Industrialisation durable ou simple ajustement de la spécialisation internationale ?

mars 6, 2007

Avant même que le moindre bilan soit tiré de l’expérience d’industrialisation des années 1970, voila que l’on nous annonce un nouveau programme d’industrialisation pour les décennies à venir.

Comment s’y retrouver dans cette gestion chaotique de notre mémoire économique ? Quelles conclusions peut-on tirer pour la crédibilité du nouveau projet ? Quels résultats faut-il en attendre ? Il nous semble que le chemin le plus court pour y répondre est de synthétiser d’abord les expériences contemporaines d’industrialisation réussies dans les pays du Tiers-Monde, notamment celles des nombreux pays du Sud-Est asiatique. Une fois cette synthèse établie, il sera plus facile de montrer pourquoi l’Algérie a échoué là où ont réussi des pays placés pourtant dans des situations économiques et financières nettement moins favorables, n’ayant ni l’autonomie énergétique ni les facilités permises par les recettes pétrolières. Surtout, cette synthèse de l’expérience des autres pays permettra de montrer, nous l’espérons, qu’il n’y a pas de fatalité du sous-développement. Des solutions existent pour promouvoir une industrialisation réelle et durable. Encore faut-il réhabiliter la réflexion sur la croissance et le développement que « le consensus de Washington » a réduit au silence au profit des préoccupations conjoncturelles sur l’ajustement macro-financier.

- 1) L’économie du développement et la problématique de l’industrialisation :

L’économie du développement a proposé de nombreuses approches pour la construction des systèmes industriels dans les pays du Tiers-Monde. Deux approches se sont particulièrement distinguées :
- La première — la plus suivie dans le passé et qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt sous l’impulsion notamment des institutions internationales — a recommandé aux pays sous-développés de se spécialiser ; conformément à la théorie des avantages comparatifs, dans les activités intensives en travail (et accessoirement en énergie) pour accéder au développement industriel. Selon les promoteurs de cette approche, la spécialisation dans ce type d’industries présente de nombreux avantages :
- Elle permet aux économies sous-développées de renforcer leurs avantages comparatifs. En valorisant l’excédent d’offre de main-d’œuvre, elle maintient des coûts de production faibles. Ce qui permet de concurrencer les produits des mêmes secteurs dans les pays développés. Elle présente un niveau de complexité technique relativement faible, ce qui facilite sa maîtrise par une main-d’œuvre locale peu qualifiée. Enfin, la spécialisation des pays sous-développés dans les industries intensives en travail favoriseront directement la délocalisation de pans entiers d’activités industrielles en perte de compétitivité. Ces délocalisations industrielles, associées à l’intensification des investissements directs, créeront les conditions d’une dynamique de croissance durable et favorisera une insertion avantageuse dans l’économie internationale. Pourtant, l’analyse des expériences de certains pays latino-américains et asiatiques ayant recouru, au cours des décennies 1960 et 1970, à des choix de développement largement inspirés de ce schéma, a montré l’étroitesse de cette voie d’industrialisation. Les insuffisances relevées peuvent être ramenées à quelques points principaux :
- Contrairement aux promesses du modèle de base, les expériences de délocalisations industrielles n’ont entraîné que de faibles transferts de technologie, ce qui a exclu le développement de capacités d’adaptation et d’innovation technologique dans les pays d’accueil.
- Les industries délocalisées ont pour caractéristiques d’être très mobiles et très volatiles. Elles font de leur « émigration » de pays en pays, compte tenu de la progression des coûts en travail, une règle de survie. On a même observé que certaines activités se relocalisent dans leur pays d’origine, dès lors que le progrès technique a permis le rétablissement des conditions de leur rentabilisation.
- Ces industries n’ont pas permis, non plus, d’intensifier les échanges avec les activités domestiques pour assurer une véritable intégration entre les différents secteurs industriels. Les liaisons inter-industrielles sont demeurées désespérément faibles, ce qui a laissé le champ libre aux firmes étrangères pour jouer le rôle moteur dans l’économie locale. Aussi, de manière générale, le choix du développement industriel selon la théorie des avantages comparatifs n’a pas permis, partout où il a été initié, de créer les conditions d’une véritable industrialisation, même si des dynamiques conjoncturelles de croissance industrielle ont pu être observées. En fait, la spécialisation en fonction des avantages comparatifs souffre d’un handicap qui consiste à privilégier une approche statique des dotations en facteurs, ne considérant que les conditions d’offre à court terme. Ses promoteurs ont ainsi négligé le fait que les véritables avantages ne sont pas un don de la nature mais des avantages construits au fur et à mesure de l’évolution de la demande mondiale. C’est précisément cette perception de la spécialisation que les pays du Sud-Est asiatique ont privilégié à travers leur stratégie de « remontée de filière ».
- Une deuxième approche en matière d’industrialisation a insisté sur le rôle des secteurs de biens intermédiaires et de biens d’équipement dans le processus d’industrialisation. Cette approche s’inspirait des expériences d’industrialisation tardive dans certaines régions d’Europe (l’Allemagne dans la fin du XIXe siècle avec le bassin de la Rhur, l’ex-Union soviétique et son programme d’industries lourdes à partir des années 1930,…). Elle tendait à remettre en cause la capacité des secteurs de biens de consommation, et plus généralement des industries dites légères, à engager une dynamique durable d’industrialisation. Plusieurs arguments ont été avancés pour défendre cette option. On en retiendra les quatre principaux : a- Les secteurs des biens intermédiaires et des biens d’équipement exercent d’importants effets d’entraînement en aval et peuvent tirer dans leur sillage les autres secteurs industriels, en particulier les industries « légères ». b- Le développement de ces secteurs de l’industrie lourde favorisera la construction d’un système industriel cohérent et intégré qui permettra de réduire la dépendance vis-à-vis des pays développés. c- Le développement de ces secteurs favorisera la maîtrise des nouvelles technologies et leur adaptation au contexte des économies locales. d- Enfin, le développement de ce système industriel permettra de mettre à la disposition de l’agriculture et du système agroalimentaire, les biens d’équipement et les consommations intermédiaires nécessaires à leur modernisation. On sait aujourd’hui, notamment à travers l’exemple de l’Algérie dont les choix d’industrialisation des années 1970 s’inspiraient directement de ce schéma, que les résultats ont été très largement en deçà des promesses de départ. En effet, malgré un effort humain et financier exceptionnel, le pays n’a pas été en mesure d’organiser les fameuses liaisons entre les différents secteurs industriels, et entre ces derniers et le reste de l’économie. Le tissu industriel s’est développé en segments isolés, sans coordination pertinente. L’expérience algérienne a démontré surtout le caractère non-automatique des liaisons amont-aval des industries des biens intermédiaires vers les industries des biens de consommation. Censés développer leur large effet d’entraînement au reste de l’économie, les biens intermédiaires ne se sont intégrés que très difficilement, alors que l’économie nationale demeurait fortement exposée à la dépendance extérieure pour l’acquisition des biens d’équipement et des biens de consommation. L’expérience a également démontré la difficulté de maîtriser les technologies de ces activités industrielles complexes. Le pays a dû recourir alors, de plus en plus à des formules globalisées (clés en main, produit en main…) pour importer les technologies nécessaires, ce qui a exclu évidemment le développement d’une capacité locale de maîtrise de ces technologies et leur adaptation. Enfin, le secteur agricole a très largement pâti, à son tour, de cette « stratégie ». Contrairement aux recommandations du modèle théorique de base, l’intégration agriculture-industrie n’a pu connaître le moindre début d’application. Confortés par une manne pétrolière substantielle, les pouvoirs publics ont pensé pouvoir nourrir durablement la population en tournant le dos à l’agriculture et aux agriculteurs. L’accroissement des besoins alimentaires aidant, le choix s’est orienté vers l’implantation d’entreprises agroalimentaires publiques approvisionnées quasi-exclusivement en matières premières et demi-produits massivement importés.

- 2) Une rupture radicale : le cas des nouveaux pays industriels (N P I) du Sud-Est asiatique 1

Contrairement aux orientations de la théorie des avantages comparatifs, ces pays ont rapidement cherché à dépasser la spécialisation dans les industries intensives en travail, afin d’intégrer de nouveaux secteurs plus complexes et de nouvelles activités plus intensives en technologies. La motivation de ce choix réside dans le souci de faire face, notamment, à l’érosion rapide des avantages comparatifs des industries intensives en travail. Ils ont cherché ensuite à articuler leur industrialisation, alternativement et selon les phases de maturation des séquences industrielles, sur le marché intérieur et/ou sur le marché international. Ils ont fait enfin de l’intervention régulatrice de l’Etat, un facteur fondamental dans la gestion des transitions des phases industrielles les plus simples aux phases les plus complexes, dans la remontée des filières techniques de l’aval vers l’amont, et dans l’internalisation d’un secteur puissant de biens d’équipement et de haute technologie. Mais la leçon principale à retenir de ces expériences d’industrialisation est, incontestablement, la vision stratégique à long terme dont étaient porteurs les pouvoirs publics dans ces pays. Cette vision à long terme se vérifie à différents niveaux :
- Le premier niveau porte sur l’allocation sectorielle des ressources (publiques et privées). La plupart de ces pays ont privilégié des secteurs à fort potentiel technologique, dont le secteur emblématique de l’électronique, mais aussi les textiles, la chimie, les constructions métalliques. Parallèlement, ils ont cherché à développer des secteurs à forte remontée de filières. En effet, cette logique d’industrialisation a été conçue comme une remontée de filières de l’aval vers l’amont, en maîtrisant et en internalisant, par vagues successives, les secteurs intermédiaires jusqu’aux biens d’équipement. Elle contraste fortement avec la stratégie algérienne des années 1970 qui visait plutôt à travers l’implantation du secteur des biens intermédiaires, une logique de diffusion d’amont en aval. L’expérience d’industrialisation de la Corée du Sud illustre parfaitement cette stratégie de remontée des filières :
- dans la filière électronique, la production a commencé dans les années 1960 avec le développement de la branche du matériel électronique grand public. A partir du début des années 1970, la Corée a encouragé la production de composants électroniques dont l’essentiel était réalisé par des entreprises étrangères délocalisées et réexportée vers le marché international. Dès le milieu des années 1970, les autorités vont passer au recentrage de la production de composants électroniques sur le marché national et leur incorporation dans des produits locaux comme les téléviseurs, les radios, les magné. Cette stratégie va s’étendre, à partir du milieu des années 1980, à la fabrication de matériels électroniques et informatiques complexes.
- La filière métallique a obéi à la même logique de remontée des filières. La production a commencé dans les années 1960. Elle s’est limitée jusqu’au début des années 1970 à la production de meubles en métal et de produits métalliques à usage domestique. Dès la fin des années 1970, la Corée va franchir une nouvelle étape dans cette filière avec l’élargissement de la gamme des produits, en y incluant les câbles et fils métalliques, les moulages et pièces de forge et d’autres produits métalliques. La troisième étape dans la remontée de cette filière va être franchie au début des années 1980 avec le développement des capacités de production en grosse chaudronnerie, de demi-produits en acier, des produits de laminage et de fonte.
- La même logique a été appliquée au développement de la filière textile : implantée dans le pays depuis les années 1950, cette filière a connu un essor spectaculaire au début des années 1960 avec la multiplication de petites et moyennes entreprises qui s’étaient spécialisées dans les produits finis comme la bonneterie, l’habillement et les accessoires vestimentaires. La remontée de filière interviendra au cours des années 1970 avec l’intégration de la fabrication des tissus et des fibres chimiques. On le voit, la disponibilité d’une demande nationale pour les produits de la phase suivante a constitué, à chaque fois, le moteur déterminant de cette stratégie de remontée de filières.
- La vision à long terme se vérifie ensuite au niveau de l’alternance du marché national et du marché international pour assurer l’équilibre dynamique du processus d’industrialisation. Cette articulation marché national-marché international a permis aux pays asiatiques de connaître de fortes dynamiques de croissance dans les années 1970 et 1980, dans un contexte de montée des tensions inflationnistes et de récession au niveau international. Là aussi, si l’on observe l’expérience de la Corée du Sud, on relève qu’elle a commencé d’abord, fin des années 1950, par une stratégie reposant sur la substitution d’importation. Ce choix sera renforcé à la fin des années 1960 par une politique de promotion des exportations afin de résorber les déficits de la balance des paiements apparus avec l’import substitution. Mais à partir du début des années 1970, le développement de l’économie coréenne sera réorienté vers la demande intérieure avec la construction d’importantes capacités de produits intermédiaires (sidérurgie, chimie et pétrochimie notamment). L’essoufflement progressif de la dynamique de croissance de ces nouveaux secteurs sera l’occasion pour renforcer, dès la fin des années 1970, une nouvelle stratégie de promotion des exportations orientée, cette fois, vers les produits intensifs en nouvelles technologies comme les composants électroniques. La coexistence de ces deux solutions (marché intérieur, marché extérieur) et leur mobilisation, selon la conjoncture économique, ont exigé, évidemment, des efforts considérables sur les plans intérieur et extérieur. Sur le plan intérieur, l’impératif d’élargissement de la demande domestique a posé d’emblée la question de la répartition des revenus. Le principe adopté était le refus de concevoir le salaire seulement comme un coût qu’il s’agit de comprimer. Il était vu aussi comme un instrument important pour renforcer la demande domestique à travers l’accroissement du pouvoir d’achat des populations rurales et urbaines. Cette démarche contraste très fortement avec l’exemple des grands pays latino-américains qui se sont trouvés confrontés, dès le milieu des années 1960, à l’épuisement du processus de substitution des importations, ils ont essayé alors de contourner cette crise des marchés par la compression généralisée des coûts de production (salaires notamment). Sur le plan extérieur, l’adaptation des produits à la demande internationale, leur renouvellement systématique et leur haut niveau en contenu technologique ont été un facteur déterminant dans la conquête des marchés extérieurs.
- La vision à long terme est perceptible, enfin, au niveau du rôle décisif joué par les pouvoirs publics dans l’accompagnement de ce processus d’industrialisation.
- Dans de nombreux pays du tiers-monde, l’intervention de l’Etat a été à l’origine de comportements bureaucratiques qui ont joué en défaveur du progrès économique, détériorant ainsi les dynamiques d’industrialisation là où elles existaient. En revanche, dans le cas des pays asiatiques, l’intervention intelligente de l’Etat a souvent servi à améliorer les performances de l’économie à travers la concertation et le soutien massif et constant aux entreprises. Au-delà du soutien financier (offres de crédits, subventions, encouragements fiscaux, …), l’Etat a joué un rôle fondamental dans le développement des ressources humaines nécessaires à la maîtrise des activités intensives en technologie à travers le développement de l’éducation, de la formation et de l’accès aux nouvelles technologies. Mais c’est son rôle dans la régulation du processus industriel qui mérite le plus d’être retenu. En effet, sa principale action a été l’organisation des transitions réclamées par la poursuite de la dynamique industrielle : relais du marché national par le marché international ou vice-versa, politiques fermes de remontée des filières, encouragement de la concurrence nationale et internationale dans les secteurs parvenus à maturité, mise à l’abri des industries naissantes et leur protection vis-à-vis de la concurrence internationale, création de « rentes » provisoires pour mieux drainer les investissements dans les nouveaux secteurs, … (A suivre)

Les auteurs sont Professeurs d’économie

Amor Khelif


AUSSARESSES CONFIRME :”J’ai exécuté Ben M’hidi”

mars 6, 2007

Dans un entretien accordé au quotidien français Le Monde d’hier, le général Paul Aussaresses confirme, s’il en était besoin, que Ben M’hidi, responsable du FLN pour la région d’Alger en 1957, a été lâchement assassiné, pendu pour être plus précis. Aussaresses, chargé de coordonner le travail des officiers de renseignement de la police et de la justice pendant la bataille d’Alger, balaye ainsi définitivement les thèses des autorités coloniales de l’époque et de celles qui ont suivi et qui ont toujours tenté de faire valoir la thèse du suicide.
Le général Aussaresses, qui avait seulement suggéré dans son livre ( Services spéciaux, Algérie 1955- 1957) l’assassinat de Ben M’hidi par lui et ses pairs, raconte aujourd’hui par le menu détail les derniers supplices infligés au héros de la guerre de Libération. Avec le cynisme qu’on lui connaît, maintenant Aussaresses rappelle que Ben M’hidi, arrêté en février 1957, «a été exécuté, mais n’a pas été torturé ». Bigeard, dit Aussaresses, «l’a traité avec égards» et alors qu’il pensait pouvoir voir Ben M’hidi trahir sa cause, il a dû se rendre à l’évidence, le chef du FLN n’ayant pas cédé. C’est dans la nuit du 3 au 4 mars qu’il est amené en jeep, dans une ferme de la Mitidja appartenant «à un colon extrémiste», non sans qu’il ait reçu auparavant d’un groupe de parachutistes, précise Aussaresses, les honneurs, sur ordre de Bigeard (ça ne s’invente pas : on rend les honneurs et on pend !). Ben M’hidi sait ce qui l’attend, dit encore le bourreau qui raconte comment, avec six hommes, ils préparent l’exécution et «glissent une corde autour du tuyau de chauffage accroché au plafond, font un nœud coulant et installent un tabouret en dessous. L’horreur et le macabre étant sûrement profondément ancrés dans le sieur Aussaresses, il dit l’innommable, en évoquant l’essai par l’un de ses hommes de la fiabilité du matériel : «L’un d’eux a joué le rôle du supplicié pour vérifier que tout était au point. Il est monté sur un tabouret, a passé sa tête dans le nœud et nous a regardés» et comme si cela ne suffisait pas, le bourreau poursuit : «Ce n’est pas bien ce que je vais vous dire, mais ça a provoqué un fou rire général.» Ce n’est pas tout : le criminel Aussaresses poursuit encore son récit et ce récit vient à point nommé, pour faire entendre à tous les partisans des bienfaits de la colonisation française en Algérie, leur faire entendre de la bouche de leurs propres officiers, comment s’est magnifiquement exercé ce rôle de propagation de la civilisation face aux barbares algériens.
De notre bureau de Paris Khadîdja BABA AHMED – le soir d’Algérie -


La promotion de l’industrie et les nouvelles technologies

mars 6, 2007

par A.Lalaoui

Dès les années 70, l’Algérie a été confrontée au niveau des différents choix qui s’offraient à elle en matière de développement à option stratégique. Sans discuter du bien-fondé des choix pour lesquels elle avait opté, ce qui nous entraînerait loin du débat, elle avait choisi de soutenir et de développer l’industrie lourde qui entraînerait à son tour le développement des PME / PMI et des autres secteurs, ce qui était parfaitement résumé à travers le concept des « industries industrialisantes ». Répétons-le, il ne s’agit pas de discuter du bien-fondé de ce choix, mais des « politiques » d’accompagnement puissantes qui lui furent affectées : planification, budget et concours puissant et suivi de l’Etat, formation, etc.

Nous ne discuterons pas aussi des résultats, mais par rapport à un choix, il y a eu des mouvements de « cohérence » pour atteindre l’objectif. Nous pensons qu’il y a lieu de saisir cette « cohérence » comme concept-clé, coeur des nouvelles stratégies industrielles de soutien et de promotion des PME / PMI.

à la recherche de la cohérence :

Puisque l’Etat, et nous saluons l’initiative, a fait un choix, il doit soutenir la promotion de la PME / PMI par une série de mesures cohérentes, solidaires et complémentaires concourant à la réalisation de son choix. Examinons les politiques de soutien et les cohérences qui vont concourir à la réussite du choix ainsi opéré. Dans l’ordre, nous pouvons citer les items suivants:

-Les textes réglementaires qui vont concourir à tracer le cadre juridique qui encadre l’investissement des PME / PMI (Procédures simplifiées, assiette foncière, assistances plurielles des administrations, priorité, bonification des taux d’intérêt, période de remboursement, assistance à formation, etc.);

 -L’assistance financière et le soutien des organismes démembrés de l’Etat, et notamment accès au crédit à long terme;

 -Ecoles spécialisées dans les différents corps de métiers de la PME / PMI (électricité, mécanique, électrotechnique, électronique, fluides, automatismes informatiques) de telle façon à ce que les PME / PMI puissent trouver les profils pour les corps de métiers;

 -Formation de technologue maître du process (en tabac, minoterie, céramique, verrerie, cartonnerie, papeterie, chimie, etc.);

 -Evaluations, suivis et soutiens au fur et à mesure de la réalisation;

 -Définition d’une convention multisectorielle liant les industries aux écoles, technicums, universités et autres écoles spécialisées des métiers. L’école des arts et métiers, à l’instar de ce qui se fait en Allemagne et en France, dispense un enseignement théorique en même temps que la pratique d’un métier. L’impact d’une pareille école serait décisif sur l’efficacité de l’industrie;

 -Le paiement simplifié de la prestation de service (appel aux spécialistes et experts sur des problèmes pointus comme l’assistance numérique, automatismes, fluides et réseaux électroniques);

 -Protection de la production nationale non par la fermeture des marchés mais par un meilleur contrôle des prix à l’import, mais aussi un exemption fiscale les quatre premières années d’exploitation afin de permettre à l’entreprise la maîtrise du process, la normalisation et l’augmentation de la productivité, bref une mise à niveau;

 -Une assistance à exportation par la mise en place de sous-traitants qualifiés, dans l’emballage et le conditionnement, la conservation, le transport, la mise en conformité par rapport à la réglementation de l’importateur.

Si l’on met l’ensemble de ces items en oeuvre et que l’on en évalue la réalisation et l’efficacité, nous assisterons à coup sûr à une émergence à terme (8 à 10 années) d’industries performantes aptes à gérer les prospectives et le développement.

Analyse de l’état actuel des soutiens et recherche des cohérences ou incohérences :

Il est extrêmement utile, le modèle étant posé, de l’appliquer à la réalité pour en déceler les écarts et donc les incohérences, et ce à la façon des structuralistes.

• En matière juridique, les textes existent, mais rares sont à présent les avantages accordés par l’Etat. Même l’ex-régime de l’A.P.S.I. a été abrogé. Dans ce cadre, il aurait fallu faire la chasse aux abus et fraudes sans pour autant abroger des mesures utiles et promotionnelles.

 Par ailleurs, la bureaucratie développée par ceux qui sont chargés de soutenir l’action, est telle qu’elle fait souvent entrave à réalisation (domaine, CALPI, RC, réseaux et assainissement, permis de construire, etc.).

• Les assiettes de terrains et les zones industrielles :

 S’agissant des assiettes foncières, il n’y a pas lieu de les vendre au prix marchand, il y a lieu de laisser le soin aux régions de rentrer en compétition les unes par rapport aux autres pour attirer les promoteurs industriels, eu égard aux préoccupations spécifiques de chaque région (emploi, chômage, ressources fiscales).

 Nous n’innovons pas. En économie de marché, les régions, les landers, ou provinces, en France, en Allemagne et au Canada, agissent de la même façon. Il ne s’agit pas pour la région de faire une bonne affaire, de façon momentanée et éphémère en vendant au plus offrant, mais d’assurer son développement. Il y a lieu aussi d’aménager les zones industrielles et de bien les aménager: réseaux des eaux usées, électricité, gaz, transport, sont autant de facteurs pouvant concourir à l’épanouissement de l’industrie comme à sa médiocrité.

 Un exemple qui illustre de façon significative cet état de fait : la zone industrielle de Hassi-Ameur, située à 12 km d’Oran, connaît 5 à 10 micro-coupures/jour de 3 à 10 secondes, qui compromettent la qualité des produits, voire la destruction d’équipement pour des process complexes et pointus (industrie de la céramique, du verre, de la chimie). Les automatismes soft et hard finissent par se dérégler et amener des pannes sévères. Idem pour l’eau saumâtre pompée, faute d’amenée d’eau; idem pour le réseau téléphonique éternellement en dérangement; idem pour l’évacuation des eaux par manque de réseaux appropriés.

 L’environnement est une carte maîtresse et surdéterminante que les régions doivent avancer pour attirer et promouvoir l’industrie.

Ceci constitue la première incohérence par rapport au choix.

• Assistance financière et politique de crédit à long terme :

 Dans ce domaine précis, la première incohérence relève de la science économique qui enseigne qu’en matière de sciences financières, plusieurs options peuvent être mises en oeuvre en matière de politique de crédit, se traduisant sur le court terme, le moyen terme et le long terme.

 Hormis le court et le moyen termes qui ne peuvent permettre que l’émergence des petites entreprises à faible technologie, le long terme se trouve proscrit par rapport aux soutiens indispensables et nécessaires pouvant favoriser des PME / PMI à forte teneur technologique. Cela se traduit par une mise à l’écart du génie national cantonné à n’investir que dans les créneaux à faible potentiel technologique.

 Bref, un sous-développement décidé de façon non consciente pour mettre à l’écart l’émergence d’industries performantes de dernière génération et prolongeant ainsi indéfiniment le sous-développement et la dépendance.

 Par ailleurs, la pratique de crédit à long terme étant exclue, nous ne participerons jamais à la compétition mondiale en matière de création de nouvelles richesses, et de recherche, excluant du même coup l’industrie algérienne de la compétition sur son propre terrain, que ce soit dans le domaine de l’industrie, des B.T.P., de la mécanique, de l’électronique, de la pétrochimie, de la chimie, etc. La pratique et l’examen du marché le prouvent de façon cruelle :

- Importations massives en matière de B.T.P. hormis la brique;

- Importations massives en matière de sidérurgie;

- Importations massives en matière d’industrie des bois, cartons, liège et papier;

- Importations massives en matière de conserverie et d’agro-alimentaires;

- Importations massives en matière de composants électriques;

- Importations massives en matière de produits chimiques;

- Exclusion des PME des grands chantiers mis en oeuvre par l’Etat.

Si les recettes en hydrocarbures le permettent aujourd’hui, nous avons cruelle souvenance d’une période où elles n’étaient pas suffisantes pour ce faire.

 Par ailleurs, et au titre de la mondialisation dont nous parlons souvent, il y a lieu de donner à nos acteurs les mêmes moyens que ceux donnés à nos voisins immédiats, Marocains et Tunisiens, et moins proches, Européens et autres par des politiques de crédit appropriées.

Ceci constitue la plus grande injustice faite à l’industrie, qu’elle relève du domaine secondaire ou tertiaire.

Comment peut-on, dans le cadre des industries modernes où les équipements de dernières génération coûtent extrêmement cher, les amortir sur une moyenne période ? Serions-nous d’un seul coup devenus, sans antériorité et expérience, plus efficaces que des industries avec un siècle, voire deux siècles de recul ?

 De la même façon, comment peut-on en matière d’industrie hôtelière, amortir et faire face à un lourd investissement, sur une période liée au moyen terme ?

 Les banques approchées sur le long terme ont toutes le même argumentaire, leurs dépôts sont effectués sur le court et le moyen termes et ne peuvent donc pratiquer de crédit sur le long terme.

 L’Etat n’aurait-il pas les moyens de mettre en place des formules permettant l’accès au crédit à long terme à travers des fonds spéciaux ?

 Ceci constitue la deuxième incohérence; la plus grande et la plus injuste faite à l’industrie algérienne, qui se trouve contrainte de faire face à d’énormes frais financiers et d’énormes annuités alors qu’elle est en montée de phase de production et qu’elle aborde un marché fait de compétiteurs chevronnés.

• Ecoles spécialisées :

 L’efficacité que l’on peut développer à mener des équipements et élever la productivité dépend de la formation et de la compétence technique des hommes. Dans ce domaine, nous pouvons dire que nous avons régressé de façon forte et durable par rapport aux années 70, où le pays et les entreprises avaient fait un effort colossal de formation.

 Les séminaires et regroupements vont bon train et ne peuvent être considérés que comme des lieux d’échanges d’hommes compétents regroupés pour la circonstance. En aucun cas ils ne peuvent pallier les insuffisances. Nous en faisons mauvais usage et ils deviennent à la longue des filières juteuses et commerciales pour les spécialistes de la question. L’université doit adapter ses formations aux besoins de l’entreprise.

 Une école des arts et métiers à l’instar de ce qui se fait dans le monde serait un atout décisif.

 Des centres de formation en mécanique, électricité et électrotechnique, redynamisés et équipés, contribueraient à fournir une main-d’oeuvre hautement qualifiée. Dans le cas d’espèce, les ANSEJ financent beaucoup plus le commerce en l’état que les métiers recherchés (entreprise de plomberie, électricité, électronique, charpente, automatismes, etc.).

 Les secteurs à promouvoir étant ciblés, il y a lieu de mettre en chantier des écoles spécialisées sur les grands métiers.

-Ecole liée à la formation de céramiste, minoteries, verreries, hôtelière, industries agro-alimentaires. En fait, former les maîtres du process qui vont orchestrer la production dans les règles de l’art et du métier. Ces spécialistes introuvables en Algérie coûtent leur pesant d’or pour les entrepreneurs qui, souvent, se livrent à une gymnastique à la limite de la légalité pour payer leurs honoraires.

Troisième incohérence par rapport à l’objectif et au choix.

• Simplification du paiement de la prestation de service :

 Il est difficile de payer une prestation de service dès lors que l’entreprise est de statut privé. Bien sûr, la procédure existe mais la bureaucratie la rend impraticable.

 Pourtant, nos entreprises ont besoin d’un accompagnement technique en vue de la maîtrise du process et des équipements, surtout en démarrage et en phase de montées en cadence.

 Quatrième incohérence par rapport à l’objectif et au choix.

• Evaluation des suivis et soutiens :

 Des auditeurs désignés par le ministère pourraient auditionner les entrepreneurs porteurs de projets en phase de réalisation pour identifier les obstacles et les aider à les lever, au fur et mesure de la réalisation puis de la mise en exploitation. Souvent et en phase de réalisation, le promoteur est confronté à des problèmes insurmontables, et s’y débat sans résultat (permis, énergie, accès). L’excellent exemple au plan de la méthode vient du gouvernement lui-même qui se réunit pour lever au fur et à mesure les obstacles de ses grands chantiers, avec pour fer de lance le ministre lui-même des Travaux publics.

Cinquième incohérence par rapport au choix.

• Régime fiscal préférentiel :

 Si nous donnons priorité aux industries créatrices de richesses et contribuant à la valeur ajoutée, il y a lieu de ne pas les traiter fiscalement sur le même pied d’égalité que ceux chargés de vendre les marchandises en l’état.

 Si les importateurs en l’état sont utiles, il n’empêche qu’ils donnent de façon indirecte du travail aux pays desquels ils importent. En matière de science économique, il n’y a pas de hasard mais des faits qui ne sont que la résultante de causalité:

 La floraison de commerciaux tous azimuts est motivée par la simplicité des opérations acheter/revendre, à l’inverse du process de production long, complexe, exigeant un niveau technique et une main-d’oeuvre très qualifiée.

 Une imposition qui donne la préférence aux créateurs qu’aux importateurs nous semble opportune et de nature à promouvoir l’industrie.

Sixième incohérence par rapport au choix.

En conclusion :

Les incohérences relevées par rapport au choix politique et économique pour la promotion de l’industrie doivent être mises à plat chirurgicalement. Faire un choix et laisser les contraintes et incohérences en place pour lui faire obstacle relèverait d’un échec programmé à l’avance.

 Ne pas permettre aux entreprises algériennes à l’instar de ses compétiteurs d’accéder aux crédits à long terme, c’est les condamner au sous-développement et à les mettre hors circuit d’une mondialisation inexorable qui avance à grand pas et qui ne peut que la terrasser.

 La mise en place d’une stratégie doit être guidée par l’objectif poursuivi: que veut-on ? Et enfin, mettre tous les moyens en oeuvre pour atteindre l’objectif après réponse à la question, lever les incohérences relevées sur le terrain.

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La Guerre d’Algérie, selon un historien britannique

mars 6, 2007

par Ahmed Amine

Longtemps « otage » des historiens français, comme Charles Robert Ageron ou, plus prosaïquement, Yves Courrière, qui en relatent les faits à travers le prisme de la version officielle française, l’Histoire de la Guerre d’Algérie (1954-1962) intéresse de plus en plus , pour sa richesse en leçons et enseignements divers, les hommes politiques et les historiens d’autres sphères culturelles, guidés par la recherche de la vérité historique et qui ne sont influencés par aucune passion ou considération subjective.

 C’est le cas notamment du livre de Sir Alistair Horne « A Savage War of Peace : Algeria 1954-1962 » ( Une Guerre féroce pour la Paix : Algérie 1954-1962 ), publié en 1977 par les Editions New York Review Books et réédité en 1996 et en 2006 avec des préfaces mises à jour.

 Ce livre est devenu un best-seller aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, depuis que le Président George W. Bush en a fait son livre de chevet, sur recommandation de M. Henry Kissinger, dont Sir Horne prépare actuellement une biographie autorisée, afin de lui permettre « de mieux appréhender la situation en Irak », qui présenterait selon l’historien britannique des similitudes avec celle prévalant en Algérie durant la Guerre de libération nationale. Par ailleurs, le film de feu Gillio Portecorvo « La bataille d’Alger » a été également vu, revu et disséqué par le Commandement des forces armées et les différents services de sécurité américains pour comprendre la logique de la guérilla urbaine dans un pays arabe.

 Même s’il a utilisé le même fonds documentaire que ses confrères français, M. Horne a pris, selon lui, le soin d’interroger des protagonistes et des témoins de premier plan de cette Guerre, encore vivants, en Algérie et en France et a visité, à plusieurs reprises, notre pays pour se rendre sur les lieux où les différentes opérations politiques et militaires décrites dans son livre se sont déroulées.

 Subdivisé en trois parties : Prélude : 1830-1954, La Guerre : 1954-1958 et La plus dure des victoires : 1958-1962 , ce volumineux ouvrage tente, avec plus ou moins de bonheur, de clarifier d’abord les raisons objectives qui ont conduit au déclenchement de la Guerre, le 1er Novembre 1954, de montrer ensuite comment cette Guerre a été menée par les deux parties au conflit et d’expliquer enfin pourquoi elle a été gagnée par la partie supposée être militairement la plus faible.

 Ainsi, grâce à sa Guerre de libération nationale exemplaire, à sa précieuse et chèrement acquise expérience en matière de lutte contre le terrorisme islamiste et à son modèle de société, où les modes de vie traditionnel et moderne ont toujours co-habité pacifiquement jusqu’à l’octroi, à la fin des années 1980, de l’agrément aux partis religieux, qui utilisent l’Islam, partagé par la quasi-totalité des Algériens, à des fins politiques et grâce aussi à ses formidables ressources naturelles et à sa position géo-stratégique indéniable, notre pays intéresse, au plus haut point, nos partenaires étrangers développés, qui s’empressent aujourd’hui à instaurer avec lui des relations stratégiques.

 L’indifférence de la communauté internationale à la tragédie vécue par le peuple algérien, dans les années 1990, céde de plus en plus la place à un intérêt grandissant pour notre pays à tel point que le Premier ministre italien, M. Romano Prodi, n’a pas hésité à déclarer que « l’Algérie, ce sous-continent voisin, constitue une chance pour l’Italie et l’Europe , en raison notamment de la sécurité énergétique qu’il leur assure et des nombreuses opportunités de coopération que sa reconstruction offre aux compagnies étrangères, dans tous les domaines ».

 En dépit des nombreux et divers maux, dont les principaux restent encore le terrorisme, la corruption et le trafic de drogue, qui minent la société algérienne et qui pourraient entraver son épanouissement dans tous les domaines et même compromettre la cohésion, la stabilité et l’unité nationales, s’ils n’étaient pas pris plus sérieusement en charge par les pouvoirs publics, notre pays a enregistré, ces dernières années, en raison notamment du renchérissement exceptionnel du prix des hydrocarbures, d’ une meilleure exploitation de nos ressources naturelles non renouvelables et du strict respect des règles de l’orthodoxie financière imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, des résultats macro-économiques encourageants, qui pourraient servir de base solide à une renaissance durable.

 Ils doivent cependant être consolidés par des initiatives fortes, dans tous les domaines.

 En effet, aussi minimes soient ils, ces signes ont suscité chez nos partenaires étrangers un intérêt réel pour rétablir les ponts coupés avec un pays, hier encore isolé et livré à lui-même.

 Nous devons être à la hauteur de leurs attentes et faire en sorte que cet intérêt soit mutuellement bénéfique.

 Nos différentes institutions doivent être bien préparées pour faire face efficacement aux flux humains et de capitaux que cette coopération annoncée va certainement engendrer en leur assurant notamment le sécurité nécessaire car l’investissement comme le tourisme d’ailleurs est versatile et a besoin de sécurité pour s’établir et prospérer.

Bien plus que la rentabilité et les avantages fiscaux, la sécurité est la condition sine qua non pour attirer les investissements directs et les touristes étrangers, courtisés par tous les pays du monde.

 Ce n’est un secret pour personne que les pays développés ont des politiques hautement sécuritaires destinées à assurer la sécurité de leurs citoyens, des étrangers et de leurs biens, dans le cadre des lois en vigueur.

Considérant que « la sécurité, sous toutes ses formes, est l’affaire de tous », les citoyens de ces pays adhèrent massivement à ces politiques.

 En tout état de cause, seule une bonne gouvernance politique et économique du pays et une gestion transparente et rigoureuse de nos ressources naturelles et des recettes qu’elles procurent, permettront au pays d’effectuer le saut qualitatif dont il a tant besoin pour rendre les avancées réalisées irréversibles et relayer ces ressources naturelles non renouvelables par une production industrielle nationale diversifiée.

 Ainsi seulement, nous pourrions contrecarrer efficacement le pessimisme, l’auto-flagellation et le nihilisme semés par certains « hommes politiques » et « intellectuels » pour démoraliser une population, à juste titre, rendue méfiante par des décennies de pensée unique et une jeunesse profondément traumatisée par les dures années du terrorisme barbare et qui voit son unique salut dans l’étranger, à un moment où, paradoxalement, notre pays reçoit quotidiennement des flux d’immigrés clandestins, qui viennent de tous les continents, non seulement pour se rendre en Europe, mais aussi pour tenter leur chance chez nous.

 Nous devons donc nous atteler, d’urgence, à convaincre nos jeunes « harragas », qui continuent à échouer, par dizaines, sur les côtes de nos voisins du Nord de la Méditerranée, des perspectives énormes que les chantiers déjà entamés ou qui vont bientôt être ouverts en Algérie leur offrent en matières d’emplois et de formation, les imprégner fortement de l’histoire multi-millénaire de notre pays, avec toute ses dates et figures marquantes, sans en occulter aucune et leur ré-apprendre à célébrer la mémoire de nos illustres ancêtres et aînés, dans la gratitude, le respect et la ferveur et que M. Horne évoque dans son livre, en soulignant leur sens du courage et de l’honneur qu’il dit « retrouver chez le franco-algérien Zinédine Zidane, qui a préféré son honneur à la coupe du monde, qu’il aurait pu remporter s’il s’était abstenu de réagir violemment aux insultes du joueur italien ».

 Une jeunesse sans mémoire est une jeunesse désorientée et dangereuse car facilement manipulable.

 Nous devons aussi fournir à nos compatriotes expatriés, qui comptent parmi eux des compétences mondialement reconnues, les raisons valables pour qu’ils soient activement associés, chacun selon sa spécialité, au processus de développement national, qui démarre puissamment.


La mondialisation s’élargit à l’histoire et la mémoire: La guerre d’Algérie en débat au Japon

mars 6, 2007

par L’un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf

La mondialisation s’étend à l’histoire et à la mémoire. «Lutte de libération nationale» ou «guerre d’Algérie» – selon les deux définitions en usage dans le monde arabe ou en occident -, l’ultime page du mouvement national algérien se débat sous d’autres cieux.

 En tournée étrangère, depuis trois ans, à travers «La Bataille d’Alger», le plus sanglant des conflits de décolonisation vient de se poser en terre lointaine. Plus précisément, au pays du soleil levant, à des milliers de kilomètres de l’ex-théâtre des «opérations de maintien de l’ordre».

 Conséquence d’un débat à la mode – l’appréciation des désordres actuels du monde à la lumière des conflits antérieurs -, le Japon se penche, lui aussi, sur la guerre d’indépendance algérienne.

 Deux institutions nippones ont invité, dernièrement, l’historien Benjamin Stora, pour élargir, le temps de deux conférences, leurs champs thématiques respectifs.

 L’Institut franco-japonais de Tokyo a braqué son projecteur sur le traitement de l’histoire coloniale du cinéma français. Deux films, «La bataille d’Alger» de Gilo Pontécorvo et «Indigènes» de Rachid Bouchareb, ont été projetés en guise d’introduction.

 Stora a accompagné les débats par une communication sur «la mémoire de l’Algérie coloniale au cinéma».

 Toute aussi exposée sur la communauté intellectuelle nippone, la Maison franco-japonaise a pris le relais. Son équipe scientifique a demandé à l’auteur de «la gangrène et l’oubli» d’approfondir la discussion sous des angles différents. Thème retenu, le passage en revue des mémoires de la guerre d’Algérie au miroir de la société française.

 Original sous ces latitudes extrême-orientales, le débat autour de la guerre d’indépendance algérienne surprend bien du monde sauf les familiers de la vie intellectuelle et universitaire japonaise. Modestement, mais à un rythme qui va crescendo, quelques chercheurs commencent à s’en emparer. D’où la double initiative de l’Institut franco-japonais et de la Maison franco-japonaise.

 Leur choix de programmer la guerre d’Algérie et ses enjeux historiques et mémoriels dans leur agenda n’est pas anodin. Plus qu’une réponse conjoncturelle à l’air du temps, il répond à une réelle demande. Ancienne puissance coloniale qui avait rêvé, jusqu’à 1945, de bâtir un empire sous bannière nippone, le Japon se livre, lui aussi, à des va-et-vient dans la mémoire des années de guerres impériales de la fin du 19ème siècle et le début du 20ème.

 De surcroît, adossé à un continent dont l’histoire contemporaine a été jalonnée de conflits et de bruits de botte, l’archipel découvre tout l’intérêt qu’il y a à revisiter les séquences impériales et coloniales. A quelques noeuds de là, le Vietnam n’est pas en reste, qui remet en perspective ses deux guerres avec la France et les Etats-Unis. Depuis une quinzaine d’années, tout un chantier de recherches a été lancé.

 Dès la fin 1990, l’Ecole française d’Extrême-Orient avait invité Benjamin Stora à labourer un des multiples corpus sur la question. Au bout de trois années de recherche, il avait consigné au crédit du fonds scientifique de l’école «Imaginaires de guerre», une étude comparative sur les représentations cinématographiques et télévisuelles des conflits franco-algérien et américano-vietnamien