Problématique de l’emploi, des salaires et de la réforme globale en Algérie

juin 25, 2006

Par Abderrahmane Mebtoul, Ahmed Bouyacoub, Mohamed Tayebi Et Bouchama Chouam (1)  

 Une réorientation de toute la politique économique et sociale afin de concrétiser le développement durable, seule condition d’amélioration de l’emploi et des salaires, est urgente.Problématique de l’emploi et des salaires: réhabiliter le savoir L’économie mondiale, ces dernières décennies et en cette orée du XXIe siècle, connaît une mutation rapide où les flux réels financiers, avec l’accélération des services (donc de l’immatériel) transgressent les frontières dites «nationales». Aussi dans ce monde interdépendant, impitoyable pour les plus faibles (toute nation qui n’avance pas, recule), toute politique qui se veut viable doit trouver un juste milieu entre la lutte contre la détérioration du pouvoir d’achat par l’augmentation des salaires et la création d’emplois. Du fait que la demande additionnelle varie, en Algérie, entre 300.000 et 500.000/an selon le traitement de la population active féminine qui est minimisée (se répercutant sur le calcul du taux de chômage réel), alors qu’elle représente plus de 50% de la population (plus de 50% des candidates au baccalauréat en 2006), soit une demande additionnelle totale variant entre 1.500.000 et 2.500.000 unités entre 2006/2010 qui s’ajoute au stock du chômage actuel estimé à 1.500.000, soit un besoin de création d’emplois annuel variant entre 600.000 et 800.000, minimum.  Si l’on prend comme hypothèse que les emplois sous forme d’assistanat représentent 10% (transfert de rente et donc très temporaires), un coût de création moyen par unité de 3.000.000 de DA (beaucoup plus en réalité pour les emplois qualifiés) et pour un taux de chômage de 10%, horizon 2010, nous aurons un besoin de financement annuel variant entre 1.800 et 2.400 milliards de dinars soit 22,5 et 30 milliards d’euros, entre 2006/2010.  Aussi évitons, à la fois, le populisme dans la mesure où chaque nation ne peut redistribuer plus qu’elle ne produit (l’assainissement des entreprises publiques a coûté au Trésor public plus de 39 milliards de dollars de 1991 à 2005 entraînant dans leur sillage les banques publiques, malades de leurs clients alors que la véritable réforme passe par la fin des assainissements à répétition, mais également toute vision mécanique économicienne qui voilerait une dérive sociale porteuse de tous les dangers. L’Algérie en a fait amèrement l’expérience, (la destruction des infrastructures étant évaluée durant la dernière décennie à plus de 20 milliards de dollars sans compter le coût futur de la tragédie nationale), la paix sociale ayant un prix que la société doit payer. Car selon l’officiel, le taux de chômage est passé de 29% en 2000 à 23,7% en 2003, de 17,7% en 2004 et de 15,3% en 2005 (incluant la sphère informelle et les emplois sous forme d’assistanat) pour une population active de 9,5 millions, (et que le taux des permanents est passé de plus de 60% en 1900 à 50% en 2000 et environ 40% en 2005), contre 11,3% de taux de chômage au Maroc pour une population active de 11,12 millions (encore que l’emploi dans la sphère informelle représente 40% hors agriculture, selon le dernier rapport de la Banque mondiale) et de 13,8% en Tunisie pour une population active de 4 millions . Le ratio masse salariale sur PIB est d’environ 20% en 2005 contre 30% au Maroc et Tunisie (pour les pays développés fluctuant entre 45/60%) avec une baisse tendancielle PIB total et PIB hors hydrocarbures entre 1990/2005 traduisant la baisse de la salarisation alors que le travail est source de création de plus-value. Quant à la part de l’administration (environ 1.500.000 fonctionnaires, hors ANP), la masse salariale (inclus l’ANP selon nos calculs) par rapport au PIB est 10,9% en 2005 (12% en 2000) contre 12/13% en moyenne pour le Maroc, Tunisie avec respectivement 680.000 et 1.370.000 fonctionnaires, avec la même tendance baissière pour le PIB hors hydrocarbures. Cela montre clairement (il existe des disparités par strates du fait que la politique salariale dans ces deux pays favorise les couches moyennes productives et non les rentières comme en Algérie), que le niveau de vie des fonctionnaires en termes de parité du pouvoir d’achat (tenant compte qu’en moyenne 80 dinars = 1 euro, 11 dirhams marocains = 1 euro et 1,60 dinar tunisien = 1 euro) est plus élevé au Maroc et beaucoup plus en Tunisie. En soulignant que pour l’Algérie il y a urgence à une meilleure gestion et destination des transferts sociaux qui ne concernent pas toujours les plus défavorisées, absorbant 10% du PIB soit près de 800 milliards de dinars pour 2006 (10 milliards d’euros). L’objectif stratégique est une vision globale afin d’avoir une production et exportation hors hydrocarbures (Sonatrach pouvant être considérée comme une banque) encore que nous soulignons l’importance du retraitement de la section hydrocarbures pour un calcul réaliste devant décalquer tous les produits destinés à la consommation finale comme le raffinage qui, dans tous les pays du monde, est considérée comme une activité productive et non rentière. Ce qui nous donnerait pour 2005 non pas 40% du PIB hors hydrocarbures mais plus de 50% et les exportation hors hydrocarbures seraient en réalité de 3,92 milliards de dollars US et non pas 700 millions de dollars, et pour les années antérieures 2002/2004 plus de 2,5 milliards de dollars US. L’Algérie doit profiter à l’avenir de ses avantages comparatifs pour développer en partenariat ou investissement direct du privé national et international et dans le cadre des valeurs marchandes internationales, les segments Pétrochimie, Mines, le Tourisme, et certaines filières des nouvelles technologies. D’une manière générale, pour atteindre cet objectif, il s’agit de revoir, en urgence, toute la politique socio-économique axée sur le savoir posant d’ailleurs cette question centrale: où en est la réforme de l’école? (2). D’ailleurs invoquer le critère de la productivité globalement est une vision dénudée de tout fondement scientifique, car ce ratio est valable uniquement pour les entreprises et non applicable à certains segments de l’administration et des services collectifs qui répondent aux critères de la rationalisation des choix budgétaires renvoyant à la refonte de la fonction publique dont le fonctionnement ne répond plus aux nouvelles donnes de l’économie nationale, (exemple un ministère, une wilaya ou une APC peuvent-ils recruter un cadre à 15.000 dinars par mois, même niveau salarial qu’une secrétaire dans le secteur économique alors que le besoin est pressant?) l’exécution approchant 47% contre 19% pour l’encadrement montrant le faible niveau de qualification. Car contrairement à la déclaration de certains politiques, la Banque mondiale et la CEE ont recommandé au gouvernement algérien de revaloriser, outre les cadres compétents, deux segments: ceux de la Santé et de l’Education dont les effectifs des 1-2-3es cycles y compris la formation professionnelle avoisinent 300.000, (alors qu’il faudra accueillir plus de 14 millions d’élèves horizon 2011), le corps médical dans la fonction publique approchant 30.000. Quant au nombre de professeurs et maîtres de conférences, il est actuellement inférieur à 5.000, les chargés de cours et maîtres-assistants ne dépassant pas 20.000 alors que nous aurons 1,5 million d’étudiants, horizon 2010, montrant clairement l’exode de cerveaux. Car le coût de formation d’un cadre supérieur supporté par l’Etat, selon les standards internationaux dépasse 200.000 dollars par unité et que le coût direct de 300.000 fuites de cerveaux (actuellement plus de 10.000 médecins algériens de hauts niveaux uniquement, en France) avoisinent les réserves de change estimées à 64 milliards de dollars, début juin 2006 sans compter le coût indirect de l’impact négatif sur le développement. A ce titre, est-il réaliste de vouloir créer une université par wilaya avec le risque qu’elle ne se transforme en grand lycée avec une dévalorisation croissante, la base du développement étant la ressource humaine et le bon management et non les infrastructures. Ne serait-il pas souhaitable la création d’universités régionales et de pôles d’excellence? Dans ce cadre, comment ne pas rappeler que le nombre de chercheurs par habitant est de 236 en Algérie, 540 en Tunisie et 2.000 aux USA, la norme internationale selon l’Unesco étant de 600, que la mensualité d’un professeur et maître de conférences, en fin de carrière, est environ d’un quart de celles de ses collègues marocain et tunisien, (entre 420 et 520 euros) et 80% de ce montant en retraite, qu’un directeur de recherche perçoit 50.000 dinars (500 euros) alors qu’un chercheur débutant en Mauritanie a 600 euros contre 900 en Tunisie et 1.200 au Maroc, sans compter les conditions de travail bien plus meilleures et surtout la considération (statut de l’élite au niveau de la société). Quant au budget de la recherche en Algérie par rapport au PIB, il est, selon l’Unesco de 0,36% alors qu’il est de 1% pour la moyenne Afrique, 2% pour les pays asiatiques et 3 à 4% pour les pays occidentaux. Israël consacrant 4% du PIB en 2005 soit environ 14 milliards de dollars US, la Chine qui veut rattraper le retard le ratio étant de 2% mais avec un objectif pour 2009 de plus de 3% avec un PIB énorme. C’est que la consécration des derniers prix Nobel de l’Economie a largement contribué à mettre en évidence les liens dialectiques des institutions (bonne gouvernance), des acteurs sociaux, de l’éducation dont le marché du travail caractérisé par la flexibilité, (non assimilable à la précarité), la sécurité par une formation adaptée et la sphère réelle et monétaire. Cela renvoie à la nécessité d’une analyse beaucoup plus complexe de l’économie et de la société en général qui implique le dépassement des visions mécaniques de l’équilibre qui est un idéal conceptuel (comme le principe d’une concurrence totale) vers lequel les politiques doivent tendre, les déséquilibres et le caractère systématique qu’ils acquièrent obligeant à reconnaître qu’ils sont la règle et non l’exception. Les équilibres macro-économiques, souvent invoqués, sont une condition nécessaire mais non suffisante pour un développement durable malgré les sacrifices sociaux et sont éphémères sans les réformes micro-économiques et institutionnelles tenant compte de la protection de l’environnement. Réformes globales et lutte contre la bureaucratie  Evitons les illusions, car si aujourd’hui les indicateurs financiers de l’Algérie sont bons et encourageants, il y a lieu, tout de même, de signaler que la croissance (5,1% en 2005 selon l’officiel, 4,8% selon le FMI avec une inflation relativement maîtrisée) continue d’être tirée par les hydrocarbures et les performances des segments hors hydrocarbures dont le BTPH et les services qui le sont indirectement par l’effet des dépenses publiques via les hydrocarbures. Car l’encours de la dette extérieure en 2005 est tombé à 16,4 milliards de dollars US dont 71,2% au titre de la dette publique avec une baisse de 13,9% contre 20,3% en 2004 et l’on prévoit 6%, fin 2006 grâce à la politique de désendettement et notamment aux remboursements anticipés, (une dette tendance zéro étant une condition nécessaire mais non suffisante, la Roumanie socialiste avait une dette 0 mais une économie en ruine), cela est due en grande partie à des facteurs exogènes. Si le PNB ou le PIB par tête d’habitant est un indicateur trop global et qu’il faille lui substituer l’indice du développement humain (dont la Norvège arrive en premier, selon le rapport PNUD 2005, l’Algérie arrivant à la 103e position sur 177 pays, avant le Maroc, 124e, et largement dépassée par la Tunisie, 89e), pour avoir une appréciation correcte du niveau de développement, il nous semble, néanmoins, utile de rappeler qu’on est loin de celui de la Corée du Sud où le PIB 2004/2005 est d’environ 663 milliards de dollars US (reposant surtout sur les nouvelles technologies) pour un PIB par tête d’habitant d’environ 14.162 dollars avec une projection à l’horizon 2010 de 20.000 dollars (le revenu nominal par habitant en Algérie étant de 3.114 dollars US en 2005 mais sans le revenu des hydrocarbures, il est à 1.700 soit le 1/6 de la Corée du Sud pour le PIB total et hors hydrocarbures, il représente 12% qui n’est pourtant que la 10e puissance mondiale, le Luxembourg représentant 3,5 fois le PIB par tête d’habitant de la Corée. L’aspect sécuritaire s’étant amélioré, la faiblesse de l’investissement national et international, selon les observateurs, est due pour plus de 60% aux obstacles bureaucratiques, selon le dernier rapport de la Banque mondiale: 14 procédures pour la création d’une entreprise; 16 procédures pour l’enregistrement de la propriété et 49 procédures pour l’exécution d’un contrat). Il s’agit surtout de résoudre deux dossiers sensibles, freins à l’investissement, qui doivent être traités en urgence: la réforme du système financier et fiscal, lieu de la distribution de la rente qui ne concerne pas seulement l’intermédiation mais la nature de la propriété (les crédits à l’économie fin 2005 étant estimés à 1.778 milliards de dinars dont 50% pour le secteur privé avec respectivement 70% de créances non performantes pour le secteur public et 50% pour le secteur privé démontrant un gaspillage important de l’allocation des ressources rares) et le système domanial dont le foncier, afin de mettre fin à la spéculation foncière et la dilapidation en restaurant comme indicateur le prix du marché surtout pour les superficies dormantes des entreprises publiques et administrations évaluées à plusieurs millions de mètres carrés, objet de convoitises surtout dans les grandes agglomérations. Comme il s’agit d’optimaliser l’effet des dépenses publiques en améliorant le service public rendu, tout en réduisant son coût. Car les services collectifs ont subi peu de mutations depuis l’indépendance politique: l’administration centrale et locale, la douane, la fiscalité, les domaines ont tendance à fonctionner en vase clos, s’autonomisant en tant que pouvoir bureaucratique alors que la symbiose avec l’environnement national et international s’impose. C’est que l’on se focalise uniquement sur les entreprises alors que l’on oublie facilement la rationalité des services collectifs, structures qui ont à leur disposition des sommes importantes par le canal du budget et se pose le problème de leurs efficiences. L’administration notamment doit être au service de l’économique et du social et non fonctionner en vase clos bureaucratique. Lorsqu’un ministre ou un wali accueillera un intellectuel de renom ou un investisseur désirant créer des emplois, avec éclat au perron de son ministère ou de sa wilaya, avec un tapis rouge, la mutation culturelle et le changement du système auront commencé. Cette vision bureaucratique domine l’ensemble de la sphère économique et sociale, le nombre de séminaires, de commissions et de réunionites avec des coûts faramineux étant souvent proportionnels aux indécisions. Il s’agit de restaurer à l’Etat sa vocation naturelle, le soumettre au principe d’efficacité en lui imposant dans son organisation, ses méthodes et son fonctionnement des changements pour éviter la dégradation relation Etat-citoyens. L’évaluation des dépenses publiques doit devenir un élément permanent de la stratégie de l’Etat, loin de toute vision centralisée. L’Etat doit décider mieux, évaluer davantage, s’organiser à cet effet en privilégiant les initiatives individuelles et collectives des acteurs économiques et sociaux, ne se substituant jamais à elles. Or actuellement la puissance publique dépend trop des corporations; ce qui conduit à un éparpillement de la dépense. Par ailleurs, l’ampleur des problèmes rencontrés par la société, la pression par l’effet des médias, donnent des mesures ponctuelles non suivies dans le temps, confusion entre les rôles du centre et de la périphérie, et une multiplicité des échelons intermédiaires caractérisés par l’absence de coordination et l’accroissement des dépenses publiques. Ce constat témoigne des raisons du malaise entre l’Etat et la société, impliquant d’avoir une planification indicative, ne recouvrant pas celle des ex-pays de l’Est mais l’ordonnancement et la régularisation qui doit être réhabilitée (Etat régulateur). L’entreprise, seul lieu de la création de la richesse permanente Le constat après le lancement du premier plan de soutien à la relance économique (nous disons bien soutien et non relance), dont il convient de faire un bilan pour voir les écarts entre les prévisions et les réalisations physiques ainsi que les coûts, suivi du second doté d’une valeur budgétaire de 80 milliards de dollars US, (dont 20 milliards de dollars pour le Sud et les Hauts Plateaux), si l’on suppose que les capacités d’absorption soient résolues, ce qui n’est pas évident, c’est que l’aspect relancé par la demande repose essentiellement sur les dotations budgétaires supplémentaires, en espérant voir éviter, comme par le passé, de primer la dépense monétaire sans se préoccuper d’une gestion saine des deniers publics. Pour la consolidation de ces dépenses et un impact réel et durable, à l’horizon 2008/2009, la relève doit être prise par l’entreprise nationale et internationale, seul lieu permanent de la création de la richesse. C’est la condition de la stimulation de l’offre par la dynamisation de secteurs utiles rentrant dans le cadre des avantages comparatifs, notamment arabo-africains et euro-méditerranéens afin d’accroître la compétitivité de l’économie nationale et assurer son insertion dans l’économie mondiale. La faiblesse de l’esprit d’entreprise et donc de véritables entreprenants, renvoie, en Algérie, à une analyse historique de l’accumulation des richesses de l’indépendance politique à nos jours, qui a suivi le processus de positionnement des cadres dans les secteurs névralgiques ou même secondaires au sein de la société et de l’économie et surtout son domaine public, que c’est à partir de sa redistribution que s’est construite l’actuelle structure sociale en Algérie, structuration en mutation non achevée, devant analyser l’origine sociale des détenteurs de richesses pour comprendre s’ils peuvent s’inscrire dans un esprit entreprenarial, comme dans les pays développés. La majorité des entreprises privées sont localisées dans l’agriculture, le commerce, depuis les plans de soutien à la relance économique dans le BTPH, et, à un degré moindre, dans la petite industrie. L’organisation de ces dernières est de type familial et la majorité du secteur privé est fortement imbriquée dans le système administratif, lieu de relations de clientèles, n’est pas autonome mais trouve sa prospérité ou son déclin dans les parts de marché, auprès des entreprises publiques et des administrations. Aussi la majorité actuelle de ce secteur vit du transfert de la rente et exerce des pressions pour accroître le protectionnisme néfaste à terme, font pression pour le passage d’un monopole public à un monopole privé, (la concentration des crédits octroyés par certaines banques à une minorité l’atteste) et sont peu enclins à la concurrence internationale, assistant à des alliances contre-nature avec les syndicats corporatistes. Combien compte-on de sociétés privées par actions? Le constat est que le nombre est presque nul. Cette organisation spécifique, où l’autonomisation de la décision économique est faible, engendre peu d’innovation d’esprit d’entreprise. La raison essentielle trouve un fondement socio-historique qui rend d’actualité les analyses ibn-khaldouniennes avec le poids du politique accentué par des structures familiales et tribales. Mais, il faut reconnaître, que depuis quelque temps, avec la formation plus élevée et l’ouverture sur l’extérieur, nous assistons à la naissance de nouvelles entreprises mues par de véritables entreprenants. Mais les multitudes pressions administratives ne leur permettent pas la créativité et l’imagination. La seule sphère privée, réellement autonome, est la sphère marchande ou industrielle informelle qu’il s’agit d’intégrer avec intelligence pour asseoir un Etat de droit, qui, selon les estimations, contrôlent une masse monétaire hors banques avec une intermédiation financière relativement autonome qui fluctue, selon les estimations, entre 650 et 850 milliards de dinars (entre 10 et 14% du PNB). Ainsi, l’émergence de la véritable entreprise passe fondamentalement par la créativité et l’adaptation à la concurrence internationale dont l’économie algérienne est appelée à devenir de plus en plus ouverte, avec des incidences politiques, militaires, sociales, voire culturelles, notamment les impacts de l’accord signé pour une zone de libre échange avec l’Europe, appliqué depuis le 01 septembre 2005 et le futur accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Peut-on parler, comme par le passé, en cette ère de la mondialisation -produit du développement, rapport social complexe et processus non encore achevé, de politique industrielle (vision culturelle matérielle du passé) et d’une manière générale de politique globale, alors qu’il est plus approprié de s’inscrire au sein de politiques de filières et d’adaptation des entreprises par rapport à ces mutations? Ce qui nous amène à traiter de la bonne gouvernance qui renvoie aux dernières recommandations du FMI et de certains experts nationaux et internationaux, concernant le fonds de régulation des recettes des hydrocarbures (FRR) créé en 2001 comme «amortisseur des chocs externes», estimé fin 2005, à plus de 1.850 milliards de dinars pour une meilleure transparence et efficacité et de le transformer en un compte d’épargne et de financement (CEF) qui devrait être intégré dans le budget, sous la forme d’un compte du Trésor ouvert auprès de la Banque d’Algérie, destiné en grande partie au déficit primaire hors hydrocarbures et au remboursement de la dette publique qui avoisine, fin 2005, plus de 1.000 milliards de dinars . Pour une bonne gouvernance tenant compte de notre anthropologie culturelle Mesurable et quantifiable, en quelque sorte, la bonne gouvernance est, aujourd’hui, l’objet d’une attention particulière à la fois des institutions internationales des grandes nations et d’ONG internationales spécialisées. La bonne gouvernance devra tenir compte de la réalité anthropologique et culturelle algérienne, conciliant la modernité et la préservation de notre authenticité du fait que la société algérienne est actuellement en mutation lente avec la naissance de nouveaux acteurs sociaux. Si les Algériens ont vécu d’une certaine manière ce que les philosophes considèrent comme «un temps pour détruire», «un temps pour se jeter les pierres», la dynamique de l’action à mener entre 2006/2011 est, à tout point de vue, «un temps pour construire» et «un temps pour ramasser les pierres» et engager les ruptures fécondes qui poussent le pays vers d’autres défis. Le monde entier est aujourd’hui traversé par une crise des pouvoirs, d’identité et de savoir. Le concept de la citoyenneté ne doit pas rester, aux yeux de la population, comme un maquillage importable, ni une mode de vie qui transgresserait les tabous et nierait la tradition. La citoyenneté est d’abord une rationalité politique qui ferait du domaine public et de l’intérêt commun entre les diverses couches de la société algérienne, une raison d’être de la gouvernance et un principe cardinal de la solidarité. Même si la rationalité est relative, car historiquement datée, comme l’ont démontré les grands anthropologues, elle favorise la transparence et la circulation de l’information à travers différents codes.La rumeur souvent distillée par ceux qui contrôlent l’information, base de tout pouvoir, n’est que l’expression sociale d’une faiblesse de communication de nos gouvernants et contribue à renforcer l’imaginaire. La gestion des espaces confrériques, les différentes aristocraties des zaouïas, la maîtrise et l’exploitation des réseaux d’alliances et d’obédiences des différentes confréries, l’investissement matériel, la récupération des acteurs influents de ce champ, peuvent pousser vers cette rationalité et contribuer ainsi à une gestion efficace de la cité, collant avec nos réalités sociologiques et culturelles. L’Islam serait ainsi investi de la mission qui est la sienne: donner sa cohésion et sa dynamique aux retrouvailles du peuple algérien avec son identité, tout en favorisant la modernité par le dialogue des cultures. En Algérie, la question n’est pas dans «le retour des tribus», car elles n’ont jamais quitté la scène sociale et politique, mais dans «le retour aux tribus». Et c’est ce «retour aux tribus» qui, par la force des choses, constituera alors une donnée à ne pas négliger dans la mise en place de forces sociales porteuses de changements pour une bonne gouvernance et les futurs découpages administratifs du territoire. En effet, la réussite de ce grand projet suppose une réelle décentralisation par la création de quatre (04) grands pools régionaux (ce qui ne saurait signifier régionalisme) que nous préconisons sous l’autorité politique d’un super wali, (fonction politique) épaulé par les élus locaux, (dont il convient de réhabiliter les initiatives), la société civile et les chambres de commerce, l’ensemble des autres walis devant gérer leur wilaya comme une entreprise, dont le dialogue social est déterminant, avec des actions palpables pour la population évitant la dégradation Etat-citoyens, supposant de grands managers sélectionnés selon une rotation régulière (étant inadmissible que certains dirigeants d’organismes ou d’entreprises publics soient toujours les mêmes depuis plus d’une décennie expliquant la sclérose et l’inertie). Cependant, cette société participative et citoyenne reposant sur une réelle décentralisation, devra tenir compte de notre anthropologie culturelle renvoyant à l’analyse féconde ibn-khaldounienne pour éviter que ne se superpose à une bureaucratie centrale, une bureaucratie locale plus néfaste supposant une identification de la nature des «équipements anthropologiques» de l’identité algérienne partagée entre le référent khilafien, la fragmentation du territoire et la désagrégation du confrérisme; -des logiques et la nature des structures mentales des communautés territoriales; -du poids du sacré, sa nature, ses discours et ses enjeux; -du poids de la parenté et son influence sur la production des pouvoirs locaux; -de l’organisation de l’espace public et la profondeur de la fragmentation; -et enfin la puissance de l’idée assabienne. C’est que la gestion politique des corps sociaux, qu’ils soient modernes, traditionnels ou même archaïques, ne doit pas s’encombrer de considérations idéologiques ou humanistes. Elle doit les appréhender comme ils sont, dans leurs structures, leurs codes et leurs forces agissantes, apparentes ou dormantes. L’efficacité de l’ordre politique ne réside pas dans le maquillage de ses discours mais dans le maillage de ses corps sociaux et la maîtrise de ce qui est imprévisible dans leurs actions et contre-actions. L’essence de la gouvernance ne réside pas dans le fait qu’elle soit bonne ou mauvaise, mais dans la capacité de ses appareils à maîtriser les équilibres dynamiques pour qu’ils n’aboutissent pas à construire un nouvel esprit de corps qui, d’autonomisme en autonomisme, de négociation en négociation, engendre un espace ou un discours d’autonomie politique qui, souvent, remet en cause les réformes politiques, sociales et économiques indispensables au pays.En résumé le lien semble très fort entre l’anthropologie philosophique et la nouvelle micro-économie du développement, qui conduit à une déduction morale normative, exigeant une participation plus active de la femme à la gestion de la Cité, (signe, selon nous, du développement) et plus de justice entre les hommes. Dans les relations de travail, les considérations anthropologiques permettent de conclure que le travail n’est pas un pur marché entre individus anonymes. La relation de travail doit être précisée par l’intervention de considérations personnelles qui permettent les dons/contre dons, les salaires d’efficience, les segmentations au sein de la communauté de travail, le niveau de salaire (produit de rapports de force) pouvant être considéré comme une rémunération individuelle ou comme le mode de satisfaction d’obligations familiales et communautaires. D’où l’importance d’éviter, une vision étroite ou un économisme abstrait dans le traitement de l’emploi et des salaires et la nécessité d’intégrer la réforme globale inséparable de la prise en compte de l’histoire, fondement de la connaissance, pour concrétiser les actions afin d’éviter le rejet par le corps social d’idées, même bonnes, mais inadaptées à la structuration sociale.


Le cri du patron des patrons

juin 25, 2006

12 questions au président du FCE,M. Omar Ramdane 

 Avec le départ de M. Ouyahia, le Gouvernement, avec à sa tête M. Belkhadem, semble manifester son désir d’ouvrir tous les dossiers qui font problème aujourd’hui dans le pays, à commencer par celui de l’augmentation des salaires et celui non moins important de l’ouverture du pays aux investissements étrangers.C’est dans ce contexte que le «Quotidien d’Oran» s’est rapproché de M. Omar Ramdane, président du FCE, pour connaître son appréciation sur ce mouvement qui semble s’amorcer en direction des attentes des travailleurs et des opérateurs économiques nationaux et étrangers. Le Quotidien d'Oran: M. Omar Ramdane, voulez-vous s’il vous plaît avant toute chose nous confirmer la nouvelle relative à votre éventuel départ de la tête du FCE au cours de cet été, nouvelle qui a été rapportée par la presse nationale. Et si c’est le cas, ce départ serait-il lié au fait que le FCE continue à ne pas être invité à la tripartite ? Voulez-vous nous éclairer sur ces deux questions.Omar Ramdane: «Effectivement, j’ai parlé de mon éventuel départ en le conditionnant en quelque sorte au fait que le Gouvernement, celui présidé par M. Ouyahia, et il faut être honnête et dire aussi celui de son prédécesseur M. Benflis, n’ont jamais ouvert un vrai dialogue avec le FCE autour des questions économiques cruciales qui intéressaient le pays. J’ai considéré qu’il était de mon devoir de me retirer si le Gouvernement d’alors continuait à ignorer toutes les contributions que le FCE n’a eu de cesse d’adresser aux pouvoirs publics et particulièrement aux plus hautes instances du pays. J’attends beaucoup de la présence de M. Belkhadem à la tête du Gouvernement, qui a déjà en tant que ministre d’Etat manifesté beaucoup d’intérêt à l’endroit de ce que faisait le FCE en étant la seule autorité de haut niveau à s’être déplacée à notre siège et à discuter avec les représentants de ce dernier. S’agissant de la «non-invitation» du FCE à la tripartite, il faut savoir que celui-ci a été invité oralement à participer à celle de 2.005, invitation déclinée au motif que nous ne sommes pas un syndicat et qu’à ce titre nous n’avons pas vocation à négocier mais à débattre de questions qui touchent au monde de l’économie et à celui du social, et à faire des propositions dans ces deux domaines. Car il ne faut pas oublier que le FCE a été le premier à poser le problème de la nécessaire augmentation des salaires, position qui semble actuellement partagée par tous. Sur l’importance des propositions du FCE, il faut savoir que ce dernier regroupe les plus grandes entreprises opérant en Algérie qu’elles soient nationales privées et publiques ou étrangères de droit algérien, des banques publiques algériennes des banques étrangères, des entreprises de production ou de service, nationales et étrangères [BNP, Société Générale, Heinkel, Ipsat (indien), Schneider, KPMG, Orascom, etc.]. Les entreprises représentées au sein du FCE pèsent 650 milliards de chiffre d’affaires et occupent 130.000 personnes. C’est dire donc que nos propositions s’appuient sur une réalité économique qui a son importance. Par ailleurs, les demandes d’adhésion de la part de nationaux et d’étrangers ne cessent d’affluer, c’est dire donc aussi le prestige acquis par le FCE tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger… Il faut savoir aussi que le FCE a toujours agi dans la transparence et a toujours tenu à se faire accompagner par les pouvoirs publics quand il s’est agi de discussions avec des instances homologues étrangères, et c’est cela la particularité de notre mouvement: proposer, débattre et agir dans la transparence et en concertation avec les pouvoirs publics. Voilà ce que nous avons toujours fait et voilà ce que nous continuerons à faire… Q.O.: Vous venez de soulever la question de l’augmentation des salaires. Comment au Forum vous envisagez cette augmentation et qu’est-ce qui vous a amené à y penser dès lors que représentant des employeurs, on peut légitimement supposer que vos préoccupations soient ailleurs ? Enfin vous semble-t-il que cette question soit «négociée» à la tripartite ?O.R: «Notre crainte au FCE, c’est de voir M. Belkhadem revêtir le costume de M. Ouyahia et de continuer à travailler comme ce dernier qui lui-même a revêtu le costume de son prédécesseur sans y apporter les retouches d’adaptation à la période, c’est-à-dire pour faire face aux défis du moment. Instituée en 1992 par M. Ghozali sur le modèle des cadres de concertation adoptés dans le milieu des années 1980 par certains pays européens de l’Est qui avaient amorcé leur ouverture économique, chez nous celle-ci a dévié de sa vocation qui était de débattre des questions économiques et sociales et non pas de négocier. La fixation des revenus salariaux relève de la prérogative de l’Etat, s’agissant de fixer le seuil minimum du revenu du travail salarié et celui des entreprises, s’agissant de fixer les salaires. C’est dans les entreprises au cas par cas ou par branches d’activité que cette négociation doit se dérouler. Ceci dit, au FCE on a parlé d’organiser l’augmentation des salaires (et non pas d’augmentation des salaires) qui se traduirait par une augmentions réelle du pouvoir d’achat, car c’est cette dernière augmentation qui nous intéresse car elle contribue à soutenir la croissance économique qui devrait être le but ultime recherché à travers l’augmentation du pouvoir d’achat résultant de cet accroissement des revenus salariaux, la croissance économique étant ce qui conditionne tout le reste, entre autres la pérennité de l’Etat et la prospérité des personnes. Tout ceci semble absent du «débat» actuel sur les salaires, on veut éteindre des foyers de tension en augmentant à la va-vite les salaires sans penser à inscrire cette augmentation dans le cadre d’une politique économique claire qui consisterait à inscrire ces augmentations dans le cadre d’un accroissement du pouvoir d’achat destiné à donner plus d’impulsion à la croissance économique. L’augmentation du pouvoir d’achat favoriserait l’accroissement de la consommation qui à son tour favoriserait la croissance avec son corollaire l’accroissement des recettes fiscales, tout ceci participant du cercle vertueux d’un développement auto-entretenu où chacun sauvegarderait ses intérêts, l’Etat, l’entreprise et les salariés… Q.O.: Revenons, si vous le voulez bien, à des questions plus techniques et sur lesquelles il semble que vous ayez déjà exprimé un point de vue ou adressé une proposition sous forme de suggestion aux pouvoirs publics. Commençons par la question du foncier industriel où ces mêmes pouvoirs publics semblent souffler le chaud et le froid en soutenant tour à tour les deux thèses contraires, celle du déficit et celle de l’abondance, y a-t-il finalement un déficit en ce domaine et comment selon vous il serait possible de le résorber ? O.R: «Sur cette question précisément, j’aimerais plutôt parler de la manière de gérer le terrain industriel puisque selon moi la question du déficit du foncier industriel est en train de trouver sa solution définitive dans la mise en place des grosses infrastructures routières ou ferroviaires autour desquelles et sur toute la longueur de celles-ci, l’Etat pourrait ouvrir de nouvelles aires destinées à recevoir des projets industriels. Ces grands axes de communication vont mettre Aïn Defla à cinquante minutes d’Alger alors qu’il en coûte plus de deux heures maintenant. Ceci ne doit pas interrompre l’action entreprise par l’Etat qui consiste à mettre sur le «marché» les parcelles de terrain relevant des entreprises publiques et que celles-ci n’utilisent pas pour les usages liés à leur activité. Ce qui m’inquiète, c’est ce recours à la vente aux enchères de ces terrains. Ce type de vente attire les spéculateurs qui y voient là l’occasion de faire une belle affaire sans courir de gros risques. Il ne faudrait pas que l’Etat cède à des préoccupations mercantiles au nom d’une supposée transparence. C’est le projet industriel envisagé avec sa capacité à produire de l’activité, à créer de l’emploi, à générer de l’impôt, c’est donc cela qui doit primer. Pour clarifier ma pensée, je donnerais l’exemple de la Tunisie où l’Etat a cédé plus de quatre cents lots à des opérateurs tunisiens et étrangers au dinar symbolique, c’est cela l’exemple à suivre. Le terrain doit être donné par l’Etat ou vendu symboliquement à des opérateurs porteurs de projets avec l’interdiction de toute transaction sur les terrains situés dans les zones industrielles qui doivent être cédés ou rachetés par le seul Etat, selon les mêmes formes, c’est-à-dire se réaliser en paiement symbolique. Enfin il serait à mon sens plus judicieux de confier la gestion de toutes les zones industrielles aux chambres régionales de l’industrie qui trouveraient là un moyen plus judicieux de financer leurs activités au lieu de recourir au budget de l’Etat… Q.O.: Un problème à la fois technique et politique, celui de la baisse constatée du nombre de nouveaux projets qui sont initiés par les opérateurs nationaux et étrangers dans le secteur de l’Industrie. A quoi selon vous cela est-il dû ? O.R: «Cela est dû selon moi au Code des investissements de 2.001 lequel a annulé les avantages fiscaux prévus par le Code de 1994 relatifs à l’IBS et à la taxe sur l’activité professionnelle entre autres et qui couvraient des périodes allant jusqu’à cinq ans, le Code de 2.004 ne retenant que les avantages liés aux investissements durant la période de réalisation du projet. M. Temmar semble avoir entendu les remarques du FCE, puisqu’il est question d’une nouvelle mouture de ce Code qui consiste en gros à revenir aux dispositions du Code de 1994. Par ailleurs le constat de l’afflux des capitaux privés arabes, mouvement qui selon moi est appelé à s’amplifier serait dû exclusivement aux «success-stories» des entreprises arabes déjà implantées en Algérie particulièrement aux réussites de l’entreprise Orascom, Nedjma et autres entreprises de service dont les banques… Q.O.: Sur le problème du financement de l’activité économique, il semble, aux dires de nombreux patrons, que les banques publiques ont commencé à rationner ce financement alors qu’elles croulent sous le poids de liquidités.Quelle est la part de vérité dans ce que disent ces opérateurs ?O.R: «Les banques publiques, avec la disparition quasi totale de la banque privée nationale, se retrouvent quasiment seules sur le marché du financement avec les banques étrangères lesquelles ont cependant un rayon d’action limité dû à l’étroitesse de leurs réseaux d’agences. Les directions générales des différentes banques publiques échaudées par les scandales qui n’ont épargné ni leur secteur ni celui de la banque privée nationale sont revenues à des conceptions drastiques où la suspicion joue un rôle majeur dans l’examen de toute demande de financement. Ces banques demandent des garanties énormes qui peuvent aller jusqu’à représenter 14 fois la valeur du crédit ou des facilités souhaitées et ceci s’applique à mon exemple. Dans d’autres cas, la banque bloque un financement acquis au motif qu’elle aurait changé de vocation et qu’elle demande à ses débiteurs engagés dans la réalisation de leurs projets de la rembourser sur le champ la part du crédit qu’ils auraient déjà consommée. C’est ce genre de situation absurde auquel sont confrontés beaucoup d’opérateurs algériens et qui fait qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer s’agissant de conduire à bonne fin leurs projets ou affaires… Il y a que dans ce domaine le FCE a eu une position constante qui consiste à dire qu’il faudrait davantage de souplesse dans l’octroi des crédits en abaissant le niveau des garanties exigées. Avec les surliquidités existantes auprès des banques et de toutes les institutions d’épargne, opter pour des crédits de long terme, 7 ans et plus pour soulager les comptes d’épargne d’un trop-plein d’argent. Cette option du long terme est aussi dictée par le rétrécissement des marges bénéficiaires dans le secteur productif confronté à une concurrence importante en provenance de l’extérieur, ce qui réduit ses capacités de remboursement. La poste à elle seule détiendrait plus de douze milliards de dollars dont elle n’aurait pas l’usage pour l’immédiat, d’où cette idée de créer une banque chargée de faire fructifier cette épargne. Par ailleurs, il faut se dire que l’Algérie ne connaîtra pas de pénurie de financement d’ici à vingt ans. Avec les produits de la rente pétrolière durant la période, elle pourra financer la totalité de son programme de développement sans recourir à l’endettement. Construisons pendant qu’il en est encore temps une autre Algérie et cela est possible sur une dizaine d’années… Tous les projets industriels dont le seuil de viabilité est, depuis l’ouverture du pays, de l’ordre de 20 millions d’euros (2 milliards de dinars) devraient pouvoir bénéficier de financement à long terme… C’est cela faire bon usage de la chance historique qui est offerte au pays, avec aussi la réduction des poches de pauvreté non pas seulement par l’application de plans sociaux mais surtout par leur intégration dans des zones d’activité et donc d’économie…Q.O.: Parlez-nous des relations du FCE avec les organismes homologues étrangers, par exemple vos relations avec le «MEDEF», le syndicat des patrons français, dont la direction s’est déplacée dernièrement en Algérie à votre invitation. En quoi ce genre de rencontres vous paraît profitable aux entreprises algériennes et partant au pays ? O.R: «Il s’agit d’une rencontre entre patrons, c’est-à-dire où la communication est plus facile que celle qui mettrait aux prises des patrons étrangers par exemple et des fonctionnaires de notre pays. Un patron étranger qui voudrait investir en Algérie ne va pas s’informer du climat d’affaires dans notre pays auprès d’un fonctionnaire ou un officiel algérien, il va le demander à un homologue algérien qui lui paraît plus crédible. En cela, le FCE représente un élément important dans le paysage économique algérien puisqu’il est sollicité par différents organismes étrangers intéressés par le marché algérien. Le FCE, comme je vous l’avais dit, compte parmi ses membres les plus grands industriels du pays qui sont eux-mêmes à la recherche de partenariat. Ce genre de rencontres permet d’explorer les opportunités qui en peuvent naître et des liens qui peuvent se tisser entre opérateurs algériens et opérateurs étrangers ainsi que ceux que le FCE entretient avec les organismes homologues étrangers. Si l’investisseur algérien se fait «rare», comme je vous l’avais signalé du fait du recul des mesures incitatives, les investisseurs étrangers sont plus nombreux et répondent à une logique différente. Il y a d’abord cette «success-story» des investisseurs arabes, Orascom, Nedjma, ABC, etc. il y a surtout que les investisseurs constatent qu’ils peuvent exporter leurs dividendes sans difficulté, c’était un point noir que les pouvoirs publics viennent de lever et qui expliquerait cet intérêt grandissant de la part des investisseurs étrangers pour le pays qui offre maintenant des garanties réelles et palpables. Un exemple: l’entreprise «Orascom» vient de transférer pour 650 millions de dollars, elle vient aussi de racheter les parts que détenaient certains investisseurs arabes dans son capital en offrant 4 fois le prix de leur acquisition initiale, c’est dire donc qu’il s’agit là d’une nouvelle qui a dû se répandre comme une traînée de poudre au Moyen-Orient où les investisseurs sont à la recherche de bons créneaux, l’Algérie en est un maintenant et un bon…Avec le MEDEF, il s’agissait cette fois-ci d’inciter nos amis français à faire preuve de plus de dynamisme s’agissant d’investir en Algérie en leur montrant par les chiffres qu’ils perdraient des parts de marché dans notre pays surtout avec l’arrivée des Chinois dans la région. Le problème n’est pas de critiquer cette présence mais plutôt de favoriser celle des Français et à travers eux celle des Européens car c’est dans le monde euro-méditerranéen que doit se situer l’avenir de notre pays et donc qu’il est de notre devoir de contribuer à cette insertion en exhortant nos amis du Nord à mieux travailler ensemble…» Q.O.: Justement, s’agissant des investisseurs arabes, avez-vous des relations avec des organismes arabes tels que le MEDEF français, pourriez-vous nous en parler ?O.R: «Effectivement, le FCE entretient des relations suivies avec les hommes d’affaires arabes. Ainsi par exemple, nous organisons du 12 au 14 novembre prochain l’assemblée générale de l’Union des hommes d’affaires arabes qui en sera à sa dixième session, sous le thème générique de «L’Algérie carrefour de l’investissement arabe». Le travail de cette assemblée se réalisera à travers cinq ateliers consacrés aux thèmes suivants: le tourisme, l’agriculture, la santé, le transport et travaux publics, l’industrie pétrochimique et chimique. Des thèmes qui font la jonction entre des préoccupations exprimées par les pouvoirs publics et celles qui sont le fait des opérateurs algériens. Il faut se rendre à l’évidence, les hommes d’affaires arabes seront de plus en plus nombreux en Algérie et ceci est une bonne chose pour le pays.» Q.O.: Au plan de l’activité, on constate actuellement une sorte d’accélération, s’agissant de l’engagement par l’Etat de gros contrats portant sur les infrastructures, entre autres routières et ferroviaires, le recours quasi exclusif aux entreprises étrangères pour ce type de projet vous semble-t-il normal ? Qu’en pensez-vous ? O.R: «Il est bon que l’Etat utilise la rente pétrolière pour financer des secteurs qui constituent l’amont et le préalable à toute action de développement, cependant il faut prendre garde à assurer le relais au moment où ces infrastructures seront mises en place, car ce type de réalisation n’a pas beaucoup d’impact sur l’emploi à long terme. Sitôt ces réalisations achevées, ce sont des centaines de milliers d’emplois qui se trouveraient menacés. Par ailleurs, ce dont il faudrait s’assurer, c’est que les grosses entreprises étrangères bénéficiaires de ces contrats s’engagent à aller très loin dans le recours à la sous-traitance algérienne et à l’emploi des matériaux locaux. Ceci pouvant être clairement exprimé dans les cahiers de charges des marchés ainsi cédés. Il faut, selon mon humble avis, s’assurer que le relais soit pris par les entreprises algériennes s’agissant par exemple de l’entretien de ces grosses infrastructures et de leur raccordement avec des réseaux locaux au besoin.  Q.O.: Revenons si vous le voulez bien à la situation de l’Industrie dans le pays en parlant de ce qui se passe dans le domaine des privatisations et celui de la mise à niveau qui font l’objet d’appréciations diverses. Qu’est-ce qui selon vous marche et ce qui ne marche pas pour l’une et l’autre action ?O.R: «Vous avez bien fait d’aborder cette question. S’agissant des privatisations, il faut selon moi laisser cette action se dérouler selon le rythme actuel. Il faut savoir aussi que sur le chiffre de plus trois cents privatisations déjà réalisées, 73% se sont faites au profit du secteur privé algérien, ce qui prouve que ce genre de transfert qui inquiétait beaucoup le syndicat UGTA et les collectifs de travailleurs a disparu et que les travailleurs affectés dans les entreprises privatisées se félicitent du rachat de leurs entreprises par le secteur privé algérien. Ce que l’on constate, c’est que dans ces entreprises, il n’y a pas eu de licenciement; bien plus, il y a de l’investissement et création de nouveaux emplois. La seule remarque que je ferais à ce sujet consiste à suggérer à faciliter les modalités de paiement et à les étaler sur un temps plus long. Pour la mise à niveau des entreprises, il y a plusieurs intervenants et on ne sait pas vraiment qui fait quoi, aussi il serait à mon sens plus judicieux, afin de situer les responsabilités, de créer une instance nationale chargée de conduire cette action, instance qui gérerait à la fois les fonds publics affectés à cette opération et les fonds en provenance des différentes institutions étrangères octroyant des aides à cette fin dont celle de l’UE avec le programme MEDA… Il serait bon que les pouvoirs publics s’inspirent des expériences conduites dans ce même cadre en Pologne, en Tunisie, au Maroc et au Portugal afin de concevoir en ce domaine une stratégie visible et compréhensible à l’intérieur et à l’extérieur du pays.» Q.O.: S’il n’y a pas encore de stratégie visible et compréhensible comme vous le dites, comment voyez-vous celle-ci, faut-il un plan, adopter une démarche ? Finalement, comment vous pourriez décrire cette stratégie qui fait défaut pour le moment ?O.R: «Il est certain que l’action de mise à niveau nécessite des moyens financiers conséquents lesquels devraient provenir en grande partie des caisses de l’Etat. La méthode la plus appropriée selon moi consisterait à traiter les problèmes branche par branche et élaborer pour chacune d’elles des approches différentes en fonction de leur sensibilité à la concurrence extérieure. Toutes les entreprises nationales publiques et privées ne sont pas éligibles à la mise à niveau, cela il faut s’en convaincre. Si l’on veut aller plus loin en ce domaine, je dirais que la priorité doit être donnée aux industries exportatrices et celles qui sont susceptibles de l’être parce qu’elles présentent un profil comparatif favorable, je pense au secteur de l’agriculture où un travail de reconfiguration des exploitations devrait être réalisé en priorité. Il y a ensuite le secteur de la pétrochimie où le secteur privé devrait trouver sa place dans le futur en partenariat avec le secteur public national ou avec des entreprises étrangères. Il y a enfin le secteur des matériaux de construction, secteur dans lequel «Orascom» exporte actuellement du ciment et à partir duquel a été déjà exporté de la céramique carreaux et de la céramique sanitaire dans un passé récent. Cela c’est l’urgence parce que le pays devrait gagner des parts de marché à l’extérieur sur ces trois points forts et ceux-là le sont. Ensuite, viennent les secteurs qui pourraient plus facilement résister à la concurrence étrangère sur le marché intérieur suivis par ceux où il sera nécessaire de consacrer beaucoup d’investissements en hommes et en matériel. Enfin, il y a aura les secteurs totalement dépassés comme celui des textiles et de la chaussure où toute mise de fonds irait en pure perte. Ces secteurs doivent se reconvertir ou disparaître. C’est cela vers quoi devrait tendre la réflexion des pouvoirs publics, trouver le quoi et le comment aux problèmes posés par chacun des secteurs. La somme de toutes les réponses devant constituer la stratégie des pouvoirs publics pour l’action de mise à niveau des entreprises algériennes.» Q.O.: Et dans tout cela, où se trouve le Maghreb, celui que tout le monde appelle de ses vœux, Européens et Américains sans oublier les peuples de la région.O.R: «Ici nous entrons dans l’inexplicable. Il semble que dans la région à laquelle nous appartenons, le politique l’emporte sur toute autre considération, l’économie suit et subit les interdits définis par le politique. Malheureusement chez nous comme chez nos voisins, le politique est instable alors que l’investissement conjoint, les échanges nécessitent des politiques stables sur de longues, voire très longues, durées. Examinons par exemple ce qui se passe entre la Tunisie et l’Algérie qui, tout en ayant des rapports politiques très bons, n’arrivent pas à pousser leurs échanges économiques vers des niveaux élevés, il en sera de même entre l’Algérie et le Maroc si ces derniers venaient demain à améliorer leurs relations politiques parce que les hommes d’affaires des deux pays ne peuvent s’engager sur des actions à long terme sachant la versatilité du pouvoir politique dans leurs pays respectifs. Les échanges maghrébins ne connaîtront pas d’avancées significatives et l’intégration maghrébine restera encore pour longtemps un vœu pieux. Les hommes d’affaires maghrébins n’écoutent plus depuis longtemps les discours politiques consacrés à l’Unité du Maghreb.             Cependant et malgré tout cela, le FCE entretient avec ses homologues du Maroc le «CGEM», la Confédération générale des employeurs marocains, et l’«UTICA», l’Union des commerçants et artisans tunisiens, des relations qui se traduisent par des rencontres qui se tiennent à tour de rôle dans les trois pays. Tunisiens et Marocains ont toujours répondu à nos invitations et nous avons toujours répondu aux leurs. Il faut par ailleurs se féliciter que les banques tunisiennes et marocaines s’intéressent au marché algérien puisque beaucoup parmi elles ont introduit des demandes auprès de la Banque d’Algérie pour pouvoir activer en Algérie…» Q.O.: On ne pourrait conclure cet entretien sans vous demander votre sentiment sur les chances de voir le pays sortir victorieux un jour de tous les maux qui l’assaillent, en commençant par celui de la pauvreté et celui plus général du sous-développement. O.R: «C’est bien de finir avec pareille interrogation. Il me semble que le temps des lamentations est révolu, il faut résolument produire un discours optimiste, il faut se dire et se convaincre que l’Algérie dispose des moyens pour réaliser ce fameux décollage tant espéré et à chaque fois remis à plus tard. L’Algérie devrait rapidement rejoindre le peloton des pays qualifiés de marchés émergents. Nous vivons une chance historique qu’il ne faudrait pas gâcher en faisant les mauvais choix. Il faut par ailleurs se départir de l’égoïsme social et penser à nos pauvres qui devraient les premiers recevoir une part des bienfaits apportés par cette manne pétrolière dont on sait maintenant qu’elle va durer. Il faut penser à tous ceux qui ont subi le déracinement, il faut les aider à se réinstaller chez eux dans les meilleures conditions possibles, il faut que nos campagnes revivent. Il faut que l’Etat combatte l’inflation pour préserver le pouvoir d’achat des Algériens. Il faut développer les mesures visant à la création des emplois en replaçant l’entreprise au centre des préoccupations de l’Etat. Pour tout le reste, les gens sauront faire, j’en suis sûr…» 


Le Vietnam Dépasse la Chine

juin 24, 2006

Des statistiques montrent que le Vietnam dépasserait en fait la Chine si on analyse ses performances par tête d’habitant.En effet l’investissement direct étranger par habitant est supérieur à celui de la Chine et de l’Inde. Pour ce pays qui a vécu deux guerres successives,contre la colonialisme français ,ensuite contre l’intervention américaine,l’exploit est de taille.A elle seule la guerre contre l’intervention américaine (1964-1975)a fait trois millions de morts parmi la population contre 58 000 morts du coté américain. Officiellement les autorités vietnamiennes ont annoncé au milieu des années 1990 qu’un total d’un million de combattants communistes vietnamiens et 4 millions de civils avaient été tués durant la guerre. Selon un récent rapport du Congressional Research Service (CRS), la guerre du Vietnam a coûté aux Etats Unis environ 550 milliards de dollars si l’on ajuste les dépenses à l’inflation. La dernière personne en date à louer les réalisations du Vietnam est un officiel américain en visite dans ce pays au début du mois de juin. Cet officiel s’avère être le secrétaire américain à la Défense ,Ronald Rumsfeld qui a salué les incroyables progrès économiques réalisés par le Vietnam en un laps de temps très court. Signe des temps, le Vietnam et les Etats Unis hier en guerre dans l’un des conflits les plus meurtriers du dernier siècle négocient une coopération dans le domaine militaire.Les ministres de la défense des deux pays échangent les visites.Des escales de navires américains sont organisées au Vietnam ainsi que des rencontres de responsables à un haut niveau. Au cours de sa visite à Hanoi ou il a été accueilli avec les honneurs militaires, Donald Rumsfeld a réaffirmé l’attachement des Etats Unis aux relations militaires avec le Vietnam, mais a démenti un projet prêté à Washington d’implanter une base militaire. "Nos relations militaires sont en train d’évoluer et le Vietnam est un pays important " a t il déclaré.En effet depuis quelques années le Vietnam et les Etats Unis tentent de nouer des relations normales qui ne soient pas marquées par l’un des conflits les plus meurtriers du 20 e siècle. La normalisation des relations entre les deux pays a été illustrée par la visite aux Etats Unis du premier ministre vietnamien le 21 juin 2005.Après avoir rencontré le Président Bush dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le premier ministre Phan Van Khai pouvait annoncer que sa visite "montre que les relations entre le Vietnam et les Etats Unis sont entrées dans une nouvelle phase de développement ".

Le visa pour l’OMC

Le 31 mai dernier, le Vietnam et les Etats Unis ont signé un accord commercial qui devrait faciliter l’adhésion de ce pays à L’Organisation Mondiale du Commerce.L’ accord qui a été signé à Ho Chi Minh-Ville devrait permettre l’accélération des exportations vietnamiennes vers le marché américain et faciliter l’accès des compagnies américaines à l’économie vietnamienne. Pour mesurer l’importance du rapprochement entre les deux pays, il faut avoir en tête l’importance du marché américain pour les produits vietnamiens et les possibilités d’investissement qui peuvent s’offrir aux compagnies américaines.Des investissements qui seraient bénéfiques à l’économie vietnamienne.De plus la position des Etats Unis pour l’adhésion à l’OMC est décisive. Selon plusieurs observateurs, cet accord devrait constituer un très bon visa pour l’OMC.Le Vietnam recherche cette adhésion pour élargir encore davantage ses exportations qui sont en constante évolution.La prochaine étape que doit franchir le Vietnam est l’obtention du statut permanent de la nation la plus favorisée par le Congres américain. Cet intérêt pour le Vietnam est du à ces succès dans les réformes entamées depuis une vingtaine d’années.Qu’on en juge par les chiffres. Selon les estimations de la Banque Asiatique de Développement, le Vietnam sera le pays d’Asie du Sud-est qui connaîtra la plus forte croissance en 2006.En 2005, le taux a déjà été de 8,4 %.Ce niveau restera encore valable même en 2007 selon la Banque.Une trentaine de banques étrangères sont déjà présentes au Vietnam y compris la britannique HSBC. L’appréciation d’un ancien ambassadeur américain au Vietnam conforte le constat.Pour M. Raymond Burghardt (ambassadeur de 2001 à 2004),"le Vietnam pouvait être fier des progrès considérables obtenus ". "D’un pays importateur de riz, il y a 20 à 25 ans, le Vietnam en est devenu exportateur.".

Le deuxième après la Chine

Si la croissance du PIB a été de 8,4 % en 2005,les investissements directs étrangers sont estimés à 5,8 milliards de dollars ,une hausse de 25 %.Pour la même années,la valeur des échanges commerciaux a atteint 32 milliards de dollars soit une hausse de 24 % par rapport à 2004. En moyenne le taux de croissance du PIB a été de 7,5 % ces 5 dernières années.Le revenu moyen per capita qui est de 640 dollars actuellement devrait passer à 1100 dollars d’ici 2010 vu les prévisions de croissance pour les années à venir. Ce même revenu était de 200 dollars en 1990. Le taux de pauvreté a été ramené à 20 % de la population contre plus de 50 % dans les années 1990 selon des estimations officielles. Actuellement le Vietnam est le premier exportateur mondial de poivres, le 2e exportateur de riz et le 3 e exportateur de café. Ce sont ces mêmes exportations qui sont considérées comme la force motrice de la croissance économique par les autorités vietnamiennes. Selon un bilan officiel, les 20 ans de réformes ont fait que l’exportation soit devenue une des forces motrices du développement.En 2004 et selon le ministère du commerce, le Vietnam a établi des rapports commerciaux avec 224 marchés de différents pays et territoires et a signé 87 accords commerciaux bilatéraux y compris avec les Etats Unis.Le chiffres d’affaires à l’exportation a représenté plus de 50 % du PIB ces dernières années. Les activités d’exportation ont connu un développement prodigieux.le Vietnam qui comptait 37 exportateurs nationaux en 1986, en compte 35 700 actuellement. Le revenu des exportations a atteint 31,5 milliards de dollars en 2005 alors qu’il était de 2,4 milliards de dollars. Dans le détail, les exportations sont variées et englobent 40 groupe d’articles.Six exportations ont dégagé une recette supérieure à 1 milliard de dollars, avec en tête, le pétrole brut qui a rapporté 7 milliards de dollars. Les produits aquatiques se situent à la 4 e place avec 2,5 milliards de dollars soit une hausse de 14 % par rapport à 2004. L’exportation du riz a battu des records avec 5,2 millions de tonnes et une recette de 1,4 milliard de dollars. L’exportation des articles en bois a dépassé l’objectif fixé par les autorités avec plus de 1,5 milliard de dollars soit une hausse de 33 % par rapport à 2004. Les exportations de caoutchouc ont rapporté 772 millions de dollars, le café 718 millions de dollars.Tandis que les exportations de produits électroniques et les accessoires des ordinateurs ont rapporté 1,5 milliard de dollars. A ce propos et fait significatif, le patron de Microsoft, Bill Gates s’est déplacé récemment à Hanoi au Vietnam au mois d’avril. Et le Groupe Intel a décidé d’investir 605 millions de dollars dans une usine de microprocesseurs à Ho Chi Minh-Ville.La présence du puissant Groupe Intel devrait encore favorisé les Investissements Directs Etrangers. Le nombre des entreprises publiques détenues à 100 % par l’Etat est passé de 12 084 en 1990 à 2 980 en 2005.En termes d’efficacité, elles représentent 38,5 % du PIB et la moitié du budget de l’Etat. Le secteur privé bien que relativement récent contribue à 46 % du PIB.Le secteur à participation étrangère, récent lui aussi, contribue à 15,5 % du PIB, plus de 7,5 % du budget de l’Etat et 23 % de la valeur des exportations hormis le pétrole brut. La structure de l’économie a changé.L’agriculture représente 20 % du PIB.L’industrie et la construction, 41 %, le secteur des services, 38,1 %.

La théorie du " Doi Moi " ou le socialisme revisité

Durant cette année 2006, le Vietnam doit recueillir les fruits de 20 années de réformes ou comme on préfère s’exprimer officiellement " les 20 années de Renouveau ". Car derrière ces réformes figure la décision prise par les autorités en 1986 de redresser la barre vu l’état de dégradation et de pauvreté que vivait le pays.Ce redressement fut initié par le Parti Communiste Vietnamien, toujours parti unique. La philosophie qui a inspiré ces réformes s’appelle "L’oeuvre de Renouveau " ou "Doi Moi" en vietnamien. Officiellement le "Doi Moi " a été déclenché et ensuite dirigé par le Parti Communiste du Vietnam depuis son congres de 1986. Dans la pratique, le Renouveau consiste à " surmonter la crise socio-économique par le renouvellement intégral sur tous les domaines (économique, politique, culturel, social, défense, sécurité, relations extérieures etc..). pour faire sortir le Vietnam de l’état de sous développement et devenir un pays industriel pouvant réaliser avec les autres pays.". Dans la théorie ,le Renouveau consiste " à élucider les conceptions du socialisme et de la voie vers le socialisme au Vietnam,avec le but commun de consolider l’indépendance et l’unité ,d’édifier avec succès le socialisme pour un Vietnam puissant ou la population est riche ,la société équitable,démocratique et moderne ". C’est en 1986,que les autorités ont entrepris de réorganiser l’économie avec le principe de développer le secteur privé et de faire appel au capital étranger.Un décret signé le 26 novembre 1986 autorise la création d’entreprises privées dans les secteurs de l’agriculture ,l’élevage ,l’artisanat,la petite industrie et les services. Les entreprises publiques qui étaient soumises à certaines conditions ont le droit de vendre sur le marché libre.La création de sociétés mixtes est encouragée à partir de 1987 y compris avec une participation étrangère pouvant aller jusque-là 100 % du capital. Mais comme tous les pays en transition, le Vietnam doit faire face à de grands défis dont le plus dangereux est celui de la corruption. Les institutions internationales ont relevé les retards en matière de transparence ou de l’environnement des affaires, problèmes qui ont toujours un lien avec la corruption surtout lorsque’elle est orchestrée et organisée de l’intérieur même des structures de l’Etat. A ce propos ce thème de la corruption a marqué les travaux du dernier congrès du Parti Communiste du Vietnam tenu du 18 au 25 avril dernier. Lors de la séance de clôture, le secrétaire général du Parti s’est déclaré " déterminé à promouvoir la lutte contre la corruption et la bureaucratie et à combattre ces deux fléaux sociaux". "Nous sommes déterminés à sortir le pays du sous- développement et avancer avec vigueur sur le chemin de l’industrialisation et de la modernisation "a t il martelé devant les congressistes. Mis à part le phénomène de la corruption, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher le Vietnam de devenir une puissance industrielle d’ici 2020 comme le prévoit l’actuel schéma de développement des réformes.

El-Wtatan d 24/06/06