Fiscalité en Algérie : Réflexion sur l’approfondissement des réformes financières

février 28, 2007

 Le niveau actuellement élevé des recettes fiscales pétrolières offre une opportunité historique aux pouvoirs publics d’approfondir les réformes entamées depuis déjà quelques années, notamment les réformes fiscale, domaniale, douanière, parafiscale et des finances locales, pour rapprocher nos systèmes des standards internationaux et améliorer le développement et la compétitivité du pays. Les moins-values financières qui seront conjoncturellement générées par un processus de révision à la baisse des niveaux des différentes taxations pourront être contrebalancées sans grande difficulté par les importantes et récentes augmentations des recettes fiscales pétrolières.

A brève échéance et comme cela a été vérifié dans plusieurs pays, une réforme des systèmes financiers et fiscaux par une baisse des niveaux de taxation et une simplification des systèmes et des procédures entraînera, un élargissement rapide de l’assiette, un meilleur recouvrement et une diminution des fraudes multiformes et de leur corollaire, la corruption. Tant qu’il est vrai que ” trop d’impôts tuent l’impôt ” et que ” les taux tuent les totaux “, et qu’un niveau raisonnable des différents prélèvements publics facilite grandement l’intégration des paramètres fiscaux dans les opérations commerciales. L’approfondissement de la réforme des fiscalités centrale et locale, la réduction des prélèvements douaniers induite par nos engagements internationaux pris et à venir, la révision des prélèvements effectués par les administrations des Domaines, des Organismes de Sécurité Sociale, et autres organismes effectuant des prélèvements parafiscaux, l’amélioration de l’efficacité de toutes ces administrations doivent constituer de véritables axes de politiques publiques pour encadrer et élargir les politiques de développement économique et social. En matière de fiscalité, stricto sensu, la mesure de réforme la plus importante, en termes de portée et d’urgence est sans conteste, celle relative à la réduction du taux de
la TVA, considéré à juste titre par les intervenants économiques comme élevé et en inadéquation tant avec les réalités socio-économiques du pays qu’avec son environnement externe. En effet, prélever 17% du chiffre d’affaires au titre de
la TVA s’analyse paradoxalement dans le contexte actuel comme un puissant appel à la dissimulation, à la fraude, et un facteur de blocage à la généralisation de la facture et du chèque, et donc à l’essor de la comptabilité, de la transparence et de la sincérité des comptes. Du moment où la politique projetée à moyen terme, est la recherche de l’amélioration du champ d’application de
la TVA, la lutte contre les sous déclarations et les fraudes, la recherche du développement du commerce formel, il semble qu’un des facteurs déterminant de cette politique soit la réduction du taux général de
la TVA à un niveau de l’ordre de 10%, compatible avec les capacités des redevables et les intérêts du Trésor. Il serait aussi socialement juste et économiquement rentable d’envisager de fixer un taux réduit de l’ordre de 5% sur les produits de très large consommation, à l’instar des produits alimentaires, des médicaments, du logement, de l’eau, et des produits de la culture et de la communication (le livre, l’internet et les télécommunications). Pour permettre une comparaison, nous donnons ci-après un exemple de TVA étrangère :

Le cas de
la France

De manière délibérée, nous prenons ici l’exemple de
la France et ceci pour plusieurs raisons :

1 – C’est en France que
la TVA a été ” inventée “, ” développée ” et après sa ” réussite ” au plan de son ” rendement “, de sa ” neutralité ” et de sa ” sensibilité “, ” adoptée ” par la plupart des pays développés et en voie de développement.

2 – Notre législation fiscale même après son “algérianisation” est globalement inspirée du système juridique et administratif français.

3 – Pour des motifs économiques, historiques et humains, notre voisin du nord est toujours notre principal partenaire en matière d’échanges économiques.

La législation fiscale française dispose donc que
la TVA comporte 3 taux : le taux général de 19,6%, le taux réduit de 5,5% et le taux super réduit de 2,1 % :

1 – Le taux de 19,6% frappe les opérations de ventes de biens et de services à l’exception des opérations touchées par le taux réduit de 5,5% et le taux super réduit de 2,1%. Ce taux de 19,6% est actuellement contesté par les opérateurs économiques (par exemple les restaurateurs) et les consommateurs et il est probable qu’il serait réduit lorsque le déficit français serait ramené aux normes de Maastricht. Le taux de 19,6% serait probablement également réduit pour des considérations d’” harmonisation ” fiscale des pays de l’O.C.D.E, la moyenne européenne des taux, notamment celle des grands pays (par exemple Allemagne) étant largement inférieure aux taux français. En plus des considérations citées plus haut, le comité fiscal de l’O.C.D.E ,quant à lui, est surtout, favorable à une harmonisation des taux de
la TVA pour développer encore plus ” le marché unique ” et mettre ainsi en place une TVA unique aux portes de l’ensemble des 25 pays de l’Europe, à l’instar de ce qui a été fait pour les monnaies nationales européennes remplacées progressivement par l’euro, monnaie unique. L’Europe réduirait également ses taux de TVA pour des motifs liés au concept de ” concurrence fiscale internationale “, non seulement pour ses exportations défiscalisées et indirectement soutenues mais aussi pour attirer vers elle les investissements générateurs de plus de richesse et d’emploi. Du reste, cette tendance à l’harmonisation et à la réduction des prélèvements fiscaux s’étendra inéluctablement aux impôts sur les revenus, ceci toujours dans le cadre de la concurrence induite par la ” mondialisation “.

2 – Le taux réduit de 5,5% :

C’est le taux qui frappe les produits d’alimentation, notamment les produits d’origine agricole (fruits et légumes), les produits nécessaires à l’agriculture et à certains produits culturels tel que le livre. L’observation première qui vient à l’esprit est qu’un des pays les plus riches du monde taxe le secteur alimentaire notamment les produits agricoles à un taux réduit de 5,5% et ceci paradoxalement (au premier degré, en réalité) pour un pays “libéral” pour des considérations de protection du pouvoir d’achat du consommateur et de développement de son agriculture.

3 – Le taux super réduit de 2,1% :

C’est le taux qui frappe les médicaments remboursables par
la Sécurité Sociale et, pour des raisons historiques proprement françaises les publications de presse. Ici, on observe que pour les médicaments, le taux de 2,1% est mis en place tant pour des motifs politiques (question de la santé publique, équilibre financier de la sécurité sociale et des hôpitaux publics) que techniques (supprimer sinon éviter “la rémanence” de taxe et réduire les subventions d’équilibre).

Quelles leçons pour l’Algérie ?

En matière de TVA, la tendance mondiale actuelle semble s’orienter vers l’établissement d’un taux unique de l’ordre de 10 à 15% (selon les besoins financiers de chaque pays) accouplé à un taux réduit de l’ordre de 2 à 5% selon le pays et touchant généralement les produits de première nécessité (produits alimentaires, agricoles et médicamenteux). Cette tendance est surtout valable pour des pays qui comme l’Algérie se doivent de rechercher la simplification de la gestion technique de
la TVA en attendant de conforter et de moderniser encore plus leur Administration fiscale par plus de formation, d’informatisation et de moyens. Toujours en matière de fiscalité, le second axe de réforme, le plus urgent et le plus prometteur en termes de rentabilité tant pour l’économie (transparence des déclarations relatives aux patrimoines immobiliers) que pour la société est relatif à la révision des droits d’enregistrement des actes immobiliers et des sociétés commerciales. Il est utile de rappeler en cette matière que les taux actuels ont été fixés durant la période de l’économie socialiste où la propriété privée des biens et des facteurs de production était lourdement taxée pour des motifs essentiellement idéologiques. Malgré quelques aménagements postérieurs, cette législation d’une époque ancienne est restée en vigueur au niveau des taux de prélèvements et bloque le développement du marché immobilier et sa nécessaire transparence. Le niveau des taxations est tel qu’il amène quotidiennement la quasi-totalité des vendeurs, des acheteurs, des intermédiaires (agences immobilières, notaires, avocats, etc.) à recourir systématiquement à la sous évaluation des biens. En réaction, l’Etat a été amené à fixer, par voie autoritaire, des tarifs administratifs selon un zoning qui n’est pas toujours heureux et qui suscite des réclamations et des contentieux à n’en plus finir. Aussi, il semble nécessaire là aussi, pour sortir de ce cercle vicieux et pour lutter efficacement contre les sous déclarations des patrimoines et par suite, favoriser le développement d’un marché immobilier transparent que les autorités réaménagent à un niveau raisonnable le seuil des taux des droits d’enregistrement ( taux à la charge des vendeurs et des acheteurs), de la taxe de publicité foncière, et de la taxe d’inscription hypothécaire, ces deux dernières taxes s’analysant en réalité comme la contre partie d’un service rendu qui historiquement était jusque les années 1970 rémunéré sous forme de taxes en valeur fixe ( tarif en dinars) et non en valeur relative ( pourcentage). La même démarche, la même philosophie, les mêmes textes ont présidé à la fixation des taux concernant les actes des sociétés commerciales (création, prorogation, cession, partage, dissolution, augmentation ou diminution de capital). Alors que dans le plupart des pays de tels actes sont soumis à enregistrement pour essentiellement des motifs juridiques (de sûreté et de date certaine) et sont taxés à des tarifs fixes, chez nous, de tels actes sont soumis au droit proportionnel, ce qui aboutit là aussi, eu égard au niveau exorbitant du prélèvement comparativement à la prestation fournie et aux montants en jeu, à des sous-déclarations, des sous-évaluations, des reports sine die de décisions de gestion quelquefois nécessaires, toutes situations néfastes pour les individus, l’économie et au final pour le pays, en un mot situations porteuses de contentieux pour l’avenir et d’élargissement de la sphère de l’économie informelle. Dans ce domaine également, une politique d’assainissement, de modernisation et d’unification (par exemple, unifier les formalités d’enregistrement et de publicité foncière et fondre la perception des deux taxes en une seule opération) des systèmes de taxations devrait pouvoir être mise en place assez rapidement. Comme complément nécessaire à la révision des tarifs de l’ensemble des systèmes de taxation de l’immobilier et des sociétés commerciales, il serait opportun de plafonner à un niveau raisonnable les honoraires des notaires. L’importance de ces honoraires exigés par les notaires (calculés en pourcentage sur le montant de la transaction) amène sociétés étrangères, sociétés publiques, sociétés privées et particuliers à régler difficilement ces prélèvements assimilés injustement à des taxations car fixés par la réglementation. Au cours des dernières années , le Ministère des Finances en concertation avec le Ministère de
la Justice avait projeté de proposer une grille d’honoraires plus équitable tenant compte, tant du travail que de la responsabilité des ces officiers ministériels. Actuellement, il devient urgent de revoir le niveau des honoraires et de l’arrêter en concertation avec la corporation des notaires qui soit en relation avec la nature de l’acte rédigé. En tout état de cause, les honoraires des notaires doivent être plafonnés, à partir d’un certain seuil et ne plus être illimités, ce qui ouvre la voie à toutes sortes de dépassements. Cette réforme devrait être complétée par la mise en place d’une Caisse de Dépôts et Consignations qui serait chargée de recueillir et de suivre les importantes masses financières déposées par les particuliers entre les mains des notaires (Caisse, qui bien entendu aurait également d’autres compétences notamment dans les domaines en relation avec les collectivités locales.) C’est donc dans ce cadre d’approfondissement des réformes financières et de cette tendance de réduction fiscale amorcée depuis quelques années (révision du taux de l’I.B.S, suppression du V.F, réduction des taux de taxation des locations des biens immobiliers) que nous présentons les propositions de mesures législatives et réglementaires suivantes. Il demeure entendu que suivant les calculs d’impact financier (1) certaines mesures proposées pourront être étalées sur une ou plusieurs années dans leur mise en œuvre. Dans le détail, les propositions concrètes peuvent s’articuler autour des axes suivants :

I . Fiscalité d’Etat :

1- TVA : 2 Taux : 10% et 5%

5% : s’applique sur les produits de large consommation : Produits alimentaires et agricoles – Médicaments – Logement et infrastructures publiques – Eau – Communication – Culture.

10% : l’ensemble des ventes sur les autres biens et services.

2- I.B.S (Impôt sur les bénéfices des sociétés)

Droit commun : 20%

Réinvestissements : 10%

Exonérations temporaires :

 I.D.E (Investissements Directs Etrangers)
 Conventions spéciales avec l’Etat pour projets d’intérêt national
 APSI – ANSEJ -Sud – zones de montagne.
 Agriculture
 Culturel – Social

Régimes particuliers :

 Sociétés étrangères temporairement en Algérie = 15%
 Sociétés cotées en bourse = 15 %
 Revenus de l’étranger déclarés en Algérie = 10%
 Plus-values de cession d’actifs = 10%

3- I.R.G (Impôt sur le revenu des personnes physiques autres que les salariés)

Taux :

 Jusqu’à 120.000 DA : 0%
 De 120.000DA à 600.000 DA : 5%
 De 600.000 DA à 1.200.000 DA : 10%
 De 1.200.000 DA à 3.600.000 DA : 20%
 De 3.600.000 DA à 7.200.000 DA : 30%
 Au dessus de 7.200.000 DA : 35%

IBS déductible de l’IRG (déduction ” impôt sur impôt ” et non ” impôt sur base ” avec annulation de l’opération en cas ” d’impôt négatif ” pour motif de ” seuil minimum d’imposition “) pour éviter la ” superposition des taxes “.

4- IRG salariés.

Taux progressifs avec taux marginal plafonné à 15% – 18% Barème à aménager en conséquence.

5- Impôt sur le patrimoine
 Au dessous de 50 millions de DA : 0%
 De 50 à 150 millions de DA : 0.2 %
 De 150 à 300 millions de DA : 0.5 %
 Au dessus de 300 millions de DA* : 1%

Justification : Taxation raisonnable pour limiter la double imposition car :
 Ce patrimoine a été déjà taxé au court de sa constitution ;
 Ce même patrimoine continuera à être imposé à la taxe foncière et à la taxe d’habitation.

N.B : les nombres à 9 et même 12 chiffres ne doivent pas faire illusion car comme en Turquie (par exemple, un café pour 1 million de Lires !) les autorités monétaires algériennes seraient amenées, à plus ou moins brève échéance à supprimer 2 zéros de la valeur faciale de notre dinar (100 dinars actuels = 1 dinar nouveau), ce qui du reste serait en adéquation avec dinar tunisien et dirham marocain, ainsi qu’avec les principales devises étrangères (Dollar- euro). Les autorités turques ont, quant à elles supprimé six zéros d’un seul coup de la valeur faciale de leur monnaie ! En ce qui concerne notre Dinar, la situation est plus éloquente encore : par exemple, notre PIB est d’un montant de 100 milliards de Dollars = 700 milliards de DA =70 000 000 000 000 de centimes, centimes qui du reste ne sont plus en circulation !

6 – Droits d’enregistrement :

Remplacer le droit proportionnel par le droit fixe pour tous les actes concernant les sociétés commerciales : création, prorogation, cession, partage, dissolution, augmentation ou diminution du capital, cessions du droit au bail, effets de commerce etc.…. Ventes immobilières et fonds de commerce : 2% 10 ans d’exonération pour les régularisations juridiques entre familles, en matière immobilière, afin d’absorber les bouleversements qu’a connu le droit de propriété dans notre pays (réforme agraire, vente des biens de l’Etat, problèmes sécuritaires avec exode rural, etc.)

7 – Droit de mutation par décès :

 0 à 50 000 000 DA = 0%
 50 à 150 000 000 DA = 0.5%
 150 à 300 000 000 DA = 1%
 Au dessus de 300 000 000 DA = 2% Avec : – Exonération de la maison familiale avec meubles meublants y compris bijoux et objets de valeur de famille.
 Exonération de l’épargne déposée dans les banques.

8 – Droits de timbre : Factures en espèces

inférieures à 1000 DA = 0% au-dessus de 1000 DA = 1‰ (un pour mille) avec plafond de 1000 DA.

Objectif : développer la production de la facture et du chèque. Et suivre la pratique usitée pour les sommes modiques.

9 – Fiscalité pétrolière :

Pour résumer nos propositions en cette matière (tellement sensible pour l’Etat et qui mériterait des développements sortant du cadre de ce papier) limitons nous, ici, à souligner l’extrême importance du développement de la capacité de contrôle de l’assiette et du recouvrement de l’impôt pétrolier tant par l’administration du secteur pétrolier (agences de régulation) que surtout, par l’administration fiscale afin d’éviter la perte de substance financière avec l’ouverture du secteur des hydrocarbures aux sociétés étrangères.

10 – Mise en place du concept de ” seuil maximum des prélèvements fiscaux ”

” Le bouclier fiscal ” A l’instar de ce qui sera établi par
la France en 2007 (qui existe déjà dans certains pays avancés ou la relation Etat-citoyen a évolué d’une relation administration-assujetti à une relation service public-client), l’Etat doit s’obliger, par disposition législative, à ne pas dépasser un seuil maximum de prélèvements de tous impôts, taxes et pénalités de toute nature mis à la charge des contribuables à la suite d’opérations de contrôle , seuil calculé sur la base des chiffres d’affaires et de résultat retenus et reconnus. C’est la notion de Bouclier Fiscal que nous développerons plus loin.

II. Domanialité

11-Taxe de publicité foncière

1‰ (un pour mille) au lieu de 1%(un pour cent) actuellement ( il s’agit en réalité de la contre-partie d’une prestation de service public, dénaturée et fiscalisée par la suite, ce qui fait qu’il y a double emploi avec le droit d’enregistrement).

12-Taxe pour inscription d’hypothèque

1‰ (un pour mille) au lieu de 1% (un pour cent) actuellement, pour le même motif que ci-dessus.

III. Parafiscalité

13- Réforme de la parafiscalité

Révision à la baisse du niveau des prélèvements sociaux afin de lutter contre les sous déclarations des employeurs et par là améliorer les rentrées des différents organismes de sécurité sociale. Planifier, sur un moyen terme, la mise en œuvre d’un prélèvement global, au titre de la sécurité sociale, plafonné à un taux de 25% maximum pour se rapprocher des standards internationaux (question de l’avantage comparatif et de la concurrence internationale) et surtout pour alléger les charges de l’entreprise (actuellement 35% du montant des salaires). Tendre à atteindre l’équilibre budgétaire également en mettant en adéquation niveau des prélèvements et niveau des prestations, d’une part, et d’autre part à plafonner les dépenses de gestion des organismes de sécurité sociale selon des normes et paramètres en usage à l’échelon international. (à l’international, les charges de gestion des organismes sociaux représentent entre 10 et 12% des ressources).

IV. Finances locales

14 – Dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme des finances locales (appellation incorrecte du reste) afficher, sur le moyen terme, un objectif de 25% des recettes publiques à affecter aux collectivités locales (actuellement environ 90% des recettes publiques sont affectées à l’Etat et donc 10% aux collectivités locales) en contre partie de missions précises dévolues aux communes (cahier des charges sur la salubrité, l’hygiène, l’urbanisme et autres services publics par exemple). Par ailleurs, si l’Etat charge les collectivités locales de nouvelles missions, il doit au préalable mettre en place les moyens financiers adéquats et permanents

La répartition s’effectuerait selon les deux canaux classiques :

 directement (TAP, Taxe foncière).
 à travers le FCCL afin de corriger les inégalités dans la répartition de la richesse locale et d’assurer une solidarité entre les collectivités. Le FCCL (fonds commun des collectivités locales) doit être repensé totalement dans son organisation et son fonctionnement avec surtout institution de normes et paramètres * à l’effet de rendre plus objectifs encore, le calcul et la distribution des subventions de fonctionnement et d’équipement. * Par exemple, rendement fiscal par habitant, nombre d’enfants scolarisés, longueur des chemins vicinaux, déversement à l’égout, etc.

15- TAP (Taxe sur l’activité professionnelle) :

0.5 % : fabricants – grossistes – produits supportant des impôts indirects élevés (carburants, tabacs, alcools, métaux précieux). 0.5 à 1% pour les détaillants (selon le taux voté par les APC). Objectif : réduire les charges des entreprises. La compensation de la moins-value pour les collectivités locales, serait dans ce cas, prise en charge par une affectation du produit de
la TVA d’égal montant.

16- Taxe foncière sur les habitations :

A réformer totalement pour en faire à moyenne échéance, la ressource fiscale locale, à l’instar de ce qui se passe dans les pays développés (à indexer par exemple sur le niveau du loyer réel – taux proposé = 2 à 5% du montant du loyer tel que fixé par le marché). Le recensement devrait se faire sur la base d’un cadastre fiscal(2) à mettre en place avec des mises à jour périodiques.

Conclusion

A l’intérieur comme à l’étranger, notre système fiscal (au sens large) est décrié tant pour sa lourdeur, la complexité de ses procédures que pour ses taux d’imposition considérés comme prohibitifs. Lors d’un récent séjour à Alger, dans le cadre d’une conférence internationale ayant pour objectif d’aider l’Algérie à améliorer le climat d’investissement, le Vice Président de
la S.F.I, filiale de
la Banque Mondiale, a considéré devant un parterre de spécialistes que ” le système fiscal algérien est l’un des plus compliqués au monde ” malgré le fait que ” l’Algérie actuellement, n’a pas, tellement, besoin de richesses fiscales “. Rappelant qu’il reste au pays ” beaucoup de chemin à faire ” malgré la mise en œuvre de mesures qui ” vont dans la bonne direction “, il confirme que notre pays est au 169e rang en matière de régime fiscal en terme de dénombre d’impôts et de démarches exigées pour le payement de taxes. Même si, parfois, elles sont exagérées, ce genre de réflexions renseigne sur la nécessité d’approfondir encore plus nos réformes et d’améliorer le fonctionnement de nos administrations. Les mesures préconisées dans cet article vont dans le sens des constatations faites par la communauté nationale et internationale des fiscalistes, hommes d’affaires et universitaires et visent donc à rendre, à brève échéance, notre système financier et fiscal simple et performant. Il reste, surtout à espérer, que les mesures ici suggérées (et qui sont le fruit d’une longue pratique de l’administration fiscale) soient examinées, soumises à débat, évaluées sous leurs différents aspects et qu’une fois les consensus obtenus et les décisions arrêtées, mises résolument en œuvre avec établissement de cahier des charges et de calendrier impératifs.

(1) les calculs d’impact des mesures préconisées restent à être établis par les services concernés.

(2) Ce cadastre fiscal doit présenter cumulativement trois caractères :

 identification physique des biens immobiliers,
 identification des propriétaires ;
 identification des occupants et de la nature de cette occupation.

La matrice de ce cadastre fiscal peut être élaborée à partir du cadastre général qui comporte, notamment, les deux premiers caractères.

Abderezzak Naïli Douaouda

 


Libérer le potentiel de l’économie algérienne

février 28, 2007

 L’objet de cet article est d’apporter un éclairage supplémentaire sur les secteurs prioritaires à développer afin de diversifier l’économie algérienne et réduire sa dépendance à l’égard des hydrocarbures. Il a accordé une attention particulière aux pistes d’action pour la mise en œuvre de cette stratégie industrielle. Cet article a été rédigé plus dans un esprit de participation au débat actuel que pour formuler des recommandations fermes. En effet, l’acte de la planification de la stratégie industrielle et les débats suscités sont tout aussi importants que la stratégie elle-même. La littérature sur le diagnostic de l’économie algérienne est très riche. Si les approches sont différentes, ces diagnostics convergent tous vers un même constat : l’économie algérienne a un grand potentiel qu’il faut libérer. Dans cet article, nous nous intéressons à la question du comment : « Comment transformer ce potentiel en réalité ? ». Nous tentons de répondre à cette question sous l’angle microéconomique de l’entreprise, en favorisant le développement d’entreprises championnes dans quelques secteurs clés. Pour identifier les secteurs dans lesquels des entreprises championnes pourraient être développées, nous structurons notre raisonnement autour de trois questions : • Quelle est la situation actuelle des différents secteurs de l’économie algérienne ? • Dans quels secteurs le pays possède-t-il des atouts pour développer des entreprises championnes ? • Quelles sont les stratégies envisageables pour développer ces entreprises ? Nous souhaitons insister sur l’importance de l’amélioration du climat des affaires et du système bancaire ainsi que la modernisation du système éducatif pour soutenir toute stratégie de croissance, même si cet article ne les traite pas. État des lieux des secteurs économiques algériens L’économie algérienne reste fortement dépendante du secteur des hydrocarbures malgré les tentatives de diversification et d’industrialisation entamées depuis plusieurs années et qui ont coûté à l’Etat plusieurs milliards de dollars. Le secteur des hydrocarbures pesait en 2004 environ 46% de la valeur ajoutée du pays. A partir d’une analyse des évolutions sectorielles entre 1994 et 2004, basée sur la croissance de la valeur ajoutée courante et sur la performance observée des secteurs privés et publics, on relève : • Au-delà des hydrocarbures, l’économie algérienne repose sur quatre secteurs : le commerce, l’agriculture, les transports/communication et BTP. Ceux-ci représentaient 42% de la valeur ajoutée en 2004. • Ces secteurs, aux plus fortes contributions en termes de valeur ajoutée dans l’économie, sont plutôt dominés par le secteur privé. Plus globalement, les secteurs à dominante privée sont ceux qui croissent le plus vite. • La croissance économique a été très variable d’un secteur à un autre durant la décennie 1994-2004. Les quatre secteurs clés ont été particulièrement dynamiques mais d’autres l’ont également été et nécessiteraient une stratégie pour pérenniser cette croissance, comme l’agroalimentaire et le tourisme. Quelques secteurs se retrouvent dans une position de « dilemme » en raison de leur faible croissance et de leur faible contribution à la valeur ajoutée nationale, comme les ISMEE, les mines et la chimie. Ces derniers devraient être analysés plus en détail pour identifier ceux dont les problèmes sont conjoncturels et qui nécessiteraient des plans de relance et ceux dont les problèmes sont structurels pour les accompagner dans leur déclin. De ces analyses, il ressort que les secteurs les plus importants de l’économie sont vulnérables car dépendants soit directement des prix du brut (hydrocarbures) ou de la pluviométrie (agriculture), soit indirectement des devises de l’Etat, via des importations (commerces) ou des programmes étatiques de relance (BTP). Par ailleurs, on constate que les industries et les services à forte valeur ajoutée restent sous-représentés dans l’économie algérienne. Il est toutefois encourageant de noter la percée de certains secteurs, grâce à des entreprises privées dynamiques, telles que l’agroalimentaire. Quels sont les secteurs sur lesquels il faut parier ? Pour répondre à cette question, nous proposons d’analyser les principaux secteurs économiques selon deux axes : • L’attractivité des secteurs : Quels sont les secteurs répondant à une demande intérieure et/ou permettant de poursuivre des développements à l’export aujourd’hui ? Quels sont les secteurs aux plus forts potentiels de croissance ? • La facilité de développement des secteurs : Quels sont les secteurs ayant un embryon de tissu industriel ? Pour quels secteurs, l’Algérie possède-t-elle les atouts nécessaires au développement (ressources humaines, matières premières, etc.) ? Quels sont les secteurs pour lesquels la concurrence internationale ne serait pas un frein fatal à leur émergence ? Cette analyse a permis d’établir une première cartographie des différents secteurs économiques. Rappelons qu’elle a pour objectif de susciter le débat avant tout. Les recommandations quant aux secteurs à développer nécessitent un travail de fond et un investissement de la part des décideurs pour aboutir à une analyse détaillée de chaque industrie. De nombreux pays émergents ont compris la nécessité de prioriser les secteurs à développer pour assurer le meilleur retour sur investissements et communiquer une vision robuste et claire aux investisseurs étrangers. Le Maroc via son programme émergence, a entrepris cette démarche qui a abouti à identifier les secteurs à potentiel pour lesquels le pays détient des atouts. Au-delà du positionnement de chacun des secteurs, cette analyse permet de dégager deux axes forts pour construire la stratégie industrielle : • Construire sur l’existant et consolider les positions fortes actuelles. En voici quelques illustrations :

 construire sur le tissu industriel déjà développé par l’Algérie (industries sidérurgiques, mécaniques, chimiques, transformation, etc.), mais cela nécessite un redressement et un management rigoureux des entreprises actuelles dont certaines vivent sous la perfusion des aides de l’Etat. Les privatisations/partenariats peuvent être une approche pour développer ces secteurs ;
 l’agroalimentaire est un secteur qui a fait de grands progrès ces dernières années. Des entreprises d’envergure nationale, comme Cevital, ont émergé. La poursuite du développement de ce secteur, en l’aidant à conquérir les marchés internationaux, est une véritable opportunité pour l’économie algérienne. • Faire des paris sur de nouvelles industries, la meilleure illustration serait le secteur des hautes technologies. Ce secteur est une opportunité à ne pas rater au regard des atouts de l’Algérie, à savoir ses ingénieurs et sa proximité avec des pays européens… De nombreux pays tels que l’Inde ont construit des moteurs de croissance autour des cette industrie, avec le modèle de l’offshoring ou de la sous-traitance informatique. Certains pays d’Afrique du Nord tels que le Maroc et
la Tunisie pensent aussi prendre leur part de ce marché d’avenir, en ciblant notamment les pays européens. L’Algérie dispose de tous les atouts nécessaires pour jouer un rôle dans cette industrie où elle est largement sous-représentée. Les deux principaux pré-requis pour le développement de cette industrie sont les actions de promotion de l’Algérie et de ses capacités auprès des investisseurs et la construction d’une infrastructure de qualité pour ce secteur : réseau informatique, cadre de vie pour les ingénieurs, etc.
Comment passer à l’action ? Une fois les secteurs stratégiques identifiés, la question que l’on se pose est : « Comment développer ces secteurs ? ». Cette question couvre en réalité deux problématiques distinctes : • Que doit faire l’Etat pour favoriser l’émergence de ces secteurs stratégiques ? Nous tenterons de répondre à cette question à travers quelques illustrations de stratégies appliquées par d’autres pays. • Comment piloter la mise en œuvre de ces stratégies à l’échelle du pays ? Nous tenterons de répondre à cette question en listant quelques pré-requis pour mettre en place une politique industrielle efficace. Stratégies génériques pour développer des champions locaux Cette section a pour objectif de présenter des idées de stratégies pour développer les secteurs ciblés, tout en soulignant leurs limites et n’a pas pour but d’être exhaustive. • Stratégie I : partenariats et alliances Cette stratégie consiste à établir différentes formes d’associations avec des partenaires étrangers pour développer un champion local. Ce partenariat pourrait prendre la forme d’une entreprise commune, d’une ouverture de capital, d’un contrat de services, etc. Les métiers à haute technicité, pour lesquels l’acquisition de savoir-faire et de technologie nécessiteraient une longue période (comme le secteur bancaire), seraient des secteurs potentiels pour une telle stratégie. Les partenariats pourraient également avoir pour objectif d’ouvrir des marchés étrangers aux entreprises algériennes. Grâce à des stratégies d’alliances avec d’autres compagnies aériennes, Air Algérie pourrait obtenir l’accès à des clients voyageant depuis l’Europe vers l’Afrique et vice-versa, en développant l’aéroport d’Alger comme hub de flux Nord-Sud. • Stratégie II : créer des pôles d’excellence sectoriels La concentration de l’ensemble des parties prenantes d’une industrie : entreprises, sous-traitants, partenaires financiers, universités spécialisées, etc. dans une zone géographique définie, permettrait de donner aux acteurs de l’industrie une grande flexibilité. Il serait facile pour une entreprise de recruter, de trouver des fournisseurs, des clients et des financements. Nous pourrions ainsi imaginer l’émergence de certains pôles en Algérie autour de certaines industries, telles que l’électronique à Sidi Bel Abbès pour ne citer que cet exemple. Mettre en place de tels pôles d’excellence est une combinaison subtile de stratégie de développement d’universités et d’écoles spécialisées, de construction d’un cadre de vie attractif pour les ingénieurs (logements, écoles pour les enfants etc.) et de la mise en place d’une politique fiscale locale adéquate. Ces stratégies doivent être réfléchies dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire. • Stratégie III : incitations fiscales pour une branche donnée Les politiques d’incitations fiscales sont largement répandues et utilisées aussi bien par les pays développés que par les pays émergents. Les régimes spéciaux sur le marché du travail peuvent aussi présenter un avantage certain. On pourrait envisager d’accorder des réductions de charges pour l’emploi de cadres hautement qualifiés pour les entreprises innovantes ou bien pour les secteurs et branches prioritaires que l’Etat aura sélectionné. Les incitations et subventions ont le mérite d’être assez souples à mettre en place, a fortiori avant l’entrée à l’OMC. Certains experts remettent en cause les politiques d’incitation et plus largement de « choix et sélection de champions locaux » par l’Etat, en arguant que ce ne sont pas tant les subventions diverses et les interventions de l’Etat qui vont permettre le développement de l’entreprise, que l’amélioration des règles de gouvernance, l’ouverture de l’économie vers l’extérieur et la mise en place des mécanismes appropriés pour assurer le bon fonctionnement du « marché ». Bien que les experts divergent sur les stratégies de « sélection de champions » au sens du choix d’une entreprise à développer via des incitations ou subventions, ils s’accordent toutefois sur le fait de booster et d’encourager des secteurs plutôt que des entreprises. • Stratégie IV : développer une entreprise nationale en protégeant le marché sur lequel elle opère pour une période limitée Une stratégie simple pour un Etat, pour créer un champion, consiste à le protéger en réduisant la concurrence et en lui confiant des grands contrats. Cette approche permettrait à une entreprise de se construire une base de savoir-faire et d’activités, en s’appuyant sur son marché domestique, avant de cibler la conquête de marchés internationaux. Dans le cas de l’Algérie, cette stratégie pourrait être envisagée pour des secteurs déjà publics, avec des embryons de champions, comme le secteur de l’électricité. La conquête des marchés extérieurs pourrait ensuite être envisagée par la mise en œuvre de stratégies d’alliances et/ou d’acquisitions. Ces stratégies dites « protectionnistes » présentent des risques importants associés traditionnellement aux situations monopolistiques. Il est donc très important de considérer dans cette stratégie que la phase de protectionnisme est une « étape » avant l’ouverture du marché. Pendant cette phase, l’entreprise doit résolument être tournée vers l’extérieur. L’Etat devra ainsi, en plus de la mise en place de contrats de performances avec les managers, savoir attirer et garder les cadres de haut niveau par des politiques de rémunération et avantages motivantes. Gouvernances et pré-requis La mise en place de cette stratégie nécessite un dispositif et un plan opérationnels pour accompagner sa mise en œuvre. Nous suggérons trois leviers opérationnels pour structurer ce plan. • Créer un comité de pilotage de la stratégie industrielle pour allouer les ressources. Ce comité sera le garant de la mise en place de la stratégie industrielle. Il se chargera de faire des recommandations au gouvernement sur l’allocation des ressources et d’analyser les évolutions de l’industrie pour recommander, si nécessaire, de changer de secteurs prioritaires. Il est important de maintenir ce comité en dehors des obédiences politiques afin de rassurer les investisseurs et le monde économique et d’assurer sa pérennité. • Assurer la promotion de l’Algérie et de sa stratégie industrielle auprès des investisseurs grâce à une opération de communication menée par une équipe de professionnels. L’Algérie reste un marché peu connu à l’étranger. Un plan de communication envers les investisseurs et les acteurs économiques étrangers pour faire connaître la « marque » Algérie est vital. Certes, la communication institutionnelle est essentielle pour signaler l’engagement de l’Etat, mais il faudrait la compléter par une communication de terrain avec des professionnels de la communication et du lobbying en créant une agence dédiée à cette activité. Il suffirait de commencer avec une poignée de cadres de haut niveau pour mener des opérations de communication dans les pays les plus importants afin de drainer les investisseurs et leur vendre le produit « investir en Algérie ». Ces lobbyistes organiseraient des ateliers de travail, des rencontres avec les acteurs économiques étrangers pour vendre la marque Algérie auprès des décideurs économiques et discuteraient des problèmes concrets auxquels font face les investisseurs. • Attirer les talents via des campagnes de recrutement de hauts potentiels algériens ou étrangers et la création de grands établissements d’enseignement. Le capital humain est la condition sine qua non de la réussite de la stratégie proposée. Trois axes pourraient être envisagés pour assurer la mise en place d’une politique de développement du capital humain en cohérence avec la stratégie industrielle. Le premier serait la mise en place d’une politique fiscale permettant de proposer des salaires compétitifs aux talents algériens ou étrangers. Les branches où il y a pénurie de cadres seraient les premières à bénéficier de ces mesures. Afin de retenir les cadres, sur une certaine durée, le schéma incitatif pourrait être progressif et proportionnel au nombre d’années passées en Algérie. Des plans de retraite complémentaires, des aides au logement comme les prêts à taux zéro, des mécanismes de prime de cooptation pourraient aussi être envisagés. Le deuxième axe consiste à recruter et à attirer les talents. Des forums de recrutements ciblés sur les industries clés de la stratégie industrielle pourraient être organisés en Algérie et à l’étranger. Enfin, le troisième axe concerne la création de grandes universités et écoles pour couvrir, localement, les besoins en « talents » des grandes entreprises, multinationales et firmes innovantes. Pour conclure, nous pouvons dire qu’il subsiste des divergences de vue importantes sur le rôle des pouvoirs publics dans les stratégies de développement industriel. Bien que l’on ait reconnu la nécessité, dans certains cas, d’interventions publiques et de politiques industrielles proactives, certains courants de pensée économique se méfient toujours de la sélection directe par l’Etat des secteurs prometteurs et préfèrent l’utilisation de mécanismes indirects pour promouvoir le progrès technique, en attirant les IDE (Investissements directs étrangers) et en développant les capacités technologiques locales. Dans une économie ouverte et intégrée dans un groupement régional, il est très difficile pour l’Etat de jouer un rôle majeur dans la définition des politiques industrielles. Plusieurs économistes rappellent qu’une nation compétitive doit se concentrer sur la qualité de ses infrastructures, son système de recherche et son système fiscal (l’amélioration de son climat des affaires en général) et non sur la création de champions locaux. Nous pensons pourtant, que dans des pays émergents comme l’Algérie, l’Etat a encore un rôle important à jouer en raison, entre autres, des imperfections du marché. Deux batailles doivent donc être menées de front : améliorer le climat des affaires et diversifier l’économie pour se préparer à supporter l’ouverture économique et l’après-pétrole. Auteurs : (*) Abdeldjellil Bouzidi (bouzididje/@yahoo jr), diplômé de l’Université de Louvain (Belgique) et de l’Université Paris Dauphine, prépare un doctorat sur l’économie algérienne à l’Université de
la Sorbonne Nouvelle. Il exerce actuellement en tant que consultant en finances de marché auprès de grandes banques d’investissement françaises.
(*)Mohssen Toumi (toumi.m@caramail.com), ingénieur ancien élève de l’Ecole centrale Paris, est actuellement consultant dans un cabinet de conseil en management et stratégie d’entreprises basé dans
la Sillicon Valley-Californie. Mohssen a intervenu auprès de plusieurs grands groupes mondiaux pour des problématiques d’amélioration de la performance et de formulation de stratégie de croissance en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Les deux auteurs sont également membres et/ou fondateurs de plusieurs associations et think tanks regroupant des Algériens en Europe et en Amérique du Nord.
Abdeldjellil Bouzidi Mohsen Toumi  


Les effets positifs de la colonisation francaise en Algérie

février 24, 2007

Essais nucléaires à Reggane… sans commentaire…

Colonisation


Algérie: Croissance économique de 2006

février 23, 2007

L’économie algérienne a trébuché en 2006. La croissance économique de l’Algérie a atteint 4,8 % hors hydrocarbures. Résultat : le produit intérieur brut (PIB) par tête d’habitant a augmenté à 3.343 dollars. Il était de 3.110 dollars en 2005.

Mais la croissance globale reste faible, aux alentours de 3%, au lieu de 4,5% prévus, à cause du recul de la production d’hydrocarbures, notamment le gaz naturel, conséquence des accidents survenus au niveau de la zone industrielle de Skikda. Les bonnes nouvelles viennent du côté des réserves de change qui ont augmenté pour atteindre un nouveau record historique de 78 milliards de dollars, selon des prévisions de clôture contenues dans le communiqué d’un conseil interministériel rendu public hier. La croissance de 2006 a été tirée par les secteurs du BTPH ( 10 %), des services ( 5 %), de l’agriculture ( 4,9 %) et par le secteur industriel public et privé ( 3%). On le voit : le BTPH est le secteur le plus actif, grâce notamment au plan quinquennal de consolidation de la croissance économique de 140 milliards de dollars (2005-2009). Avec une petite croissance de 3%, le secteur industriel ne profite pas pleinement de l’amélioration du cadre macro-économique du pays.

L’agriculture ne réalise pas également des résultats spectaculaires, avec une croissance au-dessous de moins de 5%, malgré les sommes colossales dépensées pour sa relance. Le gouvernement avance une production de 40 millions de quintaux, mais le pays reste confronté à d’importantes augmentations des prix de certains produits comme la pomme de terre et la tomate. Selon les conclusions de ce conseil interministériel consacré à l’état de l’économie nationale durant l’exercice écoulé, l’inflation a été contenue à 2,5 %, le chômage a continué à diminuer jusqu’à atteindre 12,3 % en octobre 2006, et l’endettement extérieur a été ramené à 4 % du PIB contre 15 % en 2005, dans un contexte d’excédent de la balance des paiements et de réserves de change correspondant à 38 mois d’importations. Si le chiffre sur la dette ne fait pas de doute, celui du taux de chômage est discutable et la précarité a gagné le monde du travail. Le taux d’inflation est, également, sujet à discussion à cause de la forte augmentation des prix de certains produits alimentaires et de l’immobilier. L’évolution des ressources disponibles en 2006 s’est traduite, en termes réels, par une hausse de la consommation finale au rythme de 3,2% et de l’investissement (accumulation brute de fonds fixes) au taux de 7,1%, par rapport à 2005. Le taux d’accumulation (ou rapport de l’accumulation brute au PIB) a été de près de 30%, soit un taux relativement stabilisé depuis 2001. Le Conseil a également noté la bonne tenue des prix des hydrocarbures, qui a influé positivement sur les équilibres financiers internes et externes. Les principaux paramètres macrofinanciers de l’économie se sont améliorés : excédent du compte courant d’environ 26% du PIB et de la balance des paiements de près de 17% du PIB et surtout une dette extérieure ramenée à environ 4% du PIB contre 16% en 2005. Le gouvernement ne compte pas s’endetter sur les marchés extérieurs en 2007 et compte ramener le taux de dette extérieure à 0%. Sur le plan macroéconomique, l’Algérie se porte bien et sa situation est même enviable, selon des économistes. La croissance économique a été de 4,7% en moyenne annuelle depuis le lancement du programme de soutien à la croissance économique (PSRE) en 2001. Mais il ne faut pas perdre de vue que ces résultats ont été réalisés grâce à la flambée des prix des hydrocarbures dont les recettes sont utilisées pour relancer l’économie du pays.


L’immigration et l’Islam en France

février 11, 2007

par Benkoula Sidi Mohamed El-Habib Architecte Et Docteur En Urbanisme. Maître-Assistant A l’Institut d’Architecture d’Oran (UST)

Les populations maghrébines ont commencé à affluer massivement en France à partir des années 1950, elles constituaient une main-d’oeuvre peu qualifiée qui a été exploitée selon les besoins des trente glorieuses. Ces populations constituées jusque-là de forts taux d’hommes célibataires, sont devenues une immigration résidente par l’effet de la circulaire de 1974 relative à la restriction des flux migratoires provenant du Maghreb et l’application des politiques de regroupement social des années 1980.

Depuis la «francisation» des générations issues de cette immigration par les politiques d’intégration n’a pas empêché, pour autant, leur assimilation persistante aux étrangers (1). Le traitement particularisant, mais surtout dans le sens de discriminant, qui leur est depuis réservé, dans les domaines de l’insertion scolaire et professionnelle et les difficultés qu’ils éprouvent à bénéficier des mêmes avantages octroyés socialement aux «jeunes Français de souche», handicapant leur «intégration» dans le sens de leur acceptation dans la société française. Le difficultueux rapport à l’immigration semble reposer d’une part, sur l’échec des politiques d’intégration engagées depuis les années 1970 et d’autre part, sur l’évolution d’une certaine discrimination sur fonds de déprime sociale liée pour l’essentiel aux questions de récession économique et à l’inexistence d’un véritable projet consensuel de développement dans le monde politique.

En ce sens, l’intégration culturelle des différentes générations issues de l’immigration dans un système social global capable de digérer les différences, voire de les tamiser en fonction d’un critère commun: l’égalité des chances est exposée à des représentations fermées d’une identité française prédéfinie, considérée telle qu’issue de l’histoire et présentée comme immuable. Ces représentations sont portées par une certaine population fragilisée par un vaste mouvement de désindustrialisation amorcée au cours des années 1970. Des nombreuses études montrent que les taux de chômage sont en augmentation dans les régions qui sont connues par leurs monoactivités sidérurgiques et métallurgiques des années 1970-1980, où les entreprises sont en permanente diminution d’effectifs. La forte présence des populations immigrées et maghrébines -à l’origine une immigration de main-d’oeuvre- particularise en partie ces mêmes régions. Déjà confrontées aux difficultés de l’intégration culturelle et sociale, elles comptent parmi ses rangs un nombre important de chômeurs (2). Chômage, affaiblissement de l’autorité patriarcale, cantonnement dans des parcs HLM délabrés et éloignés des centres-villes, sont autant de facteurs qui contribuent à confiner les jeunes «beurs» dans les territoires périlleux et culpabilisant de la marginalité. Ainsi, si certaines banlieues ghettoïsées ont tendance à se replier sur elles-mêmes et à constituer des territoire restreints à des populations «de plus en plus exposées aux risques de la précarité économique par la tension qui y règne et les stigmates politiques et sociaux qu’elles portent, il faudrait, cependant, ne pas perdre de vue la multiplication des quartiers riches qui se dotent des techniques des plus récentes, dites de pointe, pour se protéger des intrusions «indésirées» des populations pauvres et, qui se ghettoïsent donc par d’autres modes de renfermement et d’exclusion. En d’autres termes, à qui doit s’adresser très exactement le discours de l’intégration? A une certaine population fragilisée par le poids de la relégation sociale au rang de population de deuxième catégorie, à peu près à l’image des musulmans de l’Algérie française, ou à l’ensemble des Français quelles que soient leurs origines, en raison de l’échec éminent du modèle républicain dont le fonctionnement ne semble plus correspondre au caractère pluriculturel du paysage social français contemporain?

 Dans ce contexte, la banlieue sensible est représentée comme étant le réceptacle des angoisses d’une jeunesse difficile, particulièrement quand elle est d’origine étrangère. Celle-ci est appelée à adhérer à un certain modèle républicain archaïque, parce qu’il ne semble pas correspondre aux caractères complexes et modernes de la société française et parce qu’il est affaibli en raison de l’échec des politiques d’intégration. En ce sens, confrontées à l’éclatement des banlieues en 2005 et l’importance du phénomène à l’échelle nationale, les autorités françaises n’ont eu d’autres alternatives que de recourir à quelques méthodes de répression dont la plus importante est l’application du couvre-feu. Encore une fois, l’Etat semble saturé, incapable d’inventer de produire une référence commune à la nation dans les différences de toutes sortes des différentes communautés, mais surtout incapable de répondre au malaise social des jeunes de banlieue devant ce qui leur est socialement et économiquement inaccessible, selon Edgar Morin. Dans ce contexte, la société est tuméfiée par la peur excessive des regroupements des populations de la même origine, la même appartenance confessionnelle, la même classe…

 Est-ce à dire aussi que les jeunes Français d’origine maghrébine et africaine sont appelés à demeurer, pour un certain temps, exposés à une réalité difficile: celle du repli, c’est-à-dire celle qui génère la victimisation et sous-tend le risque de dérapage social et, celle qui induit la «désintégration» face au mépris que leur témoigne la société française, un mépris résultant de la méfiance des Français de souche envers une jeunesse qui ne partage pas les mêmes repères, les mêmes valeurs, voire la même religion.

 Il est clair que dans le cas de la France, il s’agit d’interroger la notion d’immigration de l’intérieur et de l’extérieur, mais surtout de bien la contextualiser dans un calendrier historique pouvant aider à éviter les simplifications, les raccourcis, les analyses de l’évidence. Cela permettrait, peu ou prou, de limiter sa tuméfaction dans le territoire d’une certaine République franco-française qui tourne le dos à son passé comme par la glorification officielle de la colonisation, ignorant par cette attitude les rapports des Français issus de l’immigration à leur pays d’origine.

Gauche/Droite et la question de l’immigration

Jusqu’aux années 1990, le débat sur la question de l’immigration a été partagé entre une droite qui condamne lato sensu, les étrangers clandestins et les Français d’origine étrangère en mal d’intégration, d’être responsables de l’insécurité urbaine et, une gauche mollement hostile à ce positionnement afin d’éviter ce que nous appelons une «surtraumatisation» de la société française suite à l’affaire du voile islamique déclenchée dès le début des années 1980 et la montée du terrorisme islamiste des années 1990. L’écart qui sépare la gauche de la droite sur les questions relatives à l’insécurité urbaine et la stigmatisation des populations étrangères a, a priori rétréci, notamment depuis la politique jospinienne de l’alerte contre l’augmentation de l’insécurité aux fortes affinités électives.

 L’affrontement Gauche/Droite est mené sur fond de débat «moralisant et idéologique», il s’articule autour du lien supposé entre «délinquance et immigration» chez les populations africaines et «maghrébines françaises» en particulier (3). Il prend une tournure dangereuse en raison d’une certaine politique populiste qui s’en prend ouvertement aux «Etrangers de la République» en les accusant d’être les principaux responsables des soulèvements des banlieues, dites «sensibles». Le rejet de l’autre, présenté comme envahisseur, perturbateur et enfin émeutier, est la fêlure d’une République qui a beaucoup de mal à se tenir droite en étant incapable d’intégrer l’ensemble de ses citoyens, quelles que soient leurs provenances.

La difficulté d’intégration des jeunes Français-musulmans et le recours à l’Islam

En réaction au rejet de la société française, un certain nombre de jeunes Français-musulmans font appel à leur appartenance confessionnelle. Ils font usage d’une identité revendicative particulièrement religieuse qui traduit la volonté de l’affrontement, de l’opposition, de la différence, issue du désespoir et du malaise social qu’ils éprouvent. Le recours de ces jeunes à l’Islam n’est pas, cependant, socialement systémique, ni systématique.

 Selon Olivier Roy, certaines banlieues où ces jeunes sont moralement concentrés, font l’objet de processus d’ethnicisation déstructurée et d’installation d’une culture du vide, de l’ennui principalement chez les jeunes qui éprouvent un manque énorme de repères sociaux. Il explique que l’éthnicisation est une culture de bricolage, fabriquée souvent en fonction des souvenirs des pays d’origine. Chez les populations musulmanes issues de l’immigration, elle est définie comme une culture de refus, endurcie par les tentatives des politiques d’intégration ratées de l’Etat français. Certains «jeunes des banlieues», en difficulté d’insertion, recourent à la religion: ils ne connaissent pas le contenu de l’Islam mais l’utilisent comme valeur de refuge où il leur semble un certain sentiment de dignité, de droit à l’existence et au respect.

 Par ailleurs, ayant pris conscience de la frayeur que l’Islam génère chez les populations françaises de souche, certains jeunes Français-musulmans, en mal d’identité, se saisissent de cette religion pour se fabriquer une identité ethnique marquée par la volonté de l’enfermement sur soi. Celle-ci se recoupe avec une identité religieuse fondée sur des modes de reconnaissance dévoyés qui perturbent l’équilibre social de la cité ou du quartier, comme de s’organiser en bandes pour, terroriser ce qu’ils appellent «les sales Français». En ce sens, Michel Kokereff note que «les beurs ne connaissent rien à l’Islam mais sont sensibles au pouvoir de provocation du mot. Ils réintègrent l’Islam comme un fantasme signifiant dans le dialogue-provocation qu’ils entretiennent avec les «Français» parce qu’ils savent que cela fait peur et marque aussi une différence irréductible» (4). Et à partir d’un constat social et d’une faible argumentation chiffrée, il tente d’expliquer les raisons qui engendrent la sur-délinquance dans la population maghrébine. Il note à propos de ce qu’il appelle «la dérive mafieuse des cités» que les «jeunes (Maghrébins) seraient massivement toxicomanes, et pour consommer comme pour s’enrichir, ils deviendraient fatalement de jeunes trafiquants de drogue qui ne tarderaient pas à s’organiser en bandes délinquantes et armées, organisant toute une économie souterraine dans leurs cités et terrorisant les territoires environnants». (5)

 Ce qui nous semble incertain est la dissociation de la question sociale dans l’ampleur de la crise identitaire de la jeunesse musulmane de France de la médiocrité de l’environnement dans lequel elle vit. Les éléments qui freinent l’intégration des jeunes beurs sont alarmants. Si nous prenons le cas de Saint Denis où siègent l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) et où le plus grand nombre de musulmans réside, nous retiendrons que c’est dans ce département que le taux de chômage est le plus élevé. «De manière générale, le contexte démographique, social, économique et politique de ce département est extrêmement sensible». Les actifs résidant dans ce département ne représentent que 50% de l’ensemble de la population. Le taux de chômage y est le plus élevé de la région Ile-de-France (17,2 % en 1999). Dans la commune de Stains, par exemple, le chômage des hommes de 15 à 24 ans atteignait 44,9% en 1999, -33,8% de la population non scolarisée de plus de 15 ans n’ayant aucun diplôme. Parmi les actifs, on dénombrait 38,1% d’ouvriers et 36,6% d’employés en 1990, le pourcentage des ouvriers étant de 31,7 et celui des employés de 33,9 dans l’ensemble du département» (6). Remarquons que sur les chiffres énoncés ci-dessus, la population immigrée et musulmane dans sa majorité, particulièrement maghrébine n’est pas désignée spécifiquement; elle reste inclue dans la population étrangère recensée. C’est ce tabou «mythifié» que certains chercheurs tentent de mettre en évidence, voire même de vulgariser. En ce sens, Michèle Tribalat observe que «la principale difficulté de l’analyse vient de la rareté des données. Il y a dans notre pays un étrange tabou sur les origines, qui est levé progressivement». (7)

 Par ailleurs, à travers de nombreuses études récentes, il apparaît que la localisation géographique de ces populations en difficulté sous-tend la circonscription d’un territoire difficile à aborder, esseulé, investi par une population «haut risque», une jeunesse «en dérive» qui refuse les processus de socialisation. Grâce à notre observation du terrain, nous avons remarqué qu’à l’opposé des clichés des populations externes aux banlieues réputées comme étant difficiles, les jeunes qui résident dans ces quartiers pauvres ne sont pas plus dangereux, agressifs que les autres jeunes (8). Dans nos entretiens, ils se défendent de cette étiquette de population juvénile à risque, cette image semble colportée par les «démagogues (…) qui caricaturent l’insécurité en France». Ce cliché de jeunes en situation de marginalisation résidant dans des quartiers sensibles, dangereux pour les concitoyens, est une «image facile et totalement construite par ceux qui n’ont pas le courage de s’attaquer véritablement au crime organisé et aux violences les plus répandues dans notre pays» (9). Ou encore comme le note Laurent Mucchielli, à propos de la délinquance des «jeunes des banlieues»: «un certain nombre de pseudo- experts (en réalité des marchands de sécurité, des représentants de syndicats de police, des journalistes très politisés), bien implantés dans les médias, ont réussi à faire passer pour des vérités «scientifiques» un certain nombre d’affirmations et de catégories d’analyses comme: les statistiques indiqueraient une «explosion de la délinquance des mineurs», les délinquants seraient «de plus en plus jeunes et de plus en plus violents», ils n’auraient «aucun repère» et seraient «désocialisés», l’école serait «envahie», voire «submergée» par la «violence» (10).

 Enfin, toujours dans le cadre de nos entretiens, nous avons repéré de nombreuses fois l’utilisation, à la fois par les jeunes beurs et les Français «moins chanceux qui s’assimilent, à notre grand étonnement, aux Arabes», l’expression «sales Français». Celle-ci nous semble revenir que pour exprimer le dépit qu’ils éprouvent en réaction au «regard méchant», réprobateur des «autres (Français) qui les afflige et le rejet qui les marginalise. Ces jeunes ne sont pas moins mobiles que les autres jeunes de milieux plus ou moins favorisés, ils fréquentent les centres-villes, les boîtes et les bibliothèques, mais ils semblent, sans être renfermés, attachés à leur société d’entre jeunes de banlieues qu’ils opposent à la grande société de dehors laquelle «ne nous fait pas peur! Ils ne nous aiment pas, les Français».

Vers une demande d’Islam croissante

La demande d’Islam en France est un fait établi depuis l’arrivée des premières vagues d’immigration des années 1950. Elle ne caractérise pas l’ensemble des immigrés et semble stabilisée à un niveau faible, voire stationnaire jusqu’à la fin de la première moitié des années 1970. Le décollage de cette demande semble lié à la circulaire de 1974, relative à la restriction de l’immigration maghrébine. Jocelyne Cesari pense que l’établissement de cette immigration en France faisait partie, jusque-là, de l’«impensé» des pouvoirs publics.

 La population maghrébine a résidé dans des conditions lamentables. «En 1966, 43% des Algériens de France vivent dans des bidonvilles! Villeurbanne ne regroupe que 21 familles, mais il faut songer qu’à la même époque, celui de Nanterre, l’un des 89 bidonvilles autour de Paris, abrite près de 10.000 Algériens. L’absence de politique de logement, l’insuffisance des foyers d’accueil et la cherté des hôtels meublés rejettent les familles maghrébines à la périphérie des villes et les condamnent au ghetto, la marginalisation du lieu, la précarité de son habitat. Mais elles dépeignent aussi un bidonville qui reproduit l’ordre spatial des «casbahs» et vit encore au rythme convivial des traditions religieuses et des solidarités villageoises, évoqué parfois avec nostalgie.

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Ces mondes entre ciel et boue, ces «villes qui n’existent pas» ni acceptées, ni empêchées, c’est dit-on, De Gaulle, alors président de la République, qui en exigea la destruction: «C’est trop laid, c’est inhumain, changez-moi tout ça!» Un vigoureux plan de résorption de l’habitat insalubre, dès la fin des années soixante, aboutit à la construction de cités de transit «aux baraques» de métal en attendant le relogement des familles immigrées dans d’anonymes H.L.M. Cette nouvelle page de l’histoire des immigrés en terre française ne sera pas moins amère…» (1).

Dans ces conditions, une demande d’Islam «prend forme» et évolue. Selon Gilles Kepel, elle ne caractérise pas au même degré la totalité des musulmans de France. Les écarts d’appartenance à l’Islam entre générations différentes, ensuite au sein d’une même génération, sont assez importants. L’Islam est à la fois identitaire, culturel, populaire, républicain, ou stricto sensu «pluri religieux». Il semble dépendre des conjonctures économiques et sociales de chaque population et de sa localisation «géographique». D’où nos interrogations sur la nature des demandes d’Islam en termes de réalisation adaptée aux affinités religieuses de chaque groupe dans telle ou telle communauté musulmane, voire sur leur crédibilité. En termes de pratiques, pendant longtemps, les immigrés musulmans pensaient que leur présence dans un pays «non musulman» pouvait les dispenser de certaines pratiques religieuses comme la pratique des prières et le jeûne du Ramadan. Ce qui peut nous amener d’ailleurs à penser que cet état de présence temporaire résolue par les musulmans de la première génération immigrée est aussi à l’origine de l’invisibilité de l’Islam durant les décennies 1970 et 1980. En ce sens, jusqu’à la fin de la première moitié des années 1970, pour ceux qui pratiquaient, la demande de l’Islam se limitait aux salles de prière dans les foyers et les lieux de travail. Ce n’est qu’en 1981, qu’une seconde mosquée identifiée grâce à son minaret, après la grande mosquée de Paris, fut édifiée à Mantes-La-Jolie.

En plus des quelques salles de prière créées dans les entreprises, au cours des années 1970, comme les usines Renault et encouragées par les pouvoirs publics pour assurer l’installation d’une «paix sociale» selon Gilles Kepel, d’autres salles ont été créées dans des caves et des patrimoines bâtis de toute nature, abandonnés et délabrés dans les quartiers pauvres des villes centres et les banlieues dites sensibles. La majorité des musulmans de France fréquentent des mosquées établies dans des spatialités médiocres et dont le nombre varie entre 1.500 et 1.700, seulement quelques lieux de culte musulman bénéficient d’une architecture qui leur permet d’être visibles et identifiables. A Toulouse, les musulmans prient dans un parking souterrain et dans plein d’autres villes de France, ils pratiquent leur culte dans des appartements exigus. En même temps, rares sont les départements de France qui ne possèdent pas, au jour d’aujourd’hui, un projet de mosquée à réaliser (2). Récemment, en Ile de France, les autorités publiques ont annoncé la réalisation de plusieurs mosquées. Ces projets témoigneraient d’un certain changement d’état d’esprit des décideurs locaux français vis-à-vis de l’Islam. Il pourrait, cependant, s’agir d’une simple évolution dépendant pour l’essentiel des enjeux des politiques d’électorat. Ce qui signifierait que le dépôt des premières pierres n’est pas forcément aboutissement des projets de mosquées.

Méthodologie de l’étude des demandes en matière de lieux de culte

En France, la demande de l’Islam en matière de lieux de culte n’est pas définie en termes de chiffres désignant les «musulmans pratiquants». L’identification des personnes, en fonction de leurs appartenances religieuses, a quasiment disparu depuis 1872. Selon la loi française, les questions figurant dans les recensements ne doivent pas porter sur les considérations ethniques ou les appartenances religieuses des individus. D’où le recours à d’autres moyens d’investigation comme «l’observation directe (qui) montre qu’ils (les musulmans) ne se répartissent pas de manière purement aléatoire dans l’espace urbain. Les conditions politiques, économiques et sociales de l’immigration de France expliquent largement leur répartition, non seulement dans les foyers et les grands ensembles de banlieue, mais aussi dans les vieux quartiers des villes centres qui ont constitué souvent une aire de premier accueil». (3). En d’autres termes, les musulmans se répartissent géographiquement en fonction d’un immobilier peu cher, souvent éloigné à l’exception des quelques quartiers pauvres des villes-centres (4). Ainsi donc, la difficulté d’évaluer avec précision les demandes de lieux de culte musulman seuls quelques chercheurs semblent se l’expliquer par les deux éléments suivants:

- Le premier concerne la croissance des migrants en France. Celle-ci semble disproportionnelle au triste état des lieux de culte musulman. Nous remarquons, cependant, que ce constat n’est jamais suffisamment étayé dans les différentes études sociologiques que nous consultons (5). Nous sommes à même de nous interroger sur la fiabilité de ce type de constat, en particulier, s’il ne peut pas reposer sur des données chiffrées indiquant plus ou moins le nombre exact des musulmans pratiquants, la qualité des mosquées dont ils disposent, quelles que soient leur nature (visibles, invisibles) et leur capacité d’accueil.

- Le second concerne «le caractère aléatoire de la sédentarisation» de cette immigration suite aux circulaires (1974) relatives à la maîtrise de l’immigration maghrébine en particulier. Ce type de circulaires semble être à l’origine de la «sur-multiplication» des lieux de culte musulman en France. Le passage de l’immigration du statut de main-d’oeuvre mobile au statut d’immigration résidente a, en quelque sorte, déclenché le boom des mosquées de France. Des collectifs musulmans ont commencé à se constituer et ont porté les premières demandes de lieux de culte. A partir des années 1970, l’implantation des lieux de culte semble correspondre à la localisation géographique de la classe ouvrière à laquelle appartenait une grande partie de la population musulmane maghrébine. La sédentarisation de cette population s’effectue en fonction de la localisation d’un logement disponible souvent de qualité médiocre (6). Sans oublier que la croissance des associations islamiques a suivi, de manière significative, dès 1981, date de l’abrogation par les pouvoirs publics du décret de 1939 interdisant le droit d’association aux étrangers.

Frank Frégosi (7) précise que pour aborder ce type de demandes, l’interrogation en amont concerne le nombre de cultes déjà existants. Il s’agit d’identifier l’immobilier, l’état du bâti et d’étudier les demandes des associations en matière de rénovation et de projets à réaliser, donc d’avoir un aperçu objectif de la demande. Selon ce même chercheur, la demande de l’Islam matérialisé repose sur le repérage des associations gestionnaires des lieux de culte quelles que soient leurs natures (salles de prières ou mosquées). Eventuellement, même les associations musulmanes (loi de 1901 ou 1905) qui ne sont pas responsables de lieux de culte sont recensées. Ensuite, on procède à l’évaluation des besoins de ces associations. L’ensemble des acteurs des collectivités publiques, des organismes de recherche, des instituts privés et des représentants des associations musulmanes est associé aux différentes étapes des études de demandes. On n’hésite pas à consulter les associations de voisinage.

Les acteurs tentent d’évaluer le plus objectivement possible la réalité des demandes culturelles par un travail approfondi de consultations et de croisements des données. Il s’agit de mesurer les besoins des administrés en termes de lieux de culte, donc de constater si tel ou tel projet de lieu de culte correspond à une réelle demande sociale et d’éviter les demandes symboliques émanant de certains groupes qui cherchent à acquérir une plus grande représentativité publique. Cette démarche peut permettre de vérifier la nature et l’échelle du projet à réaliser, c’est-à-dire: faut-il opter pour un lieu de culte de proximité ou une grande mosquée? En terme de toutes ces démarches, c’est la décision politique qui tranche pour tel ou tel projet.

Le lieu de culte musulman dans les politiques urbaines

Comme les autres cultes, l’Islam ne fait pas figure de présence exceptionnelle dans les politiques de la ville qui s’adressent aux communautés confessionnelles. Le fait que certaines municipalités prennent l’initiative d’assigner quelques réserves foncières ou immobilières à une éventuelle activité culturelle, et cela dans le cadre de leurs politiques locales, à distinguer des politiques urbaines qui reposent sur des outils d’urbanisme précis, ne signifie pas que la loi républicaine les oblige à aller jusqu’au bout, car aucune règle juridique ne leur impose l’édification d’une quelconque spatialité en faveur de tel ou tel culte.

Ainsi, l’Islam est exposé, à notre avis, à un problématique bien plus complexe que la simple interprétation de la loi de 1905, c’est-à-dire celle de la fragmentation des pouvoirs publics. Celle-ci s’exprime parfois par une espèce d’opposition des discours nationaux et locaux. Tandis que le discours national se prononce en faveur de l’intégration de l’Islam au paysage urbain comme donnée participant au parachèvement de l’entité nationale, sur fonds moralisant et apaisant des tensions locales, le discours local n’hésite pas à exacerber les peurs des riverains, à contourner la loi sans pour autant tomber dans l’illégalité, à laisser traîner les dossiers d’instruction des permis de construire des mosquées comme en raison d’ambition élective inavouée (8). Dans ce contexte, l’appartenance à la droite ou à la gauche perd son sens, puisque bien des exemples ont montré que des politiques de gauche se sont opposés à la construction des mosquées, tandis que d’autres de droite l’ont approuvée.

Nous pouvons cependant nous interroger sur l’existence ou l’inexistence d’un quelconque électorat musulman que certains élus semblent privilégier dans leur course au pouvoir. «C’est-là où nous pouvons dire, nous déclare Frank Frégosi, que la collectivité peut intervenir, d’autant plus que les élus sont sensibles à la grande partie de la population musulmane en France qui comporte une grande partie des nationaux. Donc, il y a un argument électoral qui fonctionne. Bon nombre d’élus ont changé d’avis sur ce sujet parce qu’ils avaient pris conscience que sur leur commune ils avaient bon nombre de leurs concitoyens qui sont de confession musulmane. Donc, ils ont peur, à terme, d’avoir des retombées électorales. Auparavant, on craignait une ingérence étrangère, aujourd’hui on recherche un électorat musulman, qui n’existe pas. Toutes les enquêtes socio-électorales sur la question ont montré qu’il n’y a pas de vote musulman, comme il n’y a pas de vote juif. Mais pour les élus, ça continue à faire sens. On a beau leur démontrer que ça n’existe pas statistiquement parlant, ils continueront néanmoins d’y croire, c’est comme ça qu’on a vu des élus changer d’avis, donc se sensibiliser, faire un effort en terme de communication, allant au-devant des communautés, leur rendre visite au moment du Ramadhan, se faisant assaut de citer tel ou tel personnage de l’histoire musulmane».

Dans une étude ayant pour objet d’évaluer les comportements électoraux des habitants de quartiers d’habitat social, «les entretiens ou les sondages à la sortie des urnes ont montré que cet électorat (des beurs) ne vote pas systématiquement à gauche comme certains responsables politiques de gauche (comme de droite) ont pu le penser. Néanmoins, il apparaît que les électeurs en situation économique et sociale difficile votent à gauche, et que ceux en ascension sociale votent plus fréquemment à droite.

Ainsi, il n’existe pas un vote beur, ou même les prémices d’un vote communautaire, ce que confirment les piètres résultats des candidats d’origine maghrébine obtenus dans ces villes» (9). Dès lors, il nous semble que dans ce type de cas, l’Islam devient un «moyen de politique» pour ne reprendre qu’une expression de Gilles Kepel, qui révèle, selon nous, le mal d’insertion en terme de matérialisation de cette religion dans le paysage urbain «non musulman».

Pour comprendre cette politisation de la question de la matérialisation de l’Islam, la plupart de nos interlocuteurs font allusion à l’attentisme qui particularise les instructions des permis de construire des mosquées. Selon Jean-Claude Herrgott (10), le permis de construire qui ne devait répondre qu’aux dispositions du droit commun, semble soumis «au bon ou mauvais vouloir des élus locaux». Cette formalité est généralement tributaire d’un temps long et lent d’instruction.

En terme de temps long, le cas de la grande mosquée de Paris reste assez significatif. Il a fallu presque quatre-vingt ans pour sa réalisation, notamment depuis que l’architecte «maudit» Hector Horeau a émis, au cours de la décennie 1880, le souhait de construire une mosquée à Paris «pour appeler à nous et républicaniser les musulmans» (11). Selon Gilles Kepel, «l’idée de créer à Paris une mosquée semble devoir être attribuée, dès 1849, à la société orientale algérienne et coloniale. Toutefois, selon un haut fonctionnaire de la ville de Paris, auteur d’une brochure relatant l’histoire de la grande mosquée, «elle n’entra vraiment dans le domaine des réalisations qu’en 1895. Il était apparu à Harry Alis, le créateur du comité de l’Afrique française, qu’à l’heure où la France, grâce au développement de son empire nord-africain, devenait une grande puissance musulmane, il importait de donner à l’Islam un témoignage éclatant de sympathie par la fondation, à Paris même, d’un édifice religieux» (12). Mais ce n’est qu’en 1922 que les travaux de réalisation de la grande mosquée de Paris ont débuté. Elle est inaugurée en 1926, en présence de Moulay Youssef, Roi du Maroc.

En terme de temps lent, la mosquée de Tanger et de nombreux autres projets pâtissent de la lenteur de traitement administratif qui semble devenir, selon un fonctionnaire de la mairie de Paris «habituelle». C’est-à-dire que nous la retrouvons pratiquement dans chaque cas de mosquée à construire en France pour des motifs différents. D’ailleurs Jean-Claude Herrgott nous déclare que la construction d’une mosquée est souvent une source de problèmes immédiats avec les pouvoirs publics.

Le cas de Marseille donne une idée sur le débat houleux qui, manifestement, semble handicaper «l’intégration urbaine des populations musulmanes de France». A Marseille, le projet de mosquée est en attente depuis 1937. A l’époque, la ville comptait cinq mille musulmans. Le projet revient à la surface juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, notamment avec le premier magistrat de la ville Gaston Defferre de 1953 à 1986. Seulement, la pression de la population pied-noir et la peur d’une certaine population qualifiée par Hervé-Vieillard Baron de «fondamentaliste» a conduit le projet à son abandon. Robert Vigouroux récupère le projet de Marseille à son compte et impose à sa réalisation par les musulmans la charge de nombreuses conditions importantes à satisfaire, comme l’évitement des monopoles des financements d’une quelconque entité, quelle que soit sa nature, la nationalité française des imams et l’adaptation des projets à leurs environnements urbains. Le 1er décembre 2004, Jean Gaudin associe le devenir du projet à la mésentente des musulmans de Marseille. Juin 2004, il renonce au projet.

Ces cas sont multiples. Les idéologies des élus semblent faire abstraction des règles conformes au droit de l’urbanisme et nous amènent, évidemment, à nous interroger sur la frontière qui sépare la loi, à titre d’exemple en matière d’instruction des permis de construire, du pouvoir administratif et politique des élus (13).

Jean-Clause Herrgott se demande «que penser d’un maire qui affirme que la mosquée doit être conforme à ses souhaits? Ce maire n’est pas dans la légalité. C’est par exemple, le cas, lorsque l’exigence municipale porte sur la suppression de locaux culturels qui pourraient servir «d’école coranique». Le maire instruit un permis de construire, il n’est pas maître d’ouvrage, qui plus est, d’un ouvrage privé qui relève de la liberté de culte, liberté que l’autorité communale n’a ni à commenter ni à définir» (14). Il apparaît clairement de cette réflexion que les maires ont tendance à abuser des pouvoirs qui leur sont conférés et qu’ils font preuve d’interventionnisme lequel ne repose sur aucune règle légale dans le droit commun.

Conclusion :

La place de l’Islam est controversée : elle renvoie à l’image d’une immigration dont la présence en France a été un produit conjoncturel des effets contraignants de la colonisation et de la décolonisation, et elle témoigne de la difficulté de réaliser la symbiose entre une France profondément marquée par l’enracinement d’une laïcité dirigée contre les religions et un monde arabe dont la référence fondamentale est l’Islam. Il nous semble qu’il est encore peu probable de parler d’une intégration de fait, accomplie et apaisée de l’Islam dans le paysage public français car les représentations et les clichés sont nombreux. Plus grave, ils sont colportés par quelques chercheurs enrôlés dans la machine de la subjectivation médiatique des discours sociopolitiques. En ce sens, l’Islam est l’objet d’une excitation houleuse des surenchères publiques.

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1-http://perso.wanadoo.fr/cultures.tsiganes/les_jeunes/maghrébins-p2histoire.htm.
2- Voir la carte qui figure dans l’article: La ville de Strasbourg soutient la construction de deux grandes mosquées, dans Le Monde/mercredi 24 mai 2000.
3- Vieillard-Baron (Hervé), de la difficulté à cerner les territoires du religieux: le cas de l’Islam en France, Annales de géographie, n°640, 2004.
4- Mozière (Liane), Péraldi (Michel), Rey (Henri) Intelligence des banlieues, Editions de l’aube, 1999.
5- «Si les faits avérés, les analyses étayées et les études sérieuses ne font pas recette, c’est qu’ils sont moins spectaculaires que les affabulations, mais c’est aussi que les pouvoirs publics, les universitaires, les militants associatifs, et tous ceux qui diffusent de l’information honnête n’ont pas su faire passer leurs idées, se faire entendre, se faire comprendre. Et s’il n’ont pas su le faire, c’est, en partie, parce qu’ils ont continué de s’exprimer dans leur jargon, sans chercher à être, un tant soit, peu pédagogues. Il faut cependant dire à leur décharge que s’ils n’ont pas su le faire, c’est sans doute aussi que la réalité sociale est complexe, qu’elle ne peut pas être décrite en trois phrases ni réduite à un ou deux slogans, qu’elle est plus rébarbative qu’un fantasme ayant toutes les apparences de la réalité». L’immigration, sujet de rhétorique et objet de polémiques par Phillipe Dewite, historien, chercheur associé Urmis-CNRS, in Immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions
la Découverte, 1999, P.6.

6- Zahraoui (Ahsène), CNRS-IRESCO, les Algériens: de la migration à l’installation, in immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions.
La Découverte, 1999.
7- Chercheur au CNRS, chargé de cours à l’institut d’études politiques de Strasbourg et à l’université Marc-Bloch.
8- Benkoula (Sidi Mohamed El-Habib), «La mosquée et ses enjeux d’insertion contemporaine dans les villes «non musulmanes», thèse soutenue sous la direction de madame Jocelyne Dubois-Maury, décembre 2005. Institut d’Urbanisme de Paris à Paris XII.
9- Giblin (Béatrice), Etude comparative du comportement électoral des habitants de quartiers d’habitat social entre des sites de la banlieue parisienne et de la région Nord-Pas-de-Calais, in Intelligence des banlieues, Editions de l’Aube, 1999.
10- Fonctionnaire de la préfecture de Strasbourg.
11- Ragon (Michel), Histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne, 1. Idéologie et pionniers 1800-1910, tome 1, Casterman, 1986, p.212.
12- Kepel (Gilles), Les banlieues de l’Islam. Naissance d’une religion en France, Edition du Seuil, Octobre 1987, p.65.
13- Interrogation que nous avons formulée avec le chercheur Henry Wackrenier, actuellement doctorant à l’IUP.
14-Herrgott(Jean-Claude),La construction des lieux de culte musulman,islamlaicite.org/IMG/pdf/LDH_sedminaire_nov_04_version_II.pdf

 

 

Notes
1-http://perso.wanadoo.fr/cultures.tsiganes/les_jeunes/maghrébins-p2histoire.htm.
2- Voir la carte qui figure dans l’article: La ville de Strasbourg soutient la construction de deux grandes mosquées, dans Le Monde/mercredi 24 mai 2000.
3- Vieillard-Baron (Hervé), de la difficulté à cerner les territoires du religieux: le cas de l’Islam en France, Annales de géographie, n°640, 2004.
4- Mozière (Liane), Péraldi (Michel), Rey (Henri) Intelligence des banlieues, Editions de l’aube, 1999.
5- «Si les faits avérés, les analyses étayées et les études sérieuses ne font pas recette, c’est qu’ils sont moins spectaculaires que les affabulations, mais c’est aussi que les pouvoirs publics, les universitaires, les militants associatifs, et tous ceux qui diffusent de l’information honnête n’ont pas su faire passer leurs idées, se faire entendre, se faire comprendre. Et s’il n’ont pas su le faire, c’est, en partie, parce qu’ils ont continué de s’exprimer dans leur jargon, sans chercher à être, un tant soit, peu pédagogues. Il faut cependant dire à leur décharge que s’ils n’ont pas su le faire, c’est sans doute aussi que la réalité sociale est complexe, qu’elle ne peut pas être décrite en trois phrases ni réduite à un ou deux slogans, qu’elle est plus rébarbative qu’un fantasme ayant toutes les apparences de la réalité». L’immigration, sujet de rhétorique et objet de polémiques par Phillipe Dewite, historien, chercheur associé Urmis-CNRS, in Immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions
la Découverte, 1999, P.6.

6- Zahraoui (Ahsène), CNRS-IRESCO, les Algériens: de la migration à l’installation, in immigration et intégration, l’état des savoirs, Editions.
La Découverte, 1999.
7- Chercheur au CNRS, chargé de cours à l’institut d’études politiques de Strasbourg et à l’université Marc-Bloch.
8- Benkoula (Sidi Mohamed El-Habib), «La mosquée et ses enjeux d’insertion contemporaine dans les villes «non musulmanes», thèse soutenue sous la direction de madame Jocelyne Dubois-Maury, décembre 2005. Institut d’Urbanisme de Paris à Paris XII.
9- Giblin (Béatrice), Etude comparative du comportement électoral des habitants de quartiers d’habitat social entre des sites de la banlieue parisienne et de la région Nord-Pas-de-Calais, in Intelligence des banlieues, Editions de l’Aube, 1999.
10- Fonctionnaire de la préfecture de Strasbourg.
11- Ragon (Michel), Histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne, 1. Idéologie et pionniers 1800-1910, tome 1, Casterman, 1986, p.212.
12- Kepel (Gilles), Les banlieues de l’Islam. Naissance d’une religion en France, Edition du Seuil, Octobre 1987, p.65.
13- Interrogation que nous avons formulée avec le chercheur Henry Wackrenier, actuellement doctorant à l’IUP.
14-Herrgott(Jean-Claude),La construction des lieux de culte musulman,islamlaicite.org/IMG/pdf/LDH_sedminaire_nov_04_version_II.pdf