dans les conditions de communication et d’indépendance actuelles, une nation ne peut plus faire abstraction des rapports de forces internationaux ni de la structure planétaire qu’ils sous-tendent. » ( in collectif « Identité collective et changements sociaux », actes colloque _éditions Privat, Paris 198 6 .)

 Au-delà du classique clivage et comme le mentionne à juste titre Melle Hafsa Bekhelouf de l’Université Jean Moulin de Lyon 3 ( France) il y a le fait de « Prendre en considération l’idée que le français est une passerelle à l’universel», de la sorte «c’est dépasser quelque part le point de vue premier qui fut émis en ce qui concerne l’emploi du français en tant que langue du colonisateur ».

 Et aujourd’hui que « Nous vivons l’époque de la mondialisation avec tout ce qu’elle implique c’est-à-dire que nous sommes dans la communication rapide mondiale par l’avènement d’Internet du commerce international, du droit international etc., il semblerait donc que l’utilisation d’une langue comme le français qui est utilisé aux quatre coins de la planète, peut relever d’une démarche mondialiste. Par conséquent le français peut servir de passerelle linguistique entre le monde arabe et l’occident. Nous entendons par passerelle linguistique la capacité à véhiculer l’imaginaire ou l’identité d’une certaine culture par le biais d’une langue étrangère à cette culture en question.On pourrait ainsi dire que la littératuire maghrébine d’expression française peut être définie comme « littérature arabe écrite en français » selon les termes d’André Miquel (au sujet de l’oeuvre de Tahar Ben Jelloun ). »( in Article « Le paradoxe », revue Annales du patrimoine n° 3, Mars 2005, périodique de la faculté des lettres et des arts de l’université de Mostaganem ( Algérie), auteur Melle Hafsa Bekhelouf).

 En 1962 comme nous l’avons mentioné ci-dessus l’heure n’étant guère aux choix large des langues la langue de l’ex occupant s’imposait d’elle-même vu la nature des rapports de force nettement en défaveur de la ou des langues autochtones, et c’est en toute logique somme toute, que le bilinguisme s’affirma dans les différentes sphères institutionnelles culturelles et éducatives du pays avec toutefois le maintien à des postes de gouvernance sensibles des intellectuels arabophones avec souvent rattachés à leurs services des intellectuels francophones aux études supérieures souvent beaucoup plus poussées. Situation inconvenante qui n’était pas sans engendrer des mésententes, conflits et brouilles de toutes sortes , non pas du fait du favoritisme des uns par rapport aux autres mais en raison surtout des divergences d’options stratégiques voies et méthodes de planification et d’action, entre autres.

 Par ailleurs, les clivages entre « arabisants » et « francisants » comme on les désignait de façon péjorative et opposant diverses catégories d’intellectuels algériens pourtant embarqués pour un même destin communautaire, étaient aggravés, principalement dans les milieux universitaires comme le rapporte et le souligne Ali El Kenz dans son remarquable ouvrage « Au fil de la crise», indiquant notamment : le «morcellement du système universitaire a fini par produire deux sortes de moitiés d’intellectuels chacune mutilée de la dimension de l’autre conduites par la logique conflictuelle du système universitaire à fonctionner selon une division des taches : de simples techniciens d’un coté de purs idéologues de l’autre. Un cloisonnement qui leur interdit toute possibilité de synthèse organique donc, de se transformer en vraie intelligentsia.»( Ali El Kenz, Au fil de la crise, Bouchène-Enal coéditions, Alger 1993, p.21). Autrement dit, dès le départ, consciemment ou inconsciemment, mais sans la volonté manifeste de nuire ont été favorisés alors les germes de la division « arabisants-francisants » par l’entreprise précipitée d’une politique urgente post-indépendance d’arabisation tous azimuts qui a fini par ériger des murs d’incompréhension et d’incommunicabilité : Les arabisants traitant les francisants d’«occidentalisés sans repères identitaires culturels et spirituels nationaux», et les seconds qualifiant les premiers d’« obscurantistes sans ancrages scientifiques et culturels modernes universels »

 « Malheureusement ni les élites arabisantes prisonnières des schémas traditionnels de la culture arabe ni les élites francisantes férues de modernisme et d’occidentalisation n’ont su ni n’ont été capables de répondre aux aspirations et à la frustration de cette masse de jeunes produits de l’école confrontés quotidiennement à des modèles venus d’ailleurs.Ils exprimeront leur désarroi (…) mais surtout basculeront dans la violence et l’extrémisme.

 En définitive, c’est toute la société algérienne qui se trouve soumise par les effets pervers d’une politique démagogique fondée sur l’exclusion à un télescopage d’attitudes et de représentations langagières contrastées et contradictoires ( arabe contre français arabe contre dialectes arabes et amazigh) ; elles peuvent entraîner une radicalisation des revendications culturalistes linguistiques et identitaires ou, plus grave encore, conduire à la dépossession linguistique ( du fait de la stigmatisation des parlers populaires ) et à la perte de repères culturels authentiques susceptibles de servir de rempart contre les dérives absolutistes et totalitaires »( dixit :Khaoula Taleb Ibrahimi,in collectif « Elites et questions identitaires, chapitre : L’arabisation, lieu de conflits multiples, Casbah Ed.Alger 1997)

 Bien évidemment les accusations réciproques gratuites sans fondements véritables des arabophones aussi bien que des francophones partageant pourtant plusieurs paramètres en commun, avec des insuffisances et des carences de part et d’autre, sont favorisées par le climat ambiant d’absence de dialogue et de concertation qui empêche de gommer les malentendus et de combler les manques, personne n’étant plus algérien que les autres et personne n’étant plus rationaliste que les autres. Les positions tranchées éloignent au contraire de l’attitude sensée de la culture pluraliste identitaire à la fois nationale-patrimoniale et ouverte sur la modernité et l’universalité.

 Encore faut-il relever à propos de l’ancrage culturel identitaire national des uns et des autres qui se doivent de prendre en ligne de compte la complémentarité des paramètres interagissants de l’Arabité-Amazighité-Islamité-Africanité-Méditerraneité caractérisant la dimension pluraliste de l’identité culturelle Algérienne. Tant il est vrai, par exemple, que certains s’arc-boutant sur le patrimoine Amazigh et Maghrébin en général boudent le tout venant du Machrek ou inversement certains adeptes de l’arabisme exclusif qui boudent leur propre culture du terroir Amazigh ; comme il y a ceux prônant l’ouverture tous azimuts sur l’Occident de mesurer le risque, apparemment, de confusion entre modernité et occidentalité ou entre occidentalité et universalité, cette dernière incluant les cultures et savoir-faire de toutes les parties du globe dans leurs rapports interagissant dans les processus de démocratisation et d’émancipation multisectoriels et multidimensionnels. Les parties séparées ont tout à gagner à se rapprocher en vue de se compléter et de relativiser cet état des choses qui n’a que trop nui jusqu’ici…  


COMPRENDRE LE PRINCIPES DES REGIMES POLITIQUES AVEC DEUX VACHES

avril 12, 2007

SOCIALISME :

* Vous avez 2 vaches. Vos voisins vous aident à vous en occuper et vous partagez le lait.

COMMUNISME :

* Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous fournit en lait. FASCISME :

* Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous vend le lait.

NAZISME :

* Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous prend la vache blonde et abat la brune.

DICTATURE :

* Vous avez 2 vaches. Les miliciens les confisquent et vous fusillent.

FEODALITE :

* Vous avez 2 vaches. Le seigneur s’arroge la moitié du lait.

DEMOCRATIE :

* Vous avez 2 vaches. Un vote décide à qui appartient le lait.

 DEMOCRATIE REPRESENTATIVE :

* Vous avez 2 vaches. Une élection désigne celui qui décide à qui appartient le lait.

DEMOCRATIE DE SINGAPOUR :

* Vous avez 2 vaches. Vous écopez d’une amende pour détention de bétail en appartement. ANARCHIE :

* Vous avez 2 vaches. Vous les laissez se traire en autogestion.

CAPITALISME :

* Vous avez 2 vaches. Vous en vendez une, et vous achetez un taureau pour faire des petits.

CAPITALISME SAUVAGE :

* Vous avez 2 vaches. Vous vendez l’une, vous forcez l’autre à produire comme quatre, et vous licenciez l’ouvrier qui s’en occupait en l’accusant d’être inutile. BUREAUCRATIE :

* Vous avez 2 vaches. Le gouvernement publie des règles d’hygiène qui vous invitent à en abattre une et prévoient une indemnisation. Après quoi il vous fait déclarer la quantité de lait que vous avez pu traire de l’autre, il vous achète le lait avec paiement à 90 jours fin de mois et il le jette parce qu’il manquait un tampon sur un certificat de qualité. – Vous devez les remboursez immédiatement plus les intérêts à hauteur de 2 fois et demi le taux légal. Vous écopez aussi d’une amende pour non-conformité. Enfin, on vous fait remplir 3 formulaires différents pour déclarer la vache manquante et on exige que vous fournissiez 5 attestations et certificats pour que vous obteniez votre indemnité. Les 5 attestations ne sont valables qu’un mois mais l’administration attend 3 semaines avant d’écrire à chaque organisme émetteur pour leur en demander l’authentification écrite.

ECOLOGIE :

* Vous avez 2 vaches. Vous gardez le lait et le gouvernement vous achète la bouse.  

CAPITALISME EUROPEEN :

* On vous subventionne la première année pour acheter une 3ème vache. On fixe les quotas la deuxième année et vous payez une amende pour surproduction. On vous donne une prime la troisième année pour abattre la 3ème vache.  

MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE BRITANNIQUE :

* Vous tuez une des vaches pour la donner à manger à l’autre. La vache vivante devient folle. L’Europe vous subventionne pour l’abattre. Vous la donnez à manger à vos moutons.

CAPITALISME A LA FRANCAISE :

 * Pour financer la retraite de vos vaches, le gouvernement décide de lever un nouvel impôt :
la CSSANAB (cotisation sociale de solidarité avec nos amies les bêtes).
* Deux ans après, comme
la France a récupéré une partie du cheptel britannique, le système est déficitaire. Pour financer le déficit on lève un nouvel impôt sur la production de lait : le RAB (remboursement de l’ardoise bovine).

* Les vaches se mettent en grève. Il n’y a plus de lait. Les Français sont dans la rue : ” DU LAIT ON VEUT DU LAIT “.
La France construit un lactoduc sous la manche pour s’approvisionner auprès des Anglais.

* L’Europe déclare le lait anglais impropre à la consommation. On lève un nouvel impôt pour l’entretien du lactoduc devenu inutile.

REGIME CORSE

* Vous avez deux cochons qui courent dans la forêt. Vous déclarez 200 vaches et vous touchez les subventions européennes.  

REGIME INDOUISTE

 * adorer les vaches, et ne jamais les traire.


Il est aujourd’hui manifeste qu’il faudra enfin mettre en place un Etat

avril 10, 2007

par Mohamed NABI, Le Quotidien d’Oran, 29 mars 2007
Le procès de Blida a révélé quelques recettes simples de la mise à sac des ressources du pays, «devant Dieu et ses serviteurs» impuissants. Par ses débats et plus encore par ses silences et ses «lignes rouges», il a levé un coin du voile qui recouvre la conduite des affaires de l’Algérie (1).Il a mis ainsi à nu les connivences tacites, dans un climat délétère, du goût de l’argent facile, de l’arrivisme inculte, du «contexte» coupable et de l’incurie avérée, de l’inertie prudente de ceux qui savent et de l’impunité de ceux qui comptent (2). Ce faisant il pose à la fois, même à son corps défendant, la question de savoir où était et où est l’Etat, ainsi que celle, jamais réglée, du système politique qui en assure l’immuable fiction (3). La question de ce pouvoir occulte sous couvert d’un édifice institutionnel et politique factice n’est cependant pas près, comme chacun sait, d’être réglée. Le hasard n’y est pour rien, pas plus que la fatalité. Mais après tant d’exploits, passés et présents, dans la «gestion» des affaires et des deniers publics, il n’est que temps de mettre enfin en place quelques institutions crédibles. Elles formeront le socle non d’un Etat «fort», il l’est depuis 1962 avec les résultats que l’on voit, mais seulement d’un Etat. Rien, sans cela, n’est possible. Sans cela, au point où en est le pays, tout est désormais possible.Au-delà des situations sur lesquelles le tribunal s’est prononcé, le procès de
la Khalifa Bank n’est pas symptomatique de la seule «gestion» du système financier et bancaire, public et privé. L’opacité, qui préside aux mécanismes de la dépense publique et aux conditions dans lesquelles sont parfois gérées les affaires et les finances des secteurs économiques qui relèvent de l’Etat, appelle aussi des audits compétents, sereins et nécessaires. En attendant ceux qui, en principe, sont prévus et ceux qui n’auront jamais lieu, ce procès aura cependant permis aux Algériens d’avoir quelques aperçus sur les conditions des déconfitures renouvelées et souvent escamotées, dans l’administration des moyens et des affaires du pays. En mettant l’ascension du groupe Khalifa sur le compte du «contexte politique, de l’ouverture du marché économique [et] de l’apparition d’un terrorisme aveugle» (4), l’accusation occulte tout ce qui rend possible, depuis longtemps, la mise en coupe réglée des ressources du pays, sans armes et sans attaques de fourgons blindés, et pas seulement dans presque toutes les banques publiques et privées.
Ignorée par le parquet, la question est donc évacuée de savoir ce que faisait l’Etat durant tout ce temps, comme plus tard au cours des années de vie de
la Khalifa Bank ou du pillage des autres banques publiques et privées. L’explication en serait simple. Selon un ancien ministre des Finances, «
la Banque Algérienne – ex-Banque centrale – est depuis 1990 souveraine et indépendante dans ses prises de décisions» (5). Ainsi, l’Etat ne peut plus être en rien responsable des arrêts d’une institution si souveraine. Le rôle en particulier de son Conseil de
la Monnaie et du Crédit ainsi que la collégialité de ses décisions ont été soulignés par tous, ministres ou responsables anciens et actuels de
la Banque Centrale. Ni l’Etat donc ni d’ailleurs personne d’autre n’est responsable de ce qui s’est passé. Car, outre le «contexte» invoqué aussi par l’accusation, l’un des inculpés, interrogé sur les raisons du dépôt des fonds effectué, explique : »à l’époque il y avait un environnement qui l’imposait». A la question de savoir «qui a eu l’idée de placer l’argent à Khalifa», un autre répond : «personne, c’est l’environnement qui l’a décidé» (6).
Le «contexte» et «l’environnement» ne justifient rien. Mais il y avait sans doute dans l’air du temps et des cercles étroits où le pouvoir n’a pas besoin de mots pour se faire entendre, une volonté de «faciliter» l’émergence du groupe Khalifa. L’indépendance de
la Banque d’Algérie et la collégialité des décisions de son Conseil du Crédit et de
la Monnaie ne pouvaient y faire obstacle, si tel avait été leur dessein. En fait,
la Banque et le Conseil ne forment qu’une seule et même institution. «L’indépendance» de la première et la «collégialité» du second sont des fictions. Aussi n’est-il pas inutile de rappeler en quoi elles consistent. Le CCM se compose de sept membres dont le gouverneur, président, les trois sous gouverneurs, ainsi que trois autres membres, tous nommés par décrets présidentiels. La décision est prise à la majorité simple. Il suffit pour cela des voix du gouverneur et de ses trois sous-gouverneurs. La «collégialité» se résume ainsi à
la Direction de
la Banque (7). Il en est d’ailleurs de même, hors des circuits financier et bancaire, de «l’autonomie» des entreprises et des organismes publics économiques. Elle a été vite coiffée par d’autres structures tout aussi «autonomes», chargées de la coordination et de la cohérence des divers domaines d’activités de ce secteur essentiel de l’économie nationale. Cette «autonomie» ne diminue en rien l’ingérence de tutelles qui ne sont pas que ministérielles. Elle s’est surtout traduite par une dilution des responsabilités dans l’opacité et la confusion accrues de la gestion. Elle crée ainsi une situation propice à des dérives dont les seuls responsables seraient «l’environnement» et le «contexte». Quant à l’indépendance de
la Banque Algérienne, chacun peut en juger à la lumière de celle des autres institutions de l’Etat. Il serait possible de, presque, tout citer et pas seulement l’APN, le «Sénat», le Conseil Constitutionnel,
la Justice,
la Cour des Comptes, le Conseil d’Etat ou l’APC ou encore le Gouvernement, dont les ministres sont «auditionnés» à tour de rôle sur leur gestion par le chef de l’Etat entouré d’un jury inconnu. Laquelle de ces institutions aurait pu seulement poser, publiquement, quelques questions sur les activités de
la Khalifa Bank ? Le tribunal en a jugé. Il a estimé, aussi, avec la lourde condamnation de l’ancien gouverneur, qu’il y a eu plus que carences ou fautes au niveau de
la Direction de
la Banque Algérienne. Dès lors, il devient impossible que ce jugement puisse ne pas concerner, également, ses tutelles.
La Banque et la «collégialité» de son Conseil du Crédit ne peuvent servir de paravent. Ils ne sont que des illustrations, parmi tant d’autres, des institutions en trompe-l’oeil du pays.
Les «réformes» n’y ont changé, pour l’essentiel, que les apparences. Cela est manifeste dans tous les domaines. Ainsi, «indépendante», «souveraine» ou «autonome», la gestion des patrimoines du pays n’a cessé d’être ce qu’elle a toujours été. Mais bien que nul ne sache où elles en sont, il semble que les réformes suivent leur cours, «relancées» et «amendées» dans tous les sens depuis 18 ans. Leurs buts, incertains et contradictoires, renvoient aux questions occultées de l’Etat, de ses institutions et de leurs prérogatives.Pour l’immense majorité, l’Etat se résume aux services de la mairie, de la daïra ou des impôts, à la poste, à l’université, à l’hôpital ou aux transports publics, et toujours et partout, à la foule qui s’y bouscule et attend. Il se manifeste davantage encore par son absence et l’insalubrité, le manque d’hygiène et d’entretien des cités populaires des villes et villages du pays.L’Etat se réduit à ces administrations paupérisées et souvent peu ou pas préparées à leurs tâches, sous-encadrées et livrées à elles-mêmes. Les choses étant ce qu’elles sont, ces administrations ne sont ni ne peuvent être un outil de «relance» de l’économie ou de règlement des problèmes dans lesquels se débattent les populations. Le reste des institutions – Parlement, Conseil Constitutionnel ou Cour des comptes – tout comme les appareils politiques des partis de la «coalition au pouvoir» ou de la seule centrale syndicale agréée, remplissent des fonctions pour l’essentiel à peine décoratives et de légitimation du système politique. Chacun peut juger, là aussi, des résultats dans l’accomplissement des missions qui sont les leurs. Cette situation ne doit rien au hasard. Le «pouvoir» n’avait pas besoin d’un Etat. Il se suffisait d’appareils chargés des affaires d’intendance, d’exécution et de représentation. De sorte que le pays et le régime n’ont aujourd’hui ni un Etat, ni même une administration à la mesure des défis auxquels ils sont l’un et l’autre confrontés.Ce vide institutionnel et politique entretenu renvoie à son tour à la nature et aux bases du pouvoir, inchangé, qui régit le pays. Les émeutes d’Octobre 88 avaient pourtant eu pour effet le souci d’une certaine libéralisation du champ politique, syndical et du mouvement associatif. Le tout a vite fait place à une nouvelle légitimation, durable, du système de toujours. L’irruption massive et violente du FIS sur la scène nationale et ses suites sanglantes ont en effet substitué à la légitimité révolutionnaire dont le pouvoir se réclamait, celle des craintes, nullement imaginaires, de la perspective d’un Etat théocratique, contre lequel il constitue un bouclier. Ces craintes sont celles du régime certes mais partagées aussi, et pas seulement, par les courants porteurs d’aspirations démocratiques. Le «FIS» ou ce qu’il représente, à la fois produit des pouvoirs, de Rabat à Riyadh, mais aussi des désarrois impuissants de la société musulmane, redonne une légitimité au système en place, tacitement admise par la «communauté internationale» (8). Elle n’en est pas moins aussi un alibi. Elle consacre en effet la perpétuation de nouveau légitimée du statu quo économique, social et politique. Celui-là même qui fut le terreau premier du populisme politico-religieux. Le «FIS» n’a rien à craindre de ce statu quo. Au contraire. Les questions des années 90 restant entières et grosses d’autant d’incertitudes.Mais le pouvoir n’a rien à offrir de plus que les appareils et les recettes de toujours (9). Il s’en remet donc à la «coalition au pouvoir», supposée représenter une base politique et sociale solide. L’opposition agréée est censée être la voix de l’opposition tout court. Le danger est que cette fiction politique soit prise au sérieux. Cet édifice, précaire parce que factice, ne tiendra pas face au premier mouvement social massif trop durement réprimé, à tout scrutin libre ouvert à tous les courants, agréés ou non. Nul au fond ne l’ignore. En attendant on ne sait quoi, le peuple sera bientôt appelé à officialiser les quotas âprement négociés des partis de la «coalition» qui formera la majorité présidentielle de la prochaine APN. Il aura ensuite à élire des assemblées locales sans prérogatives et sans ressources. Peut-être même devra-t-il réviser
la Constitution qui permettrait un 3ème mandat présidentiel (10). Il n’est pas sûr qu’il ne s’avère pas trop long, pour tout le monde. Que ces mornes rituels auxquels se résume la souveraineté populaire se déroulent dans une indifférence de plomb importe peu. Elles auront occupé un temps la «coalition» et ses «opposants».
Les retombées du procès de Blida pourraient par contre rendre la vie de la plupart encore plus difficile par des contrôles accrus sur tout et sur rien. Les crédits d’aide à l’emploi des jeunes risquent ainsi de connaître un examen désormais encore plus prudent des «règles prudentielles». Leurs risques sont trop grands pour les banques publiques (11). Le change libre interdit, les Algériens, sans cartes de crédit ni comptes bancaires à l’étranger, auront le choix de s’y rendre avec les 160 euros d’allocation touristique annuelle ou d’avoir à faire à la justice. Quant à l’ordonnance hâtive sur l’emploi, par le secteur privé, de cadres de l’Etat et assimilés, elle apparaîtra vite pour ce qu’elle est, un autre coup d’épée dans l’eau.Un quart de siècle d’atermoiements, d’irrésolution, de demi-réformes avortées et de défense du monopole de la décision politique, aboutit à un pouvoir qui peut tout sur les hommes mais ne peut rien changer à la situation du pays. C’est dire que les questions auxquelles renvoie l’ascension et la chute du groupe Khalifa, à savoir celles de l’Etat et du pouvoir, ne sont pas près d’être posées et moins encore réglées par ce dernier. Comme sur toute autre question clé, la seule perspective reste pour l’heure celle du statu quo. Le problème en effet est que le chef de l’Etat n’a pas ou n’a plus de politique. Le problème est que rien ne dit, non plus, qu’il y en ait une dans les divers cercles du pouvoir. Aussi, pour une appréciation lucide des chances du pays de sortir, sans drame, de l’impasse dans laquelle il tourne en rond, est-il nécessaire de se demander, également et sans complaisance, s’il y a aujourd’hui, au sein de l’opposition, de quelque bord qu’elle soit, agréée ou non, une alternative crédible sur les questions, essentielles et occultées, de l’Etat et du pouvoir.A Suivre

Notes:

(1) Dans le procès de
la Khalifa Bank, personne ne pense que les «lignes rouges», explicitement rappelées, sont le fait de la présidente du tribunal, de la seule ordonnance de renvoi ou de quelque autre artifice de procédure ;
(2) L’un des inculpés, interrogé sur une carte de gratuité, utilisée pour dix voyages en France sur les lignes de K. Airways, la justifie en déclarant : »Même le Prophète ne refusait pas les cadeaux». Sans qu’apparemment personne ne s’en offusque !: El-Watan: 14-02-07 ;(3) Peu de régimes sortent indemnes de ce genre de procès. Il soulève trop de questions en laissant les réponses aux soins de la rumeur publique. En dépit du scepticisme qu’il suscite, rien ne dit que celui-ci restera sans conséquences.(4) El-Watan 25-02-07;(5) Cf. El-Watan du 27-01-07 ;(6) Le président de
la JSK a sans doute raison qui répond «dans un éclat de rire»: «C’est comme que ça se passe en Algérie, Mme
la Présidente». Il s’adressait à la juge qui l’interrogeait sur un chèque offert par
la K.B. pour l’achat de «Peugeot 307 HDI» offerts à l’équipe et dont lui-même n’a pas voulu bénéficier. Mais la question n’est peut-être pas de s’en accommoder mais de remédier, de façon urgente, aux maux qui rongent le pays. El-Watan du 18-02-07;
(7) Ces observations ne constituent en aucune façon une appréciation de la décision d’agrément de
la Khalifa Bank, décision arrêtée en l’occurrence à l’unanimité, selon les déclarations du gouverneur de l’époque. L’objet en est de montrer le caractère fictif de «l’indépendance» des institutions, collégiales ou non, quels qu’en soient la mission et le domaine d’intervention;
(8) La «communauté internationale», c’est-à-dire les 7 ou 8 plus grandes puissances militaires, scientifiques, économiques et commerciales. Elles financent pour une large le fonctionnement de l’ONU et de ses organisations spécialisées : FAO, OMS, OIT, OMC, CNUCED etc.; elles détiennent aussi le principal des capitaux de
la Banque Mondiale et du FMI notamment; elles assurent aussi le financement et la logistique des interventions militaires décidées par le Conseil de Sécurité notamment en Afrique, même quand cela est mené sous l’égide de l’Union africaine, ou parfois directement comme en Serbie, au Kosovo, en Bosnie ou en Afghanistan; (l’intervention en Irak n’ayant pas reçu l’aval du Conseil de Sécurité ne concerne que les Etats-Unis et leurs alliés); la majorité des 191 membres peinent souvent à faire face de façon régulière à leurs obligations financières au budget de fonctionnement de l’Organisation;
(9) Des 3 ou 4 questions qui importent pour l’Algérie en politique étrangère, celle de l’avenir de l’ancien Sahara espagnol, posée depuis la fin de la colonisation étrangère, il y a 32 ans, ne voit toujours pas l’ombre d’une perspective de solution satisfaisante pour toutes les parties concernées tandis que les réfugiés le restent et que, frontières bouclées, les relations avec le pays voisin et «frère» de l’Ouest nourrissent, de part et d’autre, d’absurdes et stériles chauvinismes. Quant au «Nepad» réduit à un sommet confidentiel, à l’insaisissable traité d’amitié algéro-français dont les deux pays se sont fort bien passé jusqu’à présent, aux sommets des Etats de la ligue arabe et de l’Union africaine ou à l’introuvable «Alger, capitale de l’année de la culture arabe», cette coûteuse et souvent désolante agitation a du mal à intéresser même les journalistes dont le travail est d’en rendre compte; pas plus d’ailleurs que les péripéties des négociations avec l’OMC, dont on se demande en quoi elles sont indispensables à une politique de développement et de création massive d’emplois, pour un pays qui n’a que du pétrole et du gaz à vendre et qui se vendent tout seuls, aux prix fixés ailleurs. Quant à inonder en produits et services un marché algérien de plusieurs milliards de dollars par an, «les délégations étrangères [qui] se bousculent à Alger», selon les titres de la presse nationale, s’en chargent fort bien, sans ticket d’entrée à l’OMC;(10) Occasion, pour l’auteur de ces lignes, de rendre l’hommage dû au Pt Liamine Zéroual pour le bon sens qui lui a fait limiter à deux le nombre des mandats présidentiels. Il a donné ainsi aux Algériens la possibilité, une fois tous les 10 ans, de changer d’attelage à défaut de pouvoir changer de politique. Pour son humilité aussi, face à l’ampleur des défis auxquels le pays est confronté, vertu si rare dans les fonctions qui furent les siennes. Pour sa démission aussi qui, selon ceux qui le connaissent, ne fut pas plus ou moins imposée et portait sur un vrai désaccord politique. Pour enfin la discrétion avec laquelle il est rentré vivre chez lui, dans sa région natale;(11) Sur «700 dossiers – «agréés» par une agence nationale d’aide à l’emploi des jeunes – : 13 (treize) ont été acceptés par des banques algériennes… les crédits sollicités vont de 50.000 à 400.000 DA» (soit des crédits d’environ cent euros à 4.000 !) Kamel Daoud – Le Q. d’Oran: 11-02-07.

Deuxième partie

Il est aujourd’hui manifeste qu’il faudra enfin mettre en place un Etat par Mohamed Nabi Suite Et Fin
Ce qu’on appelle le pouvoir, avec à sa tête le chef de l’Etat, apparaît tétanisé face aux défis auxquels l’Algérie est confrontée et d’abord à ceux de l’Etat et de l’indispensable évolution de ses institutions.Il semble que le pouvoir n’ait pour l’heure d’autre perspective que celle du statu quo, sur ces questions comme sur tant d’autres, majeures. (1) Cette absence de perspectives impose de se demander, si aujourd’hui il y a, au moins, au sein des oppositions de tous bords, résolues ou tactiques, agréées ou non, une alternative politique en mesure de mettre en place quelques institutions crédibles. L’objet doit en être un Etat enfin capable de mettre le pays en situation de faire face aux exigences du siècle et du monde dans lequel l’Algérie tente de survivre. La question concerne en premier lieu les partis démocratiques, ou qui se veulent tels et leur discours sur les questions de l’organisation de l’Etat et de son fonctionnement. Elle s’impose aussi, naturellement, aux mouvances du fondamentalisme politico religieux et à leurs projets, sur ces mêmes questions. Sur ces dernières comme du reste sur l’ensemble des maux durables auxquels les Algériens sont confrontés, l’intérêt du discours des démocrates et des fondamentalistes se mesure à son écho dans les profondeurs de la société. Il se manifeste donc, aussi, au crédit que le pouvoir leur accorde.Il ne s’agit pas de savoir si, en Algérie, il y a des démocrates. Il y en a, bien entendu, hommes et femmes de convictions et de courage, dans toutes les régions, par delà les spécificités culturelles et linguistiques ou les barrières sociales ainsi que, trop souvent, les préjugés que cela entraîne. Et il y en a sans doute plus qu’il n’y paraît, arabophones, berbérophones ou francophones. Le lourd tribut de sang payé par celles et ceux qui n’ont pas craint au temps de l’épreuve d’afficher leurs certitudes, en porte le cruel témoignage. Il s’agit seulement de se demander avec lucidité, si l’opposition démocratique est en mesure de concevoir et de mettre en ouvre l’évolution qui fera des coquilles vides actuelles les institutions dont le pays a besoin. Les partis de cette opposition démocratique, résolue ou de circonstance, sont dans l’ensemble agréés, qu’il s’agisse du FFS, du RCD, du PT, du MDS ou de l’ANR. (2) Ils assurent une activité militante plus ou moins soutenue, même si pour la plupart, elle reste épisodique et confidentielle. En outre à l’occasion de chaque scrutin présidentiel ou législatif, une demie douzaine parmi les dépositaires des quelque 30 sigles agréés, refait surface en ‘opposants’ démocratiques.L’écho de ces partis au sein de la société et de l’ensemble des démocrates est loin de ce qu’il fut avec la revendication culturelle berbère. Celle-ci n’a jamais été limitée aux seuls partis démocratiques mais ils en ont été les principaux acteurs.Illustration d’un combat légitime, elle fut l’élément central d’un discours mobilisateur. Sa reconnaissance par
la Constitution en tant que langue nationale a vidé le discours démocrate de sa substance et de son écho populaire. L’ambition de la démocratisation du pouvoir et donc de la réforme des institutions de l’Etat devrait constituer désormais l’une des revendications centrales d’un projet inscrit dans les conditions économiques, sociales et politiques de l’Algérie d’aujourd’hui.

Une ambition de démocratisation de la décision politique relèverait d’une discussion de salon, si elle ne prend pas encharge l’état réel du pays aux plans économique, social et politique. Or l’opposition démocratique non seulement n’en est pas là mais ne se pose pas même la question de crédibilité des institutions. Elles sont tacitement acceptées en l’état. Cette question pour l’opposition démocrate reste au mieux de peu d’intérêt et d’une façon générale ne se pose pas. Elle ne voit non plus ni objection ni problème pour l’avenir, à ce que la classe politique soit réduite aux seuls partis agrées. La conviction apparente est que cela pourrait durer toujours. Il ne semble pas non plus qu’elle perçoive davantage les contradictions ingérables entre les principes démocratiques dont elle se réclame et des revendications de financement public des partis politiques, de l’ouverture du champ audio visuel, de levée de l’état d’urgence ou encore de l’autorisation des manifestations publiques, le tout étant réservé aux seuls partis agréés. Il n’est même pas sûr que cela soit applicable au MSP ‘au pouvoir’, et moins encore aux deux autres partis ‘islamistes’ agrées. Le seul problème politique serait que
la Constitution n’est pas appliquée. Or comme les précédentes,
la Constitution organise elle-même l’impuissance des institutions qu’elle met en place. Quant à sa révision éventuelle elle n’est pas même évoquée. Aussi la mouvance démocrate n’a-t-elle à peu près rien à dire et donc peu à proposer sur la question des institutions et plus généralement sur la
‘démocratie’. A la veille des législatives, pour elle comme pour les coalisés ‘au pouvoir’, la fraude électorale constitue le souci quasi unique. Les uns et les autres sont occupés à préparer la seule campagne électorale qui vaille, celle qu’il importe de mener auprès de ceux avec lesquels se décident les futurs élus de chaque parti dans chaque wilaya, le chef de l’Etat tranchant, en dernier ressort. (3) Pour toutes les formations en lice l’objectif est aussi de compter davantage auprès du pouvoir en en gagnant sa confiance. (4) Le déni permanent des dures et durables réalités du pays, si omniprésent dans le discours démocratique sur la société et la ‘
démocratie, donne le sentiment qu’ils relèvent davantage du souhait paresseux que d’une volonté lucide d’initier et d’accompagner les gestations douloureuses d’une société plus juste, plus prospère et plus libre. Plus tolérante aussi à l’égard des siens et des autres. A entendre ce discours, dans l’ensemble aussi indigent et léger que les harangues oficielles, il suffirait de plaquer sur la société les résultats de conquêtes politiques et sociales séculaires et souvent sanglantes ainsi que de permanents combats idéologiques menés ailleurs. Il ne coûte ainsi rien de rêver de l’Etat de droit et d’une illusoire alternance démocratique au pouvoir.La position du FFS qui boycotte le scrutin législatif a toujours été dans cette mouvance celle d’une opposition résolue au régime. Il n’est cependant pas évident que la solution longtemps avancée d’une Constituante élue au suffrage universel puisse être une issue. Aujourd’hui comme hier, elle ne pourrait que mettre à nu les conflits profonds, parfois irréductibles, sociaux, culturels, politiques et idéologiques d’une société trop longtemps émiettée et verrouillée. Le FFS estime que «la classe politique ne représente plus une opposition» et se demande «par rapport à quoi ? Il y a beaucoup de personnes et de partis» dit-il, «qui s’approprient cette qualité avec abus.» (5) Il serait en effet utile dans la mêlée confuse qui règne, de tenter de « redonner un sens aux mots de la tribu ». (6)Il est en effet clair que pour l’heure il n’y a dans la mouvance démocratique ni un projet cohérent, ni des forces structurées ni même l’ambition affichée d’une alternative politique permettant de mettre enfin en place quelques institutions crédibles d’un Etat. La crainte de la fraude électorale évacue, en un discours sommaire, la question de l’Etat et de la ‘

souveraineté populaire’, réduite pour l’essentiel aux résultats du prochain scrutin législatif. Cette opposition démocrate militerait sans aucun doute pour un régime démocratique, s’il n’y avait pas le fondamentalisme politico religieux. Seulement il est là, sans autre solution que violente et suicidaire, mais aussi manifestation incontournable de tous les maux et de tous les problèmes ignorés du pays, de ses instituions pas même décoratives, des attentes bafouées de ses populations et aussi de tout le poids occulté des anachronismes et des pesanteurs de la société. Tant que tout cela restera escamoté dans le discours et l’action du pouvoir et de ses oppositions démocratiques, il n’y aura d’autre choix pour la grande majorité de la population et de la jeunesse du pays que la fuite si possible, l’indifférence apparente des colères tues et la tentation de tous les extrêmes.C’est dire que ce que représente le ‘FIS’ n’est pas près de quitter le centre de la scène politique. Prétendre leur interdire de faire de la politique est une autre fiction. Ils sont à peu près les seuls à en faire.Les raisons avancées ici ou là, pour expliquer la situation marginales des courants démocratiques, seraient dues à la volonté du pouvoir de réduire leur influence étant lui-même allié sinon inféodé à la mouvance islamiste. L’évidence est que sans le pouvoir, il y a 15 ans que le populisme politico religieux aurait pris les rênes du pays. Ses partisans ne le savent que trop. Que le pouvoir ne fasse rien qui puisse vraiment changer de façon radicale le terreau économique, social, politique et de décomposition morale et civique de la société est une démission suicidaire pour le pays sur laquelle il faudra sans cesse revenir. Mais l’inexistence d’un mouvement démocratique cohérent et structuré, porteur d’un projet de société crédible, ne s’explique pas par les obstacles ou la répression du pouvoir. Celle-ci n’a jamais été tendre non plus, et peut-être surtout, envers les ‘islamistes’. Elle n’a pu cependant empêcher qu’ils soient toujours là, plus ou moins puissants qu’auparavant. Personne n’en sait rien d’ailleurs, pas plus aujourd’hui qu’à la veille des législatives de 1991. La condition première d’un avenir qui ne soit pas réduit aux régressions frénétiques et autistes d’un Etat théocratique est de regarder en face toutes les réalités du pays et de la société. Il n’y a pas d’autre moyen de les changer.La cause de l’état actuel du mouvement démocratique n’est pas le pouvoir, il aurait plutôt besoin qu’un tel courant plus soit plus large, ne serait-ce que pour mieux faire contre poids aux pressions ‘islamistes’. La marginalisation du parti démocrate est due à l’absence encore manifeste d’abord d’un discours élaboré qui présente une alternative crédible sur les institutions de l’Etat autan que sur l’économie ou sur tel ou tel autre des maux divers du pays. Quant au ‘FIS’ et au populisme politico religieux qu’il représente, il est compréhensible mais peu rassurant de voir le tout réduit encore et toujours, à ses crimes abominables pour lesquels il n’y a toujours pas l’ombre d’un repentir officiel, aux activités ‘mafieuses’ de nombre de ses membres et au mépris qui se veut souverain qu’inspirent les ‘tôliers’ et autres enseignants du primaire qui le dirigent. C’est vraiment vouloir ne pas voir.Est- ce pour autant qu’un Etat théocratique peut constituer une alternative sur quelque question que ce soit ? Pour ses militants et partisans certainement. L’écho dans la société en est peu connu. Mais personne, en dehors des milieux ‘

islamistes’ n’est prêt à l’épreuve d’une élection libre pour en savoir plus.Ce projet populiste d’inspiration politico religieuse reste surtout un rejet viscéral et dévastateur des régimes, monarchiques ou républicains, mais toujours autoritaires, des Etats de la ligue arabe et de la plupart des pays musulmans ainsi que de l’ordre social et culturel sur lequel ils se perpétuent. La tragique ironie est qu’il se propose d’y substituer la violence revendiquée d’une tyrannie d’autant plus sans issue qu’elle est censée se fonder sur des préceptes divins.Ces objectifs n’en constituent pas moins pour beaucoup, à travers ces pays, une alternative souhaitable et, pour un certain nombre suffisamment pour mériter le sacrifice de leur vie et justifier le meurtre de coreligionnaires qui ne seraient sur la même ligne.

Mais la force de la mouvance procède de l’impuissance de populations immenses et de sociétés déstructurées qui ne peuvent et ne voient rien changer aux plaies mille fois dénoncées du désordre établi, de la mise à sac impunie des ressources de pays riches ou misérables, de l’ignorance, de la pauvreté et du chômage de masse, de l’étalage insolent d’inégalités sociales trop neuves et croissantes, de régimes partout comparables sous des vocables divers. Cependant les mouvements ‘islamistes’ n’ont pas plus que les pouvoirs vilipendés, de politiques de rechange et encore moins de programmes de gouvernement. L’un des principaux penseurs de l’Islam politique et longtemps au pouvoir au Soudan déclarait à ce sujet : « Nous sommes arrivés au pouvoir en 1989 sans programme et sans projet. L’argent du peuple a commencé à déferler sur nous et nous avons succombé. Toutes nos prières et nos pèlerinages sont frappés de nullité parce que nous avons été corrompus. » (7) L’aveu de dérives ainsi recommencées malgré tous les changements laissent entières les questions de l’avenir. Faute à l’heure actuelle d’une alternative politique démocratique permettant de mettre enfin en place quelques institutions crédibles d’un Etat, la décision et la responsabilité restent aux mains du pouvoir. Balancer sans cesse entre la paix et la réconciliation nécessaires mais qui, imposées, ne changent rien sans inspirer l’ombre d’un repentir et le recours récurent et indispensable aux services de sécurité et à l’armée, ne fait pas une politique, ni ne peut en tenir lieu indéfiniment. Et le pays a un besoin urgent d’une politique. En l’état actuel des rapports de force, une initiative de déblocage de la situation actuelle ne peut venir que du pouvoir.La tâche des oppositions démocratiques reste en dépit de tout essentielle. Elles doivent présenter au pays une alternative, un projet et une force capables de susciter l’adhésion et le soutien d’une majorité. En attendant il importe de travailler à une plateforme de mesures et de réformes de nature à enclencher, sans drames un processus de sortie de la pire des situations, celle du statu quo et de l’immobilisme. Nous tâcherons si possible d’en formuler quelques éléments.Notes :

1- Cf. ‘Il est aujourd’hui manifeste qu’il faudra enfin mettre en place un Etat’-1er partie ; Le Quotidien d’Oran’ du 19-03-07 ;2- A l’exception, sauf erreur de notre part, du Front Démocratique de S-A Ghozali et de l’UDR ainsi que d’un ‘Comité’ de démocrates, le CCDR ;3- S. Sadi appelle à une ‘coalition démocratique’. Il appelle à un « dialogue pluriel et à un débat sérieux ;. ..l’opposition a pu être impatiente. Le pouvoir a sans doute été trop lent. Seul un débat sérieux, sincère et responsable peut aider la nation à trouver la juste voie. » Ouverture du 3e Congrès du RCD : Le Q. d’O 10-02-07 et 13-02-074- Les démocrates « ne doivent plus se contenter des strapontins du pouvoir » ; porte-parole du CCDR ; El W. 28-11-06 ;5- Par la voix de son Secrétaire Général : Liberté 05-02 07;

6- S. Mallarmé ;

7-:Hassan El-Tourabi- A.Halli,

Le Soir d’Algérie-19-03-07 .


ANSEJ Pas de crédit sans formation

avril 10, 2007

par Djamel B.

Pour assurer la pérennité et la durabilité des micro-entreprises, créées dans le cadre de l’Agence nationale de soutien à l’emploi de jeunes (ANSEJ), le financement des jeunes promoteurs dans le cadre de ce dispositif est désormais subordonné à une formation préalable sur la gestion.

L’annonce a été faite, hier, par la nouvelle directrice générale de l’ANSEJ, Mme Fatma Seddaoui. Dans une déclaration à l’APS en marge des assises nationales de la formation professionnelle, ouvertes dimanche à Alger, Mme Seddaoui a indiqué que, dorénavant, aucun promoteur de l’ANSEJ ne bénéficiera d’un financement avant d’être formé dans les domaines de la gestion afin d’assurer la pérennité des micro-entreprises. Dans ce contexte, la directrice générale de l’ANSEJ a annoncé le lancement dans les jours à venir d’un programme de formation au profit des jeunes promoteurs, financé par le fonds de soutien à l’ANSEJ. Ce cycle de formation, ajoute la même responsable, sera encadré par des professionnels issus des différents secteurs ainsi que par des universitaires. Cette opération vise, selon Mme Seddaoui, à renforcer le programme de suivi et d’accompagnement des jeunes promoteurs dans la réalisation de leurs micro-entreprises. La formation ne concernera pas uniquement les jeunes promoteurs mais aussi les cadres et chargés d’études au niveau local, puisque là aussi l’ANSEJ prévoit un programme de formation. Pour elle, ces programmes de formation s’inscrivent dans le cadre de «la politique de redynamisation de l’ANSEJ, afin de lui donner un nouvel élan».

L’importance accordée par l’ANSEJ à la formation des jeunes promoteurs a été déjà mise en exergue par le secrétaire général de l’agence, M. Hadjab Tayeb, il y a un mois. Invité à la 18ème édition du forum «Fi el wadjiha», organisé par la chaîne I de la radio nationale, M. Hadjab a souligné que la formation devient «une priorité» dans la politique de l’ANSEJ, car étant nécessaire pour la réussite des projets. Il s’agit notamment de la formation des promoteurs en matière de gestion des entreprises ainsi que la formation des cadres de l’ANSEJ chargés de suivre et d’accompagner les promoteurs. Après avoir rappelé «l’échec de près de 10% des projets», le responsable a souligné que l’ANSEJ est en train d’élaborer une étude sur la situation de toutes les entreprises économiques créées dans son cadre et leur relation avec l’économie nationale.

Le secrétaire général de l’ANSEJ a d’autre part affirmé que depuis sa création, il y a dix ans, l’agence a enregistré la création de 82.000 projets dans différentes activités économiques. Parmi les 82.000 micro-entreprises créées, «plus de 1.000 sont devenues des moyennes entreprises». Le coût global des projets réalisés depuis 1997 s’élève à «160 milliards de dinars, soit 1,6 milliard d’euros». Le même responsable a précisé qu’une caisse de garantie du crédit bancaire a été créée pour rembourser, en cas de non aboutissement du projet, près de 70% de la valeur du crédit à la banque, «ce qui incite celle-ci à financer les projets de l’ANSEJ». Le secrétaire général de l’ANSEJ a, en outre, affirmé que l’agence vise à «habituer les jeunes investisseurs à verser des crédits à la banque», précisant que «le taux de versement varie entre 80 et 90% dans certaines wilayas».

Il y a une dizaine de jours, une nouvelle promotion de formateurs dans la création et l’accompagnement de l’entreprise et des porteurs de projets avait achevé à Alger un stage, assuré par des experts du Bureau international du travail (BIT). Cette formation, la troisième du genre en Algérie, a concerné 14 cadres de l’Agence nationale de la gestion de micro-crédits (ANGEM) et 6 de la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC), de l’Agence nationale de l’emploi des jeunes (ANSEJ) et de la Chambre des métiers et de l’artisanat. Prochainement, ces formateurs devront animer, à leur tour, au moins 4 cours, à l’issue desquels ils doivent présenter les résultats obtenus et les méthodes utilisées lors d’une session de certification, afin d’obtenir le titre de maîtres formateurs décerné par le BIT.

Intervenant lors de la cérémonie de clôture de cette session, le ministre de la Petite et Moyenne Entreprise et de l’Artisanat, M. Mustapha Benbada, avait indiqué que cette formation devrait permettre aux opérateurs de créer leurs entreprises, notamment les micro-entreprises, sur des bases scientifiques et solides en vue d’assurer leur pérennité et leur durabilité. Il a souligné, à cet effet, que l’Algérie a besoin beaucoup plus de formateurs dans la micro-entreprise et l’artisanat, qui jouent un rôle très important dans la création d’emplois.