Où va l’argent des hydrocarbures

juillet 12, 2006

Des ressources pétrolières qui débordent, un pays de plus en plus riche, une population de plus en plus pauvre, peu de grands travaux. Comment expliquer ces paradoxes ?

Par Jean-Pierre Seréni
Journaliste, auteur (avec Ania Francos) d’Un Algérien nommé Boumediène, Stock, Paris, 1976.

Huit milliards de dollars en 1998, 13 milliards l’année suivante, 32 milliards en 2004, près de 45 milliards l’an dernier, autant et sans doute plus cette année : l’Algérie n’en finit pas, comme ses grands partenaires de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), d’engranger des montagnes de dollars. Le quatrième choc pétrolier, survenu peu après la fin de la guerre éclair américaine en Irak, à l’été 2003, dépasse par son ampleur et sa durée les trois précédents. Et efface du même coup les difficultés financières rencontrées par M. Abdelaziz Bouteflika à son arrivée à la présidence de la République algérienne démocratique et populaire au printemps 1999. « Les caisses sont vides, l’étranger n’a pas confiance en nous, la dette extérieure nous écrase, et les entreprises publiques gaspillent nos maigres ressources », s’alarmait alors l’un de ses proches. De passage à Alger en novembre 1999, M. Kemal Dervis, alors le « M. Monde arabe » de la Banque mondiale, conseille austérité et modestie : « Réduisez les grands projets en cours de 20 à 9, privilégiez l’agriculture, l’hydraulique et le filet social… »

On redoutait le trop peu et c’est le trop-plein ! Le problème n’est plus de trouver de l’argent pour relancer une économie en panne et pacifier une société déchirée par une sanglante guerre civile, mais d’utiliser au mieux ce pactole inattendu, en un mot de ne pas le gaspiller comme ce fut trop souvent le cas lors des précédents chocs pétroliers.

Lors du premier de ceux-ci, en 1973-1974, Alger ambitionne de devenir le Japon de l’Afrique et consacre son surplus à l’achat d’usines clés en main. Ses émissaires parcourent le monde industrialisé pour acquérir ce qui se fait de mieux – et souvent de plus cher. Acier, aluminium, engrais, papier, chimie, camions ont la priorité, les unités sont souvent implantées dans des régions déshéritées aux salariés peu qualifiés, guère familiers des technologies ultramodernes. Résultat, les retards s’accumulent, et le cycle pétrolier se retourne avant que l’industrie lourde soit en état de marche. L’héritage se révèle encombrant. Des sociétés nationales qui perdent de l’argent, des usines qui tournent au ralenti, et une dette extérieure qui explose parce qu’il a bien fallu emprunter pour financer les fins du programme d’industrialisation…

Au cours du deuxième choc, en 1979-1982, les dirigeants ont changé : le pâle Chadli Bendjedid, remplaçant du fier Houari Boumediène, court après une légitimité qui le fuit. L’argent du pétrole ira à un programme antipénuries (PAP) qui se traduit par un flot d’importations de produits de consommation. L’Algérien qui en a les moyens est à la fête : réfrigérateurs, télévisions, automobiles font leur apparition dans les vitrines des magasins d’Etat.

Le troisième choc, en 1991-1992, passe largement inaperçu de la majorité des habitants. Les 3 à 4 milliards de dollars supplémentaires récoltés servent à régler une partie des arriérés de paiement accumulés depuis le retournement du cycle pétrolier en 1984-1985. L’obsession d’Alger, au plan financier, est d’éviter de devoir rééchelonner sa dette extérieure, ce qui placerait son économie sous la houlette du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. On préfère le « reprofilage », un arrangement discret avec le Crédit lyonnais qui implique de régler les impayés dus aux entreprises françaises. Il n’évitera rien du tout et, en avril 1994, en pleine vague terroriste, alors qu’il ne reste plus en caisse de quoi payer la cargaison de semoule d’un cargo qui tourne en rade d’Alger, un premier ministre de transition accepte le rééchelonnement de la dette extérieure et les conditions qui vont avec…

Onze ans après, l’Algérie affiche une insolente santé financière : les réserves officielles de devises dépassent 55 milliards de dollars et représentent plus de vingt-quatre mois d’importations ; le compte courant du Trésor public à la Banque centrale accumule l’équivalent d’une année de recettes fiscales non pétrolières ; la dette extérieure (16,4 milliards de dollars à la fin 2005, contre 24 milliards en 1990) n’est plus un souci.

Symbole de cette richesse inattendue, la compagnie nationale Sonatrach, détenue à 100 % par l’Etat, se place au douzième rang dans l’industrie pétrolière mondiale, truste les places de champion pour le gaz (second fournisseur de gaz naturel de l’Europe, derrière la Russie ; second fournisseur en gaz liquéfié GNL aux Etats-Unis…) et dispose d’une large palette de produits exportables en dehors du brut (condensat, GPL, produits raffinés, pétrochimie). Au fil des ans, elle a fait de plus en plus appel aux sociétés étrangères pour la seconder.

En 1986, quinze ans après les nationalisations et le départ des techniciens français, Alger entrouvre pour la première fois les portes du Sahara aux prospecteurs étrangers. Les premiers, et les plus nombreux, à se présenter sont de petites compagnies américaines dont la plus chanceuse, Anadarko, fait plusieurs découvertes majeures dans l’est du pays. Un nouveau pas est franchi en 1991, malgré de fortes oppositions. En 2000, quand le nouveau ministre de l’énergie propose une loi pétrolière qui « normalise » la Sonatrach et lui enlève ses pouvoirs quasi régaliens (la société percevait les impôts payés par les compagnies étrangères et délivrait à son gré les permis de recherche), l’exposant ainsi à la concurrence, c’est la bronca ! Son PDG démissionne, le syndicat manifeste, et le pouvoir recule. Ce n’est qu’en 2005 que la loi est adoptée.

Le grand écart entre la pluie de pétrodollars et un quotidien plus que difficile fait enrager une partie de la population : barrages routiers, occupations ou incendies d’édifices publics, séquestrations d’élus et de fonctionnaires, manifestations violentes tournant souvent à l’émeute se sont banalisés. Pas d’eau, pas de courant, pas de logement, pas de travail, pas d’égouts, pas de routes, les griefs sont les mêmes d’un bout à l’autre du pays. Les millions de ruraux chassés de chez eux par l’insécurité dans les années 1990 et qui s’entassent dans les bidonvilles ne comprennent pas. Pourquoi l’Algérie est-elle riche et les Algériens pauvres ? Pourquoi, alors que le revenu par tête aurait augmenté de 31,3 % en deux ans, selon l’Office national des statistiques, le pouvoir ne fait-il rien d’efficace pour ces millions de jeunes en quête d’un toit et d’un emploi, sinon leur envoyer la police, dont les effectifs connaissent, eux, une spectaculaire progression (au moins 120 000 aujourd’hui, et 45 000 à recruter d’ici à 2009, contre une trentaine de milliers dans les année 1980).

Absence de cadres qualifiés et compétents

Pourquoi le pouvoir en est-il réduit à répondre par la répression à des besoins qu’il a, par ailleurs, les moyens de satisfaire ? Jusqu’ici, l’expansion budgétaire a été outrageusement privilégiée. Au printemps 2005, le gouvernement lance un programme complémentaire de soutien à la croissance économique (2005-2009) de 55 milliards de dollars, censé compléter un précédent plan de soutien à la relance économique adopté en 2001. La loi de finances 2006, votée en décembre 2005, témoigne de l’ampleur des moyens ; le budget d’équipement de l’Etat augmente de 28 % par rapport à celui de 2005 et fait plus que doubler par rapport à ce qui a été fait en 2004. Pour la première fois dans l’histoire financière de l’Algérie, il dépasse le budget de fonctionnement…

Et ce n’est pas fini. Le premier conseil des ministres tenu en janvier 2006 par le président Bouteflika, à peine rentré de convalescence à Paris, arrête un programme spécial de 5 milliards de dollars en faveur du Sud, qui sera suivi par d’autres en faveur des hauts plateaux, une zone traditionnellement déshéritée, et de la Kabylie, ruinée par plusieurs années de troubles.

Mais il y a loin des décisions budgétaires au démarrage des travaux, et plus encore à leur achèvement. Partout, le manque d’expertise ralentit l’investissement ; la difficulté n’est plus l’argent, mais la capacité à le dépenser. De nombreuses wilayas (départements) et d’encore plus nombreuses assemblées populaires communales (communes) ne consomment pas leurs crédits d’équipements, faute de cadres qualifiés et compétents. C’est pis dans certains ministères techniques (transport, équipement, hydraulique…), désorganisés par l’instabilité ministérielle et encombrés d’anciens programmes inachevés parfois plus de dix ans après leur lancement – voire vingt ans, comme le métro d’Alger ou la nouvelle aérogare de Dar-el-Beida. Trop souvent incapables de se hisser au niveau requis par des projets d’envergure, les entreprises du BTP incriminent la bureaucratie, les délais de paiement, la mauvaise volonté des fonctionnaires…

Face à une demande qui explose, l’offre reste encore très timide. Des voix isolées, à l’intérieur comme à l’extérieur, plaident pour une exécution plus mesurée du budget 2006, et proposent de consacrer une partie des crédits ainsi libérés au renforcement des autres intervenants de la vie économique et à la création d’activités nouvelles en dehors du secteur des hydrocarbures. Ce ne serait pas inutile tant les bureaucrates éclipsent les autres agents sociaux. Mais ces voix seront-elles entendues ?

Jean-Pierre Seréni.


L’Algérie en péril de Maâmar Benguerba ” Mise à nu du système “

juillet 12, 2006

   L’auteur annonce déjà la couleur dans le titre de son ouvrage : l’Algérie en péril, gouvernance, hydrocarbures et devenir du Sud. Le livre s’articule autour de ce triptyque dont l’auteur tente tout au long de l’ouvrage d’expliquer les enjeux et les conséquences des politiques de développement successives menées jusqu’à aujourd’hui sur la stabilité du pays.

L’intérêt de l’ouvrage réside dans le parcours professionnel et militant de son auteur ; un commis de l’Etat aujourd’hui à la retraite qui a le privilège de bien connaître le fonctionnement des rouages de l’Etat et du système pour avoir été tour à tour gestionnaire, parlementaire et ministre. Le mérite de cet ouvrage, aux accents très critiques, est que son auteur casse un tabou qui veut que généralement quand on est congédié de son poste après avoir occupé de hautes fonctions dans les institutions de l’Etat, on s’interdit toute critique vis-à-vis du système et des hommes forts de ce système. C’est que quand on a touché à la responsabilité, et ce, que cela induit comme privilèges, on ne désespère jamais de revenir un jour aux affaires ! M. Benguerba a osé le pas même si l’enfantement n’a pas été facile, dans la mesure où les maisons d’éditions qu’il a sollicitées ne se sont pas montrées beaucoup emballées pour éditer son livre pour des raisons liées, bien évidemment, à son contenu. « Près de deux années après, les dernières élections présidentielles se résument à la consolidation du système de pouvoir », écrit l’auteur qui porte un regard très critique à de propos la loi sur les hydrocarbures. Il y voit une accélération du « mouvement de dénationalisation des ressources en hydrocarbures » avec comme corollaire la disparition de Sonatrach et une revendication autonomiste plus affirmée du Sud. Le pouvoir entretient l’illusion du changement, mais le système reste et se perpétue en reproduisant les mêmes pratiques et les mêmes dysfonctionnement, écrit l’auteur. A preuve, soutient-il, le « départ du premier responsable de l’Anp et le bouleversement de ses chaînes de commandements n’a en rien écorché la carapace bien huilée du système du pouvoir ». Il appréhende le pouvoir en tant que système qui se nourrit des réseaux, des intérêts claniques, du partage de la rente, et de soutiens intéressés qui se recrutent dans la classe politique, dans la société civile et le mouvement associatif avec une mention spéciale pour les zaouïas et les confréries religieuses. « A aucun moment de l’histoire de l’Algérie indépendante, les zaouïas n’ont occupé pareille position sur le terrain politique », observe l’auteur. Il se livre à une critique en règle contre le système de gouvernance, l’opposition qui n’a, selon lui, d’opposition que le nom, la compromission avec le pouvoir des partis politiques, des organisations sociales avec à leur tête l’UGTA, les personnalités « assujetties », les médias de masse sous monopole strict du pouvoir, l’alliance présidentielle perçue comme « une volonté de reconstitution du parti unique », les zaouïas et les confréries religieuses utilisées comme « contre-feux pour réoccuper et discipliner l’espace religieux ». Au volet économique, son verdict est sans appel. « L’Etat continuera à financer les demandes sociales tant qu’une économie de production ne s’est pas substituée à l’économie distributive et tant que les revenus en hydrocarbures le permettront », prévient-il. Sur le dossier controversé de la privatisation, il considère que « les hésitations qui caractérisent la gestion de ce dossier se fondent sur des intérêts claniques enveloppés dans certains cas en des dogmes approximatifs ». Le lecteur pourra également découvrir dans cet ouvrage des informations et des analyses fort pertinentes sur nombre de sujets d’actualité, tels que la politique énergétique et les retombées de la loi sur les hydrocarbures jugées dangereuses pour l’avenir des générations montantes.

O. B.


L’agriculture en Algérie crée des emplois

juillet 10, 2006

Le secteur de l’agriculture en Algérie aurait crée plus d’un million d’emplois et près de 260.000 exploitations en six ans, selon le secrétaire général du ministère de l’agriculture.

lundi 10 juillet 2006.

L'agriculture en Algérie crée des emplois. (JPEG) Répartis sur 46 wilayas, ces postes de travail ont été créés grâce, soutient le secrétaire général, à la mise en place du Plan national de développement agricole. La réforme que subit le secteur de l’agriculture, qui se fixe l’objectif de rehausser le niveau de la productivité en réduisant le déficit d’un marché tributaire à 75% des importations, se trouve en pleine mutation.

Pour mettre fin au déséquilibre entre l’offre et la demande qui pénalise de manière durable le secteur agricole en Algérie mais aussi la croissance, cette réforme a conduit à la mise en place d’un programme national de développement de l’agriculture soutenu par de conséquentes subventions en vue de sa modernisation. Un total de 476.000 ha de terres a été mis en valeur et quelque 260.000 exploitations créées. La production de la tomate aurait atteint 20.000 tonnes et celle de la pomme de terre 35.000 tonnes.

L’Algérie qui n’arrive pas à satisfaire la totalité de sa propre demande éprouve d’énormes difficultés à exporter. La facture des importations agricoles avoisine les 3 milliards de dollars. Les choix économiques importants faits au lendemain de l’indépendance en donnant la priorité à une industrialisation à outrance a pénalisé le secteur agricole. La conséquence de ce choix a eu pour conséquence de voir l’émergence d’un double secteur. Un secteur moderne et un secteur traditionnel complètement démuni d’outils de production performants.

De nombreux projets d’investissement qui entrent dans le cadre du Pnda seraient contrariés par l’arrêt de financement de la BADR dû essentiellement à des lenteurs bureaucratiques. Ces dernières compromettent de manière significative la nouvelle dynamique insufflée au secteur agricole, à l’heure où l’Algérie a un besoin urgent de moderniser et de relancer son secteur agricole.

Synthèse de Samir, algerie-dz.com
D’après l’Expression