L’émergence de l’intelligentsia algérienne (1850-1950)

janvier 28, 2007

 Le cercle des poètes disparus

 « L’instruction porte en nous le secret de notre résurrection. » A elle seule, cette recommandation express situe tout l’enjeu d’alors. En fait, la réplique qui s’est imposée face aux inquiétudes suscitées par le décret d’application des lois Jules Ferry en Agérie. Réplique qui ne saurait surprendre l’observateur averti, particulièrement au tournant redoutable des années 1880, soit au paroxysme même de l’affrontement culturel. D’autant qu’elle a été l’émanation de certaines personnalités qui, en toute connaissance de cause, ont apprécié à leur juste valeur les bienfaits de toute acculturation, d’une acculturation quoique réduite à sa plus simple expression par suite de la faiblesse numérique des effectifs scolarisés. Au surplus d’une faiblesse qui n’a pas moins été accompagnée par quelques manifestations d’intrerculturalité, à l’instar notamment du premier directeur de l’Ecole supérieure des lettres d’Alger, Emile Masquerai, le traducteur d’une œuvre magistrale puisée dans le patrimoine ibadite,
la Chronique d’Abou Zakaria (1880). En fait, à travers cet exemple précis, c’est toute la haute personnalité du père de Abdelhalim Ben Smaïa, l’initiateur d’Emile Masquerai, qui jaillit au premier plan. Il en va de même pour d’augustes maîtres, tels Hassen Benbrimat, Abdelkader Medjaoui,(1848-1913) et dès le siècle naissant, avec notamment Mohammed Ben Cheneb (1869-1929) — le polyglotte quoique normalien de formation —, est parvenu peu à peu à concrétiser excellemment les objectifs assignés à
la Thaâlibia, l’institution vouée alors à un bilinguisme académique, mais s’attachant précisément à réhabiliter la langue occultée par l’ordre établi, de concert avec la valorisation du patrimoine arabo – maghrébin dont certaines œuvres ont été sauvées in extremis… Aussi fallait-il cerner le rôle joué par cette prestigieuse institution dans l’émergence même de personnalités représentatives de l’élitisme d’expression bilingue. Il va de même d’une autre institution ayant contribué à son tour à l’émergence d’élites d’expression essentiellement francophone, dont le rôle a été décisif dans la transformation des esprits et comportements mais en ne concernant, — tardivement — qu’une dérisoire proportion de la population scolarisée. Il s’agit bel et bien de l’Ecole normale de Bouzaréah qui a joué un rôle fondamental dans le phénomène d’acculturation, mais une acculturation parcimonieusement assurée, compte tenu de la formation d’une minorité de normaliens, guère une vingtaine annuellement jusqu’en 1937, puis une trentaine postérieurement. En tout état de cause d’éducateurs-modèle ayant accompli avec compétence et art leur mission à travers monts et vaux. Bien au-delà de l’accomplissement de cette noble mission bien déterminée, une autre finalité doit être appréhendée à partir d’exemples précis comme l’illustre un Mohand Tazrout (1893-1973), normalien de formation mais aussi globe-trotter dans le but de se ressourcer directement au cœur des civilisations disséminées du Proche à l’Extrême-Orient et de parvenir à traduire, de la langue de Goethe à celle de Molière, deux œuvres philosophiques magistrales du XIX e siècle, en sus de la traduction du Coran en langue française, au demeurant en officiant la philosophie dans un lycée parisien de renom après avoir enseigné en province à la fois à Nantes et
la Roche-sur-Yon. Quoiqu’il en soit, en sus de ces deux institutions officielles, il fallait élucider expressément les conditions d’émergence d’autres élites, les représentants d’un élitisme qui s’est consacré continuellement et inlassablement à la réappropriation du patrimoine culturel, linguistique identitaire par excellence, particulièrement au cours de ce tournant crucial des années 1930. Paradoxalement, un élitisme sans pôle d’excellence établi… après la destruction en 1873 de
la Tachfinya (Tlemcen), la mosquée université, l’équivalente même d’alors d’une Zitouna de Tunis ou d’El Qaïraouane de Fès. En effet, de part la formation suivie et les objectifs assignés et poursuivis sans relâche, il s’agit bien d’un élitisme qui s’est voué à l’accomplissement d’une mission bien définie, même si d’emblée la dimension linguistique tend à masquer une finalité bien déterminée. Incontestablement, par son essence même, cette réappropriation constitue bien un tout, un ensemble indivisible, l’islamité, essence et raison d’être de la société algérienne. De surcroît fondée sur une langue à la fois maternelle et de culture, par excellence d’ancrage et d’attachement charnel à la patrie, une patrie bien définie dans l’espace et tant réaffirmée dès l’agression coloniale (1830) de plus en plus, au fur et à mesure de la pénétration des forces d’occupation. Toutefois, une islamité qu’il fallait, au préalable, revivifier et davantage l’expurger afin de l’asseoir au sein des masses populaires en la réaffirmant progressivement… Assurément, en s’identifiant pleinement au ciment de la foi, la langue constituant bien un tout indissoluble. N’est-ce pas à l’islamité des générations antérieures successives que la société algérienne a pu résister à maints cataclysmes, particulièrement durant les années 1990 ? N’est-ce pas les objectifs auxquels s’est attachée effectivement l’Association des Ouléma d’Algérie créée en 1931 et présidée par Cheikh Abdelhamid Ben Badis, tout en affichant son apolitisme pour des raisons évidentes, à la fois pour mieux assurer ses assises et préserver son pouvoir d’action ? Quoiqu’il en soi, le succès n’a-t-il pas été spectaculaire comme l’attestent les réalisations poursuivies à travers la construction de nombreuses médersas, voire d’un institut de formation d’éducateurs implanté à Constantine, en dépit d’un contexte socioéconomique des plus difficiles d’avant, pendant et après
la Seconde Guerre mondiale ? De surcroît, un ardent élan de générosité exprimé par des populations souvent de conditions très modestes afin de satisfaire d’impérieux besoins, comme l’illustre l’exemple édifiant de Dar El Hadith à Tlemcen, construite en un temps record, au demeurant à quelques mois du déclenchement du second conflit mondial ? Bien plus, d’une certaine manière, le réformisme s’est répandu jusqu’au M’zab, bien qu’il s’agisse d’une région demeurée historiquement autarcique par la force des choses. A titre d’illustration, 14 élites ont été sélectionnées en fonction de deux critères fondamentaux, géographique et linguistique. Pour ce qui est du premier, l’objectif majeur a été la recherche d’une représentativité régionale aussi équilibrée que possible dans le but de cerner certaines données d’ordre sociohistorique et culturel, à l’ instar notamment du rôle réellement joué notamment par le M’zab. Quant au second, il rend compte non seulement de la réalité intrinsèque d’alors mais aussi de la richesse, et par-là même de la valeur d’un legs historique, la richesse même de toute culture plurielle à l’heure d’une mondialisation désormais incontournable.

  • Abdelkader Medjaoui (1848-1913)

  • Abdelhalim Ben Smaïa (1866-1933)

  • Mohamed Ben Cheneb (1869-1929)

  • Mostefa Lacheraf (1917-2007)

  • Dr Mohamed Nekach (1854-1942)

  • Fatah Ben Brahim (1850- 1928)

  • Mohand Tazout (1893- 1973)

  • Djelloul Benkalfat (1903-1989)

  • Abdelkader Mekidèche (1914 – 1998)

  • Mohammed Benamar Djebbari ( né en 1918)

  • Moubarak Mili (1897- 1945)

  • Tawfik Madani (1899-1983)

  • Cheikh Mohamed Ben Youcef Tfayache (1818-1914)

  • Cheikh Ibrahim Bayyoud (1899-1981)

Djilali Sari, éd. ANEP, Alger, 2006, 320 p. R. C.


« Autour de la personnalité de Houari Boumediène »

janvier 25, 2007

E n t r e t i e n  a v e c  P a u l  B a l t a

« Un homme sobre, attachant et profondément imprégné d’amour pour sa patrie… »

Paris, jeudi 7 décembre 2006. Me rendant au domicileparisien de Paul Balta, je me suis mis à meremémorer le passé et, notamment, cette réceptionofferte en décembre 1973 où je fis sa connaissancepour la première fois. Cette réception organisée àl’Hôtel Intercontinental clôturait la visite officielle enFrance du Ministre algérien des Affaires Etrangèresdans la capitale française. Correspondant, à l’époque,de
la Radio Télévision Algérienne à Paris, je
me suis retrouvé, incidemment, au milieu d’un cerclerestreint constitué, notamment, de Paul Balta etd’Abdelaziz Bouteflika, Si Abdallah, le responsabledu Protocole se tenant à distance. Je pus assister,ainsi, à une discussion faite toute de nuances et desubtilités, portant sur les usages culturels en Egypteplus que sur les phénomènes politiques euxmêmes.Je fus étonné, cependant, que le Ministrealgérien des Affaires Etrangères insista tant sur lafiliation égyptienne du tout nouveau correspondantdu journal Le Monde à Alger. Une grille d’explicationme sera fournie, bien plus tard, par Paul Baltalui-même, lorsqu’il m’apprendra que le PrésidentHouari Boumediène insistera tout autant, sinonplus ,sur ces racines arabes et égyptiennes qui ont,incontestablement, suscité au profit du correspondantdu quotidien Le Monde à Alger un courant desympathie qui ne s’est pas démenti au fil du temps.Inutile de revenir sur les références professionnellesde Paul Balta qui était, en effet, un spécialisteconfirmé du monde arabe et musulman, j’allais diredu « Grand Moyen Orient » expression mise à lamode par les néo-conservateurs américains. Uneappartenance affective au monde arabe et uneconnaissance méthodique de ses réalités multiformes– culture, sociologie, économie, pas exclusivementvie et institutions politiques –, c’est ce doubleprofil qui a permis à Paul Balta de gagner la confiancede Houari Boumediène. Ce n’est pas si peu.Ces considérations expliquent comment s’estporté le choix sur l’ancien correspondant dujournal Le Monde à Alger pour témoigner sur lapersonnalité de l’ancien Chef de l’Etat algérien,étant entendu que le témoignage est appelé surle profil moral et psychologique du leader disparu,pas tant sur son bilan à propos duquel peuventexercer leurs talents politologues chevronnéset autres professeurs émérites d’économie.Comment l’idée de porter témoignage sur la personnalitéde Houari Boumediène a-t-elle germéavant de s’imposer dans cette série d’entretiens ?Depuis quelque temps, le monde arabe subit unepériode de régression marquée par le déclin dunationalisme avec, en corollaire, une soumissionde plus en plus nette aux diktats des puissancesétrangères. Ce sont les échos recueillis auprèsde la jeunesse de mon pays qui m’ont conduit àrevisiter des visages disparus. Ce sont les sentimentsd’effroi et d’indignation de cette jeunesseface à la démission des Chefs d’Etats arabes,chaque fois que le monde arabe est frappé dansses profondeurs – en Irak, au Liban et, de manièrechronique, en Palestine-, qui est à l’origine du choixdu personnage de Houari Boumediène pour cetentretien. Cette jeunesse, contrairement à la générationà laquelle j’appartiens, ne se nourrit pas defantasmes et conserve la tête bien froide, les piedsplongés dans la réalité. Cette jeunesse n’ignorepas que le rapport de forces, en termes matérielset diplomatiques, n’est pas en faveur du mondearabe, entendez par là, les peuples arabes. Maisà défaut de ripostes donquichottesques, il est permisd’espérer, au moins, des réactions de dignité…Suis-je, à ce point, dépassé par l’histoire si monesprit a vogué, ainsi, vers Boumediène, Nasser etle Roi Fayçal ? Qui pouvait imaginer que Nasser,officier d’infanterie anonyme, allait, un jour, nationaliserle Canal de Suez ? Qui pouvait imaginerque Boumediène, fils de paysans démunis, allait,un jour, nationaliser les hydrocarbures de sonpays ? Qui pouvait imaginer que le Roi Fayçal,souverain conservateur d’un royaume aux intérêtsimbriqués à ceux des USA, allait, un jour, brandir,avec succès, la menace de l’embargo pétrolier ?Par delà leurs arts respectifs du commandement,la bonne gouvernance dirions-nous maintenant, jesuis convaincu, personnellement, que c’est « l’éthiquede la conviction », selon la définition qu’en faitMax Weber, qui explique la trajectoire de chacun deces illustres dirigeants arabes. Un fondement moralà l’action politique, voilà ce que la jeunesse espèredes dirigeants arabes actuels. Il n’est pas impossiblepour les peuples arabes de relever la tète, même sileurs dirigeants la baissent. Il faut refuser cette résignationmorose face à un avenir qui est à construire.Les portes de l’espoir ne sont pas fermées…A travers, donc, pour chaque cas, le témoin leplus approprié, un entretien à venir évoquera lapersonnalité de ces trois dirigeants du mondearabe, en commençant par Houari Boumediènepour des considérations de commodité. Soulignons,pour le cas présent, que le témoin choisi,Paul Balta, a tenu à soumettre son témoignage,par mon intermédiaire, à la validation de ceuxdes compagnons de jeunesse ou de maquis deHouari Boumediène qu’il a été possible de contacteret de ses collaborateurs dans les rouages del’Etat ainsi que de certains membres de sa famille.Pour ma part, je prends la liberté de me délier del’obligation de réserve qui me lie vis-à-vis des lecteursdu quotidien Le Soir d’Algérie et, au-delà, del’opinion publique nationale. Dans le cas précis, jerefuse d’être un récolteur passif de témoignages.Je revendique le droit à exprimer mon attachementaffectif à Houari Boumediène, cet homme d’exception.Par Dieu, comment ne pas tirer fierté d’appartenirà un peuple qui a enfanté un tel homme ? 

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Le salut de l’islam viendra-t-il de l’occident ?

janvier 22, 2007

 Islam et Occident, une opposition séculaire (1re partie) Il faut initier d’urgence une réforme intellectuelle et morale revalorisant la raison critique et la pensée rationnelle dont le patrimoine culturel islamique offre les prémisses depuis les mouatazila … » Redha Malek dans Le Matin du 28 novembre 2002 Le monde musulman doit nécessairement initier une réforme, non pas de l’Islam lui-même mais de la pensée qui l’accompagne et qui le dénature. La sphère géographique de la religion mahométane vit depuis plusieurs siècles une période de décadence générale qu’aucun penseur honnête, y compris les très nombreux guides spirituels des populations musulmanes, ne saurait nier. Cette décadence, qui a sa source et ses causes dans l’histoire, ne s’est pas arrêtée, ni même ralentie, en ce début de XXe siècle, au contraire de la civilisation occidentale qui, elle, a pris son envol et domine le monde par sa puissance, sa science, sa technologie et sa culture. L’Occident, pour arriver à sa situation actuelle de domination universelle, a dû pendant des siècles lutter contre l’immobilisme et l’obscurantisme des Eglises chrétiennes, se réapproprier l’esprit rationnel et séparer science et religion qui ne pouvaient plus cohabiter. L’esprit des Lumières ne s’est pas installé aussi facilement qu’on pourrait, à première vue, le croire : il a dû surmonter toutes sortes d’obstacles et livrer toutes sortes de batailles (y compris des guerres) pour finir par s’installer définitivement dans une sphère géographique déterminée. Depuis, il a conquis le monde et plus personne, sauf aujourd’hui les fondamentalistes et intégristes musulmans, ne remet en cause sa puissance dans tous les domaines : militaire, bien sûr, mais aussi, scientifique, économique, social et même culturel. Les musulmans sont aujourd’hui les seuls qui cherchent à s’opposer à la domination occidentale, mais en prenant des chemins de traverse qui ne mènent nulle part, sinon au chaos. L’opposition du monde islamique, sous la direction de ses guides fondamentalistes, à l’Occident a pris, depuis une trentaine d’années, la forme du rejet catégorique de l’autre. L’autre, c’est l’impie, celui qui a pour objectif ultime la destruction de l’Islam, seule vraie religion et seule planche de salut pour les hommes et leur âme. L’autre, c’est le nouveau croisé, celui qui a pour mission de continuer l’œuvre des anciens croisés et d’évangéliser le monde, y compris islamique. L’autre, c’est l’allié indéfectible d’Israël, qui a usurpé la terre sacrée de
la Palestine et qui a fait d’El Qods sa capitale éternelle. L’autre, c’est enfin le Juif qui a phagocyté l’Occident et qui en est l’élément moteur. Pour l’immense majorité des musulmans, l’Occident est perçu comme « exploiteur, matérialiste et dominateur ». A cette perception d’ordre politique, il convient d’en ajouter une autre plus teintée de morale et de religion : l’Occident est invariablement qualifié d’athée, d’impie, de matérialiste, d’immoral, de cynique, d’arrogant… Dans l’imaginaire musulman, l’Occident (dont le leadership est assuré par les Etats-Unis) figure le Mal suprême (ou le « Grand Satan », selon la terminologie des chiites iraniens) qu’il faut, dans le meilleur des cas, maintenir au loin, sinon combattre à mort jusqu’à la victoire finale, pour la plus grande gloire d’Allah. L’Occident, quant à lui, a depuis des lustres (en fait depuis la naissance et l’expansion de la religion mahométane) intériorisé une crainte maladive de l’Islam et des musulmans. Crainte qui n’a fait que se développer, pour finir par dépasser les limites du rationnel, depuis les tragiques événements qui ont endeuillé certaines de ses grandes capitales : Paris, New York, Washington, Madrid, Londres. L’Occident s’est mis depuis en situation d’état de guerre déclarée contre le terrorisme islamiste, volontairement assimilé à l’Islam qui en serait la source et le vecteur.
L’arabe et le musulman, des parias L’Occident, dans sa grande majorité, fait l’amalgame, volontairement ou non, entre le fondamentalisme islamique tel qu’il se manifeste à travers ses organisations les plus extrémistes (pas seulement El Qaîda et les autres mouvements terroristes armés) et l’Islam en tant que dernière religion monothéiste révélée, d’essence universelle, pratiquée par plus d’un milliard de personnes à travers les cinq continents. Pour justification théorique (ou idéologique), les tenants occidentaux de la confrontation affirment que l’Islam est par essence violent et a pour seul objectif la domination totale, définitive et par tous les moyens, du monde judéo-chrétien. Ajoutons-y l’incapacité supposée de l’Islam et des musulmans d’intégrer l’universalité, la modernité et la rationalité qui sont l’apanage des seuls Occidentaux. Pour eux, l’Islam n’a aucune vocation à rejoindre le monde de la science et de la raison. Les musulmans, ceux qui ne se sont pas mis en situation de guerre sainte contre l’Occident impie, se lamentent et condamnent cette hostilité généralisée, qu’elle entre ou non dans ce que certains théoriciens appellent le « choc des civilisations ». Cette hostilité, si elle n’a pas encore pris la forme d’une confrontation violente généralisée, est bien réelle et touche pratiquement toutes les nations occidentales, y compris celles qui sont considérées comme les fiefs séculaires de la démocratie : les Etats-Unis, qui ont érigé une législation anti- arabe et anti-islamique liberticide et raciste, le Royaume-Uni, pays de l’habeas corpus, a lui aussi édicté une législation liberticide dirigée contre les musulmans,
la France, qui se considère comme le berceau des droits de l’homme, édicte les lois Sarkozy qui sont des lois d’exclusion, etc. L’Arabe et le musulman sont devenus les parias dont on se méfie et que l’on surveille de très près. Des hommes politiques, des hommes de religion, de grands intellectuels y vont chacun de leurs formules ou déclarations chocs qui ne font qu’accentuer la largeur et la profondeur du fossé qui sépare les deux mondes. La dernière en date de ces déclarations est peut-être la plus significative, vu qu’elle émane du pape lui-même : n’a-t-il pas, en effet, déclaré en substance que l’Islam et la violence sont consubstantiels, donc inséparables. Il n’y a pas de meilleure justification à la confrontation (ou au choc) civilisationnelle, vu qu’elle émane du chef suprême des catholiques. Avant lui, d’autres grands responsables politiques avaient fait des déclarations allant dans le même sens : Vladimir Poutine en Russie pour justifier la sale guerre qu’il mène en Tchétchénie, Sylvio Berlusconi, l’ex-président du conseil italien, de manière presque gratuite, sans parler de tous ces hommes politiques des différentes droites européennes qui ne manquent aucune occasion pour montrer du doigt l’Islam et les musulmans et les rendre coupables de toutes les dérives de leurs sociétés (y compris les dérives brutales des banlieues qui sont souvent mises sur le compte d’un Islam trop actif sur le terrain). Les Occidentaux sont-ils pour autant les seuls à devoir être blâmés ? Les musulmans, en tant que sociétés et en tant que personnes, sont loin d’être innocents dans l’état de dégradation des relations qu’ils entretiennent avec l’Occident. Observons l’image qu’ils donnent d’eux à la fin du XXe et au début du XXIe siècles. Elle est pour le moins surréaliste : la religion musulmane donne d’elle une image dévoyée, faite d’obscurantisme, d’intolérance, de brutalités et d’horreurs. La société musulmane contemporaine est une société qui évolue à contresens de l’histoire et qui plonge, inexorablement, avec un sentiment de fierté perverse, dans la régression. Qu’il s’agisse de l’Iran des ayatollahs, de l’Afghanistan des talibans (et même post -talibans), du Yémen qui pourtant n’est pas officiellement tombé entre les mains d’islamistes fondamentalistes ou intégristes, mais entre celles d’un baasisme dénaturé et perverti, jouant la carte de l’islamisme après avoir joué celle de la modernité, du Pakistan du pourtant pro-occidental Pervez Musharaf, du Soudan du général El Bachir, de
la Somalie des tribunaux islamiques, des Etats du nord du Nigeria, des parties de l’Irak tombées entre les mains de tribus alliées au fondamentalisme islamique, etc., les images qui en sortent ne sont pas des images de paix, de tolérance et encore moins de modernité. Même le pays phare de l’Islam, l’Arabie Saoudite, est loin d’être une référence en termes de modernité et de progrès social. Les mêmes images d’intolérance et d’obscurantisme (même si, grâce à la manne pétrolière, la situation matérielle des élites et d’une partie importante des populations de ces régions est plutôt enviable) parviennent de la très riche région du Golfe arabique. Une région qui se permet même le luxe d’utiliser les outils occidentaux de communication les plus sophistiqués (essentiellement les télévisions satellitaires), pour propager la doctrine religieuse musulmane la plus rétrograde qui soit : le wahhabisme, qui a enfanté Ben Laden, El Zawahiri, Zerkaoui et consorts.
Les musulmans trompés L’ambiguïté des relations entre l’Islam, religion révélée qui proclame haut et fort son pacifisme et sa tolérance envers les autres religions abrahamiques, et la violence n’est ni nouvelle ni hors sujet. Il est connu que l’expansion initiale de la religion mahométane s’est faite par les armes, même si de-ci de-là elle a été reçue à bras ouverts et qu’elle a été adoptée facilement par les populations autochtones. L’Islam ne s’est pas développé par les prêches et les discussions, mais par les conquêtes militaires ; ce qui était tout à fait normal et acceptable en ces temps-là. Par ailleurs, toute l’histoire du monde islamique, à l’image de celle du monde chrétien, et, avant lui, du monde hébraïque, est jalonnée de combats pour la prise ou le maintien du pouvoir et de tueries de toutes sortes. La fin du XXe et le début du XXIe siècles ont montré au monde le visage le plus hideux de ce qui pouvait se faire au nom de la religion musulmane : Algérie, Maroc, Afghanistan, Inde, Indonésie, Philippines, Arabie Saoudite, Irak, Nigeria, Soudan, Somalie, etc., et aussi France, Etats-Unis, Angleterre, Espagne. L’épée, le fusil et la bombe ont remplacé la confrontation d’idées et l’explication pacifique. Le plus grave est que ceci est appelé « djihad » et est accepté comme tel par une grande partie des populations musulmanes trompées dans leur conviction, par une éducation religieuse édulcorée et, de l’autre côté, par un comportement occidental irresponsable. Se mettre au diapason du progrès En effet, le parti pris flagrant et permanent de l’Occident et de son leader américain vis-à-vis d’Israël n’a pas peu joué dans la montée de l’anti-occidentalisme primaire et violent des masses musulmanes. Les fondamentalistes et les intégristes de tous bords et de tous horizons (salafistes, wahhabistes, djazaristes, khomeinistes, Frères musulmans, etc., auxquels il convient d’ajouter les baâthistes qui ont aujourd’hui fait de l’Islam un fonds de commerce) prêchent en milieu déjà conquis : rien de plus facile que de mobiliser les peuples musulmans contre l’impie, le pro-israélien (devenu ici pro-juif) et d’en montrer l’image la plus répulsive. Il y a dans le comportement des musulmans beaucoup d’irrationalité qui est en grande partie le fruit d’un système scolaire aux antipodes de la science et de la raison. Par ailleurs, l’éducation islamique est laissée aux mains d’une nomenklatura religieuse sans culture, dont le seul point fort est la connaissance littérale du Coran et une grande capacité à vociférer et à jeter l’anathème sur tous ceux qui ne s’inscrivent pas dans leur logique d’exclusion : point d’ijtihad, ni d’esprit critique. Tout ce qui est demandé au croyant, c’est de répéter à l’infini les gestes ostentatoires qui feront de lui un « bon » musulman et de suivre, les yeux fermés, les directives de ses maîtres à penser. C’est en grande partie ce qui explique que le monde musulman, dans sa totalité, continue de sombrer dans l’obscurantisme et le fait se battre contre la modernité, qu’il ne voit que d’un seul côté de la lorgnette, celle qui la présente comme attentatoire aux bonnes mœurs. Fi du développement scientifique, de l’évolution des techniques et technologies, du développement des idées et des cultures, du combat pour l’émancipation humaine, du développement durable… Tout ce qui a une relation directe avec le rationnel est devenu l’ennemi mortel du musulman de base. Il a été formaté à l’intérieur d’un système dans lequel l’Islam a le visage et les idées de ses chefs, il prend fait et cause pour eux, même si au bout il n’y a que le sacrifice de la vie (la sienne et celle de tous ceux qu’il compte tuer pour faire aboutir le projet d’Etat islamiste de ses dirigeants). Cet Islam-là a un immense besoin d’évoluer, sinon d’être réformé de fond en comble, pour ne garder de lui que le message originel du Prophète Mohamed et la philosophie universelle qui en découle. Les musulmans devront faire l’effort de se mettre au diapason du progrès et de l’universalité et se remettre ainsi dans la logique de leurs ancêtres qui ont porté la science et le progrès à bout de bras pendant des siècles, avant de les laisser tomber et de sombrer dans l’obscurantisme. Il devront aussi faire l’effort nécessaire pour changer cette image déplorable de l’Islam devenu la religion du retour à l’obscurantisme, de l’intolérance et qui, pour une majorité d’Occidentaux, est synonyme de terrorisme. Les musulmans devront faire tout pour effacer ces images d’actes terroristes d’une sauvagerie jamais atteinte ailleurs, de lapidations de femmes adultères au nom d’une charia rétrograde, de femmes privées d’éducation, de soins et de travail, de jeunes filles mutilées par les excisions, de condamnations à mort pour délits d’opinion, de massacres organisés contre les minorités ethniques et religieuses, de droits de l’homme bafoués, et beaucoup d’autres choses encore toutes aussi négatives les unes que les autres. En un mot, les musulmans devraient avoir le courage et l’honnêteté de reconnaître que l’Islam est en crise, contrairement à l’idée fortement répandue qu’il est l’unique religion en situation de croissance L’humanisme arabe et l’Europe (2e partie ) Au siècle d’or, le IXe, le mythe d’origine raconté par Ibn Al Muqaffa’ à son maître politique entre dans l’élaboration de plusieurs théories qui, toutes, œuvrent à une patrimonialisation plus ferme de la mémoire de l’humanité et à une plus grande littéralisation de la culture islamique. Leur but : instituer les musulmans héritiers de la mémoire universelle écrite. La culture islamique devait, pour cela, remplir deux conditions, l’une découlant de l’autre. Il fallait qu’elle assumât le rôle d’entreprise de sauvegarde et de récupération de l’héritage humain et, par conséquent, qu’elle parlât le langage non du mythe mais de la raison qui était le seul idiome commun à tous les hommes et compréhensible par tous. Les Arabes et l’universalisme de la science Deux théoriciens prestigieux se sont fait, en particulier, les champions de cette articulation du spécifique la culture islamique à l’universel : Jâhiz (m. 265/868) et Al Kindi (m. 267/870). Ils sont tous deux des contemporains ; et tous les deux sont des rationalistes. Alors que l’un s’est distingué par ses talents de prosateur arabe des plus féconds et des plus marquants, l’autre est devenu le premier véritable philosophe arabe et musulman. En tant que chantres d’un rationalisme et d’un humanisme islamiques, tous les deux ont mis leur travail de légitimation de l’appropriation de la mémoire de l’humanité par la culture islamique sous les auspices du « premier maître », Aristote. Mais chacun l’a fait à sa manière. Dans un ouvrage significativement intitulé le Livre des animaux, Jâhiz s’est employé à habiller d’arguments plus rationnels les énoncés rhétoriques de son illustre prédécesseur (l’un et l’autre sont originaires de Basra). Il attaque son argumentaire par une récusation : les anciens, dénonce-t-il, n’étaient pas les mastodontes qu’Ibn Al Muqaffa’, et avec lui les modernes, se plaisent à imaginer. Au nom du naturalisme aristotélicien, il condamne la croyance comme fausse : « Les observations que nous avons faites sur les dimensions des épées des nobles, les fers de lance des cavaliers, les couronnes royales conservées dans
la Ka’ba, l’étroitesse de leurs portes » montrent que la « grosseur, l’immensité et la grandeur » des anciens est pure fantaisie ; « c’est aussi ce que démontrent les sarcophages qui leur servaient de sépulture, les portes de leurs tombeaux, leurs silos et la hauteur à laquelle sont placées leurs lampes dans leurs temples, leurs lieux de réunion, leur salles de jeux, par rapport au sommet de leur tête ” (Jâhiz, Kitâb Al Tarbi’, 44). Transmis à l’Islam par l’antiquité tardive, le mythe n’a pas eu la destinée qu’il a connue, à partir du XIIe siècle, en Occident latin. Néanmoins, l’argumentation sur laquelle il repose reste tout entière contenue dans les propos de Jâhiz qui, s’il estime que les anciens n’avaient guère de corpulence différente de la nôtre, il pense tout de même qu’ils étaient doués d’un esprit immense. Leur savoir était « vaste ». Mais ils n’ont pas tout dit puisque, à leur vaste savoir, « nous avons ajouté le nôtre ». Comparé au leur, celui-ci est cependant bien « modeste ». Aussi, face à leur grande sagesse, « notre lot de sagesse est [bien] mince ». D’ailleurs, sans leur concours, nous n’aurions rien pu ajouter au savoir en général. Tant le lien qui nous lie à lui est fragile : « Si nous devions compter uniquement sur nos propres forces (…), nous aboutirions au résultat suivant : nos connaissances seraient maigres. » Le jugement est implacable : « Sans le dépôt que les Premiers nous ont légué dans leurs œuvres, sans cette admirable sagesse immortalisée dans leurs écrits (…), le préjudice serait grave. » Il n’empêche que, face aux anciens, les modernes (muhdathûn) ne sont pas aussi démunis qu’on pourrait le penser. Hissés sur les montagnes de sciences léguées par leurs prédécesseurs, ils voient plus grand et plus loin qu’eux. Dans cette posture, il n’y a pas que leur horizon de la connaissance qui soit élargi ; il y a également leur « enseignement de la vie » (’ibrâ). Ainsi prises dans le cycle de leur succession, les générations apprennent à relativiser l’apport de ceux qui précèdent par rapport à ceux qui succèdent. Dans la mesure où elle est transitoire, dans l’axe de la chronologie, la posture de chaque génération porte en elle les limites de sa propre finitude. C’est le propre de l’écoulement du temps que d’entacher le nouveau, au point de le rendre désuet et de métamorphoser l’antériorité jusqu’à en faire son contraire. Les modernes d’aujourd’hui sont appelés à être les anciens de demain. Quand arrive leur tour, sauf à faillir à leur devoir de solidarité générationnelle, ils doivent prêter leur dos à l’ascension des générations suivantes. Alors, commente Jâhiz, « ceux qui viendront après nous tireront profit d’une leçon plus riche » (Jâhiz, Kitâb Al Hayawân, I, 86, trad. L. Souami). Autant dire que, si les anciens sont les artisans des bases fondamentales du savoir, les épigones ont plus à faire que d’attendre que le fruit soit mûr pour le cueillir. Certes le passé est fondateur de vérité, mais le présent est l’édificateur de ses étages. Au lieu d’être une œuvre d’exhumation du passé, un passé recherché pour ses trésors inestimables, comme il est le cas chez Ibn Al Muqaffa’, avec Jâhiz, sa recherche procède plus résolument d’une appropriation critique qui, plutôt que d’exclure l’accumulation, l’appelle. Pour la première fois sans doute, un intellectuel d’époque islamique classique pense de manière rigoureuse l’histoire du savoir comme une succession d’avancées. Mais sa conception du progrès scientifique n’est certainement pas celle que nous connaissons depuis les Lumières. Comme pour Ibn Al Muqaffa’, l’écrit reste chez Jâhiz le meilleur média de communication entre générations passées et présentes. En lui et par lui, les premières vivent immortelles. Tant il est vrai, comme le dit un poète convoqué pour la circonstance, qu’ « il n’est point mort, cet homme-là qui, parmi nous, lègue un patrimoine culturel dont nous profitons après qu’il nous eut quittés » (Jâhiz, Hayawân, I, 96, trad. L. Souami). N’est-ce pas pour satisfaire ce besoin pressant d’être des gens du livre, héritiers d’autres gens du livre, que, à l’initiative de leurs élites politique, administrative, intellectuelle et économique éclairées, les musulmans se sont lancés dans la plus grande entreprise de traduction jamais égalée aux époques prémodernes ? C’est alors que « des ouvrages indiens ont été traduits ; de même des aphorismes des Grecs, des livres d’éthique et de littérature persane ». Ces ouvrages, rappelle Jâhiz, ont été, dans le passé, transmis d’une nation à une autre, d’une génération à une autre, d’une langue à une autre et « sont parvenus jusqu’à nous ». Ce qui fait de « nous », insiste l’écrivain abbasside, les plus dignes et les plus légitimes héritiers de la sagesse des anciens, étant donné que « nous avons été les derniers à en avoir reçu l’héritage » et que, en outre, « nous en avons fait un objet de réflexion ». À l’instar de son illustre contemporain (qu’il semble avoir lu mais qu’il ne cite pas), le philosophe Al Kindi (m. 260/873) en appelle lui aussi avons-nous dit à l’autorité d’Aristote lorsque, à la même époque, il se penche sur la question du rapport du présent des musulmans au passé de l’humanité. Al Kindi le fait dans deux écrits, l’un intitulé Traité sur la philosophie première, l’autre Epître sur le nombre des livres d’Aristote (Al Kindi, Rasâ’il Falsafiyya, Le Caire, 102-104 ; 372-377). Il le fait à l’appui de deux arguments : le premier inscrit, de manière historico-transcendantale, le dévoilement de la vérité dans un mouvement à deux temps, le passé et le présent, mais qui va en s’amplifiant dans un continuum allant des anciens aux modernes ; le second reprend le thème de la parenté qu’il articule à celui de l’ « association » entre anciens et modernes. Les deux termes sont ensuite déclinés en termes de rapports de filiation spirituelle entre maître et élève, charnelle entre père et fils. A ces conditions, quiconque cherche la vérité lui incombe un devoir de mémoire. Il se trouve que « parmi les devoirs les plus nécessairement imposés par la vérité », il y a celui-ci : « que nous ne blâmions pas ceux qui sont, pour nous, cause d’utilité, même si cette utilité est de faible importance ». Il faut donc que « notre reconnaissance soit immense pour ceux qui ont apporté un peu de vérité et a fortiori pour ceux qui en ont beaucoup apporté ». Pourquoi ? Parce qu’ils nous ont fait participer aux résultats de leur réflexion : en nous facilitant l’accès aux solutions des problèmes qu’ils ont résolus, ils nous ont ouvert « les chemins de la vérité ». Et si ces gens n’avaient pas existé ? Eh bien, « les vérités premières, que nous avons prises pour point de départ vers les ultimes problèmes les plus cachés, n’auraient pas été rassemblées pour nous ». Mais la plupart de ces gens ont d’autres croyances religieuses que les nôtres et certains sont même des païens ? Là encore, « il convient que nous ne rougissions pas de trouver que le vrai est beau, d’acquérir le vrai d’où qu’il vienne, même s’il vient de races éloignées de nous et de nations différentes » (Philosophie première, in R. Rashed et J. Jolivet, Œuvres philosophiques et scientifiques d’Al Kindî, Leyde, 2 vol., 1997-1998, I, 13). Le propos d’Al Kindi fait, ici, écho au célèbre « je suis un homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » de Térence, l’écrivain latin de comédies du IIe siècle avant notre ère, dont il faut rappeler l’origine carthaginoise. Avec Jâhiz, Al Kindi fait front contre Ibn Al Muqaffa’ pour estimer que les anciens n’ont pas d’autre mérite que celui d’avoir existé avant les modernes et de s’être préoccupés avant eux de résoudre les problèmes de vérité. Il n’y a pas de différence fondamentale entre « eux » et « nous » dès lors que, ensemble, nous participons à la découverte de la vérité et à sa transmission. Personne n’est déprécié par la vérité ; « au contraire, la vérité fait honneur à tous ». Si par conséquent le savoir se conjugue au passé, il ne le fait qu’en partie. Et, parmi les modernes, Al Kindi dit lui-même y participer en tant que philosophe « désireux de parfaire l’espèce humaine, en quoi réside la vérité ». Selon la méthode qu’il met en œuvre, ce travail de mise en lumière consiste à présenter de manière exhaustive ce que les anciens ont dit sur tel ou tel sujet, puis à « compléter leurs dires ». Al Kindi le dit sans ambages : la relation qui lie les modernes aux anciens est une relation d’ « association ». Le constat est là : « Pas un homme seul n’a atteint la vérité, comme elle mérite d’être atteinte. » La tâche est incommensurable mais, grâce à la force de conviction en l’homme qu’elle libère chaque fois qu’elle est remplie, elle se fait créatrice de sens : en rassemblant la petite quantité de vérité atteinte par chacun de ceux qui en ont conquis une part, on parviendrait à mieux réunir une quantité de vérité nécessairement plus grande. (A suivre)

 Texte de la conférence prononcé le jeudi 18 janvier 2007 au forum Les Débats d’El Watan sur le thème « Les Arabes et le sens de l’Histoire »
 Les intertitres sont de la rédaction
L’auteur est historien, directeur d’études à l’Ecoles des hautes études en sciences sociales, Paris Houari Touati Le salut de l’Islam viendra-t-il de l’Occident ? Islam et Occident, une opposition séculaire (3e partie et fin) La bataille menée par les réformistes musulmans, vivant encore dans des sociétés musulmanes, semble destinée à l’échec, tant les conditions dans lesquelles ils se trouvent leur sont défavorables d’où l’exil forcé en Occident d’un grand nombre d’entre eux. La question se pose sérieusement de savoir si le salut de l’Islam (ou si la voie royale de la réforme de l’Islam) ne passe pas par les seuls intellectuels réformistes musulmans vivant dans les pays occidentaux, qu’ils y soient de simples résidents ou des citoyens à part entière. L’environnement libertaire dans lequel ils vivent et activent leur est beaucoup plus favorable que celui, liberticide, des pays islamiques. L’avantage des intellectuels musulmans réformistes occidentaux ou vivant en Occident est qu’ils peuvent s’attaquer sans crainte à tous les sujets : ceux listés précédemment, et d’autres encore plus tabous (tels la remise en cause du caractère révélé du Coran et l’application de la raison critique à tout, y compris au Coran lui-même), pratiquement interdits d’études depuis la fin tragique, au IXe siècle, du mouvement m’utazilite. Il y a de nos jours en Occident un véritable foisonnement d’intellectuels musulmans réformistes. Les quelques noms qui vont suivre ne donnent qu’une idée très vague de leur nombre et de leur combat ; ils ne sont donnés ici qu’à titre illustratif pour l’importance de l’avenir de l’Islam des idées qu’ils développent et défendent. Parmi tous ces intellectuels, des Algériens tiennent une place enviable : leur renommée a depuis longtemps dépassé les limites des frontières de l’Algérie (leur pays d’origine) et de
la France (pays d’accueil pour certains et patrie pour d’autres). Mohamed Arkoun est connu pour son combat, déjà ancien, pour concilier Islam et modernité et par le grand nombre de livres qu’il a édités et de conférences qu’il a données sur l’Islam, son passé et son devenir. Les frères Bencheikh, dont l’un, Soheib, est muphti et l’autre, Ghalib, animateur d’émissions sur l’Islam à la télévision publique française, se dépensent sans compter pour montrer un visage plus avenant de la religion musulmane. L’un et l’autre sont des adversaires irréductibles de la lecture littérale du texte coranique et préconisent un retour à une lecture plus historique et contextuelle. Rachid Benzine est partisan d’une lecture scientifique du texte coranique. « Pour les nouveaux penseurs, l’étude scientifique du texte coranique ne vient pas annuler la démarche religieuse : elle vient la compléter, l’éclairer, en donner une assise intellectuelle », affirme-t-il. Malek Chebel, anthropologue de renommée mondiale, se bat pour un retour de l’Islam dans la modernité que lui ont fait quitter des politiques et penseurs guidés par d’autres raisons que le bien-être de la ouma. Il est l’auteur de cette phrase provocatrice, mais pleine d’enseignements : « L’Islam n’a connu le voile que pendant un seul siècle de son histoire : le XXe siècle ! » Abdelwahab Meddeb, islamologue bien connu par ses publications, la direction de la revue Dédale et ses émissions sur France-Culture, tente d’instituer une réflexion sur ce qu’il appelle, au grand dam de ses contradicteurs, « la maladie de l’Islam ». Il dénonce le terrorisme islamique en affirmant que les attentats ne sont pas dans la tradition islamique. « … On ne peut pas dire, affirme-t-il, que les attentats soient un phénomène religieux. L’utilisation du suicide, au nom de la politique ou de la religion pour tuer aveuglément, n’a jamais existé dans l’Islam, jamais. » Bien sûr, il n’y a pas que des penseurs d’origine algérienne qui figurent dans la liste des réformistes musulmans : toutes les nationalités sont bien représentées. Quelques noms pour illustrer cela : Haroon Amirzada, Afghan, ancien conférencier de l’université de Kaboul, se bat pour que « tous les élèves, tous les politiciens d’Orient et d’Occident, qu’ils soient islamiques ou non, travaillent ensemble à la modernisation de l’Islam ». Lafif Lakhdar, intellectuel tunisien qui dénonce la crise identitaire et éducative que traverse le monde arabe et qui milite pour un système politique basé sur la séparation de l’Etat et de la religion. C’est à lui que nous devons cette analyse socio-psychanalytique du monde musulman en parlant de « blessure narcissique » à propos de ses défaites répétées face aux impérialismes occidentaux et à Israël. Il affirme, par ailleurs, que la laïcité est vitale pour l’avenir du monde musulman. Hussein Shubakshi, journaliste saoudien, qui se bat pour la réforme du système éducatif dans son pays et pour le recours à la science et à l’astronomie pour la fixation des dates religieuses. Il est l’auteur de cette phrase pleine de dépit : « Le jour où un chercheur saoudien a publié une étude sérieuse sur les manuels scolaires, et sur le recours à l’astronomie pour observer la lune (pendant le Ramadhan), il a été condamné à des milliers de coups de fouet. Voilà qui montre à quel point nous sommes ouverts au dialogue ! » Le journal en ligne en langue arabe Elaph est devenu une véritable institution dans le combat contre l’intégrisme religieux et pour une modernisation significative du monde musulman. Toutes les grandes plumes arabes épousant la cause de la modernité s’y côtoient pour combattre les absurdités moyenâgeuses du fondamentalisme religieux. Les pays occidentaux dans lesquels les réformistes islamiques sont les plus nombreux et les plus combatifs sont évidemment ceux où la diaspora musulmane est la plus importante : France, Grande-Bretagne, Allemagne. Il existe environ 15 millions de musulmans en Europe occidentale, dont cinq en France. Tous ne sont pas croyants et pratiquants ; mais tous subissent le regard méfiant des citoyens européens relevant d’autres religions (ou même des athées). Certains, une minorité agissante, épousent les idées extrémistes des fondamentalistes, des intégristes ou même des djihadistes et se déclarent en état de guerre permanente contre les impies (kufars). D’autres, une autre minorité beaucoup moins agissante, vivent un Islam apaisé et se sentent totalement intégrés dans les pays dont ils sont des citoyens à part entière. La majorité, quant à elle, balance au gré des événements d’un bord à l’autre ; avec toutefois une tendance lourde, ces deux dernières décennies, pour des regroupements communautaires annonciateurs de conflits graves et peut-être du fameux choc des civilisations défendu par Samuel Huntington. Le cas des Etats-Unis est différent en ce sens où les cinq (ou six) millions de musulmans qui y vivent ont des problèmes différents de ceux de leurs coreligionnaires d’Europe occidentale. Les Etats-Unis renferment la plus forte concentration de l’élite intellectuelle musulmane. Elle est actuellement plus importante que dans le monde musulman lui-même. C’est bien sûr la conséquence de la fuite des cerveaux au départ du monde islamique et surtout arabe : médecins, universitaires, ingénieurs, chefs d’entreprise… Leur importance en nombre aux Etats-Unis est remarquable. Mais le dynamisme de cette intelligentsia, depuis près d’un demi-siècle, s’est surtout distingué dans un lobbying social dirigé vers une plus grande intégration des musulmans dans la société américaine. Les problèmes de la réforme de l’Islam se pose très peu à ce niveau. C’est surtout en Europe que se déroule la « mère des batailles », celle pour la réforme en profondeur de l’Islam en tant que religion et principe de vie. Pourquoi donc le combat des réformistes musulmans d’Occident a-t-il plus de chance, à terme, d’aboutir que celui de ceux qui sont restés dans leur pays ? La raison la plus évidente est qu’ils vivent et activent dans un milieu plus ouvert à la confrontation d’idées ; où il n’y a pas de tabous religieux (et politiques) qui rendent impossibles toute réflexion sérieuse et sereine sur l’Islam, ses dogmes, ses soubassements socio-psychologiques, ses pratiques, son histoire, ses divisions, ses perversions… Même les cas, extrêmes, des fatwas mortelles lancées contre l’auteur des Versets sataniques (Rushdy), ceux des caricatures danoises ou celui de la tribune libre parue dans un quotidien français très critique envers l’Islam (professeur Redeker), n’ont jamais réellement intimidé ou impressionné les intellectuels intéressés par le débat sur l’Islam et son devenir, ou n’ont été en mesure de menacer leur sérénité. En Occident, quoiqu’on en dise, il existe une réelle liberté de pensée et une longue tradition de débats (plus ou moins sereins) sur les sujets les plus divers et les plus profonds. Contrairement à ce que d’aucuns peuvent penser, il n’y a pas d’unanimisme au sujet de la nécessité de réformer l’Islam. Toutes les tendances, y compris les plus intégristes, existent. Même si un dialogue direct serein n’est pas vraiment possible avec les nombreux tenants de l’islamisme vivant et activant en Occident, les idées des uns et des autres circulent librement et entrent souvent en confrontation dans les médias et sur
la Toile. Certains islamistes ont même pris l’habit et les méthodes occidentales pour débattre du bien-fondé de leurs positions ou prêcher pour leur cause. Le très médiatique Saïd Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur égyptien du mouvement des Frères musulmans, a acquis une célébrité très enviable qui lui a ouvert les portes de pratiquement tous les médias occidentaux qui comptent. Contrairement aux islamistes hirsutes et vociférants que les télévisions du monde entier aiment à montrer, il porte une tenue vestimentaire irréprochable, est bardé de diplômes, s’exprime parfaitement en langues française, anglaise et bien sûr arabe, parle sans violence et avec éloquence, mais défend avec acharnement (et souvent efficacement) ses positions extrémistes de Frère musulman. Le courant qu’il défend fait, grâce à lui et aux innombrables conférences qu’il anime, beaucoup d’émules en Europe occidentale (dans les banlieues surtout, parce que devenues des ghettos dans lesquels sont parquées les communautés musulmanes, victimes de la pauvreté, du chômage et de la marginalisation). Le courant fondamentaliste a même son téléprédicateur à la mode : Omar Khaled, égyptien d’origine et de nationalité, qui, à l’image des télés évangélistes américains, et avec les mêmes armes, est en train de séduire et d’amener à la pratique religieuse fondamentaliste, une quantité non négligeable de personnes d’origine et de situations sociales diverses dans de nombreux pays d’Islam et même en Occident. Dans les pays occidentaux donc, le dialogue et la confrontation d’idées sont possibles. Ne dit-on pas que c’est de la discussion que jaillit la lumière ? Les idées défendues par les réformateurs ont plus de chance d’y faire leur chemin que dans les pays islamiques, Turquie comprise. En effet, le climat de liberté intellectuelle qui règne dans le monde occidental, les moyens modernes de communication qui s’y sont développés, le rôle majeur joué par les télévisions satellitaires et le Net, tout cela contribue à une très large diffusion des idées, y compris donc, celles des réformistes musulmans. Leurs idées pénètrent même l’espace islamique, malgré les efforts de certains états islamistes pour interdire tous les médias modernes qu’ils ne peuvent contrôler. Elles finiront bien par faire leur nid et s’imposer un jour ou l’autre. L’un des moyens intellectuels le plus efficace utilisé par la majorité des réformateurs est de faire appel à l’histoire et de rappeler, preuves à l’appui, qu’Islam et modernité n’ont pas toujours été antinomiques. Le rappel de l’aventure m’utazilite et de sa défense de la primauté de la raison dans tous les domaines, y compris dans le domaine religieux, est l’un de ces exemples historiques. Les contributions des plus grands savants musulmans aux progrès de la science universelle en sont un autre : les noms et les œuvres de Farabi, Ibn Sina, Ibn Rochd, El Khawarizmi, Ibn Khaldoun… sont régulièrement appelés à la rescousse pour faire la démonstration que l’Islam peut très bien se dissoudre dans la science et la modernité. Petit à petit, la mayonnaise prend et de plus en plus d’intellectuels de tous bords acceptent de parler de possibilité d’intégrer l’Islam dans le courant du développement universel, à condition toutefois qu’il se réforme en profondeur. Pour beaucoup de penseurs musulmans, il ne s’agit en fait que d’un retour aux sources et de la reprise d’une place qu’il n’auraient jamais dû perdre. L’Islam doit redevenir le vecteur essentiel du progrès scientifique, qu’il a été autrefois. La référence à l’expérience turque actuelle d’un gouvernement islamiste « moderniste » est aussi souvent utilisée pour rappeler l’inanité des jugements expéditifs sur la nature fondamentalement archaïque de l’Islam politique. Tout dépend du contexte dans lequel naît et se développe l’expérience.
La Turquie a un pied en Occident et l’autre en Orient. Toute son histoire est intimement liée à ces deux contrées (et cultures) : autant le christianisme que l’Islam ont profondément marqué la culture turque (l’église chrétienne d’Orient était basée à Constantinople et la ville d’Antioche a été longtemps l’un des premiers centres de la chrétienté en Orient). Concernant l’expérience actuelle d’un gouvernement islamiste, les craintes initiales ont vite été effacées par le comportement plutôt « civilisé » du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et de son équipe, plus intéressés par leur combat, pour intégrer l’Europe qu’à des querelles religieuses qui ne mènent nulle part. Il est vrai que le cas de
la Turquie est singulier du fait de son système politique laïc et du rôle que joue constitutionnellement l’armée dans la défense de cette laïcité. Mais il est tout de même significatif des possibilités d’intégration de l’Islam dans le jeu politique démocratique. Le combat d’idées mené contre les tenants occidentaux du choc des civilisations (Samuel Huntington, Bernard Lewis et leurs nombreux adeptes) constitue lui aussi une étape importante dans la bataille que mènent les réformateurs musulmans qui cherchent à démontrer que la religion mahométane est une religion d’essence progressiste et à caractère fondamentalement pacifique. Le recours à l’œuvre des grands penseurs et rationalistes musulmans leur sert de moyen pour convaincre ceux qui sont à l’écoute. Pour beaucoup d’entre eux, la gloire passée peut, si elle est bien utilisée, servir de déclic pour une évolution future : la vie et l’œuvre des grands m’utazilite et autres rationalistes musulmans, des tenants de
la Nahda de la fin du XIXe siècle, de certains soufis, de certains hommes politiques et de religion, à l’image de l’Emir Abdelkader, les exemples réussis de pays musulmans ayant adopté la laïcité en tant que système politique… peuvent servir la cause de la modernité. Même le cas de
la Palestine avec son gouvernement issu du parti intégriste Hamas est utilisé par les uns et les autres pour démontrer une chose et son contraire : d’une part, l’incapacité du parti islamiste à évoluer, compte tenu des pesanteurs idéologiques et dogmatiques dans lesquelles il baigne et de son antisémitisme primaire supposé. D’autre part, la capacité de l’Islam politique à utiliser les instruments de la démocratie pour arriver au pouvoir, et évoluer vers plus de modération, parce que confronté à des réalités géopolitiques incontournables. Les réformistes musulmans d’Occident mènent « la mère des batailles » d’une part pour faire accepter à tous l’idée que l’Islam est loin d’être une religion fermée, archaïque et sclérosée et qu’elle est tout à fait capable de s’adapter à la modernité et rattraper le train de l’universalité. Par ailleurs, et c’est là la véritable gageure, pour amener les sociétés musulmanes elles-mêmes à revendiquer la modernité et ses bienfaits. Cela passe inexorablement par un combat acharné contre les tenants d’un Islam salafiste et djihadiste, dont le seul objectif est d’en découdre avec l’Occident judéo-chrétien, rejoignant de ce fait le camp des tenants du choc des civilisations. La victoire d’un camp sur l’autre signifiera soit une avancée irrémédiable du monde vers plus de paix, de sérénité et de prospérité, soit une plongée encore plus profonde dans le chaos.
L’auteur est politologue Rachid Grim  


Une banque pour l’ANSEJ !

janvier 22, 2007

Lundi 22 Janvier 2007

L’emploi des jeunes est une préoccupation nationale. Les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis octobre 1988 ont tenté diverses formules pour remédier à ce chômage structurel. La plus courue par les jeunes de moins de 35 ans est la formule connue sous le nom de l’agence en charge du financement : ANSEJ.
Mais, comme pour le reste des opérateurs économiques et les investisseurs potentiels, les jeunes butent sur l’indisponibilité de locaux et surtout sur la difficulté d’obtenir des financements. Les banques et le foncier industriel restent les deux handicaps majeurs à surmonter pour un éventuel investisseur. Ces difficultés ne sont pas près d’être levées. Les dossiers présentés par des jeunes mal formés sont souvent rejetés pour optimisme exagéré quant à la taille du marché ou tout autre motif lié à l’étude technico-financière.
Les ministres peuvent regretter que les banques ne jouent pas le jeu. Mais le jeu des banques est de gagner de l’argent en prenant un minimum de risques.
La réflexion qui s’impose d’elle-même, au-delà du niveau de formation des jeunes investisseurs, est de comprendre comment accompagner un projet d’investissement et de mettre en place les instruments nécessaires qui permettent à un jeune de comprendre la mécanique bureaucratique algérienne.
L’accès à l’emploi pour un jeune dépend de plusieurs facteurs qui ne sont pas liés aux financements. Les jeunes trabendistes ont toujours su où trouver les liquidités nécessaires à leurs activités.
L’absence d’entreprises en Algérie ne saurait être compensée pas la multiplication de micro ou petites entreprises. L’étude de la stratégie industrielle démontrera que la formule ANSEJ est plus pourvoyeuse de petits commerçants que de producteurs de biens.
C’est tout l’enjeu pour l’avenir des jeunes qui est posé en des termes pas toujours adéquats.
Si l’ANSEJ se transformait en banque, cela ne résoudrait pas l’équation d’une mauvaise formation universitaire et d’une formation professionnelle qui peine à anticiper les besoins futurs du secteur économique.
L’ANSEJ, c’est bien mais la formation des jeunes, c’est mieux !    

A. E.

 


Le bilan du dispositif Ansej au menu

janvier 21, 2007

Par : Meziane Rabhi
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Il s’agit de rendre beaucoup plus efficace le dispositif de l’emploi des jeunes.

Le quatrième Salon des microentreprises (SAMIE 2007) ouvre ses portes, officiellement, aujourd’hui, au Palais des expositions des Pins-Maritimes, à Alger. Il serait inauguré par le président de la République. Devenu opérationnel depuis le deuxième semestre 1997, le dispositif de Soutien à l’emploi des Jeunes constitue une des solutions appropriées au traitement de la question du chômage durant cette phase de transition vers l’économie de marché.
Ce dispositif, qui s’inscrit en rupture avec les approches antérieures et qui traite le chômage par l’économique, s’est fixé deux objectifs principaux : Favoriser la création d’activités de biens et de services par de jeunes promoteurs. Encourager toutes formes d’actions et de mesures tendant à promouvoir l’emploi des jeunes. Les emplois d’attente engagés par les pouvoirs publics permettent certes d’atténuer la pression sociale et d’offrir un premier emploi temporaire aux nombreux primo-demandeurs, mais ne sauraient répondre à la préoccupation de création de postes de travail permanents et stables. Plus de 81 000 microentreprises ont été créées à travers le dispositif géré par l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) ayant permis, au 31 décembre 2006, de générer plus de 231 000 emplois au niveau national. Parmi les 81 476 projets de jeunes promoteurs financés dans le cadre du dispositif ANSEJ, 71 999 projets ont bénéficié d’un financement triangulaire (ANSEJ + promoteur + banque) ayant généré 204 521 emplois et 6 192 projets ont bénéficié d’un financement mixte(ANSEJ+promoteur) générant ainsi 15 868 emplois. Quant aux projets créés dans le cadre de l’autofinancement (promoteurs), la même source précise, qu’ils sont au nombre de 3 285 ayant généré 11 157 emplois. Le montant global du financement a atteint 158,8 milliards de DA, dont 145 milliards de DA dans le cadre du financement triangulaire et 5,4 milliards de DA à travers la contribution personnelle du postulant au crédit (promoteur).
Certaines de ces entreprises sont devenues de véritables petites entreprises, d’autres, par contre, ont échoué.  Pour rappel, c’est à la lumière d’un constat, tenant compte de la réalité sur le terrain, et au regard de l’ampleur du chômage particulièrement chez les jeunes que les pouvoirs publics, conscients que ce dispositif n’a pas encore atteint la plénitude de ses moyens, ont décidé de lui insuffler une nouvelle dynamique tendant à améliorer le climat de l’investissement des jeunes. En 2004, de nouvelles dispositions ont été introduites. Il s’agit entre autres de relèvement du seuil de l’investissement de 4 à 10 millions. La revue à la baisse des niveaux de participation des jeunes en fonds propres (5% pour les projets dont le coût d’investissement est égal ou inférieur à 2 millions de dinars et de 10% pour les projets dont le coût est compris entre 2 et 10 millions de dinars).
L’élargissement du bénéfice des avantages offerts par le dispositif au profit des microentreprises en situation d’expansion, c’est peut-être l’occasion de faire le bilan à la lumière de ces nouvelles mesures.

M. R.